Petit brouillard et grand embrun

Ca y est : on sait maintenant qui va recevoir quelle part au banquet ! Le gâteau est joufflu, et les parts inégales : il y avait bousculade et le Chef à tranché (dans le gâteau et dans la bousculade). La Recherche et l’Enseignement supérieur récolteront donc les gros morceaux.

Grand emprunt il y aura donc, et Sarkozy vient de donner les cibles approximatives de l’aspersion incontrôlée de deniers publics.

Avant tout, levons le doute sur le montant lui-même : après une petite bataille dans les titres (entre les 22 et les 35 milliards, on s’y perd un peu), on comprend donc que l’état va claquer 35 milliards d’euros. Si l’on aime un bon gros endettement des familles et les intérêts juteux qui s’y rapportent, on présentera plutôt l’information comme 22 milliards, puisque 13 milliards des 35 milliards annoncés seront apportés par les Banques, en remboursement des aides suite à la crisounette de septembre 2008.

Après tout, ce n’est pas comme si ces 13 milliards auraient pu servir à quelque chose d’autre comme rembourser des intérêts de dettes déjà contractées ou combler des déficits sociaux abyssaux, hein.

En outre, par un habile tour de passe-passe, l’emprunt, parti à 22 milliards, se retrouve à 35 milliards en cours de route et il se vîmes 60 milliards en arrivant au port – ce qui claque un peu Rodrigue et ses 5000 pelés – , puisqu’il permettra de générer pif pouf comme ça « 60 milliards d’euros d’investissements publics et privés« , a déclaré le président en agitant une baguette au-dessus de son grand chapeau claque.

Bref.

Nous apprenons donc que l’Etat va cramer des thunes dans des activités – je cite – « exclusivement consacrés aux priorités d’avenir, conformément aux recommandations d’Alain Juppé et de Michel Rocard« .

Pour rappel, Juppé, c’est l’ex-premier ministre qui n’a jamais été condamné pour une gestion innovante de ressources humaines et qui ne s’est jamais débiné au Québec suite à aucune peine d’inéligibilité. Juppé est célèbre pour avoir réussi, contre vents et marées, à tenir un budget irréprochable et toujours bénéficiaire lorsqu’il était au pouvoir. Il est le papa d’un charmant bambin, la CRDS.

Et Rocard, c’est l’ex-premier ministre qui n’a jamais fait de déficits non plus, s’est toujours contenté de taxes purement temporaires, et qui a toujours montré une parfaite connaissance des sujets qu’il aborde, comme, par exemple, la crise financière ou le réchauffement climatique. Il est le papa d’un adorable poupon, la CSG.

Alain et Michel ont donc fermement recommandé à Nicolas d’employer les 35 milliards en dépenses de priorités d’avenir. Vu leur background, on ne peut qu’encourager Nicolas à suivre ces impressionnants sherpas.

Ce qui, au passage, montre que les autres – moins grands – emprunts, ceux qu’on fait à raison d’un par semaine, et pour plusieurs milliards à chaque fois, ne sont pas pour des priorités d’avenir. De là à en déduire qu’il s’agit de brûler du bas de laine pour des priorités du passé, il y a un pas que nous ne franchirons pas, faudrait pas pousser tout de même. Nos édiles sont plus malins que ça, hein !

Et Nicolas a donc décidé ce qu’il allait faire de ses 35 milliards.

Au demeurant, on se rappellera que dans toute entreprise normalement gérée, on évalue d’abord les sujets sur lesquels on veut investir, on calcule l’ensemble des charges au plus juste, puis on emprunte. Ici, et parce que l’Etat Français le vaut bien, on fait l’inverse : on récupère le pognon, puis on réfléchit à quoi on va bien pouvoir le dilapider.

Heureusement pour nous, l’option Casino, Putes et Champagne n’a pas été choisie. Enfin, pas officiellement ; on claquera bien quelques millions (en constante augmentation) pour des futilités communicantes exclusivement concentrées dans l’Image Du Président (importance des majuscules), mais ce n’est pas la même chose.

