Le sabotier mal chaussé

Comme le dit le proverbe, le sabotier est souvent le plus mal chaussé. En France comme ailleurs, il arrive parfois que ceci s’illustre dans les grandes largeurs au détour d’un site gouvernemental où le net-surfeur moyen se sera abîmé à la suite d’un click de trop…

Prenons l’environnement. Pardon, prenons « l’écologie et le développement durable », puisque tel est le nouvel artifice linguistique qu’on utilise maintenant pour donner un peu de volume à ce ministère … D’ailleurs, on pourra se poser la question de savoir pourquoi diable « Environnement » n’était pas suffisant pour cette administration. L’inflation progressive des titres, dénominations, et fonctions au sein des institutions étatiques est très symptomatique d’un manque quasi-freudien de substance. Nos bouillants producteurs de novlangue auraient-ils quelque chose à compenser ? L’étatisme rend-il impuissant ? Les collectivistes de droite et de gauche ont-ils un tout petit zizi ?

Je m’égare. Bref.

Sans même entrer dans la délicate interrogation demandant à quoi peut exactement servir l’Etat dans le domaine de l’environnement, de l’écologie, du développement durable, du changement climatique ou de la préservation des puffins, on découvre, actuellement, sur le site que lui consacre ce ministère un exemple frappant d’application du proverbe évoqué en titre.

D’un côté, les chasseurs de naturel donnent l’exemple. Il s’agit pour le ministère de la nature et des petits oiseaux l’environnement et du littoral l’écologie et du développement durable de marketer l’idée que la Fraônce dispose d’une expertise internationalement reconnue sur l’eau et sa gestion.

Soit. Point n’est besoin de rentrer dans le détail : si le ministère prétend qu’il a d’excellentes références à ce sujet, c’est forcément vrai, puisque c’est un ministère. Et puis, pensez-donc, l’eau est un sujet tellement important, pour nous, les Français, qui avons une gestion si saine de nos ressources !

Mais cependant, d’un autre côté, nos chasseurs de naturel se tirent une balle dans le pied. Sur le même site. Ca commence avec une petite carte, en exergue, montrant les seuils d’alerte pour les départements touchés par … la sécheresse. Vous savez, ce phénomène étrange qui se produit quand on n’a plus … d’eau.

Mais, me direz-vous, tout cela est logique : nous avons un indice d’alerte, une petite carte aux couleurs chaudes et réjouissantes, précisemment parce que nous savons fort bien gérer l’eau et nos ressources naturelles ! C’est parce que ce ministère existe que nous savons exactement à quel point nous manquons d’eau !

Aaaaaaaaaah ! Alors tout s’explique. Le rôle du ministère est donc d’avertir que nous n’avons pas d’eau là où il faudrait en avoir. Et de coucher tout ça dans un beau document sur papier glacé. Et quand on lit le dit document, on a confirmation…

Tiens, non : le document est un long descriptif de ce que fait ou fera la France pour gérer son eau. En clair, ceci revient à admettre de facto ou bien que la gestion de l’eau en France, c’est pas top (puisque nous subissons la sécheresse), ou alors que ce que nous allons faire aurait dû être fait bien plus tôt, ce qui tend à montrer que si le ministère est expert, ce n’est pas sur de longues années de pratique qu’il peut appuyer son expertise.

Sur quoi, alors ?

Les jolies photos qui documentent agréablement le document sur papier glacé, je suppose. Ou le magnifique logo « Respectons L’Eau » au design délicieusement débile.

On rigole, on s’amuse sur le dos du ministère de l’environnement, pardon de l’écotruc et du machin bidulable, mais, peut-on se dire, c’est normal : ce ministère est un petit furoncle ministère sans moyens. Il fait ce qu’il peut ! Les brochures sur papier glacé ne sont pas bien à-propos, mais bon, avec de petits moyens, on a de petits résultats.

Qu’à celà ne tienne ! Penchons-nous rapidement sur un ministère joufflu, doté de vrais moyens, lui ! Un ministère qui en a, et dont le titre est lui aussi ronflant, et en deux parties, histoire d’en faire une belle paire : le ministère de L’Economie ET des Finances. Parce qu’en France, de la même façon que nous avons Fromage ET Dessert, ou une écologie ET un environnement qui se veut durable, nous avons une Economie, et mieux, nous avons des Finances. Apparemment, les novlangueurs fous n’ont pas jugé opportun le sobriquet Ministère de l’Economie Et des Finances Durables. Manque de couilles, peut-être.

