L’aventurier des temps modernes

Ce blog est souvent l’occasion de taper sur les maux et méfaits de la sociale-démocrassie, de l’Etat-providence et du politiquement correct. Vu l’ampleur des dégâts, c’est facile… Or, tout comme une horloge arrêtée marque cependant l’heure exacte deux fois par jour, le stato-collectivisme qui nous entoure ne peut pas se tromper tout le temps. Le communisme ayant pitoyablement échoué à faire de chacun de nous des hommes nouveaux pour faire de beaucoup des hommes morts, c’est le socialisme démocratique douillet qui aura pris la relève. Et même s’il est évident qu’il a surtout réussi à produire une humanité de plus en plus remplie de lopettes pleurnichardes et gémissantes sur un sort fantasmé funeste, ce socialisme mollasson aux principes ouatés d’égalitarisme moelleux aura tout de même permis l’émergence d’un nouveau type … d’aventurier.

Ne nous y trompons pas. L’aventurier moderne n’a plus grand-chose à voir avec ce que l’iconographie traditionnelle transporte comme clichés faciles à ce sujet. Il est en effet révolu le temps où le baroudeur crapahutait dans les jongles hostiles, machette ou fouet à la main, taillant sa route de moulinets vigoureux dans la torpeur moite d’une végétation luxuriante.


De nos jours, ceci n’est plus un aventurier

C’est presque tristement qu’on peut dire que c’en est fini du temps où il suffisait de partir au-delà des départementales balisées, où l’on pouvait se contenter de traverser un océan ou un continent pour vivre l’aventure, la vraie, celle qui permet de percuter de plein fouet la réalité alternative d’un autre monde, d’une autre culture, d’autres moeurs.

En effet, dans notre économie mondialisée, le dépaysement est devenu condition sine-qua-non des voyages touristiques ; se balader dans une pyramide sur les traces de Champollion, visiter les temples indous, se perdre au milieu du bush australien ou visiter les quartiers louches de Hanoï est maintenant à la portée du premier rigolo venu ; ceci ne constitue plus en rien une aventure, un moment de bravoure ou une tentative didactique de choc des cultures. C’est tout juste un bon souvenir, quelques polaroïds un peu baveux ou, encore moins audacieux, quelques milliers d’octets gravés sur un CD-Rom qu’on fera imprimer par la Fnac Photo – comble du risque pionnier.

Même en politique, l’aventure ne consiste plus à tenter de faire reconnaître des idées d’avant-garde. Elle ne se niche plus non plus dans des discours de plus en plus convenus, des débats de plus en plus creux dans une assemblée de plus en plus endormie. Là, où, il y a 50 ans, un Churchill pouvait promettre du sang et des larmes, et où un De Gaulle prenait le risque d’un référendum pour mettre son mandat en jeu, nous n’avons plus guère que quelques escarmouches molles dignes des batailles de petits-suisses à la cantoche du collège.


Ceci n’est pas un aventurier

Avec une seule paire de petites couilles sèches et fripées pour tout un gouvernement, la Fraônce n’est plus que l’ombre d’elle-même et l’aventure qu’on lui promet ressemble de plus en plus à un souper mortuaire.

Non, décidément, l’aventurier se cache ailleurs, et c’est bien – paradoxalement – la sociale-démocrassie qui en est le géniteur improbable. De nos jours, il n’est plus nécessaire d’aller chercher à Hong-Kong ou à Budapest le frisson du risque, l’adrénaline de l’aventure. Il n’est plus indispensable de s’appeler Bill Baroud et d’être un expert-comptable de choc voyageant d’aventures en aventures dans un univers de pépées blondes aux formes avantageuses, à l’instar de certains films noirs des années 50 où des faucons maltais laissaient derrière eux des traces de sang et où James rimait impeccablement avec Bond…


Ce fut un aventurier, mais maintenant, non

Oui, définitivement, l’aventurier a changé. En fait, on peut prendre un type normal, mettons Jules Dubedon, et le transformer assez rapidement en aventurier des temps modernes à peu de frais. Bien sûr, sur le plan du caractère, on retrouvera chez notre cobaye les traits communs à tous les aventuriers, fussent-ils en herbe : une certaine indépendance de ton et de comportements, et le besoin impérieux de se remettre en question, de prendre des risques.

