Vases peu communicants

Pas loin de chez moi, il y a un joli parc, très bien entretenu, assez large pour y contenir une volière, des jeux pour les enfants, des pelouses pour les badauds, des fontaines et un manège. Et à côté de ce parc, un grand espace vient d’être totalement bulldozé, grillagé et préparé pour les fondations d’un nouvel ensemble. Une pancarte nous apprend qu’ici, bientôt, se dresseront des petits immeubles sociaux…

On pourrait imaginer sans peine les remarques instinctives des passants devant les travaux :
« Aaaaah, les logements sociaux : c’est formidable. Cela permet à des gens qui n’auraient pû se loger de trouver enfin une place décente pour s’établir. Et puis avec les prix de l’immobilier actuellement, hein, ça devient impossible de trouver quelque chose d’abordable ! »

Et là je dis « Attention : Poncif ! ».

Avant de détailler pourquoi, j’aimerai laisser la parole à un libéral aux idées claires (Schnappi) qui pose le problème d’une façon limpide :

Imaginons un libraire, un client et un fonctionnaire. Le client achète au libraire un livre à 20 Euros. Le libraire donne 10 Euros au fonctionnaire (principe de solidarité) et garde 10 Euros pour lui (principe du « faut quand même pas pousser »). Soyons optimiste : le fonctionnaire est compétent, intègre, bien organisé et parvient, une fois payé son salaire et le coût des opérations prises en comptes, à reverser 9 Euros au client.
Le coût réel du livre s’établit donc pour le client à 20 – 9 = 11 Euros.

Question : Sachant que le libraire est prêt à ne gagner que 10 Euros pour la vente de son livre, combien coûterait-il sans le système de redistribution ?

Question subsidiaire : qui s’est fait entuber ?

En fait, on voit souvent le libraire comme la victime. D’un coté, c’est exact, parce que c’est lui qui subit la coercition. Mais comme il a encore le choix de travailler ou pas, s’il travaille, c’est qu’il estime que ça vaut ces 10 Euros. Le grand perdant économique, celui qui nourrit le fonctionnaire, c’est le client, le pauvre !

En pratique, il en va de l’immobilier (et, dans le cas qui nous occupe, des constructions HLM) comme des libraires : l’introduction de l’état comme acteur sur un marché fausse nettement le jeu jusqu’à provoquer des situations qu’on aurait voulu éviter, ou empirer des situations qu’on aurait voulu améliorer.

En effet, l’état lève des impôts notamment pour bâtir des logements sociaux. Ainsi faisant se mettent en place différents mécanismes.

  • Le premier est que les impôts levés représentent autant de finances en moins dans la poche des particuliers. Ceci tend, de façon extrêmement perverse, à rendre nécessaires les HLM dont on aurait bien pû se passer s’il n’y avait eu toutes les ponctions.
  • Le second, c’est qu’en achetant aussi des terrains particulièrement bien situés pour y placer des logements sociaux, l’état provoque une dévaluation du prix du terrain. Si l’état choisit ainsi d’implanter des HLM dans un quartier huppé, il y a fort à parier sur une dévaluation progressive des biens présents. Les propriétaires, voyant la perte de valorisation de leur bien, peuvent compenser en louant (de plus en plus cher, ce qui tend à accroître la nécessité de loyers modérés par l’état), ou revendre le bien le plus vite possible, préférablement à l’état, plus solvable que le particulier.
  • Au niveau des particuliers, l’incitation à devenir propriétaire ou à se débrouiller seul pour continuer à payer son loyer est de plus en plus faible à mesure que l’état augmente ses ponctions et offre des HLM. A la fin, il devient rentable d’attendre les subsides de l’état et / ou l’habitation à loyer modéré plutôt que de payer plein-pot .

Ce qui semble clair, c’est que le marché de l’immobilier est sur-étatisé et aussi libre qu’un bagnard à Cayenne : l’état disposant de près de 30% du parc locatif en France, c’est un acteur tout sauf neutre. Les effets économiques de ses décisions ont un impact direct sur l’habitation alentour et sur le marché en général. Les loyers sont très loin d’être libres, la procédure pour évincer des locataires indésirables est calamiteusement compliquée (on pourrait d’ailleurs remarquer le parallèle troublant avec le marché du chomâge travail), chasse aux logements vacants, absence de liberté de choix dans son locataire (pas de discrimination siouplait), déluge d’impôts dont l’ISF. Tout est organisé pour décourager le placement immobilier dans un système essentiellement collectiviste.

