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C’était il y a quelques mois, deux ans à peine : Demaerd, la société tentaculaire, sortait son film catastropho-castastrophique, le KourPSk. A cette date, l’issue des présidentielles était incertaine et le film/série catastrophe sur le sous-marin maudit avait su habilement exploiter la tension naissante entre les protagonistes d’un drame poignant pour en faire le palpitant succès que l’on sait. De l’eau a coulé sous les ponts (notamment les A et B, qui mènent aux machines) et la multinationale Demaerd a décidé de lancer un second opus.
Comme pour toute série, il faut introduire, lors d’un changement de saison, de nouveaux éléments pour entretenir le suspense. Ici, la production aura jugé nécessaire de renouveller les personnages.
Pour ressituer l’action, il est bon de rappeler que le lieutenant Segoyène Rolal, passablement incompétente, avait été expulsé par un tube lance-torpille afin de faire couler le Frondgoch, un autre sous-marin tout petit mais très bruyant[1]. Malheureusement, la pauvresse avait simplement ricoché sur la coque de l’engin pour aller se perdre dans les fosses abyssales de Poitöosharente, que seuls quelques gros raffarins des profondeurs hantent parfois.
Dans cette nouvelle série, suite à des ballonnements divers qui auront permis au petit lieutenant de remonter à la surface aussi vite qu’un bouchon de champagne dans une sauterie balkanesque à Levallois-Péret, on découvre ainsi qu’avec une quantité impressionnante de scotch et de chatterton, les deux morceaux du bateau ont été ressoudé et que le nouveau capitaine, Marteen O’Bry, prétend n’en vouloir pas trop à l’autre abrutie de lui avoir pété son jouet.
Dès les premières minutes, cela n’empêche cependant pas Marteen de tacler Rolal sévèrement, en employant méchamment des termes de plus de trois syllabes, comme « post-matérialisme », jouant à fond sur le fait que le vocabulaire complexe entraîne une perplexitude incapacitante pour la lieutenant Rolal.
Mais rapidement, les nuages s’amoncellent sur la petite équipe. Après une courte mais dévastatrice rencontre avec les Zoropéennes, les troupes de ce qui reste du KourPSk ont en effet constaté que leur sort n’intéresse plus guère que quelques petits blogs de gauche (qui pleurnichent à raison) et de droite (qui fanfaronnent à tort).
Et alors que les officiers du sous-marins peinent à donner une impulsion quelconque au morceau de ferraille trouée dans laquelle ils pataugent, l’ingénieur en charge des serres hydroponiques, Dan Zered, qui avait auparavant montré des signes d’allégeance, se met à semer la dissidence en prônant l’abandon pur et simple du réacteur nucléaire, le retour aux légumes en terre et une vision alternative des relations sexuelles avec les troupes les plus jeunes. Rejoint par une quantité imposante de l’équipage initial, voilà Dan qui émet directement sur la radio de bord et propose aux autres sous-marins et bateaux de surface, nombreux dans la région sillonnée par le KourPSk, d’aller les rencontrer pour discuter d’un nouveau menu à la cantine.

Dans l’hémicycle, personne ne vous entend buller…
Consterné, le capitaine et les lieutenants du vieux rafiot s’agitent un peu, sentant que de la navigation aux machines en passant par la cuisine, les systèmes d’armes et l’élevage de chèvre indoor (c’était un ajout réclamé par le nouveau cuistot, Frank Hollander, ex-capitaine déchu qui cherche à occuper ses longues soirées d’hiver, de printemps, d’été et d’automne), bref, d’un bout à l’autre du navire, plus personne n’y croit.
Tant et si bien que seule une aide extérieure semble pouvoir apporter à l’équipe en place une voie de sortie. Et le temps est compté : en effet, le bateau, aussi ivre que son équipage qui ne carbure plus guère qu’aux ersatz de vodka coupée à la sciure de bois, continue de s’enfoncer lentement dans les profondeurs ; le fait d’avoir largué du lest en se débarrassant de la cargaison d’éléphants n’a qu’à peine réduit le gite de l’engin, et a surtout accru l’immense impression de vide hydrophile qui étreint les rares matelots pas complètement bourrés qui hantent encore les coursives du bateau.

Pour le KourPSk, c’est le pompon !
Ce n’est que dans l’épisode 20, c’est-à-dire quasiment à la fin de la saison, que la production a choisi d’introduire Ben Hammond, jeune matelot précédemment cantonné à la plonge en cantine. Celui-ci, pris d’un culot extraordinaire, se décide à émettre des idées, bien qu’à sa tête on se doute que l’entreprise sera difficile et parsemée d’embûches. Proposant un rattachement du KourPSk avec les frêles esquifs de Lagochdelagoch, le petit Ben, armé de son seul pompon de fier matelot, décide de se lancer à l’assaut de la rhétorique et de tenter « l’ouverture », celle-là même qui, dans l’autre sous-marin, USS Huhempay, a permis de renouveller l’air sans sortir le schnorkel et continuer à s’enfoncer toujours plus profond dans les abysses du corporatisme d’état.
Comme on peut le sentir dès à présent, la production Demaerd Inc. n’a donc pas lésiné dans les moyens et les rebondissements pour tenir le spectateur en haleine. Maintenant, on est en droit de se poser quelques questions sur la santé mentale des scénaristes qui, finalement, allongent une sauce qui n’avait déjà pas fonctionné sur les trois ou quatre saisons précédentes.
Avantage des séries lourdement subventionnées par un service public devenu coutumier des productions coûteuses qui ne sont finalement regardées par personne, on peut être malheureusement sûr qu’elle passera l’été et que la rentrée de septembre pourra compter avec elle dans la grille de programmation habituelle. Et alors que les lois de la physique aurait déjà dû largement condamner à la perte pure et simple le bateau-expérience socialiste, on se demande combien de centaines de mètres de plongée en eaux interventionnistes seront nécessaire pour écrabouiller le sous-marin corporatiste de droite sous le poids de ses propres dettes.
En conclusion, malgré des innovations de montage assez amusantes, le jeu d’acteur, les effets spécieux et l’absence totale de direction d’acteur mettent en péril cette série qui aura fort à faire pour concurrencer Secret Story…
A noter avant de refermer ce chapitre culturel cinématographique que la bande originale de la série est maintenant disponible en CD, et qu’on y retrouve notamment la Chorale Rose de l’Assemblée qui y interprète quelques vibrants hommages à la République, une, indivisible et rigolote.
Notes
[1] C’est très habile comme technique : ça le rend furtif aux radars et très fuyant dans les sondages : on ne sait jamais réellement où ils sont, et eux non plus.
Commentaires
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Commentaires
juillet 5 2009
Billet très sympa, comme toujours
juillet 6 2009
<i>« Avantage des séries lourdement subventionnées par un service public devenu coutumier des productions coûteuses qui ne sont finalement regardées par personne »</i>
Tu ne crois pas si bien dire. Sans le financement public des partis politiques (remède trouvé au financement privé occulte, au lieu de rendre ce dernier transparent…), le Parti socialiste ne ferait, financièrement, pas long feu…