Cachan ce squat que je ne saurai gérer

L’état, c’est cette merveilleuse fiction qui nous permet de résoudre les problèmes qu’on n’aurait jamais eu s’il n’existait pas. Et que serait la vie sans ces problèmes créés de toute pièce ? Morne, probablement … Heureusement, dans notre beau pays, la droite comme la gauche se sont donné le mot pour nous augmenter le bulbe étatique, et, par là, accroître nos problèmes dans des proportions dantesques. Youpi, nous n’aurons pas à nous ennuyer, l’état s’ingénie à nous occuper !

Et ce qu’il y a de bien avec les problèmes créés par l’état, c’est qu’ils sont élastiques et, comme un élastiquent, lui reviennent – schplaf – dans la figure.

Prenons un cas concret : le logement. Sans état, il s’agit d’un marché : des gens construisent des maisons, et y habitent. D’autres n’y habitent pas, et les louent. Certains vont donc acheter des maisons, d’autres les louer. Tout le monde a besoin d’un toit, mais tout le monde n’a pas les mêmes moyens pour y parvenir : des propriétaires (plus ou moins gros) se spécialiseront donc qui dans les loyers haut-de-gamme, qui dans les loyers modérés, pour que l’ensemble du marché soit bien couvert. Non parce que les propriétaires sont philantropes, mais précisemment parce que c’est leur intérêt financier bien compris…

Mais, me direz-vous, tout ceci n’est point drôle : ajoutons un peu de piment à la situation par le biais de l’état. Ceci aura lieu en deux phases.

La première phase sera introduit par une poignée d’aigris ou de jaloux, renforcés d’une armée bien-pensants gentils comme tout. La poignée d’aigris ne supporte pas, viscéralement, que certains propriétaires s’enrichissent en louant des appartements. Ces aigris, choppant alors dans leurs manoeuvres des personnes nécessiteuses, les présenteront comme des victimes de ces abominables propriétaires qui préfèrent les laisser mourir dehors. Dans ces cas-là, si, précisemment, on aurait bien besoin d’un toit, on acquièsce vigoureusement : « Oh oui, les abominables propriétaires préfèrent me laisser mourir dehors ».

Le décors est campé, la seconde phase peut débuter. Pour celle-ci, c’est l’armée des bien-pensants qui sera utile. Alarmés par les messages tristounets et volontairement lacrymogènes des aigris (et, logiquement pour le coup, des nécessiteux), ces bien-pensants vont immédiatement proposer une solution.

Attension, lecteur benêt : ne te méprends pas ! Il ne s’agit pas ici, de la part du bien-pensant, de proposer son propre logement pour aider ceux qui en ont besoin. Non plus qu’il ne s’agit pour ces Coeur-Sur-La-Main de payer tout ou partie d’un loyer pour ces personnes… Non ! Il s’agit d’utiliser l’argent des autres :

  • plus abondant, il permettra largement de « résoudre » le problème puisque, comme chacun le sait, tout problème peut être résolu en lui jettant à la face des tombereau de fric
  • l’argent c’est sale, c’est malsain, c’est probablement vecteur de maladies, et en plus, ça rend moche, tout le monde le sait. Il faut donc tout faire pour en départir ceux qui en ont plus que les bien-pensants
  • l’argent des autres, c’est celui qui fait le moins mal. Et quand on fait payer à tous les avantages de certains, c’est beaucoup moins coûteux. Presque indolore ! Pourquoi s’en priver ?

Le bien-pensant va donc s’agiter dans tous les sens, organiser une merguez-partie manifestation de soutien, et, ne reculant devant aucune arme, va sortir son dictionnaire novlangue pour : « interpeller les politiques », « mobiliser la citoyennitude qui nous touche tous », « responsabiliser le collectif » et « conscientiser les responsables gouvernementaux ». En bref : faire du lobbying de rue pour forcer un nouvel impôt, une nouvelle loi.

