Guerilla Jardinière

Dans la panoplie du bienpensant, il existe une notion fondamentale : l’implication. Sans cette implication du citoyen, de l’individu, de la masse, du peuple, de l’autre, et, de façon générale, de celui qui ne partage pas a priori l’opinion du bienpensant, point de salut. Tout comme il faut mobiliser, le bienpensant doit impliquer. Et pour impliquer, rien de tel que mouiller la cible dans toute action qu’on pourra attacher au soutien de telle ou telle cause.

Pourquoi impliquer ?

La mécanique est simple : pour obtenir quelque chose, dans ce bas monde démocratique (loi du plus grand nombre, gnagnagna), il faut être nombreux. Ou, à défaut, faire seul autant de bruit qu’à plusieurs. Quelque soit la cause, en partant 500, si l’on braille assez fort, on se retrouve 5000 en arrivant au port. Le tout, c’est d’avoir du coffre, ou du culot.

Le meilleur moyen de grossir artificiellement les rangs, outre le truchement mathématique qui consiste à trouver un ou des zéros, c’est de proposer des actions dont l’ampleur fait que tout un chacun ne peut officiellement se déclarer contre sans risquer les regards courroucés ou le délit d’opinion non conforme ; c’est aussi de proposer des thèmes qui touchent le plus grand nombre, sans possibilité d’échappatoire.

En gros, le bienpensant propose de lutter contre tel ou tel fléau, en expliquant calmement que celui qui ne se déclare pas clairement pour cette lutte, celui qui ne le soutient pas ou seulement du bout des lèvres, est effectivement contre lui. On retrouve ici le bon vieil adage du « Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi », soit une forme très particulière de logique du tiers-exclu, ou l’option « non, je m’en fiche » n’est pas envisageable.

En bref et finalement, pour donner de l’importance à un mouvement, il faut impliquer un maximum de gens. De la même sorte qu’on rend un crime plus facile à exécuter en impliquant un grand nombre de personnes, ceci diluant la responsabilité, on cherchera donc à impliquer un maximum de citoyens dans toute action dont le but réel est soigneusement déresponsabilisant.

Toute cette réflexion sur l’implication m’est apparue quand je suis tombé sur une proposition (pas récente, mais peu importe) d’un collectif informel contre, je cite, « la destruction de l’environnement », et qui propose aux lecteurs de se joindre à une « guérilla jardinière » intitulée SOUS LES PAVES LE POTAGER.

Petit moment de bonheur à la lecture de cet Objet Voleur Non Identifié :

Une guérilla jardinière c’est quoi ?
C’est une déambulation festive durant laquelle des citadins et citadines sèment des graines et plantent des pousses dans la ville pour résister à l’asphalte et au béton.
Une guérilla jardinière pourquoi ?
Parce que c’est tranquille, parce que c’est sympa et familial, parce qu’ils faut rappeler aux urbains qu’ils vivent dans l’artifice.
Parce que nous en profiterons pour faire connaître des associations qui militent pour le respect de l’environnement végétal… la dénonciation des OGM et de l’agro-industrie au profit du développement de l’agriculture biologique et raisonnée… pour l’arrêt du nucléaire et contre la dissémination des armes à l’uranium appauvri, des métaux lourds et de la dioxine… pour les vélos et les transports publics gratuits et contre la dictature des bagnoles.
Pour résumer, cette guérilla vise à poser une petite graine pour promouvoir une remise en cause globale de la société industrielle par la Décroissance.
Dites le avec des plantes !
Pourquoi festive ?
Parce que des fanfares et battucadas, conteuse, jongleurs, échassiers et monocycles seront de la partie. Parce que vous pouvez venir costumés et bariolés, vos graines et vos boutures, votre arrosoir et votre brouette… et même vos instruments de musique ou vos balles de jonglage !

Eh oui, de nos jours, pour dénoncer les OGM, la société industrielle, les armes à l’uranium appauvri, les métaux lourds, la dictature des bagnoles, on plante des graines en fanfare.

Cet appel contient d’un coup un véritable condensé de tous les poncifs caricaturaux sur les altermondialeux, altercomprenants et alterpensants que notre pays produit maintenant à un rythme effrené.

On y retrouve ainsi les dénonciations sans queue ni tête de tout et n’importe quoi, caractérisées par la peur compulsive de tout ce qui est nouveau, incompréhensible simplement, hors du contrôle des collectivistes, et aux mains du marché (donc de personne, mon dieu mon dieu Ginette ils nous détraquent le temps avec leurs satellites !).

