Toyotartagueule à la rentrée

Je profite de ce billet pour relayer un document rare : la lettre d’un patron au comité de grève qui agit dans son usine. Et je dois dire, ça claque.

Et pour l’aspect « rare », je maintiens. Et à plus d’un titre, même, parce qu’en France, les éléments de discussion entre les grévistes et le patronat sont soigneusement gardés sous silence : on ne sait rien des tractations en coulisses, des compromis et autres ententes plus ou moins délicates qui permettent d’aboutir à un texte d’accord entre le propriétaire de l’entreprise et ceux des salariés qui y font grève.

C’est même une caractéristique essentielle du « dialogue social » en France : avec l’usage systématique de la force, de l’intimidation et des gros bras velus, le secret joue un rôle prépondérant dans les négociations syndicales puisqu’il permet aux nervis des syndicats collectivistes de continuer à toucher les pots-de-vins d’un patronat trop content de compromettre plutôt que la jouer cartes sur table. Il est d’ailleurs assez étonnant que le dindon de la farce, le salarié, ne s’émeuve jamais de cet aspect secret. Mais, tout comme le contribuable, le salarié est l’entité la moins représentée en France (on ne se demandera plus, ensuite, pourquoi la démocrassie s’y porte si bien).


Ceci n’est pas une grève

Mais pour en revenir à la lettre, elle est aussi rare dans son contenu. Les patrons français ont depuis longtemps perdu la bataille du droit et le savent ; comme tout propriétaire en France, le patron est un être qui sera, par défaut, soit jalousé, soit conspué. Dès lors, s’engager fermement, par écrit, sur des sanctions, avec une ligne claire et des motivations parfaitement dénuées de toute ambigüité chafouine et vasouillarde permettant toute latitude de négociation, c’est du Plus Vu Depuis 100 Ans. En somme, assumer franchement le statut de propriétaire de son entreprise, c’est à ce point tabou, en France, que la lettre qui suit y est vue comme … scandaleuse.

La lettre, ci-dessous, est donc celle d’un Japonais, M. Nonaka, vice président de TMMF, représentant Toyota en France.




Le Jap attaque

Eh oui, au moins, on ne peut pas lui reprocher la moindre langue de bois. Ok, ce n’est pas du H16 ;) mais je dois avouer avoir pris pas mal de plaisir à lire la prose claquante de ce nippon effervescent. Et évidemment, dans la presse française, les quelques articles qu’on peut trouver sont – on s’en doute – horrifiés qu’un patron puisse parler ainsi à ses employés grévistes.

Pensez donc !

Les jours de grèves ne seront pas payés ! Arghl. Mais c’est horrible ça môssieur de dire que quand on ne bosse pas, on n’est pas payé ! Ca ne se fait plus, voyons, en Fraônce, des choses comme ça. Tout le monde sait qu’un jour de grève, c’est une journée passée à griller des merguez pour défendre le travail et le salaire de ceux qui ne peuvent pas faire grève et qu’à ce titre, et par solidarité, la grève doit être payée !

La grève profite d’abord aux leaders syndicaux ! Mais enfin M. Nonaka, vous n’vous rîndez pas compte ! Si on commence à dire tout haut ce qui se trame en coulisse, on ne va jamais s’en sortir ! Si vous voulez graisser la patte des mafieux, il ne faut pas les mettre sous les feux des projecteurs, enfin. Tout le monde sait que les cafards ont peur de la lumière !

Envahir les plateaux et perturber les salariés non-grévistes ne sera plus toléré ! Saperlipopette, M. Nonaka, vous allez trop loin ! Vous devriez savoir qu’en France, la liberté de faire grève est toujours strictement supérieure à la liberté de travailler ! Vous devriez savoir, M. Nonaka, qu’intimider des non-grévistes, saccager des préfectures, séquestrer des patrons, tout ça, c’est la panoplie normale, quasi-règlementaire, d’une bonne petite grève des familles, version Bon Enfant, enfin !

Si l’on ajoute l’affichage au grand jour des visées électorales des leaders syndicaux pour les Européennes, on se dit, M. Nonaka, que vraiment, vous n’avez rien compris à la corruption politique telle qu’elle est pratiquée en Fraônce.

C’est pourtant simple. Et comme vous êtes Japonais, je vais vous expliquer comment on fait une bonne grève, en Fraônce.

Une grève normale, dans ce merveilleux pays où l’état emploie près d’une personne sur 4, consiste dans un premier temps à ce qu’une petite poignée des salariés empêchent complètement les autres salariés de travailler. Dans un second temps, la grève consiste à séquestrer le patron, ou à défaut, les cadres les plus dodus qui passent par là. Dans un troisième temps (et pas avant), à poser des conditions de négociation, qui seront découpées en deux volets.

Le premier volet, officiel, consistera à demander des augmentations, ou des packages de licenciement très au-delà de ce qui est prévu contractuellement (un contrat, c’est pour les honnêtes gens, voyons), voire l’abandon complet de ces licenciements ou, si l’enjeu est suffisamment médiatisé, à demander l’intervention des pouvoirs publics (avec venue d’un ministre pour une PME assez importante ou même de Sarkozy pour une grosse entreprise) pour éviter la faillite pure et simple.

