Attali, Apophis et la Toundra

La France peut se targuer, crise ou pas, de toujours disposer d’un inépuisable vivier de penseurs étourdis par leur propre pertinence, qui nous font profiter, au jour le jour, de toute la puissance de leurs raisonnements. Ajoutons une presse que le monde nous envie, et vous avez un mélange détonant où, moyennant un bon marketing, n’importe quel philosophe de supermarché peut nous faire profiter de ses petites lubies.

Je suis tombé sur ça, « ça » étant une chronique d’Attali, parue dans l’Express.

Dès les premiers mots, on sent qu’Attali le Zéro (Là où il passe, la raison trépasse) s’est lancé un défi personnel dans cet article : faire comprendre au lecteur toute la futilité des petites broutilles de son existence terre-à-terre, que la politique que nous observons actuellement est bien frivole face aux catastrophes qui nous pendent au nez.

Il a donc consenti à pencher son auguste autorité sur deux énormes bouleversements en devenir et à faire part de ses lumières aux lecteurs apeurés de l’Express qui ne manqueront pas de trouver dans la prose du prophète le sens qui manquait tant à leurs vies misérables de lombrics idiots.

Car c’est de ça qu’il s’agit : d’après notre visionnaire, l’information existe, elle est là, mais elle n’est pas disponible pour tout le monde et, pire, les politiciens feraient, comme certaines femmes à la ménopause, de la rétention (d’eau pour les femmes, d’intelligence pour les politique).

Dans son vibrant appel, Attali nous invite donc à nous faire du mouron sur Apophis et la toundra.

En effet, il semblerait qu’en 2036 un aérolithe d’un fort beau gabarit passera à proximité de la Terre. A cette date, notre pétillant chroniqueur de 93 ans gâtouillera de façon officielle et ne sera donc plus là pour s’occuper de nous. Et c’est pourquoi il a l’extrême onction obligeance de nous prévenir dès maintenant : il faut absolument se doter des moyens pour détourner le monstre qui menace. On est un peu déçu dans l’article de ne trouver aucune mention de son fantasme humide de Gouvernement Mondial qui prendrait alors les bonnes décisions et, moyennant quelques impôts salés mais nécessaires, trouverait la manne nécessaire pour arroser le complexe militaro-industriel lancer le projet pharaonique visant à dévier le bolide.

D’autre part et de façon beaucoup plus proche de nous, le réchauffement climatique, dont Attali sait pertinemment qu’il est d’origine anthropologique, sera responsable de la fonte totale ou partielle du permafrost sibérien, qui entraînera la libération massive de méthane dans l’atmosphère. A la façon d’une armée de mammouths zombies qui viendraient prouter sous nos fenêtres des kilomètres cubes de méthane odorant, les plaines marécageuses russes risquent donc de polluer notre belle atmosphère si l’on ne fait rien.

Pour corser un peu son article, l’homme qui murmurait à l’oreille des présidents ajoute les exemples de la grippe et du tsunami pour lesquels « on » savait mais « on » n’a rien fait.

Cet article est, finalement, tout à fait symptomatique d’une des plaies de la France et de cette tendance toute française à croire disposer d’une vision unique et pénétrante sur le monde, une capacité d’analyse qui permet à toute personne un peu intellectuelle, ayant vécu sur le sol national, d’émettre un avis immédiatement frappé au coin du bon sens et de la pertinence.


Et zut, j’avais prévu barbecue ce ouikende !

Ailleurs, c’est surtout vu comme de l’arrogance, ou cette agaçante manie à se comporter comme le schtroumpf à lunettes.

D’une part, notre Attali s’imagine très probablement être le seul à s’inquiéter des cataclysmes qui vont nous tomber dessus. On comprend pourquoi il se sent alors obligé de battre le rappel. Sans lui, point de salut.

D’autre part, il reste persuadé que tout ceci mérite effectivement qu’on s’y intéresse : un tsunami dans un pays avec un PIB microscopique ? Pas grave : on doit pouvoir le prévoir, et mettre en place, pro-activement, des plans pour évacuer les populations. Une grippe qui touche, mettons… toute la planète ? Pas de souci ! On doit pouvoir coordonner 200 pays, 6 milliards d’êtres humains et produire les vaccins. C’est juste une question d’organisation. Et de pez, hein, bien sûr.