Nous voilà donc lancés dans l’investissement public. C’est du lourd, du concret, du qui va rapporter. Parce que, voyez-vous mes petits moutontribuables, « Nous avons constamment sacrifié l’investissement, c’est une faute, le secteur privé ne peut pas tout« , a fait valoir le chef de l’Etat.

Tiens, je tombe sur un petit tableau.

Comme on peut le voir, le secteur privé non seulement ne peut pas tout mais il peut même de moins en moins tant il occupe maintenant une part de plus en plus congrue dans le PIB français. A 52.4% en 1999 (52.7% en 2009) on peut même dire que le secteur public est particulièrement vorace. Gageons qu’à 60 ou 70%, le secteur privé sera enfin déchargé du lourd fardeau de pouvoir quoi que ce soit. La République Démocratique Populaire Française sera alors une réalité.

En attendant ce jour béni où l’état pourra tout ce que le privé ne peut pas, Nicolas va donc claquer vos thunes de la façon suivante :

  • Il va injecter avec ses petits bras plein de bons gros milliards dans l’Éducation et la Recherche. Le but est simple : « nous voulons les meilleures universités du monde« . La question suivante est simple : comment garantir que les milliards ne seront pas dépensés en technotrons biduloïdes improbables ? Comment s’assurer que ce ne seront pas les petits copains et les connivences qui en profiteront ? Simple aussi : on ne peut pas. Fastoche, non ? Et côté recherche, en avant pour 8 milliards dont 3.5 dans « un petit nombre de sociétés de valorisation implantées sur les grands campus« . Autrement dit, ça va se bousculer sévère pour avoir des miettes, et seulement pour un petit nombre de sociétés tenues par des gens de valeurs (i.e. connues des institutions, avec retour d’ascenseur à prévoir, et petits arrangements entre amis, cela va de soi). On peut déjà parier qu’il n’y aura aucun « Google » français à sortir de ces sociétés de valorisation.
  • Il va restaurer la compétitivité des entreprises avec 6.5 milliards en aides diverses. Notez qu’on pourrait rendre ces 6.5 milliards d’impôts à celles-ci, mais non : on va continuer à (toutes) les ponctionner, et de l’autre côté, on va leur rendre, moins les frais (et pas à toutes). Habile, non ?
  • Il va arroser le Développement Durable, moyennant un peu de revamping du nucléaire : « Le CEA va donc devenir le commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives » – poétique, non, cette idée d' »énergies atomiques et alternatives » ?  On imagine un pédalo atomique ou une éolienne nucléaire. Moyennant un euro dépensé dans le nucléaire qui marche plus ou moins bien, on va aussi dépenser un euro dans l’alternatif qui ne marche pas du tout. Et puis « Kommissariat », cela a un aspect solennel. Quasi Brejnevien. Tout un symbole.
  • Notre Hercule national va aussi instaurer le numérique pour tout le monde, parce que voyez-vous, ce qui se passe actuellement ne va pas assez vite. En fait, on va surtout se focaliser sur – je vous le donne en mille – la Culture, les Musées et les Bibliothèques, pour plus de 4 milliards. Pour rappel, le budget de la Justice en France (Patrie des droits de l’homme et tout ça) est de 6 milliards et est en 23ème position des budgets européens de justice. Mais au moins, les justiciables apprécieront de savoir que la Grande Vadrouille va être numérisée. Quant à Google, on se remémorera qu’il voulait au départ tout numériser chez nous, … gratosse. Mais comme Sarkozy insiste pour payer, autant y aller, hein.
  • On a parlé gâteau, parlons de la cerise, qui vient dessus : le gouvernement organisera en janvier une conférence réunissant l’Etat, les collectivités territoriales et la sécurité sociale pour définir une méthode destinée à « sortir de la spirale des déficits et de l’endettement« . Après l’organisation d’une orgie d’emprunts et d’un déficit record de 150 milliards, je trouve que c’est assez comique ou ça frôle le cynisme… Un petit côté « Demain, j’arrête ».

Bref : ça a de la gueule, de claquer en quelques minutes 22 milliards (ou 35, ou 60, je ne sais plus, je m’y perds).

