Xynthia ou une tempête mal à propos

Alors que les Charentes et la Vendée pansent leurs blessures, et comme prévu dès que les premières victimes furent décelées, la polémique politicienne s’est rapidement développée, histoire de donner un nouvel élan à une campagne électorale dont la médiocrité constituait quasiment le seul attribut saillant. Mais tout ceci serait presque anodin sans la pincée de sel ajoutée par le président Sarkozy, jamais en mal d’un Déplacement-Compassion (qui est un produit Demaerd, est-il nécessaire de le préciser ?)…

Je dis « déplacement-compassion », parce qu’en réalité, le chef de l’Etat ne se déplace pas juste pour les victimes. Ce serait trop simple.

En gros, un déplacement peut avoir les motifs suivants :

  • Une campagne électorale dans laquelle il est directement impliqué, dans laquelle il peut gagner quelque chose, qui peut, en somme, ajouter des points Vote.
  • Un projékiluitientacoeur, c’est à dire une initiative flamboyante sur la plan médiatique, qui débouchera sur une loi totalement inutile mais très compliquée, et qui ajoute quelques points Bisous à son palmarès.
  • Une compassion télégénique, qui revient à serrer ses petits poings fermement devant une caméra en demandant des comptes, en ne tolérant pas que ceci se reproduise, et en s’indignant qu’au 21ème siècle, en France, on puisse en arriver là comment c’est possible vraiment je vous le demande m’ame Julie. Avantage : le Déplacement-Compassion rapporte des points Bisous et des points Vote. Rentable, non ?

Le point Bisou permet à celui qui en détient d’augmenter son charisme. Le point Vote permet d’accroître ses chances d’être élu. Notons que l’un ne va pas toujours avec l’autre (l’Abée Pierre avait plein de points Bisou et pas de points Vote, par exemple, et Juppé ou Fabius ont plein de points Vote et un score minable en points Bisous – mais un gros score en Poing Danlagl, a contrario).

Les politiques sont passés maîtres dans le fait de faire croire que « un point Bisou = un point Vote », alors que chacun sait que ceci n’est vrai que pendant les quinzaines électorales spéciales où on a pu désigner un Perdant Officiel, qui est celui à qui on retire toujours tous ses points Bisous.

Cependant, on s’éloigne du sujet, puisqu’il ne s’agit pas d’analyser les règles du Grand Jeu De La République Démocratique du Bisounoursland, mais bien de comprendre ce qu’a été foutre Sarkozy dans des zones humides et la polémique qui gonfle autour de la tempête.

Et si pour prévoir des inondations, une tempête ou prendre des précautions nécessaires, il n’y a pas grand-monde sauf une fois que tout est passé, en revanche, pour relayer les interrogations fulgurantes de Nicolas, c’est la bousculade. Et on le comprend, surtout lorsqu’on lit ses interrogations, ses tourments : il veut « comprendre ce qui s’est passé » …

Pourtant, l’idée générale est assez simple, et ne demande pas des heures d’explications.

Quelques concepts simples :  tempête, grosse dépression, marée à fort coefficient, grosse vague. Ça, c’est pour la partie naturelle, qu’aucun petit moulinet politique et qu’aucune loi, aussi volontariste soit-elle, ne pourra modifier.

D’autres concepts, plus complexes : permis de construire distribués n’importe comment et en zones inondables, histoire d’assurer que le maire soit élu ou réélu, que le promoteur puisse apporter des emplois, etc. Dépenses pour aider les branleurs à droite à gauche à continuer à bloquer le pays, relancer la consommation avec de la dette en veux-tu, en voilà, et fini les sous pour les digues, ça joue aussi.

Évidemment, autant les petits coups de mentons pour les premiers, ça ne sert à rien, autant se sortir les phalanges d’arrière-trains fort encombrés, ça marcherait pour les seconds.

Mais non, il préfère s’interroger : « Il faut … savoir comment en France, au XXIe siècle, des familles peuvent être surprises dans leur sommeil, mourir noyées dans leur maison« .

Eh bien, mon brave Président, c’est assez terrible, mais c’est possible parce que, eh non, l’Etat ne peut pas tout, et même pas protéger les gens contre l’eau qui monte de 2m en 15 minutes. Il est vrai qu’accepter son impuissance, pour un politicien, c’est risquer d’ouvrir la porte à la révélation qu’on ne sert à rien. Et ça, c’est la fin du mandat et des haricots.

Comme le souligne fort justement Chafouin dans son billet du jour, la vie comporte une part de risque qu’il faut pouvoir accepter. D’ailleurs, quand on jette un œil sur la façon dont Météo France avait, en 1999, géré la tempête, on remarque que les décisions prises (ou non) sont toujours entachées de la glorieuse incertitude de l’existence : on ne sait jamais si on en fait trop ou pas assez… Et c’est la vie.