De fil en aiguille, d’années en années, on trouvera alors de nouvelles lois pour louer son bien, de nouveaux impôts sur ce qui vous appartient mais pas tout à fait, des règles pour construire, pour mettre en vente, etc…

A passage, si nous transposions la logique enfantine du logement sur les fraises Tagada, nous aurions à peu près ceci : comme certains d’entre nous n’ont pas accès aux fraises Tagada, il doit absolument être mis en place deux choses, à savoir un impôt tagadofraisier (ou fraisotagadier, ne chipotons pas) qui prélèvera une fraise Tagada sur chaque paquet de 20 fraises, et des règles sur la possession et l’échange de fraises Tagada pour éviter que certains ne se soustraient à l’impôt. Les fraises versées à la collectivités seront alors distribuées au plus nécessiteux par un organisme alakon (c)(tm)(r). Evidemment, cet organisme se rétribuera en fraises Tagada.

On pourra m’objecter que les fraises Tagada ne sont pas un besoin aussi prégnant qu’un logement. Soit. Mais si le développement tagadier est absurde, pour des question d’éthiques, de logique et de pratique, on se demande bien pourquoi il n’en serait pas de même pour l’immobilier…

Bref.

A ce point précis, nous nous retrouvons donc avec un marché de l’immobilier complètement sursaturé de lois, règlements, contraintes administratives diverses et variées. Dans le même temps, il apparaît clair que (et ce depuis des années, voire des décennies), le nombre de mal-logés ou de pas-logés-du-tout ne diminue en rien. Les petits excités de l’aide compulsive par les autres n’ont cependant pas manqué d’action…

Le lien logique (excitations sociales <=> nombre de squatteurs/SDF) n’est pourtant pas fait. Continuons donc.

Jusqu’au jour où, pour des raisons de salubrité, de simple application de tout le foutoir de lois, contraintes, règlements divers, il faille expulser, déplacer, virer, nettoyer les populations qui, par le jeu même de ces lois, contraintes, règlements divers, se sont retrouvés dans la situation délicate de squatter.

Pour le cas de Cachan, on a un exemple ahurissant de la bêtise étatique stade pentasomique homozygote baveux. Les squatters sont dans des locaux qui, jadis, étaient détenus par l’état. A ce moment, il est utile de noter que :

  • L’état était donc responsable de la vétusté de ces locaux.
  • Il était aussi responsable d’avoir laissé des gens s’installer dans ces lieux.
  • C’est aussi l’état qui délivre ou non le permis de séjour, et qui régularise ou non les squatteurs concernés
  • Il était responsable de leur expulsion.
  • Et pour finir, où l’état « stocke » les victimes de son incurie ? Dans un gymnase public, à la charge … de l’état là encore. On n’avance pas.

Le plus beau, dans tout ça, c’est qu’une fois dedans jusqu’au cou, les politocards divers qui produisent de l’état et attendent tout de lui continuent de danser la polka ce qui accroît encore leur enfoncement nauséabond : pour résoudre le problème des relogements de squatteurs, ils vont – vite vite – trouver des locaux pour ces derniers dans … les logements sociaux.

On appréciera énormément la plaisanterie, surtout quand, en attente depuis des mois, voire des années, étant citoyen, se faisant turbiner le portefeuille par le fisc avec régularité, on se fait gentiment doubler par des victimes devenues étendards d’une certaine action politique collectiviste. Le tout pour éponger les empilements d’erreurs de l’état. Par la suite, je suppose qu’on trouvera un système (étatique, cela va de soi) pour corriger cette nouvelle erreur.

Décidemment, avoir le coeur sur la main, c’est bien joli, mais on notera que ce n’est pas là qu’il fonctionne le mieux. Et en tout cas, porter son coeur en étendard n’a jamais permis de résoudre les problèmes, à plus forte raison quand on y mêle l’état.

http://tf1.lci.fr/infos/france/0,,3326286,00-cachan-logements-disposition-pour-squatteurs-.html
http://www.lefigaro.fr/france/20060831.FIG000000075_squatteurs_de_cachan_le_maire_perd_patience.html

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Commentaires6

  1. Cédric

    Très bon billet.
    Pour pousser l’analogie avec les fraises Tagada, on pourrait dire que l’Etat est un peu ce gros dur du cm2 qui, pour remédier la générosité excessive et fondamentalement injuste de mes parents, voulait assurer la répartition de mes richesses-fraises Tagada entre lui et lui-même.
    Pauvre de moi, vous réveillez d’atroces traumatismes ;-)