Mais on peine à voir en quoi, exactement, ces dépenses vont, très concrètement, sortir la France de l’ornière. Probablement parce que l’ornière dont il est question n’est pas celle qui est visée avec ces affectations. Si la France est en manque de quelque chose, c’est, tout simplement, de Justice et de Liberté.

La Justice permet à la Liberté de s’exprimer.

La première est exsangue.

La seconde est complètement bouffée par les gesticulations présidentielles.

Car le privé arrive très bien à gérer les domaines concernés par ces dépenses pharaoniques partout ailleurs dans le monde : la Recherche, les PME, la Culture, l’Éducation, il existe pour chacune de ces branches des solutions éprouvées dans le privé, le problème n’étant alors plus du tout de moyen, mais purement idéologique.

Pour Sarkozy, penser, même une seule seconde, que le privé pourrait s’en charger, reviendrait à abdiquer le contrôle auquel le Président est complètement accro (« le secteur privé ne peut pas tout« ).

Sans surprise, Nicolas 1er est donc plus socialiste que Jospin, finalement …

J'accepte les BCH !

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Vous aussi, foutez les banquiers centraux dehors, terrorisez l’État et les banques en utilisant les cryptomonnaies, en les promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !
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Commentaires25

  1. leolarguier

    « Nous partîmes cinq cents mais par un prompt renfort Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port »
    3000 et pas 5000 : tout augmente ma brave dame, mais quand même !

  2. maurice b.

    > Le gâteau est joufflu, et les parts inégales : il y avait >bousculade et le Chef à tranché (dans le gâteau et dans la >bousculade).

    ça vous fait quoi de ne pas être dans le bon wagon qui aura droit à sa part de gateau ?

    Ah mais moi je ne suis pas en Fraônce, donc pas de gâteau. Et pour le moment, c’est plutôt Tartine Au Caca que gâteau, hein momo : qui va payer les taxes pléthoriques ? C’est vous ! Qui va se manger une bonne tôle aux régionales ? C’est vous ! Qui est ridicule ? C’est vous !

  3. Monoi

    Mais mon pauvre monsieur, vu qu’a 52.7% du PIB, on est toujours dans un pays ou regne l’ultraneoliberalisme mangeur d’enfants et exploiteur des pauvres, qui est aussi responsable de la criiiiise, on va y aller au 60 ou 70%, ne vous faites pas de soucis.

    C’est pour votre bien qu’on vous dit.

    Quand meme, il fallait le faire le coup du « prive ne peut pas tout », vous ne trouvez pas?

  4. Monoi

    Momo, en une phrase, vous demontrez exactement ce que dit H16.

    Dieu que vous etes bete (je sais, je me repete).

  5. maurice b.

    > Quand meme, il fallait le faire le coup du « prive ne >peut pas tout », vous ne trouvez pas ?

    Hier, le directeur de Centrale* s’est déclaré très satisfait des choix de Nicolas Sarkozy pour l’affectation des crédits venant du grand emprunt.

    * un dangereux gauchiste qui n’y connait.

    Normal, il touche du gâteau $$$. Et puis il forme des douzaines d’étatistes par an, alors on comprend qu’il ne va pas cogner sur Nico, hein.

  6. Before

    « On peut déjà parier qu’il n’y aura aucun « Google » français à sortir de ces sociétés de valorisation. »
    D’autant moins que Google n’a pas été financé par l’état, si je ne m’abuse ?
    Et faut voir aussi la réussite mondiale du Google Map « à la française » : http://www.geoportail.fr; « le portail des territoires et des citoyens »… Vous-vous souvenez ?

  7. Jesrad

    « ça vous fait quoi de ne pas être dans le bon wagon »

    Mais mon pauvre Momo… il n’y a pas de « bon » wagon, tout le monde est nécessairement perdant net. D’une part, parce que l’absence de condition à la dépense fait qu’elle se traduira simplement par un gonflement du coût sans gonflement de richesse associé (loi de Bitur-Camember), et d’autre part parce que les prix s’ajusteront en direction inverse des faveurs de l’état pour compenser (phénomène connu et observé depuis au moins 150 ans).

    Tout ceci n’est en fin de compte que gesticulations génératrices d’entropie.

