Un dimanche tant bien que mal…

Et c’est avec un titre de recueil de nouvelles de Ray Bradbury que j’entame ce 748ème billet (eh oui, déjà). Tant bien que mal parce que, voyez-vous, parfois, le samedi soir se termine le dimanche matin. Et aussi parce que l’actualité laisse un goût amer.

Hier Samedi, préparant activement une soirée disco, je n’ai pas pu pondre mon billet quotidien ni même me tenir à jour des accablantes stupidités que déverse à gros bouillons la presse française. C’est incroyable le temps qu’on peut mettre à coller les petits bouts de miroir sur une boule en polystyrène et décorer une jolie chemise col pelle-à-tarte digne de grands moments de déhanchés torrides.
Chemise Disco

Bilan, je n’ai pas encore eu le bonheur douteux de commenter les dernières approximations journalistes quotidiennes.

Ce matin midi, j’ai donc bondi sur quelques uns de mes blogs préférés histoire de me tenir au courant. Et ma moisson fut bonne.

J’en avais parlé dans mon précédent billet : la dette finit par préoccuper – de façon assez artificielle, il est vrai – les instances gouvernantes du pays. En réalité, les Français semblent un chouilla plus inquiets que le président et son gouvernement qui, moyennant quelques petits bricolages à la marge, nous assurent finalement que tout va bien, et qu’avec un petit effort ici ou là – notamment en réduisant l’accélération de la dépense, oui oui – ça va le faire.

Du reste, comme le souligne fort bien Rubin, si ces Français sont inquiets, à la lecture de l’étude, on se demande si leur ignorance à ce point profonde de l’économie n’est pas en elle-même encore plus inquiétante.

Ainsi, pour eux, ce sont les frais de fonctionnement des administrations qui représentent le premier poste de dépense de l’état (si seulement !) ; ils sont tout de même 40% à trouver que la réduction des déficits n’est pas une priorité, et estiment à 37% que la dette publique française provient principalement des organismes sociaux – pour rappel, ces derniers ne représentent qu’à peine 10% de l’ardoise totale, qui atteint coquettement les 1500 milliards d’euros tout de même.

De même, l’augmentation des impôts ne semble pas une solution pour réduire les déficits, mais si on devait cependant le faire, autant taper chez les riches (57% pour l’augmentation de l’ISF) – c’est facile, le riche, c’est toujours l’autre.

Malheureusement, les Français ne savent sans doute pas que l’ISF rapporte un peu plus de 3 milliards. Pour combler les 140 milliards de déficits, il va donc falloir trouver autre chose…

Au final, l’étude montre surtout que l’inculture économique se traduit fort bien chez les édiles qui reproduisent fidèlement les schémas de pensée de leurs électeurs. Ce qui veut dire que le patouillage artistique de l’économie française peut continuer sur le même tempo dansant. Pour le coup, ici, je peux insérer mon image de boule disco : cette nation n’aura bientôt plus que le rythme dans la peau, et la peau sur les os.


Boule Disco

D’ailleurs, c’est exactement ce qui se passe : à lire quelques extraits du livre « Régions, le grand gaspi » de Colonna d’Istria et Stefanovitch, on comprend que la gestion des deniers publics, dans ce pays, est devenu une sorte de marotte propre à n’intéresser que de vagues ronds-de-cuir paumés dans une cave humide.

On y apprend, par exemple, qu’à peine arrivé à la présidence de la Région en 2004, Georges Frêche a fait réaménager de fond en comble le bureau présidentiel : paravents japonais, bar avec distributeurs de glaçons, écran plasma, sièges de bon faiseur, 165 euros pour le dérouleur de papier hygiénique, 237 euros le porte-savon et le porte-verre, 396 euros le porte-balayette, 663 euros les deux porte-serviettes. Au total, une facture de 17 000 euros.

En Basse-Normandie, on a décidé de cramer 400.000 euros pour … la défense des droits de l’homme (menacée dans cette région, on le sait, par de terribles Normands). La région a donc envoyé deux conseillers à la réception donnée par l’ambassadeur de France à Riga, la république européenne de Lettonie réputée pour sa brutalité envers les ressortissants français (mais si, puisqu’on vous le dit).  Trois mois plus tard, les deux mêmes lascars, flanqués d’un collègue, sont allés passer quelques jours à Montréal, au congrès mondial contre la peine de mort. Tout ça, au frais du contribuable, bien sûr, qui rangera peut-être ceci dans la catégorie sus-citée plus haut « Frais de Fonctionnement », sans doute.