On lit dans ce notule les bonnes vieilles recettes de novlangue tordant le sens des mots pour faire passer des petits messages sournois – d’ailleurs, le message sournois est devenu une marque de fabrique de l’altercommuniste :

  • on dira « agriculture raisonnée », pour bien faire passer le message que les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture industrielle, intensive, le font de façon totalement irraisonnée – je suppose que dans l’imaginaire cocollectif, le paysan intensif sème des graines à tout vent, à la mitrailleuse lourde, et entasse les vaches, cochons, couvées, les uns sur les autres, en dépit du bon sens, dans un improbable tétris animalier au score incalculable…
  • on dira « transports publics gratuits » parce que « transports publics payés par ceux qui les prennent et ceux qui ne les prennent pas aussi », ça ne sonne pas bien – moins marketing, finalement.
  • on dira « dictature des bagnoles » parce que « voiture », c’est trop noble, et que les voitures, c’est bien connu, écrasent le petit piéton dès qu’elles le peuvent. D’ailleurs, le seul agriculteur qui vaille est celui qui n’utilise qu’un char à boeufs, pas de tracteur, lui aussi polluant et dictatorial, je suppose.

On notera enfin la présence quasi humoristique – mais sans le vouloir – de l’adjectif Festif. Non non, je ne l’ai pas ajouté : c’est bien d’eux. Eeeeeh oui, mes petits amis : il faut que ce soit festif. D’ailleurs, de nos jours, on accolera l’adjectif à toute manifestation, parce que la Joie De Vivre, dans une fête collectiviste, c’est du Garanti Sur Pièce ! Si c’est citoyen, c’est forcément festif ! Si c’est de l’art, si c’est payé par tous, et si c’est pour l’intérêt général, c’est Festif.

Il manquerait presque un petit Convivial.

Le plus intéressant, dans tout ça, est que ce billet quasi-caricatural est de 2004. Depuis, les messages (citoyens et … bref, passons) n’ont pas évolués.

Ce pays s’enfonce doucement. Les petites bulles qui crèvent à la surface témoignent qu’un jour, ici, se trouvait certainement quelque chose, probablement d’assez gros. Mais petit à petit, les bulles disparaissent.


Magie d’internet, on retrouvera ce notule ici.

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Commentaires17

  1. arnaud

    Je n’arrive pas à me décider si je dois rire (pour la qualité du billet et le ridicule des altermondialeux) ou si je dois pleurer parce que un jour, il vont vraiment finir par y arriver.

  2. chris

    Et le pire, c’est qu’ils sentent des pieds.

    Cher H16, je ne comprends pas pourquoi vous usez (?) votre talent à épingler ces doux cons, ces chèvres humanoïdes à bulbes pink.

    Laissons-les à leur délires "festifs".

    Vous êtes tel le taureau, pointant vos cornes en soufflant vers le drap rouge agité devant vos yeux (mais pas bovins, hein).

    Ah j’oubliais de vous dire : nous avons aujourd’hui un temps magnifique à Bangkok.
    ;-)

    Hauts les coeurs !

  3. C’est thérapeutique. Et accessoirement, si j’arrive à faire rigoler quelques lecteurs, c’est toujours ça de pris ! La vie est suffisamment pête-noisettes pour ne pas passer à côté d’une occasion de se fendre la pêche. Et si à Bangkok il fait beau, ici, il fait assez beau aussi – frais, un peu de soleil mais pas trop. Le réchauffement climatique ne semble pas nous avoir encore touché…

  4. PingouinProteine

    A montreal ca transitionne de Hyper-pourri a chouette.
    Aujourd’hui j’ai un gros chien chez moi, il vous dit bonjour.

    H16 se venge des fluffys car il est jaloux de leur style au jonglage.
    Moi je serais plutot jaloux de leurs talents au tambour/congas.
    Et puis l’etat c’est trop theorique.Le fluffy est une cible bien concrete.
    ;)

    pp

  5. SilenT BoB

    Il y a pire que le fluffy!
    LE POUNCHE! Etudiant typique en poncho de la faculte de lettre, histoire, social et quelques uns de la fac de science!
    Vous les voyez de temps en temps, ils ont l’air hagard, les cheveux long souvent, la barbe, l’hiver c’est souvent bonnet peruvien.
    Ceux la sont pire que les fluffy!

  6. Effectivement, je vois de temps en temps passer un « pounche ». Redoutable traîne-savatte aux idées courtes, un peu crassou, il fut l’un des plus ardent défenseur du Job Pépère Comme Papa en bloquant les facs cet hiver contre le CPE…

  7. Floukatchi

    avec le sac avec les petits morceaux de miroir pour les filles ?
    Qui jongle sur les pelouses?
    Qui joue du tamtam ?
    Qui fume des deux feuilles avec un tout piti peu de peuneu dedans et beaucoup de Drum ?
    Qui ecoute les taites raides la tordue manu chao mano solo mickey 3d et autres en boucle festive et citoyenne ?

    FLoukatchi

  8. Franck

    Allez, pas d’amalgame ni de classification systématique, comme aiment à le faire nos chers collectivistes…

    Je connais au moins une personne (de ma famille) qui, bien qu’étant assez fan d’un look plutôt cool (avec parfois le bonnet péruvien et le sac qui va bien ;-) et des artistes musicaux cités, est un libéral convaincu, un de mes rares interlocuteurs à propos du libéralisme et accessoirement un fidèle lecteur de h16, dont il apprécie l’humour et le style. (Vinz, je suis sûr que ces railleries ne t’ont même pas atteint à la cheville)

    L’habit ne fait pas le moine!