Une fois qu’on aura bien pris conscience que non, l’État ne peut pas tout (et, on l’a vu et revu, il peut paradoxalement de moins en moins à mesure qu’il grossit), on pourra aussi noter que se retrouver inondé lorsqu’on vit dans une zone inondable, c’est moche, mais … ce n’est pas totalement une surprise.

Alors, lorsque le chef de l’État, agitant nerveusement son petit doigt et secouant toujours aussi volontairement son petit menton, déclare : « Une réflexion va être engagée sur le plan de l’urbanisme pour qu’une catastrophe de cette nature ne se reproduise plus« , on en déduit que c’est couillu.

Sarko va légiférer pour interdire les ouragans. Bisounoursland Vaincra.

Oui, je sais, en réalité, le petit Nicolas veut simplement dire qu’on va encore une fois trifouiller les lois (ici, de l’urbanisme) pour trouver un responsable, châtier ceux qui n’y sont pour rien et récompenser des incompétents. Et si en plus, tout ça peut servir à pousser à la roue sécuritaire, mettre des p’tites caméras partout, des p’tites lois pour agrandir la nurserie, des p’tits règlements pour ne surtout pas prendre de risques, c’est encore mieux : « On ne peut pas transiger avec la sécurité (…). De mon point de vue, la sécurité est prioritaire. »

Sécurité qui passera en fait toujours après une élection, comme on l’explique fort bien dans cet article de Libération :

Sauf qu’en pratique, les élus cèdent souvent à la pression des promoteurs et électeurs qui souhaitent construire en bord de mer. «On subit des pressions, c’est clair, reconnaissait lundi matin Chantal Jouanno, secrétaire d’État à l’Écologie. C’est un combat perpétuel. On est constamment accusés de vouloir empêcher les constructions.»

En attendant, Sarkozy a décidé de distribuer 3 millions – ça aurait pu être deux, ça aurait pu être vingt, ce n’est pas son argent, après tout. Le chèque est petit, mais les finances sont exangues et le Point Bisou n’est pas corrélé au montant des aides.

Au passage, rappelons qu’après ce petit chèque, l’Etat oubliera bien vite les victimes pour se concentrer sur les vraies choses importantes de la vie : les combats de petits-pois à la cantoche.

Etat : le goût des choses simples

En revanche, l’État sera là, comptez-y, ponctuel comme un coucou suisse, pour demander à ces mêmes victimes les impôts locaux et la taxe foncière.

C’est avec ces impôts et ces taxes que, normalement, on entretient des digues.

Alors, heureux ?

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Commentaires18

  1. Cambronne

    Pas mal le billet
    c’est comme la grippe de la cochonne mexicaine et les volailles asiatique on va tous mourir sauf lui

  2. Flo

    Ça me fait penser à la bien nommée Duflot ce matin sur je ne sais plus quelle radio:

    « C’est la faute à Sarko. En 2007 n’a-t-il pas déclaré : je veux assouplir la loi littoral ? Et voilà ce qui arrive !
    100000 constructions en zones inondables entre…1999 et 2006 (?!?!!!?) »
    Quel rapport avec ce que Sarko a dit en 2007 ? C’est la campagne, il faut donc charger à tout propos le camp d’en face. Non seulement ils disent des c… mais sous couvert de compassion ce comportement est une véritable insulte aux victimes.

    Et après les inévitables :
    « Oui nous les écolos on avait bien tout prévu depuis 20, 30, 50 ans (rayer la mention inutile) le réchauffement/dérèglement climatique, la montée des eaux, les tempêtes, l’urbanisme débridé (notez qu’elle fait partie du camp de ceux qui réclament à cors et à cris la construction de moult logements sociaux gratuits pour tous) etc… » la journaliste dit :
    « Oui mais dans certaines zones on est coincés entre la loi machin inondations avec la mer en face et la loi bidule incendie avec la forêt derrière (à ne surtout pas toucher malheureux !) »
    Et là Duflot(tement) de sortir :
    « Bah oui il faut choisir entre deux risques avec le meilleur discernement possible »

    La vie réelle quoi…

    1. Démocrate

      Ça me fait penser à la bien nommée Duflot ce matin sur je ne sais plus quelle radio:
      « C’est la faute à Sarko. En 2007 n’a-t-il pas déclaré : je veux assouplir la loi littoral ? Et voilà ce qui arrive ! »

      Eric Zemmour a dit a peu près la même chose ce matin, tout cela n’étant la faute qu’à l’ultranéogigalibéralisme, Bruxelles et j’en passe.