  2. Gaël

    Cher h16, comme bien souvent à la lecture de tes articles, les bras m’en tombe. Je les ramasse pourtant bien vite et là, paf, une question vient me tarauder l’esprit : faut-il boycotter les fraises tagada ?
    Sinon, j’en viens à me dire qu’en France, le terme "marché" semble prendre une signification très subtilement différente de celle qu’on attendrait innocemment. Du coup, pour lever les doutes et les ambigüités, je propose le terme ‘Machin’, déjà usité ici même. On aurait ainsi le Machin du logement, le Machin de l’emploi… Pas de doute, maintenant, que c’est quelque chose de typiquement français ^_^

  3. Nyarlathotep

    Excellent billet !

    Ce midi, à table, je me suis trouvé cerné par des gauchos. Je subis une demi-heure de poncifs, parfois hallucinnants, sur Bush, sarkozy et l’électricité-qui-marche-pas-en-Californie-depuis-qu’elle-a-été-privatisée (ce que j’appelle les discussions "train anglais"). Quand les discussions partent comme ça dans l’irrationnel, ce qui arrive assez souvent quand on a affaire à ces petits-bourgeois bien-pensants qui semblent constituer l’épine dorsale de la gauche française, je préfère me taire. Puis je discute avec mon voisin de gauche (sans jeu de mot ! heu si en fait), un étudiant en droit des affaires, qui me dit vouloir travailler deux-trois ans aux Etats-Unis ou au canada dans un grand cabinet, pour se constituer un carnet d’adresses. Puis revenir en France, s’installer dans un petit cabinet, et rapatrier la clientèle des fonds de pension. Je lui dis que je trouve un peu culotté de sa part de critiquer le libéralisme et le capitalisme comme il le faisait 5 mn avant, vu ses projets de carrière. Et que de toute façon revenir en france est idiot, il ne pourra pas bosser tranquille et se heurtera en permanence aux réglementations idiotes et aux magouilles. Ha, mais je mésestimais le bonhomme, car il me sort: "oui mais en france on a besoin de gens comme moi, plus l’Etat sort des règlementations que personne ne comprend, plus les gens sont obligés de venir me voir…" Son portable a sonné au moment où je lui répondais qu’il était donc immoral. Il y a de ces moments où je sens ma digestion en péril…..

  4. Pingouinproteine

    @Nyarlathotep:
    ahah! mais votre collegue n’est pas moral pour etre moral, il l’est pour survivre au sein de ses congeneres gauchoidaux !
    ca se fait pas de repondre au portable a table, comme quoi on peut etre moral et mal eleve :)

    ping

  5. RonnieHayek

    "L’état, c’est cette merveilleuse fiction qui nous permet de résoudre les problèmes qu’on n’aurait jamais eu s’il n’existait pas." Un apophtegme qui pourrait être appelé à remplacer la mémorable définition de Bastiat !

    Comme toujours, un billet jubilatoire.

    Dans la question du logement, un point qu’il faut aussi relever est le cas où les pouvoirs publics foutent propriétaires et locataires à la rue, manu militari, en invoquant "l’intérêt général", cache-sexe avenant dissimulant des rêves de grandeur pharaonique (et sans doute aussi quelques mirobolants dessous de table). Exemple : chacun-pour-soi.blogspot….

  6. Jesrad

    Si ce n’est pas malheureux, tous ces gens qui n’ont pas de toit… J’ai une idée (en fait, elle m’a été soufflée par nos chers irrationno-gauchistes): Yaka passer une loi qui rende le toit obligatoire. Rendons la sans-toititude illégale ! Ca fera FORCEMENT apparaître des toits pour tout le monde !

    Ah, la "loi", cette formule magique par laquelle la Gauche veut résoudre tous les problèmes.

    Comment repère-t’on un socialiste dans une foule ? C’est facile: on feigne d’avoir une crise cardiaque, et le type qui crie aux autres qu’il faut que "quelqu’un" (sauf lui-même) fasse "quelque chose" et vite, c’est un socialiste.

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