Livraison syndicalement correcte

Je suis client régulier d’Amazon, tant Amazon.fr qu’Amazon.co.uk d’ailleurs, ce qui me permet paradoxalement de bénéficier dans certains cas de livres en français importés d’Angleterre moins cher que localement. Ce qu’il y a d’intéressant, dans les grands réseaux de librairies en ligne, c’est la facilité fréquente offerte par la livraison gratuite. Mais las, ce serait compter sans l’admirable corporatisme fraônçais…

Et c’est ainsi que j’ai reçu ce mail :

Chers Clients d’Amazon,
Vous faites partie de nos meilleurs clients et nous vous remercions chaleureusement de votre fidélité. Depuis son lancement, Amazon.fr consacre toute son énergie à vous proposer la plus large offre de produits qui soit, au meilleur prix. Par exemple, nous appliquons en permanence la remise maximum autorisée de 5% sur les livres français.
Afin de faciliter la découverte des millions de livres qu’Amazon.fr propose sur son site, la livraison est gratuite en France métropolitaine pour tous les livres, sans minimum d’achats. Ceci autorise un accès plus facile et plus direct à la création littéraire, notamment pour ceux d’entre vous qui sont éloignés des points de vente physiques, ou qui ne peuvent s’y rendre facilement.
Aujourd’hui, votre droit à la livraison gratuite est menacé. Le Syndicat de la Librairie Française (SLF) a intenté une action en justice contre Amazon, et contre d’autres libraires sur le Net, visant à nous faire renoncer à la gratuité des frais de port sur les livres. Amazon.fr ne pense pas que cette action aille dans l’intérêt des lecteurs, ni d’ailleurs dans celui des auteurs et écrivains. Aussi allons-nous continuer à défendre vigoureusement votre droit à bénéficier de la livraison gratuite.
En tant que lecteur, votre opinion en la matière est très importante, et nous sommes persuadés que les libraires du Syndicat de la Librairie Française apprécieraient aussi de connaître votre avis.
Si vous tenez à la livraison gratuite, merci de nous le dire et de le faire savoir au SLF. Vous pouvez ainsi envoyer votre point de vue à Amazon (pour-la-livraison-gratuite@amazon.fr) et au SLF (slf@nerim.fr).

Une réponse s’impose, en l’espèce au syndicat en question. Je vous propose la suivante (que je vais moi-même envoyer à ce sympathique regroupement de bandits).

Chers syndiqués du SLF,

Consommateur régulier de livres et gros lecteur devant l’Eternel, je prends quelques minutes de mon temps et un peu du vôtre pour vous faire part de mon admiration pour votre juste et intelligent combat.

Je suis, je dois l’admettre, assez à l’aise financièrement parlant pour me permettre une consommation élevée de livres, tant français qu’étrangers. Acheteur régulier dans les différentes surfaces près de chez moi, ainsi qu’en ligne, j’ai notamment constaté le soin tout particulier que vous aviez eu à faire respecter un prix unique du livre en France, ainsi que, par vos actions juridiques, l’interdiction de la gratuité des frais de port pour les enseignes électroniques (Amazon.fr pour ne pas la citer).

Pour tout cela, je tiens à vous remercier. Ultra-libéral au plus profond de mon âme, capitaliste en haut de forme, actionnaire multiple aux gros cigares fumants, profiteur méchant et d’un cynisme sans borne, j’apprécie à sa juste valeur les efforts que vous faites ainsi pour conserver la culture dans le giron de l’élitisme et empêcher les pauvres, les miséreux et les incultes d’accéder à la connaissance à pas cher. Cette démarche est salutaire : elle permet qu’un socialisme bien grass-root s’enracine durablement dans des populations à la grammaire et l’orthographe toujours plus hésitants faute de lecture et de culture, socialisme qui ouvre toutes grandes les portes d’un abêtissement des masses, nécessaire à l’exploitation des classes laborieuses par les gens comme moi.

En instaurant vos lois protectrices et corporatistes, vous êtes parvenus, sur le dernier quart de siècle, à favoriser l’émergence de grandes surfaces culturelles qui peuvent concurrencer frontalement les petits commerçants sans aucun problème, en faisant valoir les services ajoutés qu’aucun petit libraire n’est en mesure de proposer : en utilisant habilement l’argumentaire (éculé mais ô combien précieux pour tout corporatiste malin) de la défense des petits commerces et des réseaux décentralisés, vous avez parfaitement réussi à servir le Grand Kapital qui aura développé nombre d’enseignes centralisées adossées à des grandes surfaces puissantes, actuellement florissantes sur tout le territoire national, au grand dam des libraires dont certains se syndiquent encore chez vous. Ce Grand Kapital saura vous être reconnaissant !

