Le couinement vers le bas

Il existe deux types de couinements. Le couinement vers le haut, c’est la plainte qu’on émet vers son chef, sa hiérarchie, le gouvernement ou les élites. L’autre type, c’est le couinement vers le bas. Ce dernier a quelques caractéristiques intéressantes qui permettent de mettre en lumière le fonctionnement des sociétés dans lesquelles nous évoluons, et, peut-être – soyons fous -, de trouver dans les blogs un moyen alternatif de changement de ces dernières.

Dans une équipe de travailleurs, de cadres, d’ouvriers, de castors ou de ratons-laveurs de combat, le principe de management doit toujours être le même : les plaintes, couinements et pignouseries vont vers le haut, pas vers le bas.

Pourquoi ? Parce que le couinement vers le bas déclenche progressivement un effet de meute qui coagule les classes laborieuses et autres sous-fifres dans une logique de révolte. C’est un vieux truc que les managers tendent à eviter absolument. Pour obtenir une équipe soudée, il ne faut surtout pas laisser s’installer la dissension, les remarques acidulées, le cynisme ou le « mauvais esprit ». On se doit le canaliser.

Dès lors, chaque plainte doit être traitée individuellement, et lancée vers le haut de la hiérarchie, car c’est seulement de là, de toute façon, que peut venir la moindre solution. Et si ce n’est pas toujours vrai, on fera de manière à le présenter de la sorte pour éviter les retombées pluvieuses de pleurs et grincements de dents … vers le bas.

Prenons un exemple typique : les syndicats, qui ont parfaitement compris ce mécanisme. Ils fonctionnent exactement selon ce principe, à plus forte raison quand ils sont issus de mouvements collectivistes à tendance « révolutionnaire ». Ils envoient de la complainte vers le bas pour fédérer tous les travailleurs dans une « bulle révolutionnisante », mais, au sein même de leur groupe, ils découragent évidemment tout analyse critique parmi les troupes ; le contraire serait stupide, aucune équipe fonctionnelle ne peut se le permettre : c’est la fonction du chef de prendre tous les commentaires, couinements et ronchonnements, de les trier, de choisir d’en ignorer certains ou de distribuer des tâches pour des solutions.

Finalement, sur le plan organisationnel dans un groupe, dans une entreprise, c’est un bon principe : c’est de là que viendra la force de résistance individuelle de chacun des éléments de l’équipe, et, par rétro-action, une certaine forme de définition individuelle : il n’y a pas de caractéristique de groupe, seulement une somme de caractéristiques individuelles ; mieux : chacun va se définir aussi bien comme étant membre d’un groupe, mais utiliser sa résistance individuelle dans ce groupe pour mieux se définir soi-même.

Les Etats qui cessent d’utiliser les principes de l’équipe (qui sont clairement des principes totalitaires, mais fonctionnels) sont voués au chaos par manque à leurs propres principes fondateurs : chacun des individus qui les composent manque de maintient, ne sait littéralement plus se tenir lui-même, et chplaf, l’ensemble s’écroule. Par nature donc, l’état ne peut être que totalitaire. Ce qu’on peut alors parfaitement tolérer (et qui fonctionne) au sein d’une société privée, dans un groupe particulier, pour un temps fini et dans un cadre légal clair, ne peut, au niveau d’un Etat, aboutir qu’à une forme totalitaire d’assujetissement de chacun des individus au groupe si l’état veut perdurer. Un Etat, en effet, sombre soit dans le totalitarisme quand il traite parfaitement la complainte vers le haut, soit, incapable de gérer les couinements, dans le consensus mou qui entraîne son propre délitement.

Avec la social-démocratie, on observe exactement ce délitement. Avec l’arrivée au pouvoir de partis totalitaires ou totalisant, on assiste à l’autre évolution possible, qu’appellent de leur voeux – et sans réellement le comprendre – les gens qui, lucides, voient l’Etat et la forme d’ordre qu’il propose, partir en sucette.

Si l’on aborde les blogs, et notamment les blogs libéraux, le bloggeur libéral est précisément en faute vis-à-vis de ce fait, puisqu’il parle au peuple, à tous. Il produit du couinement, mais, de par le statut même de blog, le dirige vers le bas – on notera au passage que ce blog n’échappe pas à ce phénomène ;)

Si le discours critique blogguesque du libéral est relativement bénin (il pousse en effet à la responsabilité individuelle), le martelage incessant des media nationaux est quant à lui subtilement délitant, de par son côté désengageant de l’équipe, démotivant : la production, par exemple, de messages plaintifs sur le mode sécuritaire (local – petite ou grande criminalité – ou international – terrorisme -) dégouline vers le bas. Symétriquement, les media qui produisent des complaintes vers le haut (ça leur arrive) ne font finalement qu’empirer la puissance de l’Etat en favorisant son interventionnisme.

De la même façon, le discours socialiste de rébellion bienpensante (les discours « bobo », altermondialoïde et décroissant typiques) relayé par ces media est un facteur clair de destruction du tissu social (et de l’Etat) au même titre que la kollektivization d’à peu près toutes les formes de commerce et d’interactions sociales ces cent dernières années (ou plus).

A ce titre, reconnaissons que les cas des discours bobo, alter et décroissant ne sont pas les seuls : en fait, tout discours critique étalé sur la masse par les media deviendra rapidement une sorte de bouillie stupide, machine à créer des croyances plus ou moins idiotes… De la même façon que l’Etat, par nature, doit produire du totalitarisme pour perdurer, les média ont besoin, pour perdurer, de produire des couinements. L’acoquinement de l’Etat est des média est alors naturel, tant leurs buts sont complémentaires.

A l’aune de cette analyse, le bloggeur libéral aura donc tout intérêt à produire – autant que possible – du couinement vers le bas : le médium « blog » n’étant encore pas passé sous les fourches caudines de l’Etat, il reste alors un espoir non nul de voir le message libéral se répandre et provoquer un délitement salvateur…

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