        1. Démocrate

          Ah et j’ai oubliais un petit mot sur l’ultranéoméga libre échange qui détruit aussi l’agriculture française ( oubliant là la PAC, les quotas et surtaxes douanières), se faisant proposer des terrains à construire pour des logements avec l’appât du gain et compagnie parce que les politiques n’ont aucun pouvoir 😀

          Mais bon tout ces gens prétendument « ennemi politique » ( bien qu’en vérité …) se rejoignent toujours pour tout mettre sur le dos du libéralisme. Je ne sais même pas comment ils font pour se regarder dans le miroir parce que les manger-bouger, dépenses publiques qui explosent, les taxes, amendes et autres hadopi/edwige ça se voit quand même non ? Ils sont si camés les français ?

        2. Démocrate

          Je sais mais bon, les journalistes ne sont pas plus immunisés que les autres, et pour des gens qui se targuent bien souvent d’avoir un niveau supérieur voir d’éclairer l’humanité …

          En tout cas, j’ai du mal à le cerner le Zemmour, il regrette en quelques sortes de Gaulle, mais n’en est pas moins socialiste.

  3. Valuebreak

    Entendu ce matin sur France Inter …

    un monsieur qui gueulait à la mairie .. sur le thème « c’était prévisible » , il a répété cette expression 4 fois en 2 mn … tellement prévisible qu’il n’ pas songé une minute à mettre sa famille à l’abri … avant …

    entendu aussi sur France Inter …

    un monsieur qui faisait semblant de découvrir les dégats dans sa maison … en parlant bien fort dans le micro … qui découvrait les dégâts à son frigo, sa télé, son canapé … en moins de 10 sec chrono … les pieds dans l’eau, mais trop content de causer dans le poste ..

  4. Fredo

    Comme je le disais dans un billet récemment mis à jour, les politiques semblent souvent frappés du syndrome d’utopie, toujours enclin à plus d’interventionnisme, à refuser de voir la réalité au profit de leur vision du monde idéalisée de ce que les choses devraient être etc. Et parfois les médias eux-mêmes, tellement habitués à ce discours et à le relayer que j’ai entendu à la radio un lapsus révélateur de la part d’un journaliste.

    A propos de l’urgence d’un décret pour indemniser les victimes, et donc la promesse d’une réponse politique dans les 48 heures suite à cette catastrophe c’était devenu, en gros : un décret va être publié obligeant de prévenir la population dans les 48 heures et débloquer les fonds d’aide avant de telles catastrophes.

  5. Laetitia

    Voilà qui mériterait l’utilisation de l’arme mésologique dans la zone de l’Elysée.

    Ça serait drôle de voir l’ami Sarkoco déclarer aux assurances des tas de biens non mentionnés dans sa déclaration de patrimoine avant les présidentielles…..:P

  6. Philippe Sandron

    « Sarko va légiférer pour interdire les ouragans » :

    Je vais enfin avoir mon « droit au beau temps » que j’espère depuis des années. Et opposable, s’il-vous-plaît !

  7. Théo31

    C’est bien joli de chercher des responsables, mais quand il va découvrir que la plupart des maires qui ont magouillé sont ceux de son camp, que fera-t-il ? Rien.

    « la sécurité est prioritaire. »

    Surtout la sienne. Les habitants de Seine St Denis savent-ils qu’il y a plus de flics dans la seule rue de Rivoli que dans tout leur département ?

  8. Tremendo

    Je me souviens que les journaleux français avaient glosé très facilement lors de la catastrophe à la Nouvelle-Orléans en qualifiant les Etats-Unis d’Etat du tiers-monde. Que peut-on dire de la France alors?

    Cette catastrophe est la preuve que le statut de zone à risque ou de zone inondable est inutile, puisque pas appliqué, et on se demande bien s’il est applicable d’ailleurs. Si les gens veulent construire dans des zones à risque en connaissance de cause, qu’ils en assument les conséquences, on ne va pas les rattraper, ce qui est injuste ce sont les fonds dépêchés en catastrophe par le gouvernement pour des irresponsables.

    Dans tous les cas, ceci aura fait le bonheur de nombreux politiciens impliqués dans ces nombreuses couilles dans le potage de la politique d’urbanisme.
    C’est aussi la preuve que l’Etat n’est pas capable de construire et d’entretenir correctement digues ou autres grands ouvrages et qu’il devrait le laisser àu privé.

  9. ikichi

    j’ai pas trop suivit ce qui s’est passé en france mais en belgique il y a eu un accident de train qui a fait exactement les mêmes réaction que tu décris.

    politique et companie qui vient parler de tout et de rien à propos de l’accident juste pour se faire de la pub. on accuse évidemment des responsables parce qu’ils gagnent beaucoup d’argent et qu’ils ne sont pas tres populaire (en présisant bien sur qu’avec le système francais de la sncf moins libéral ce ne serait jamais produit)

    on propose des solutions forts coûteuses et sans véritables garanties
    et depuis, je peux le vérifie tout les jours, les treins sont tout le temps en retard et le service laisse à désirer

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