Ainsi, le baroudeur caucasien au teint buriné par le soleil asiatique laissera la place au quidam blafard des banlieues parisiennes, mais ce dernier aura troqué le coupe-coupe de savane pour … un téléphone portable. Ce dernier, arme de lobotomisation lente et pervasive, sera dégainé pour un oui, un non, un peut-être et à tout endroit dans l’espace de vie de l’explorateur. Semblable aux petits carnets de notes écornés et griffonnés de petits signes cabalistiques, le téléphone portable devient le réceptacle idéal de toutes les palpitantes informations récoltées par notre risque-tout du quotidien. Et son aspect dangereux, subversif et cancérigène ajoute au charme quasi-érotique de sa coque en plastique moulé !

Là où l’intrépide voyageur de naguère risquait ses intestins avec la nourriture locale et se devait de goûter aux charmes ambigus d’une cuisine du cru parfois insectivore, l’aventurier moderne, lui, frôle tous les jours la mort avec son micro-onde, dans lequel il aura mis, moquant le sort de son esprit facétieux, des plats à base d’OGM ! Les yaourts qui ont passé de plus de 3 jours leur date limite de consommation ne sont plus une surprise pour lui, et il peut même croquer goulûment du kebab du coin sans trembler de peur ou de dégoût devant le péril stomacal encouru. Mangeant notoirement trop gras, ou trop salé, ou trop sucré, ou pire encore, les trois ensemble lors d’une de ces soirées burger/pizza qu’il affectionne, l’aventurier moderne sait faire fi des messages sanitaires agressivement stupides collés en bas des publicités alimentaire.

Et quand il décide, tête-brulée inconsciente des dangers encourus, de faire griller un bon steak, il se gausse des fumées carcinogènes qui, comble de la folie, ne seront même pas détectées par un détecteur de fumée totalement absent de chez lui. Quel malade !

Mais l’aventure, la vraie, celle qui fait pulser le cœur dans ces moments d’adrénaline pure, c’est lorsque l’aventurier moderne prend sa voiture et freine un peu vivement avec ses plaquettes encore en amiante ! C’est lorsqu’il décide de fumer un petit cigare avec son verre de cognac … dans un bar, devant tout le monde !

Et bien sûr, le moment où l’aventurier moderne sent nettement le souffle de la faucheuse glisser le long de sa nuque, c’est lorsqu’il décharge des MP3 et tente le borderline voire le totalement outlaw avec le copyright. Eh oui : si la social-démocrassie a permis l’émergence d’un peuple de pleureuses compulsives, il aura aussi permis à chacun de réveiller la part d’aventurier qui sommeille en lui.

Je ne suis pas sûr que cela suffise à sortir cette nation de l’ornière.

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Commentaires9

  1. Jesrad

    "En fait, on peut prendre un type normal, mettons Jules Dubedon, et le transformer assez rapidement en aventurier des temps modernes à peu de frais."

    Gotlib, sors de ce corps, on t’a reconnu !

    Soit dit en passant, je vois dans l’émergence de ce nouveau monde d’aventures un marché juteux pour Demaerd Corp.

  2. Gaël

    Sympathique texte à la tournure tout à fait rafraichissante, bien vu ^^
    Je rejoins Jesrad, les appels d’offre se multiplient pour la Demaerd Corp., ce pays est foutu (faut-il le rappeler).

  3. Ozenfant

    Ayant été moi-même un véritable aventurier (si, si !), je voudrais qu’on m’explique comment le goût du risque peut perdurer dans un pays où le choix politique se limite à deux alternatives:
    1° Le conformisme dogmatique formel de la cupide bourgeoisie néo-con.
    2° Le conformisme dogmatique formel des idéologies droit-de l’hommistes de la cupide bourgeoisie bohême et parisianiste.
    Le tout sanctifié par les "élites" qui se délitent et les "sachant" non expérimentant dont est constellée notre presse (la plus a plat-ventriste du monde) et qui tolère toutes les corruptions.

  4. Flak

    "et les "sachant" non expérimentant dont est constellée notre presse (la plus a plat-ventriste du monde) et qui tolère toutes les corruptions"

    tres bien résumé :)

  5. gnarf

    Allez, renouez avec l’aventure….un petit tour crepusculaire au coeur de Nowa Huta, cite socialiste fossile. La, au detour d’une facade stalinienne en ruine, vous pourrez rencontrer de charmants autochtones qui vous demandront dans leur patois local si vous supportez le club de foot Cracovia ou le club Visla. En cas de mauvaise reponse vous etes mort (vraiment).
    L’aventure est au coin de la rue.

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