Eh oui, mon cher M. Nonaka : on est comme ça en Fraônce. Une boîte qui carafe, ce n’est pas une fatalité : vous séquestrez le patron et la conjoncture économique repart ou, à défaut, l’Etat crache au bassinet. Fastoche.

Le second volet des négociations, purement officieux, consistera à négocier de juteux dessous-de-table pour que le conflit ne s’enlise pas. Je sais que vous doutez, M. Nonaka ; contentez-vous de googler « scandale UIMM ».

Et bien évidemment, si la presse doit intervenir, faites livrer des pizzas au lieu de mails incendiaires.

Vous voyez, la grève en Fraônce, c’est tout sur du velours. Oui. Je sais. Vu du Japon, la culture fraônçaise semble bien compliquée à saisir.

Mais une fois qu’on a compris que le pays est aux mains de profiteurs et de cancrelats, qu’ils soient élus ou syndiqués, on saisit mieux pourquoi tout l’édifice ne fonctionne qu’avec … l’argent des autres.

Que me dites-vous, M. Nonaka ?

En France, Toyota est foutu ?


Source initiale de la lettre

NouvelObs

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Commentaires15

  1. Higgins

    Réellement intéressant.

    "Mais une fois qu’on a compris que le pays est aux mains de profiteurs et de cancrelats, qu’ils soient élus ou syndiqués, on saisit mieux pourquoi tout l’édifice ne fonctionne qu’avec … l’argent des autres." Tout est résumé dans cette phrase. Ce pays est décidément très mal barré. La classe politique devrait faire attention: souvenons-nous de février 34. Mais cela est-il étonnant lorsqu’on entend une Rachida Dati plancher sur l’Europe (http://www.maitre-eolas.fr/2009/... une Pyralène Impérial déblatérer ses excuses (j’attends une enquête pertinente sur sa politique économique en Poitou-Charentes), des députés aux abonnés absents, un sénateur ex-maire par décision du Conseil d’état pour une histoire de chaussettes, etc…

  2. RoseNoire

    Je n’ai pas toujours le temps pour commenter sur h16, et je le regrette…mais merci pour ce morceau de bravoure. Enfin non, pas de bravoure: de simple logique.
    Mais dites-moi, ai-je vraiment bien lu? En France il y a des entreprises qui paient les jours de grève? Vu que je travaille en Belgique…j’ai du mal à croire que cela soit possible?

  3. Stricto sensu, non, mais les entreprises publiques sont connues pour décompter de façon très très lâche les jours de grève, par exemple.

  4. Nick de Cusa

    Après réflexion sur ce discours du très honorable et admirable M. Tanaka, je me dis que ça ressemble fort à un défi de Toyota, qui traverse la plus grave crise de son histoire, à la France. Toyota a fait un pari insensé en choisissant la France et Valenciennes alors que pas mal de monde a dû le leur déconseiller. Il ont confiance en leur méthode maison et se sont dit qu’elle marcherait partout, même en France. Et là, devant les méthodes syndicales françaises, tout d’un coup, ne se demandent-ils pas si leur choix était bien le bon après tout? En la jouant si dure, ils ont du se douter que ça aurait un retentissement, et pour une boîte qui place une immense valeur dans la discrétion, ça ressemble fort à un banco : que ces désordres cessent, ou bien… Et si vous voulez mon avis, la France ne peut pas se permettre de perdre Toyota. La France a plus besoin de Toyota que l’inverse.

  5. Gaël

    Je prends le pari que Toyota s’est établi en France à cause de juteuses subventions promises par le gouvernement de l’époque et qui faisait de cette destination un risque "raisonnable" et une vraie opportunité économique.

    Maintenant, Mr Nonaka est confronté à la "réalité" locale et réagit fort de son bon sens. Un rappel des règles, logique, et quelques piques bien senties vis-à-vis des fouteurs de merde (je cherchais un truc plus poli, mais je n’ai rien trouvé leur rendant hommage ^^ ).

    Pas (ou peu) de calcul à mon avis. Toyota a aussi beaucoup à perdre à quitter la France, étant donné les coûts d’un déplacement industriel ;)

  6. maurice b.

    > Mais dites-moi, ai-je vraiment bien lu? En France il y a des entreprises qui >paient les jours de grève? Vu que je travaille en Belgique…j’ai du mal à >croire que cela soit possible?

    Non, bien sur, les jours de grèves sont retenus sur les feuilles de salaires.
    Mais la plupart du temps dans les entreprises du secteur public (comme La Poste par exemple) , les syndicats demandent dans le protocole de fin de grève de résorber le retard (du aux journées de grève) en permettant aux salariés d’effectuer des heures supplémentaires .
    Résultat un gréviste peut se retrouver avec un salaire plus élevé (moins 200 euros pour jours de grève et plus 300 euros d’heures sup ).
    C’est effectivement SCANDALEUX.

