La révélation

Dans ce pays, se brosser les dents peut parfois prendre des tournures extraordinaires. J’avais déjà relaté les péripéties d’une tranche de pain confiturée lors d’une surprenante écoute de radio ; cette fois, c’est en me brossant les dents que j’entendais, du poste de radio à portée d’écoute, les couinements de jouissance des journalistes du moment annonçant l’incroyable scoop : les Françaises ont une natalité de championes d’Europe…

Au fur et à mesure que la nouvelle semblait attiser l’enthousiasme nationaliste cocardier des pigistes de garde ce matin, je me demandais, de mon côté, ce qui pouvait bien générer une telle frénésie (pas de bébés, mais de la part des pigistes, suivez un peu).

En effet, la natalité française est bonne, et ce, depuis de nombreuses années. Que la France soit bien placée dans les pays européens pour sa natalité est une donnée stable depuis plusieurs décennies. La joie, nettement sensible dans les trémolos humides des speakers, est en conséquence un peu exagérée, et le fait que cette nouvelle arrive à si bonne place dans l’actualité pourtant remplie du moment montre qu’on peut parfois se réjouir de choses simples.

Au moment d’attaquer les molaires, j’entendais les petits causeurs du postes s’agiter pour essayer de comprendre à quoi tenait cette (sic) incroyable fertilité des Françaises. Si je n’avais pas eu en bouche plein de mousse dentifrice dont les cristaux nettoyants aident à éliminer quotidiennement les taches présentes à la surface des dents pour rendre mon sourire de libéral-requin propre et éclatant de capitalisme sauvage, j’aurai pouffé violemment à l’image saugrenue de la femme française, véritable mama pondeuse à la fertilité inégalée.

Et cet effort pour ne pas projeter la mousse et ses petits cristaux nettoyants (vendus fort cher, si l’on ramène au poids des cristaux dans la pâte dentifrice) sur le miroir de la salle de bain me fut salutaire puisqu’il m’a permi de pousser la réflexion un peu plus loin.

Car en pratique, comment peut-on caractériser, de la façon la plus générale, ce pays européen ?

  • Nous avons, maintenant de source sûre, une natalité qui ravit nos édiles et nous conforte comme nation si ce n’est jeune, en tout cas vigoureuse et en pleine santé.
  • Il est de notoriété publique que nous avons aussi, hélas, un taux de chômage élevé. La corrélation entre la natalité et le chômage n’est pas du tout avérée, mais il n’en reste pas moins vrai qu’il y a, en France, un taux de chômage qui nous place, là encore, dans le peloton de tête des pays européens.
  • A l’avantage de notre pays, la France dispose d’un patrimoine touristique inégalé, d’une richesse de paysage souvent vantée et d’un climat fort propice. Là encore, ce pays est d’ailleurs mondialement reconnu pour ces caractéristiques.
  • Encore une fois, pour compenser ce très bon classement touristique, on notera hélas un taux de corruption qui ne nous place pas vraiment dans les meilleurs pays européens. Ce taux de corruption n’est certes pas parmis les plus mauvais de la planète, mais, en tant que milieu de tableau, la France ne peut se targuer de faire mieux d’année en année…
  • Enfin, on peut noter que de façon de plus en plus évidente, nos dirigeants sont élus par une minorité de notre population, taux d’abstention record aidant, voire avec des scores fleuves pas très crédibles; au delà de 80%, on peut toujours évoquer un plébiscite mais il est admis communément que la réalité est nettement différente. Si l’on ajoute ce point mettant à mal la notion même de démocratie, à celui mentionnant une dette elle aussi record dans les annales d’un pays civilisé, on arrive à un tableau assez représentatif de la Fraônce dans toute sa « splendeur ».

Et là, le brossage de dents se fait moins vigoureux puis s’arrête au moment de la révélation : un pays où règne une démocratie bidon, une dette galopante, un taux de chômage honteux, où le taux de natalité est remarquablement élevé, où le tourisme occupe une part importante si ce n’est prépondérante de l’économie, et où la corruption, la gabegie et le détournement de ressources publiques sont relativement courants …

Mais oui, c’est bien sûr : c’est un pays du Tiers-Monde !

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Commentaires6

  1. chris

    Touché !

    En face, on vous répondra "A380", "TGV" et "Centrales nucléaires".
    ;-)

    Mais vous avez doublement raison : cette "exception française" statistique, voire même cette anomalie, s’explique par un facteur : l’immigration.

    Ah oui, j’oubliais c’est "taboo". Mais c’est un fait. Une ballade dans les maternités et les maternelles donne une autre lecture de cette "natalité galopante".

    Donc "pays du tiers monde" : plus que vous ne croyez !

  2. Laglute

    J’avais cherché à comprendre ses chiffres et trouvé il y a deux-trois mois, mais je ne sais plus ou, qu’il fallait en effet moduler la fécondité en fonction des "origines". La fécondité pour une femme, disons de "souche", était de 1,7 enfant/femme, alors qu’elle était du double pour les femmes d’origine extra européenne ( et en particulier d’Afrique du nord ). Je vous laisse imaginer la suite de l’histoire dans 20-30 ans…

  3. Jesrad

    Chez les éleveurs de perroquets et autres psittacidés, il est bien connu qu’un couple d’oiseaux (l’exemple typique est le Gris du Gabon) coincé dans une petite cage, dans la pénombre, se mettra à pondre et élever couvée sur couvée, alors que le même couple dans une grande volière, bien traité et bien nourri, se fera vraiment prier pour faire des petits…

    Le phénomène est paraît-il généralisable: les espèces qui se sentent menacées se reproduisent plus pour compenser, inconsciemment ou non.

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