Non, la vaste blague n’est pas là[1].

Elle réside plus sournoisement dans la partie « gestion de la Dette ». Là encore, joli site, petites vignettes colorées. Ton plus sobre (on traite de sous-sous, pas de petites plantes et de petits cours d’eau, ici, c’est du sérieux pas poétique). Mais résolument, on veut faire fashion (pas de pages en HTML brut, merci).

Concrêtement, on se contentera, dans le site, de décrire par le tenant et les aboutissants l’ensemble de notre dette, en nous disant à quelle point elle est bien gérée, bien découpée, bien achetée et bien vendue. Et surtout, qu’on continue, tous les jours, d’en émettre.

Parce que, ma bonne dame, l’Etat Français, ça en bouffe, de la dette ! Et tous les jours ! Et par paquets de … Par milliards.

C’est comme ça : quand on est riche, on fait des dettes.

Etonnant de constater que lorsqu’on est nettement moins riche, voire presque pauvre, les dettes, on les rembourse. Eh oui. Pendant que la France s’appauvrit, l’Algérie s’enrichit.

Mais je suis sûr qu’un beau matin, nous verrons, sur le site du ministère, ou l’un de ses affidés, un petit opuscule sur papier glacé au titre bien conçu, comme par exemple : « La politique de la dette en France – l’expertise française au service de l’action internationale » ou un truc du genre.

Avec un peu de cynisme, et en toute bonne logique, le ministère de l’Administration se devra alors de produire un magnifique document de synthèse, sur papier glacé, au titre évocateur : « La politique des Conseils Qu’on Aurait Dû Suivre en France – l’expertise française au service de l’action internationale ».

Tous les jours, l’état, son gouvernement, ses commis et les hommes politiques qui les soutiennent nous montrent à quel point dispenser des conseils est aisé, et les appliquer décidemment hors de leur portée.

Notes

[1] Encore que j’aurai pû m’arrêter là.

J'accepte les Bitcoins !

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Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires7

  1. SilenT BoB

    Ah la la les fameux OAT qu’un jour que quand on sera vraiment dans la merde ils vont nous mettre encore plus dans la merde, que comme ces cons ils ont pas compris qu’un jour le taux qui lui est sur le marche va serieusement grimpe a cause de notre situation (on est toujours AAA mais on a eu droit a un warning quand meme). Quand on voit qu’acheter de la dette francaise rapporte plus qu’un pauvre petit livret A (ouh la tout ce qu’ils se font comme pognon avec ca vous avez pas idee!!!) et j’en passe et des meilleurs, mais si un jour on passe en AAB ou carremment BBB ca va etre violent le taux!

    Ah le ministere de l’economie (deja on se demande si ils y connaissent quelque chose) et des finances (la a ne pas en douter on a un doute moulte doute).

    quant au ministere du "l’environement de france que le gere bien ma p’tite dame", lui ressemble a un no man’s land total, puisque les entreprises creent toutes des solutions, alors que le ministere on se demande ce qu’il fout!

    de toute facon tout est bon pour depenser du pognon, je table sur un ministere de la connerie publique pour dans 5 ans!

  2. arnaud

    "L’inflation progressive des titres, dénominations, et fonctions au sein des institutions étatiques est très symptomatique d’un manque quasi-freudien de substance."
    Tout simplement excellent.

  3. pp

    On ne gère pas l’eau, on gère seulement la pénurie d’eau. Nuance ! ;-)

    Sinon je crois qu’on est d’accord, ce ministère ne relève pas de la politique mais du marketing électoral. Il faut bien que les politiques masquent leur nullité par ce concept pompeux de développement durable (ou du râble, c’est comme on veut;-).
    S’ils s’inquiétaient réellement du développement dans la durée, ça fait longtemps qu’on aurait changé de politique.

    Pierre

  4. Exu

    Félicitations ! Excellente article. Surtout le passage Freudien. Magnifique exemple de l’incurie de la classe politique et de l’abusrdité du "tout-à-l’Etat".

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