Santa goes postal

Pour la plupart d’entre nous, le mois d’août marque un creux d’activités propice au tourisme. En revanche, s’il en est un pour qui cette période marque en réalité le début des grandes manœuvres, c’est bien le Père Noël. En effet, pour être prêt vers le 24 décembre (plus ou moins minuit), date traditionnelle à laquelle, muni de son traineau magique, il parcourt la planète pour distribuer des cochonneries Made in China à une foultitude d’insupportables têtards gâtés, il faut à notre bedonnant avatar coloré d’une grande marque de sodas s’y prendre dès le mois d’août pour faire le tour de ses clients et de ses fournisseurs…

Son périple aoutien l’oblige alors à passer par l’Europe.

Jusqu’à récemment, le Père Noël faisait un tour estival discret de ses popottes avec son traineau et ses rennes magiques en faisant bien attention de voler en dessous des radars. Cependant, depuis septembre 2001 et les équivalents du Patriot Act dans les pays de l’Union Européenne et surtout depuis ce périple où il avait eu le plaisir douteux de découvrir d’un peu trop près les numéros de série d’un AIM120, il fait moins le malin dans les airs ; il a donc décidé de s’en tenir aux lignes commerciales traditionnelles (en classe business, tout de même), quitte à commencer sa tournée un peu plus tôt pour tenir compte des éventuels encombrements aéroportuaires que les vacances rendent fréquents.

Cette année, ses déplacements l’amènent en Côte d’Azur. C’est au débarquement de Marseille-Marignane que ses aventures prennent un tournant … épicé : ses bagages ont été égarés. Ce sont, certes, des choses qui arrivent et notre homme d’affaires n’en est pas à sa première fois, mais si l’on ajoute cet incident à sa fouille complète et assez invasive par une paire de douaniers français peu amènes, la sortie de la zone d’embarquement pour notre aimable grand-père est alors vécue comme un grand soulagement lui permettant d’accéder au bureau des réclamations et tenter d’en découvrir plus sur le sort de ses valises.

Il y apprend de la part d’une employée manifestement terrassée par l’ennui, les yeux bouffis de sommeil et aux formules de politesses mécaniques, que, flûte mince, suite à « différents soucis de personnel au sol », une erreur d’aiguillage de ses bagages les a dirigés vers l’aéroport de Bruxelles, et que, zut alors, comme il y sévit une grève bien douloureuse, il peut s’estimer heureux s’il retrouve un jour son pyjama et sa brosse à dents… En attendant, il a toujours son petit attache-case recouvert de peau de renne aux discrètes décorations vertes et rouges en forme de gui, dans lequel il a placé quelques magazine de jouets, une calculatrice, quelques stylos et un petit baladeur MP3 acheté pas cher chez Lidl. Mais pas de brosse à dents…

C’est donc coincé dans le sud, l’humeur chagrine, la jovialité émoussée et sans matériel de toilette, qu’il tente le tout pour le tout. A sa décharge, c’est sa première fois, il ne sait pas ce qui l’attend et la suite des événements est donc une totale découverte pour lui : il prend le train.

Sans s’éterniser sur les quelques incidents cocasses et financièrement douteux qui émaillent un achat de billet à un tarif défiant toute logique commerciale, le début du trajet se passe sans trop d’histoire (peut-on considérer une prune par un contrôleur sourcilleux comme une péripétie valant récit ?). Las, alors que notre sémillant globe-trotter sénior se rend compte qu’il vient de se faire un peu avoir sur le repas qu’on vient de lui servir en voiture Bar – si tant est qu’on puisse appeler « repas » cette nourriture alternative probablement issue des dernières avancées de la pétrochimie – , le train s’arrête au milieu de nulle part. L’arrêt est instantanément suivi – après 15 minutes – d’un courtois message de service braillé avec tact indiquant qu’il serait inapproprié d’aller gambader sur les voies ; ça tombe bien, le Père Noël n’avait de toute façon pas l’intention de sortir.

Il pourra profiter largement des facilités du bord, puisqu’il y restera trois heures de plus avant de péter un câble. Prenant son courage à deux mains et frôlant l’apoplexie, il décide de se faire la malle dès qu’un arrêt survient dans une gare et tente de rallier le point de civilisation le plus proche. Cependant, faire quelque chose, un dimanche, en France, relève souvent de la gageure et notre ami apprend donc un peu rudement, en parallèle à cette « expérience de vie », qu’il devra faire ses courses ailleurs qu’à Thiais, par exemple ; eh oui, travailler plus, en France, c’est interdit. C’est le tribunal qui le dit.

Nous sommes donc un dimanche soir, en rase campagne, sur un parking désert. Un petit bonhomme âgé, bedonnant, avec un attaché-case en peau de rennes aux jolies décorations de Noël, sanglote contre un pilier de réverbère à la lumière orange qui donne un air irréel à toute la scène. Petit-à-petit, un murmure d’abord, un chuchotement ensuite, puis un cri puissant et rauque monte en un long juron du fond de sa gorge.

Quelques jours plus tard, le Père Noël est retourné chez lui, au Pôle Nord. Il a retrouvé ses rennes, ses lutins et le calme rassurant d’une organisation bien huilée où chacun fait ce qu’il a à faire sans immédiatement partir en sucette, en accident ou en grève. Son GSM sonne ; c’est le service « bagages » de la compagnie aérienne qui a retrouvé sa valise, à l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Pourquoi là ? Peu importe. Qu’on la lui renvoie, pense-t-il. Le préposé à l’autre bout du téléphone lui explique aimablement que ses affaires sont déjà en route grâce à … La Poste.

Le Père Noël soupire. Son pyjama (celui qu’il aime tant avec le petit renne au nez rouge dessiné dessus) ne sera pas rentré avant un moment. Il a acheté une autre brosse à dents, depuis, et a pu regarnir sa trousse de toilette. Il n’est pas rancunier, le Père Noël. Non.

Mais il a une bonne mémoire.

Et comme il a de l’humour, il va nous préparer des cadeaux bien poivrés pour la fin de l’année. Car ce qu’il y a de bien, finalement, dans ce pays, c’est que tout continue comme d’habitude, à l’identique : pas de répit pour les médiocres…

Vraisemblablement, ce Noël est foutu.


A propos du titre (Santa goes postal), se référer à Wikipedia.

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Commentaires6

  1. jane

    bonjour! mais ce père noël est masochiste! aller trainer sur la côte d’azur en août, franchement!
    et puisqu’il semble avoir quelques légitimes interrogations sur la…poste, qu’il se rassure, un être lumineux, issu de cette grande famille déboule dans notre beau pays, pour faire la guerre aux patrons et pourris de tout poil, et que la révolution est en route qu’il nous dit!
    moi je trouve qu’on va être gâté pour Noël.

  2. Oui, sacré Olivier B. S’il n’était pas là, la télé devrait l’inventer pour avoir son pioupiou révolutionnaire aux petits poings tendus, propre sur lui, à présenter dans les dîners de famille.

  3. Manquait plus que ça. Le pays, déjà bien plombé par une armée de branleurs fatigués, va se mettre en grève. Quelle idée judicieuse !

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