Et je n’évoquerai même pas les corruptions induites par le système, qui viennent ajouter à l’indécence des situations créés de toutes pièces par le besoin compulsif et idiot de l’état de vouloir répondre (mal) à un problème (le logement) qu’on ne lui avait pas posé…

Pour paraphraser Schnappi, le marché de l’immobilier est très comparable au libraire de tout à l’heure :

Imaginons un propriétaire immobilier, un locataire et un fonctionnaire. Le locataire loue un appartement à 200 Euros / mois. Le propriétaire donne 100 Euros au fonctionnaire (principe de solidarité) et garde 100 Euros pour lui (principe du « faut quand même pas pousser »). Soyons optimiste : le fonctionnaire est compétent, intègre, bien organisé et parvient, une fois payé son salaire et le coût des opérations prises en comptes, à reverser 90 Euros au locataire.
Le coût réel du loyer s’établit donc pour le locataire à 200 – 90 = 110 Euros.

Question : Sachant que le propriétaire est prêt à ne gagner que 100 Euros pour la location de son appartement, combien coûterait-il sans le système de redistribution ?

Question subsidiaire : qui s’est fait entuber ?

Eh bien, le grand perdant économique, celui qui nourrit le fonctionnaire, c’est le locataire, le pauvre !

Le marché du logement, et particulièrement, celui du logement bon marché, trouverait (comme c’est le cas dans les pays au marché immobilier réellement libre) certainement des réponses adaptées aux revenus de tous les ménages s’il était libre. Mais que cette assertion soit ou non prouvable n’enlève rien à la constatation évidente que l’introduction de l’état dans ce marché n’a, pour le moment, provoqué que des désastres.

En dernière analyse, il ressort que les locataires, et notamment ceux qui « bénéficient » de HLM, auraient au final tout intérêt à demander une vrai libéralisation du marché.


Note : pas de billets pendant la semaine qui vient ; quelques vacances me feront du bien …

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Commentaires7

  1. pierrem

    Vous parlez de l’Etat mais c’est se tromper de cible!
    Car dans quelle direction va t’on actuellement ?
    La décentralisation. Donc des parcs locatifs de plus en plus gérés par les communes ou départements voire régions.
    Et qu’est que cela va changer dans votre calcul précédent ?
    Non plus un fonctionnaire à payer mais deux voir trois.
    Et voilà !!
    Je vais vous dire vous allez regrettez l’epoque où il n’y avait que l’etat qui nous emmerdait…

  2. chris

    Pierrem a un "point" comme on dit.

    Cette bonne vieille lune de la décentralisation va nous coûter bonbon. Ca a d’ailleurs commencé. Nous avons déjà des strates invraissemblables de fonctionnaires, et de financement croisés.
    L’Etat aura beau jeu de dire que "ses" prélèvements sont en baisse, alors que la somme totale va augmenter.
    On est loin du principe des vases communicants mais plutôt celui de l’accumulation.

    Mais pour revenir au problème du logement, le parallèle avec le marché du travail est évident. Trop de protections au final désavantagent ceux que l’on souhaitait protéger.

  3. Rocou

    Merde, moi qui voulais faire un billet sur les analyses "bastiennes" de Schnappi… Grillé par H16. Je n’aurais pas fait mieux de toutes les façons 🙂

