Pour une poignée de chartes en plus

Devenir candidat de la République Fraônçaise devient un véritable parcours du combattant. Avant le septennat de Giscard, il fallait rassembler une centaine de voix d’élus, et hop, la candidature devenait possible. Mais depuis, les choses ont bien évolué.

Outre l’absolue nécessité de faire remplir un cahier de coloriage des gribouillages approximatifs de vagues élus, avec un quota d’au moins 500 crobards pour être validé, le candidat doit compter avec la pipolité.

De nos jours, pour obtenir un ralliement d’une certaine partie de l’électorat, le candidat ira chercher un soutient auprès de personnes connues du chobize, du cinéma, de la télévision, voire des journaux ou des livres, s’il veut faire ressortir son petit côté intello, par exemple. Evidemment, un bon auteur de livres vaut moins qu’un présentateur télé ou, mieux, qu’un chanteur ou un acteur de cinéma, mais dans cette course à l’investiture suprême, tout accroissement de pipolité sera bon à prendre.

D’un autre côté, et ce dans une espèce d’étreinte mortelle intéressante, un candidat crédible se verra aussi harcelé par toute une catégorie de personnes elles aussi suffisamment pipoles pour disposer d’un poids médiatique conséquent. Ces pipoles n’ont bien sûr pas été sollicités par le candidat : ici, l’action est initiée en sens inverse. C’est le pipole qui vient mettre son petit nez à audience garantie dans les affaires politiques. En général, il ne vient pas seul ; outre son nez, il peut venir avec des revendications, des questions, voire … une « Charte ».

Dans ce dernier cas, le pipole aura soin de nommer son intrusion dans le champ politique avec des mots choisis dans le champ lexical fumoïde que l’intelligentsia en place utilise tous les jours : le pipole, ce faisant, ne s’ingère pas dans la politique, il ne se découvre pas politicien ou ne récupère pas les enjeux politiques. Non. Il interpelle les candidats, il se sent investit d’un devoir de questionnement. Il exprime, au nom de tous ces citoyens qu’il représente, des craintes, des interrogations qu’il estime naturellement légitimes et fondées.

Alors que la pression augmente, les candidats ne peuvent plus y couper. Le couteau sous la gorge et la pression médiatique (bien plus que populaire) aux fesses, ils gribouillent eux aussi leur paraphe sur le premier papelard qu’on leur fourre sous le nez, qu’il concerne une recette de confitures, des droits bidons ou un engagement sur des comportements sexuels, écolocitoyens ou que sais-je encore. Ainsi, Quand Ségo hulotte,
Sarko hulotte aussi. Ou l’inverse. Peu importe.

Mais bizarrement (?), aucun ne semble là pour demander exactement en quoi le thème charté est plus important que, mettons, le chômage, les retraites ou la sécurité sociale. Ici, l’impact du thème se mesure en nombre de « Chlikah! » que font les flashes des photographes autour du signeur et du charteur. N’oubliez pas : le thème peut n’avoir strictement aucune influence sur votre vie de tous les jours, ce n’est pas ce qui compte. Ce qui compte, c’est le temps d’antenne, le buzz (= la pipolité) qu’on fera autour du candidat et/ou de l’encharteur. Petit à petit, ces chartes, engagements citoyens, projets de programmes et ajouts à la volée en fonction de l’actualité poussent de toute part.

La Forêt Enchartée s’agrandit, et bientôt, tous ses petits habitants s’agitent frénétiquement à chaque nouvel Encharté. Nicolas l’Encharteur, de sa baguette biomagique fait quelques petites pirouettes et propose quelques bons tours. Ainsi, l’habile prestidigicharteur nous propose-t-il ceci :