Et puis, tant qu’à bousiller de l’argent aux frais du contribuable en pure perte, autant faire appel à Brice Hortefeux. On prendra pour appui un meurtre abominable, et on proposera ensuite, à grands renforts de moulinets oratoires, une bonne petite loi qui va nous résoudre tout ça.

Par « tout ça », je veux dire « le problème médiatique », hein, pas les problèmes supposés ou réels d’insécurité. Il s’agit de faire en sorte que les journalistes relayent l’agitation qui s’empare du gouvernement quand un truc ou un machin ne se passe pas bien. Pas plus.

Par « résoudre », je veux dire en fait « dissoudre » :  en claquant de l’argent, en faisant une loi, en s’agitant et en tendant le poing fermement, on va montrer que, chimiquement, n’importe quel fait divers se décompose et disparaît dans une somme rondelette d’argent des impôts, ou, à défaut, dans le brassage vigoureux de l’air autour.

Côté PS, bien sûr, on bondit sur l’occasion pour avancer, lentement mais sûrement, les propositions d’un programme à la fois pesé et bien construit, le tout dans une ambiance saine de réflexion et de franche camaraderie qui manquait ces derniers temps.

Ah tiens, non. Pas du tout. C’est toujours le Total Bordel, les uns tirant au gros calibre dans les pieds des autres, résolument fixés sur des sujets d’une pusillanimité tellement consternante que les octets de ce blog frémissent à l’idée qu’on pourrait les évoquer.

On pourrait d’ailleurs croire que la Gauche française laisse ainsi un boulevard à la Droite en se vautrant avec autant de constance dans les vilénies les plus ridicules. Mais non : à droite, c’est le même topo.

Il faut être bien clair et dire les choses aussi crûment que possible :

Les politiciens de ce pays n’ont absolument et péremptoirement rien à branler des électeurs qu’ils conchient copieusement à l’exception du mois précédent leur réelection.

Heureusement, le citoyen français est bonne pâte. Il continue de voter.

Allez, pour finir ce dimanche tant bien que mal, quelques nouvelles de la météo : il semblerait qu’après la pluie ou la neige, on assistera à un retour du beau temps et que les températures, au départ basses, finiront par monter, sauf bien sûr aux endroits où elles continueront de descendre. Les nuages iront de ci et de là en accord avec les vents d’altitude et les fronts froids et chauds, le tout comme à l’habitude.

Ce bulletin météo a été établi grâce aux pertinentes données rassemblées dans un collage de la maternelle Léon Blum de Choisy et une étude de Kevin Michon, du collège Pablo Neruda de Metz, sur la diminution des petits-gris en Bourgogne.

C’est du solide. En tout cas, du au moins aussi solide que les papiers à la source des rapports du GIEC, le groupement des clowns alarmistes qui a détourné, pendant les années 2000, des centaines de milliards de dollars pour faire construire des drapeaux anti-Vénusiens, en partant de la constatation judicieuse que ces drapeaux fonctionnaient fort bien puisque, précisément, on ne voyait nulle part de Vénusiens.

Bon. C’est le moment où jamais de ralentir le rythme. Après le beat endiablé de la disco, on se doit de finir sur un petit funk. Ronnie Jordan fera l’affaire. Bon dimanche 🙂

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Commentaires13

  1. Oui, c’est ce que je dis : « (les collectivités locales) ne représentent qu’à peine 10% de l’ardoise totale » – merci pour le lien qui confirme 🙂

  2. argone

    De l’argent il y en a : dans les niches : 70 milliards d’euros récupérables en supprimant des niches fiscales.

    http://www.lesechos.fr/info/reperes/echosup20090608_08.htm

    et le dossier de libé :
    http://www.liberation.fr/economie/0101616114-quand-l-etat-exonere-c-est-140-milliards-qu-il-perd

    Sans parler de la fraude fiscale et sociale qui représente un manque à gagner pour l’état de 29 à 40 milliards d’euros / an :

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2007/02/20/la-fraude-fiscale-et-sociale-entre-29-et-40-milliards-d-euros_869454_3224.html

    A tous ces paquets de milliards il faudrait rajouter les 32,6 milliards d’euros d’exonérations de charges patronales depuis 1993 dont Séguin disait que rien ne prouvait l’efficacité en terme de lutte contre le chômage.