Grâce à vos actions ciblées, vous avez aussi trouvé l’idée lumineuse de prétendre aider au rayonnement de la culture française et de cette exception spécifique dont le Monde Entier semble pourtant se tamponner le coquillard. L’introduction de ces lois a permis, comme n’importe qui peut le constater, un véritable chatoiement à l’international de nos plus grands auteurs comme J.K Rowlings ou Dan Brown ; pas de doute, vos lois auront vraiment permis de bouter la culture anglo-saxonne hors du royaume ! En favorisant un prix unique, en verrouillant les coûts de transports, vous avez courageusement repoussé l’hydre anglo-saxonne hors de nos frontières comme en attestent les chiffres d’affaires toujours plus petits des Amazon.ca, Amazon.co.uk auxquels on peut acheter des ouvrages en français pour un prix beaucoup trop concurrentiel pour être honnête.

Enfin, on ne pourra manquer la justesse de vos arguments puisque les lois sur le prix unique du livre auront fait des émules : de multiples, incalculables, variés et nombreux pays ont repris la formule pour l’appliquer chez eux – je brûle, à ce sujet, de connaître ces pays pour aller y acheter par caisses entières des actions de grandes enseignes qui s’y développeront comme en France en oligopoles solides et juteux. Si, d’aventure, vous pouviez me fournir la liste exhaustive de ces pays, j’en serai très content.

En vous remerciant encore une fois d’oeuvrer pour le plus grand bien de l’Elitisme, et au détriment outrecuidant des pauvres, de ceux qui n’ont plus le droit d’utiliser la concurrence pour voir le prix des livres et de la connaissance baisser, je vous prie d’agréer mes remerciements les plus cyniques.

Et puis tiens, pour info, je devrai rappeler ce lien : Vive la disette !

J'accepte les Bitcoins !

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Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires9

  1. DoM P

    Rigolo mais inutile, ama. En tout cas, évite cette faute :"[...] comme en attesteNT les chiffres d’affaires [...]" Ca la fout mal :)

    Exact. Voilà ce que c’est de remanier une phrase, d’ajouter des sujets et d’oublier une bonne relecture consciencieuse…

  2. Joseph

    j’ai l’impression qu’ils ne comprendront pas parce qu’ils n’ont pas de vision de l’avenir. Faut réinventer le métier de libraire c’est tout. Faire des stocks de livres qui ne se vendent pas n’a pas de sens aujourd’hui et cela plombe leur business.

    C’est pas en augmentant les marges de la FNAC et d’Amazon qu’ils vont gagner du CA ou même réduire leurs cout d’exploitation. Ce genre d’action c’est suicidaire.

  3. gnarf

    Vous avez parfaitement raison.

    Mais je vois tres bien d’ou vient le sentiment qui inspire de telles lois. Avoir son magasin c’est beaucoup plus agreable et motivant que de bosser dans un cubicle chez Amazon.

    Avec ou sans les lois Lang et ces barrieres, le metier de libraire tel que nous l’avons connu est quasiment appelle a disparaitre.

    La vente par internet permet toutes sortes d’economies a tous les niveaux de la chaine commerciale. A terme, tous les petits magasins qui vendent des choses que l’on peut acheter sur internet vont disparaitre.

    Resteront uniquement les magasins de produits que l’on doit vraiment essayer ou qui supportent mal le transport….vetements, produits frais.

    Et tous ceux qui bossent actuellement dans des magasins en voie de disparition doivent aller en cubicle. Personnellement ca me ferait ch***.

  4. @gnarf : si c’était vrai, les pays dans lesquels de telles lois n’existent pas et dans lesquels l’internet est très développé devraient observer ce que vous décrivez. Pouvez-vous me fournir de tels exemples ?

  5. hashons etc

    C’est le combat d’arriere garde des fabricants de lampes a alcool face a Edison, rien d’autre que ce meme schema typiquement de mentalite "barricadee dans les solutions du passe"; identiquement la levee de bouclier des lobbies viticoles a l’arrivee du coca cola ; voici que cela va aller encore plus loin > google this:
    Kindle: Amazon’s New Wireless Reading Device

  6. gnarf

    @h16:

    Personnellement je ne mets plus les pieds dans une librairie ni chez un disquaire. Il faut se deplacer, la plupart du temps ils vont commander le titre que vous voulez et vous allez devoir l’attendre bien plus longtemps qu’avec Amazon.
    Et souvent ils vous disent que ca arrive la semaine suivant et c’est faux, vous revenez trois fois…etc.

    Je ne vois rien qui permette aux petites librairies de quartier de survivre… a part les vieux clients et les lois bizarroides a la Francaise. Elles sont incapables de fournir la moitie du service des librairies/disquaires en ligne.
    Sauf si la librairie fait bar ou les vendeuses sont bien roulees. La ca se discute.

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