  • Considérer les enjeux écologiques comme une priorité commune qui dépasse les clivages entre partis politiques et faire de la France un pays exemplaire en matière de développement durable. Eh oui. Car le chômage est moins important que l’écologie. Bouffer à sa faim doit passer après vivre en harmonie avec les petites abeilles et les petit oiseaux.
  • Faire de la lutte contre le changement climatique et de la préservation de la biodiversité les déterminants majeurs de l’action publique, ce qui promet d’être un vrai casse-tête à la hauteur des capacités de nos politiques, d’une part pour comprendre ce qu’est vraiment un « déterminant majeur de l’action publique », et d’autre part pour l’associer à la lutte contre le changement climatique. Le lecteur avisé aura, dans l’espace « commentaires », toute latitude pour m’expliquer ce que veut dire cette phrase. Sincèrement. Je veux savoir, concrêtement, quel gâteau se cache derrière cette recette.
  • Mettre en place les outils économiques, juridiques, technologiques et éducatifs pour adapter ou réduire notre consommation en fonction des exigences écologiques et sociales actuelles et futures. Et on connaît déjà parfaitement les exigences actuelles, alors les futures, ce sera fingerinzenoze, comme on dit dans les milieux autorisés. En outre, la mise en place de tout ce bastringue garantit en soi d’aboutir au résultat escompté, comme c’est le cas, par exemple, pour le logement, la santé, l’éducation, la sécurité des biens et des personnes, etc… Si cela a merdé marché pour ces domaines, on doit pouvoir faire aussi nul bien voire mieux pour un concept aussi clair et précis que les « exigences écologies et sociales actuelles et futures ». Au travail !
  • Engager immédiatement une révision fondamentale des politiques de l’énergie, du transport et de l’agriculture. Dans quel sens ? On verra. Pourquoi ? Parce qu’on n’arrête pas de vous dire que sinon on est tous foutus ! On va tous mourrrrrrrir ! Il faut agir, viiiiiite, là, maintenant, et surtout ne pas paniiiiiiiiiiiiiquer ! Aaaaaaaaaah. Mais je m’emporte, bien sûr.
  • Se prononcer sur les dix objectifs et les cinq propositions concrètes pour un changement de cap présentés dans le livre « Pour un Pacte écologique » ou en résumé sur le site www.pacte-ecologique-2007.org ou, alternativement, répondre aux questions suivantes : « Je roule en 4×4 : A-oui B-non », « Je trie mes poubelles : A-oui B-non », « Je coupe tous les appareils en veille quand je sors de chez moi : A-oui B-non », « J’arrête de propulser de la chantilly sur mes fraises avec des CFC ou du butane sous pressions : A-oui B-non », « Je roule à l’alcool de betterave : A-oui B-non ». Si vous avez plus de B que de A, vous aurez à coeur de modifier rapidement votre comportement, et, en attendant, de vous coudre une petite étoile verte au veston. Elle servira plus tard.

Et puisque c’est dans l’air du temps, je vous propose une Charte du Libéralisme Durable[1]. Si un candidat est capable de la signer, il est peut-être intéressant…

Charte Du Libéralisme Durable
  1. Je cherche à découvrir et mieux identifier les collectivistes qui m’entourent, et, de la même façon, les libertés qui restent à protéger et celles qui sont à regagner.
  2. Je m’interroge sur la place des collectivistes dans l’univers du vivant. Je m’interroge vraiment. Et si je ne trouve pas de réponse, je passe au point suivant.
  3. J’ai conscience que le socialisme est un édifice théorique fragile, complexe et mortifère.
  4. Je réalise que sans libéralisme, il n’y a pas de futur parce que nos vies valent plus que leurs bonnes consciences.
  5. Je comprends que mes gestes, mes attitudes et mes désirs de liberté peuvent réduire le collectivisme et qu’on ne peut ponctionner les populations sans limite.
  6. J’adopte des comportements respectueux des autres, mêmes les collectivistes : on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux.
  7. Je participe ou mets en place des actions qui favorisent la liberté de chacun dans le respect de tous.
  8. J’encourage ma famille et mes proches à faire de même.
  9. Je deviens un ambassadeur du libéralisme durable : moins d’impôts, moins d’état, moins d’hommes politiques.
  10. Je réfléchis avant de signer des chartes.

Voilà une bonne chose de faite.

Maintenant, qui s’y colle ?

Notes

[1] On pourra lire la charte originale ici.

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Commentaires7

  1. Arno

    "Sans libéralisme, il n’y a pas de futur parce que nos vies valent plus que leurs bonnes consciences."

    Ca c’est du slogan qui envoie du gros ;-)

  2. Pongrouin Prothese

    "Faire de la lutte contre le changement climatique et de la préservation de la biodiversité les déterminants majeurs de l’action publique" signifie garder une temperature constante dans les bureaux de l’administration et preserver les animaux qui y prosperent.

    Pong

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