  9. Pingouinsubmachinegun

    @Franck
    alors la je suis souffle :)
    je me demande si ton ami est unique et exceptionnel ou s’il prefigure un truc social…
    pour la musique, il peut ecouter ce qu’il veut; apres tout on peut critiquer la glabre perfection des mannequins de pub et aimer quand meme ce qui n’a ni couille ni poil.

    Ping

  10. Franck

    «alors la je suis souffle»
    Mais non, faut pas ;-)

    A l’instar de Christian Michel (http://www.liberalia.com ), je pense que beaucoup de personnes ayant des sympathies plutôt d’extrême-gauche sont susceptibles de s’intéresser finalement au libéralisme, pour peu qu’on leur fasse découvrir la réalité de ce qui se cache réellement derrière le terme.
    La plupart étant déjà méfiants à l’égard de l’Etat et des privilèges, donc quasiment anarchistes, il ne manque aux plus honnêtes qu’à saisir les notions de liberté/propriété/responsabilité individuelles et ce qu’elles impliquent pour basculer. Souvent définitivement.

    C’est mon cas, moi qui auparavant, abreuvé de flots d’information social-démocrate, ai même voté Besancenot… Puis j’ai eu un accès plus large à l’internet et aux libéraux qui y sévissent.

    C’est aussi le cas de mon cousin, qui a découvert Bastiat et ses petits camarades lorsque lui et moi avons discutés de la question du vote oui/non à la constitution européenne.
    Et c’est pas pour autant qu’il a changé ses goûts vestimentaires et musicaux et qu’il s’est mis à porter chemise, pantalon à pinces et mocassins à glands ;-)

  11. arnaud

    Le changement vestimentaire vient plus tard, mais il est inéluctable. J’en suis pas encore aux mocassins, mais la veste en tweed avec les patches en cuir, j’adore.

  12. Non, l’habit ne fait heureusement pas le moine… Mais nous y reviendrons dans un billet que je suis en train de préparer pour un jour ou l’autre.
    Ceci étant, effectivement, le libéral peut se recruter dans les gens portés à gauche ; à cela, une raison simple : pendant longtemps, le libéralisme, humanisme généreux, a été porté par des gens de tous horizons mais notamment à gauche. On y retrouve beaucoup de personnes réellement ouvertes. Cependant, le socialisme, le communisme et tous les collectivismes ont compris toute la force qu’ils pouvaient tirer de l’utilisation de ce penchant : en se présentant comme les seules doctrines porteuses de valeurs humaines, sauvant la veuve et l’orphelin, elles ont détourné du libéralisme beaucoup de personnes qui lui auraient été naturellement vouées.

  13. Polypreuctemusque

    Tweed, patches….
    Derrick?
    En meme temps il est notoire que les liberaux affectionnent les coupes de cheveux de jeune premier (comme aurel) ce qui n’est pas rock’n’roll (mais neammoins tres renouvelable (sous peine de coupe casque) ) et les vetements d’intellectuels OU les complets de vendeur de telephone meme pas faits de maniere equitable (ce sont des petits enfants qui ont fait les pompons de leurs mocassins pour ne pas se prostituer. Des fois un trader de wall street vient personnellement sur place les fouetter un peu, bien fait).

    Salauds de petits enfant toujours prompts a se prostituer pour un rien, des coups de pied au cul oui !

    P.

    Et la fourrure equitable renouvelable? Personne n’en parle.
    Pourtant on pourrait faire pousser des culs de lapin en hydroponique pour faire des manteaux vert et rose ou bleu pale et jaune rien que pour les liberaux.

    P.

  14. Jesrad

    "A l’instar de Christian Michel (www.liberalia.com ), je pense que beaucoup de personnes ayant des sympathies plutôt d’extrême-gauche sont susceptibles de s’intéresser finalement au libéralisme, pour peu qu’on leur fasse découvrir la réalité de ce qui se cache réellement derrière le terme.
    La plupart étant déjà méfiants à l’égard de l’Etat et des privilèges, donc quasiment anarchistes, il ne manque aux plus honnêtes qu’à saisir les notions de liberté/propriété/responsabilité individuelles et ce qu’elles impliquent pour basculer. Souvent définitivement."

    C’est très vrai !

    Les socialeux ("partageux" comme y disaient dans l’temps) sont avant tout mo-mo-motivés par des principes de _moralité_ et c’est sur ce terrain qu’ils faut les convaincre !

    Faites-les lire Murray Rothbard, quand celui-ci parle de rétablir la légitimité des pauv’ nagriculteurs du tiers-monde. Faites-leur découvrir pourquoi l’aide internationale, c’est les pauvres des pays riches qui paient les riches des pays pauvres. Démontrez-leur l’hypocrisie des politocards qui font flamber le Smic pour mettre au chômage les jeunes descendants d’immigrés.

    Il y a tellement de bonnes raisons morales d’être libéral !

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