    Cela étant je n’approuve pas du tout le discours de mr Nonaka (s’taire).
    A l’UMP nous ne voulons pas entrer dans le jeu de ce genre de petit facho négrier que j’ai comparé dans un autre fil de discussion au Colonel Saito du Pont de la rivière Kwai.

  7. Jesrad

    "ce genre de petit facho négrier "

    Les négriers sont ceux qui se gavent du travail des autres, pris par la force: ce sont les fameux (et fumeux) politiques et syndicalistes, et certainement pas les gestionnaires d’entreprises.

    Les fachos sont ceux qui assènent un déterminisme social, qu’il soit biologique (chez les bruns) ou historique (chez les rouges) pour mettre tout le monde au service de l’état-nation par la menace et la violence – là encore, le fascisme est du côté… des politiciens et syndicalistes, et absolument pas des patrons.

    Pour finir, Sarkozy est certainement plus petit que Toshiyuki Nonaka. Ça fait trois à zéro.

  8. gnarf

    "Cela étant je n’approuve pas du tout le discours de mr Nonaka (s’taire).
    A l’UMP nous ne voulons pas entrer dans le jeu de ce genre de petit facho négrier que j’ai comparé dans un autre fil de discussion au Colonel Saito du Pont de la rivière Kwai."

    Ah rien de tel qu’une petite blague xenophobe pour attirer l’hexagonal. Puis apres on ira lyncher un petit facho de patron qui a le culot de refuser de se deculotter. Ah le negrier. L’infame. Le mal blanchi.
    Mais dites donc Maurice cafard et visqueux comme vous etes, un bel avenir politique s’ouvre a vous!

  9. carole

    Eh bien moi, je l’approuve le discours de Monsieur Nokata.
    J’en veux des Monsieur Nokata en France.

    Ras le bol de voir sur TV5 Monde et autres chaînes étrangères notre pays s’embraser et se ridiculiser.
    Entre les cailleras, les rouges dans les facs, les séquestrations de patrons……. j’en veux partout des Monsieur Nokata (à la Poste, dans les Facs, dans les écoles, dans les ministères….)!

    Quant au Monsieur de l’UMP ( il fait comme Ségolène Royal qui parle au nom des français) il parle au nom de l’UMP (donc de tous ses membres et adhérents).
    Je suis UMP, et je ne suis pas d’accord avec lui.

    Un peu d’ordre ne fera pas de mal dans ce pays qui part en c………….. !!

  10. sam_00

    C’est étrange, mais là d’un coup je me sent japonais …

    Pourtant je n’aime vraiment pas tout dans la culture japonaise … la bouffe notamment ! (le jour où il me feront des sushis au magret sur un lit de pomme de terre, je changerais peut être d’avis :p )

    Mais par contre j’aime cette mentalité! les branleurs sont libre de partir ailleurs si ils se sentent si malheureux dans l’entreprise!

    tiens, c’est rigolo, j’ai retrouvé un animateur radio de mon enfance dernièrement : http://www.dailymotion.com/swf/x...
    Étrange d’entendre cet homme là pester sur les tendances toujours actuelles d’excuser tout et n’importe quoi!

    Ce qui me désole dans cette histoire c’est de voir que le presse française et les bonnes âmes vont se déchainer contre ce japonnais pendant que des vrai "salop de patron" de PME (ils sont peu nombreux mais ils existent) profitent et profiteront des aides de l’état pour extraire le maximum de leurs employés tout en les considérant comme de la merde (j’en sais quelque chose)

    évidement l’employé peut partir … c’est d’ailleurs ce que je suis en train de faire … mais honnêtement ce qui est insupportable c’est de voir son patron et futur ex-patron profiter des aides de l’état (payées en partie avec mes impôts) et qui continuera de se comporter comme le dernier des co…rds tout en profitant d’une partie de mon argent sans que je puisse lui couper les vivres (du moins celles qu’on m’impose)

    Le problème reste toujours le même en fait: en subventionnant à tous va, on se retrouve à subventionner les salops autant que les bons … il parrait qu’on appelle ça des effets pervers …

    Bastiat, lève toi, ils sont devenus fou

    En tout cas merci H16 pour ce billet qui nous permet de voir combien la Fraônce est tombé bas … très bas

  11. Fred

    La réaction du Nouvel Obs est scandaleuse, surtout quand on connait la politique RH de Toyota qui met un point d’honneur à former au maximum ses salariés, à leur donner un maximum de responsabilités (un ouvrier peut décider de stopper la chaine de production s’il rencontre un problème pouvant nuire à la qualité du produit), à surtout à éviter au maximum tout plan social, préférant systématiquement reconvertir les employés dans d’autres tâches plus innovantes en attendant des jours meilleurs.

  12. AncillaDomini

    Excellent ! Régularisation massive de « chances pour la France » en provenance de l’Empire du Soleil Levant !

    Hein ? Comment ça, ils ne sont pas intéressés ?
    Ah ? Ils ont envie de travailler sérieusement sans être interrompus par une bande de pirates corrompus ?
    Bon. Tant pis.

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