    Eh bien plutôt que d’aller chercher le fric là où il est , le choix de ce gouvernement va être d’asphyxier les hopitaux publics.

    1. Monoi

      Vu que l’etat gache une grande partie de ce qu’il vole par la force, tout ce qui lui echappe peut donc etre considere comme plus productif pour l’economie en general.

      D’autre part, ne dites pas « manque a gagner » concernant l’etat, c’est completement ridicule. L’etat ne gagne rien, il prend.

      Et finalement, si le systeme tel qu’il est incite une telle fraude (si elle est averee, je trouve toujours interessant ce genre de chiffres bases sur ce qu’on ne connait pas), peut etre faudrait il revoir ce systeme (ou au minimum, virer les cretins qui ont cree une telle usine a gaz permettant cette fraude) plutot que de continuer tete baissee dans l’erreur.

      Ou alors faites vous partie de ces gens, helas fort nombreux, pour qui il faut toujours faire payer les autres?

    2. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’on sait fort bien qu’en supprimant les niches et en faisant, par exemple, une flat tax à la fois simple à calculer et qui ratisserait tout le monde également, l’Etat récupérerait bien plus qu’avec l’usine à gaz fiscale actuelle (une bonne douzaine d’états étrangers en témoignent d’ailleurs).

      Et il est amusant aussi de compter dans ce que l’état pourrait récupérer le montant d’une fraude, par ailleurs totalement incalculable par nature. Rien ne dit que si la répression était parfaite (= 0 fraude), ceux qui en ont les moyens ne seraient pas définitivement partis.

      A ce sujet, l’article Wikipedia sur l’ISF ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Imp%C3%B4t_de_solidarit%C3%A9_sur_la_fortune ) est intéressant ; on y découvre notamment que son principe coûte finalement bien plus qu’il ne rapporte…

  3. Rubin

    Le problème concernant la dette, c’est que le sujet est encore suffisamment abstrait (pour l’instant) pour que le pouvoir lui applique sa méthode préférée : moins on en parle, moins c’est important.

    Le sondage que nous citons tous les deux indique, mais pas encore de façon incontestable, que cet état de fait commence à changer : si la dette inquiète un peu plus les Français, cela signifie peut-être que la menace leur apparaît de moins en moins abstraite.

    Nous verrons bien…

  4. Filibert

    Je ne suis pas d’accord : la CSG est refilée aux organismes de sécurité sociale, mais elle pourrait très bien atterrir dans les caisses de l’Etat.
    Pour moi, la distinction entre les dettes de la sécurité sociale et les dettes de l’Etat est artificielle.
    Les sondés n’ont pas forcément tort sur ce point.

  5. whig

    Bonjour

    Je vous cite :
    « Ainsi, pour eux, ce sont les frais de fonctionnement des administrations qui représentent le premier poste de dépense de l’état (si seulement !) »
    Ce afin de vous demander, si vous le souhaitez bien sur, de préciser quelque peu votre approche du sujet.
    Merci.

    1. Les frais de fonctionnement de l’Etat sont importants, mais les principaux postes de dépense sont les salaires, et de loin. En outre, les obligations de l’état (les retraites notamment) enfoncent le clou.

      Autrement dit, si l’Etat avait pour principal souci l’optimisation de ses frais de fonctionnement, on serait, pour ainsi dire, tirés d’affaire : optimiser un process, l’humanité sait faire assez bien. En revanche, diminuer des salaires, ou virer des fonctionnaires, ça, en France, on ne sait pas faire du tout.

  6. whig

    H16,
    Merci. Je comprends mieux votre réaction et partage votre avis; effectivement, les traitements et pensions des fonctionnaires sont le premier poste de « dépenses », malheureusement.

    Toutefois, et après lecture (rapide)du sondage, celui-ci ne proposait pas de distinguer entre frais de fonctionnement et traitements, entrainant ( peut-être )une confusion dans les réponses.

    Quant aux 40% qui se moquent des déficits publics, ce sont, à quelques unités, les principaux bénéficiaires de la Grande Redistribution : fonctionnaires, familles de fonctionnaires et futurs fonctionnaires d’état, de collectivités ou autres organes associés et subventionnés.

  7. mutuelle

    N’oubliez pas que le premier poste budgétaire de l’État, loin devant l’éducation nationale, c’est la dette. De 44 milliards d’euros en 2010, elle passera à 57 milliards en 2013…

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