Alors, pour la Toundra, c’est fastoche : il suffit de faire un effort. Comme tout le monde est sûr que ça se réchauffe, hein, voyez-vous, et comme tout le monde est sûr aussi que les steppes vont dégazer, y’a pas de temps à perdre : on va demander aux Russes (c’est chez eux, hein) de claquer deux ou trois douzaines de milliards d’Euros pour trouver un truc, un machin, une soluce, un bricolage, n’importe quoi, histoire de sauver l’humanité.

Quant à l’astéroïde Bidule qui nous fonce dessus, Jacques connaît le numéro de téléphone de Bruce Willis. Il vous expliquera. Et si tout le monde s’y met, maintenant, fini de rigoler, et moyennant des moyens qu’il va falloir trouver, tous ensemble, hein, bien sûr, eh bien, … il sauvera l’humanité. Voilà.

Simple. Efficace. Pertinent.

En conclusion de son article, Attali pose finalement une question très juste : Pourquoi ne parle-t-on pas davantage de ces menaces ?, et insiste pour que le politique (avec lequel il fricote et dont il devrait pourtant connaître les mœurs) nous dise la vérité.


Vivement l’été ?

Moi, j’aurai quelques questions à Attali : ne trouvez-vous pas que, justement, cette « vérité » est un peu trop souvent sur les ondes ? Entre la grippe qui allait faire des morts par miyons et par miyons et qui passe péniblement les 100 après 2 mois de battage médiatique invraisemblable, et le réchauffement climatique dont on peine purement et simplement à voir les effets (tiens, pour rire, allez jeter un œil sur cet article), si ce n’est ceux parfaitement quantifiable sur le portefeuille et l’embonpoint d’Al Gore, franchement, plus ça va, plus ça tient de l’escroquerie, là, votre machin qui devrait se réchauffer mais qu’on se pèle les miches !

Et puis aussi, Jacques, dites-moi, qu’est-ce qui vous permet d’être aussi affirmatif concernant Apophis et la toundra ? Dans le même registre, qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que, moyennant des sacrifices incommensurables, du sang et des larmes, on va arriver à faire quelque chose contre ces deux événements pour le moment relativement hypothétiques, avec nos petits bras musclés ? J’irai même plus loin : est-ce souhaitable ? Que vaut-il mieux : tenter de les éviter et faire claquer des millions, voire des milliards d’être humains sous le fardeau, maintenant, tout de suite, ou s’occuper d’abord de leur fournir un meilleur niveau de vie ?

Parce que bon, cher humaniste, lutter contre le réchauffement et les prouts de mammouths de « dans 3 ans », c’est très bien, mais si c’est pour faire claboter maintenant des millions de personnes dans les pays émergents, moi, je doute de la pertinence de la manœuvre.

Et la réponse à votre question, mon cher Jacques-A-Dit, elle est peut-être là : peut-être les politiques, pas tous franchouilles dans l’esprit et bien moins enclins à se mêler des affaires des autres que vous, se sont dit que, foutus pour foutus, valait mieux vivre décemment les quelques heures, mois ou années qui nous restaient plutôt que forcer la mule et péter un klaxibule pour, au final … mourir.

Ne serait-ce pas là une vraie réflexion profonde ?

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Commentaires7

  1. Drake

    Dans le papier d’Attila, j’aime bien la phrase suivante : "On sait de façon certaine qu’Apophis, astéroïde d’environ 270 mètres de diamètre pour une masse de 27 millions de tonnes, pourrait croiser l’orbite de la Terre le 13 avril 2036". On sait de façon certaine qu’Attali pourrait n’être qu’un con et l’un des symboles les plus navrants de l’imposture intellectuelle à la française.

  2. Aurelien

    @Drake : il ne dit pas si c’est le matin ou l’après-midi, histoire de savoir si je pourrai prendre un dernier capuccino en terrasse ? En plus, vu le réchauffement prédit, nous savons qu’il fera soleil à Paname ce jour-là.

    1. Voilà : vous voulez faire ci ou ça, décroître dans votre coin ? Comme vous voulez. Tant que vous ne l’imposez pas aux autres, ça me va très bien.

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