Les mauvais comptes font les bons états

Comme je l’avais remarqué dans ce petit billet précédent, l’état est pétri de paradoxes. Le dernier en date, c’est celui qui consiste pour lui à mettre en place des institutions pour donner le change, et, au final, d’avoir à subir les désagréments provoqués par ces mêmes institutions qui, contre toute attente, finissent par faire leur travail.

Concrêtement, il s’agit ici de la Cour des Comptes, institution créée pour assurer le contrôle des comptes de l’Etat, c’est-à-dire répondre à l’impératif pour ce dernier de justifier devant ses assujettis des ponctions qu’il opère.

En substance, Napoléon, qui créa la Cour en 1807, voulait permettre aux citoyens contribuables de s’assurer que l’impôt était justement utilisé. L’idée n’était pas que ces citoyens contrôlent effectivement les comptes et puissent râler d’une utilisation idiote de leur argent pris de force, mais de servir d’excuse, de faire-valoir à l’article 15 de la DDHC : « vous pouvez contrôler grâce à la Cour des Comptes, tout va donc très bien ». Mais il n’en reste pas moins que cet organisme est directement payé par l’argent des impôts, et se situe de fait dans le giron de l’état.

L’état se jugeant lui-même de la bonne tenue de ses comptes, c’est plutôt piquant, non ?

Et pourtant … Et pourtant, l’état est tellement doué pour dévoyer tout ce qu’il touche qu’il a même réussi à dévoyer cette institution-cache-misère : elle a fait son job, la félone !

Et le résultat n’est finalement pas beau à voir. Au bilan, la petite ligne en bas des comptes est (encore!) négative, de plusieurs dizaines de milliards d’euros (une paille). Mais à la limite, on s’y attendait. On s’attendait moins, en revanche, à l’utilisation du terme pudique « Anomalies » pour désigner les opérations bidouillesques sur le budget, menées par la cohorte de fonctionnaires zélés camouflant les aberrations comptables comme les mauvais plâtriers qui collent zip – zoup – vite fait – le papier-peint avant l’effondrement total.

Ainsi, comme le souligne gentiment Séguin, le premier président de la traîtresse institution, « Des opérations ont été enregistrées en recettes budgétaires alors qu’elles n’auraient pas dû l’être » , pour … 3 petits milliards. A l’inverse, certaines opérations qui auraient dû peser sur le déficit n’ont pas été enregistrées en charges budgétaires, comme la dette d’un fonds de financement des prestations sociales agricoles pour … 2.5 petits milliards. Ajoutons à cela un montant de provision pour risques ou charges de prsè de … 74 millions d’euros (oui, millions, pas milliards) au lieu de plusieurs dizaines de milliards, et on aura compris l’ampleur de l’entourloupe.

On peut, ici, se demander comment nos crânes d’oeuf de Bercy – le ministère, pas le POPB – font pour escamoter près de six milliards d’euros dans la vase putride des comptes publics qu’ils manipulent, et surtout comment, en toute bonne foi, la Cour des Comptes arrive à exhumer ces informations pourtant momifiées dans les strates de documents administratifs imbuvables… En somme, au fur et à mesure que les comptes de l’état se font plus clairs, ils se découvrent aussi plus sombres … Tout le monde peut maintenant voir qu’il n’y a plus rien à voir, si ce n’est un grand trou fumant.

L’année prochaine, cette même Cour des Comptes devra les certifier, c’est-à-dire qu’un groupe de petits gars devra, d’une façon ou d’une autre, apposer son paraphe sur les comptes en disant : « globalement, oui, la situation relatée dans ce document est fidèle à la réalité » et mettre ainsi ses couilles sa réputation dans la balance. On notera qu’en France, ceci ne coûte rien : les Français ont la mémoire courte et le portefeuille bien rempli.

Quand on voit qu’actuellement, l’Etat ne consigne pas l’intégralité de ses créances (vos impôts notamment, vos avoirs par voie de conséquence), ni l’intégralité de ses engagements hors bilan, on ne peut que se ranger à la conclusion évidente : personne, finalement, ne sait où passe tout notre argent, d’où il vient ni où il va ; la définition même du Tuyau Brazilesque.

De même que l’état est infoutu de dénombrer précisemment (disons à quelques centaines près) le nombre de personnes qui bossent directement pour lui – le nombre de personnes travaillant dans l’Edulcoration Nationale est ainsi spéculé, rêvé ou imaginé par certains, mais jamais découvert – , il est incapable de savoir combien il gagne et d’où vient précisemment son argent, combien il dépense et où. Un ménage dans une situation pareille serait rapidement amené à … la banqueroute.

La faillite générale du système est une possibilité tellement prégnante qu’on peut la mesurer directement dans l’impact de ces déclarations de la Cour des Comptes dans les média : quasi nul. La presse, autiste, semble muette ou quasiment sur le sujet. Quelques articles consensuels, reprenant la dépêche Reuters ou AFP, et n’en parlons plus …

Il s’agit de 49 milliards d’euros (bon dieu, ça fait 321.000.000.000 FRF !), mais finalement, ça ou les démêlées ridicules de Gergorin, le choix est vite fait : entre un cours d’économie de base et un San Antonio, on choisira le second, jugeant les veaux trop stupides pour leur infliger le premier.

L’express

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Commentaires3

  1. Lucilio

    "…l’état est infoutu de dénombrer précisemment (disons à quelques centaines près) le nombre de personnes qui bossent directement pour lui…"

    Il y a mieux : en Suède, le gouvernement a admis qu’il ne savait pas combien il y avait d’institutions gouvernementales. Pour le savoir, le gouvernement le demanda à l’Agence de gestion publique. Curieusement, cette agence appela un think tank privé, Timbro, pour lui demander si cette dernière le savait.

  2. DoM P

    Disons que ceci est moins étonnant que ne pas savoir combien il y a d’empoyés à l’EN.
    Je pense qu’en suède, personne n’a complié les données, probablement présentes ici et là, des divers organismes dépendant des uns et des autres.
    A l’EN, en revanche, il devrait, logiquement, y avoir un comptable en chef (n’en forment-ils pas, d’ailleurs?) qui devrait pouvoir dire qu’il y a tant de salariés qui coûtent tant chaque année, tant de stagiaires et d’emplois "aidés", qui, eux aussi, coûtent tant chaque année, et tant de prestataires présentant tant de factures par an.
    En tout cas, dans le privé, si on ne fait pas ça, on s’expose à deux dangers :
    1. La faillaite parce qu’on ne sait pas où va l’argent, qui fait quoi, qui est utile, etc.
    2. Le redressement fiscal, parce que, ma foi, l’état est plus sévère avec nous qu’avec lui-même.

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