  4. DoM P

    J’ai trois remarques à formuler :
    1. Faites une croix sur votre joli parc. Il sera bientôt investi par des logés sociaux dont la responsabilisation civique n’a d’égale que leur responsabilisation financière.
    2. L’exemple de Schnappi, que vous reprenez à votre sauce saute de nombreuses étapes pour parvenir à une conclusion juste. Cependant, ces étapes sont primordiales car elles participent à un délai assez long entre le début et la fin de l’exemple. En effet, A court et même moyen terme, il est toujours plus intéressant pour un particulier de se voir financièrement aidé par l’état. La raison en est que l’exemple fourni n’est pas universel. Tout le monde ne profitant pas de la redistribution, l’équation proposée est fausse. Permettez-moi d’y ajouter de la perspective :
    Nous avons notre libraire, qui vend ses livres 20€ pièce.
    Il a 10 clients, qui, tous, paient 20€.
    Sur les 200€ perçus, le libraire en verse 100 au fonctionnaire, qui, tout efficace qu’il soit, coûte (pour vivre, percevoir l’impôt, disposer d’infrastructures pour son travail…) non pas 10, mais 30€.
    Sur ce, 70€ sont redistribués.
    Clients A, B, C, D, et E sont d’infâmes riches, aka vaches à lait, et ne connaîtront que la partie ponction de la redistribution.
    Clients F et G sont des travailleurs assidus, gagnant de façon tout à fait moyenne leur existence. Ils rempocheront leurs mise, comme au tac-o-tac, c’est à dire 10 € chacun. (Total 30€ + 10€ x 2 = 50€)
    Restent clients H, I, et J. Ils sont pauvres, et la culture devant être subventionnée pour être à la portée de tous, l’état leur fournira une aide de 15€ chacun pour l’achat dudit livre. (Total 50€ + 15€ x 3 = 95€)
    Enfin, la culture devant être subventionnée pour être disponible partout de façon uniforme (voir le principe de prix unique des livres sur tout le territoire), 5€ seront versés au libraire.
    Avant l’intervention étatiste, les livres auraient coûté 10€ à tout le monde.
    Clients A, B, C, D, et E en auraient acheté deux fois plus pour la même somme, c’est à dire, 10 au total.
    Clients F et G la même quantité avant qu’après, à savoir 1 chacun.
    Enfin, clients H, I, et J ne peuvent plus acheter que la moitié des livres qu’avec l’aide étatique.
    Total : 13,5 livres au lieu de 10 avec l’aide de l’état.
    Vous conviendrez que clients H, I, et J ont tout intérêt à profiter de l’aide de l’état, du moins au premier abord.
    Ca se complique lorsque en plus des livres, on subventionne tout selon le même principe.
    On s’aperçoit alors de l’apparition de ces phénomènes :
    – Une augmentation générale des prix (+30% dans notre cas)
    – Qui entraîne une baisse de la consommation (-30%)
    – Qui entraîne une croissance diminuée
    – Qui entraîne une augmentation du chômage
    – Qui entraîne une augmentation des prélèvements de redistribution
    – Qui entraîne un retour à la case 1
    C’est là, au terme de ce cycle, que l’on retrouve le raccourci de Schnappi.

    3. Je voulais dire à Chris et à pierrem que, par "état", h16 n’entend pas seulement la partie nationale, mais aussi toutes ses moutures plus ou moins locales. Une mairie a un caractère étatique, il n’y a que la taille qui change, ainsi que quelques prérogatives, le petit étant soumis au gros.

  5. Arn0

    Le truc que les 9 euros reversés au client ne sont pas reversé à n’importe quel client, mais à ceux qui sont censé en avoir le plus besoin. Les logements sociaux sont censés profiter au plus pauvres. Dire que la situation est défavorable aux locataires en général ne donc suffit pas (puisque ce n’est pas eux qu’on cherche à aider), il faut montrer que la situation est défavorable aux locataires les plus pauvres.

  6. Il m’apparaît évident que la situation défavorise bien les locataires les plus pauvres : non seulement, on les cantonne à du logement social, mais, suite à la montée des prix, on ne peut leur offrir aucune possibilité d’accéder à la propriété un jour. C’est d’ailleurs ce qui se passe actuellement : à force de montée des prix, les locataires qui deviennent propriétaires sont de moins en moins nombreux et même les cadres ont des problèmes à accéder à la propriété.

    En outre (et c’est notamment vrai pour les livres), ponctionner un marché pour favoriser les plus démunis dans l’accès à ce marché revient généralement à biaiser les choix individuels : dans le cas de la librairie, ceci revient à attacher un poids plus important sur les livres que sur un autre bien ; or (et c’est vrai pour le pauvre comme pour le riche), nul ne peut dire exactement si ce besoin est bien nécessaire pour l’individu. Un pauvre voudra par exemple disposer de ces 9 euros pour acheter un livre – et il ne pourra pas, puisqu’il est à 10 eur – , un autre voudra plutôt acheter de la nourriture, ou un logement. Comme, généralement, les aides étatiques sont assujetties à une dépense spécifique (ce n’est pas simplement un chèque ou un versement), le pauvre se retrouve à terme avec des tickets de rationnements, ou des bons pour acheter des biens dont il n’a que faire.

    Au final, dans le meilleur des cas, on en revient au troc de bons & tickets. Dans le pire, tout le monde disposant des mêmes tickets, le troc ne peut avoir lieu et les pires cauchemards soviétoïdes prennent forme.

  7. Arn0

    A moi aussi il me parait évident que la situation défavorise bien les locataires les plus pauvres. Mais je voulais juste souligner qu’il ne suffit pas de montrer qu’une politique sociale est mauvaise pour l’économie en générale. Il faut montrer qu’elle est mauvaise pour les bénéficiaires. Sinon on passe à coté du problème.

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