    1. Et puis actuellement, les wagons, ils ne roulent pas, de toute façon.

      C’est la grèèèèèèèèèèèèève.

  8. Flak

    vous connaissez l’expression ‘tirer sur l’ambulance’ ?

    momo c’est une ambulance en flamme qui tombe d’une falaise.

  9. maurice b.

    > C’est la grèèèèèèèèèèèèève

    Tout à fait, et certains commencent à vachement s’inquiéter pour les Régionales.
    (snip)

    Momo, encore HS.

  10. Flak

    mais non c’est totalement vrai, c’est le gouvernement le pro du baissage de pantalon apres tout, c’est a eux d’agir et de tomber le froc!

    UMP, agir c’est baisser son froc ensemble.

  11. Rom1

    Je souscris à votre conclusion: Sarkozy est un administrateur, pas un libéral. C’était déjà clair dans sa campagne, ceci dit (« Je suis libéral. Mais le libéralisme, ce n’est pas laisser-faire, laisser-passer », qu’il disait)
    À la limite, il pourrait confier des choses au privé. Mais à condition que le privé lui obéisse :-).

  12. theo31

    Si j’ai bien suivi, tous ces milliards vont aller (en gros) dans les poches de fonctionnaires. On essaierait d’acheter des voix de gauche pour éviter une grosse branlée à une échéance électorale qui approche que ça ne m’étonnerait pas. Que Gogol Ier, chef de l’Union des Moisissures en Perdition se rassure, la branlée il l’aura quand même.

    Je souscris à cette analyse. 35 milliards pour une élection, ça fait un peu cher, non ?

  13. gnarf

    A Bruxelles, des fonctionnaires Europeens font greve actuellement pour une augmentation de leur salaire.

    Sachant qu’ils sont payes a competences egales entre 2 et 3 fois le salaire des fonctionnaires des pays administres…ca en dit long sur ce qui nous pend au nez avec cette super-administration (super dans le sens de par dessus).

    1. @gnarf : c’est encore plus fort que ça ; en fait, le Conseil (les Etats) et le Coreper (qui fait partie de la Commission) ont refusé l’augmentation de salaire alors qu’elle est inscrite dans le modus operandi signé par les institutions. Autrement dit, les états refusent d’appliquer un contrat qu’ils ont mis en place (des états qui ne veulent pas respecter le droit, voilà qui est piquant, non ?), les fonctionnaires veulent faire grève, c’est la criiiiise et tout le monde se tire dans les pattes. C’est supayr.

  14. sylvainr

    Superbe ! J’ajoute qu’il faut être stratosphériquement béat pour penser qu’on peut relancer quoi que ce soit en emprûntant plus dès lors que tous les emprûnts précédents n’ont jamais servi qu’à creuser une (vraie) fosse commune…

    Mais quand même, j’en reste perplexe : pourquoi les Français acceptent-ils ces pantalonnades ? Je n’ai encore entendu personne proposer de défiler de Nation à Bastille pour remettre les démagogue à leur place – il s’agit de vous sous, après tout…

    🙂

  15. Sanksion

    Pour rappel, le budget de la Justice en France (Patrie des droits de l’homme et tout ça) est de 6 milliards et est en 23ème position des budgets européens de justice

    -> J’ai cherché ce classement, sans résultat. J’aimerai bien voir cet vue générale du budget pour m’endormir le soir s’il vous plait.

  16. adnstep

    « Pour rappel, le budget de la Justice en France (Patrie des droits de l’homme et tout ça) est de 6 milliards et est en 23ème position des budgets européens de justice »

    Pour faire une comparaison juste, il faudrait savoir ce que recouvre chaque budget. est-ce que les domaines couverts sont comparables ?

    1. @adnstep : il faudrait le détail de l’étude, et je ne l’ai pas. Mais en toute objectivité, même s’il est évidemment difficile de comparer à périmètre totalement équivalent les ministères des différents pays, force est de constater que, par exemple, la lenteur des procédures de justice en France ou son système carcéral sont régulièrement mis à l’index par plusieurs ONG qui ont, justement, l’occasion de faire des comparaisons sur le terrain.

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