La république des écarts

La Fraônce est un étonnant pays. On n’y a pas de pétrole, et les idées ont depuis longtemps déserté le lieu pour laisser la place aux banalités, entretenues par l’usage intensif de la Novlangue, cette délicieuse invention collectiviste qui permet de plier la réalité à ses propres constructions philosophiques aussi tordues soient elles. Pourtant, les choses étonnantes ne manquent pas : dans ce pays où des niaiseries sont claironnées comme autant de psaumes d’une profondeur biblique, on assiste pourtant à de grands écarts logiques ou l’incohérence se dispute au scandaleux dans la plus parfaite indifférence de tous…

Et, chose étonnante, plus l’écart est fort, plus il serait légitime de se scandaliser, moins les réactions se font entendre. Pire, dans le silence compact se feront peu à peu entendre des applaudissements.

Il y a d’abord cet évident écart habituel, vécu par chacun d’entre nous, entre d’un côté l’idée que le législateur se fait de la Loi, son application et la nécessaire connaissance de celle-ci par l’assujetti (vous, moi, tout le monde), et de l’aute côté, la réalité, persistante, qui montre clairement que plus personne ne connaît la dite Loi tant ses codes sont devenus bouffis et confus.

Cet écart est fort gênant, puisqu’à ce moment, n’importe quel abus d’un côté ou de l’autre peut exister. Cette bilatéralité de l’abus pourrait encore passer pour acceptable, en sorte de compensation : la loi est confuse, certes, mais le citoyen qui ne peut s’y soumettre a quelques chances d’échapper à la sanction, et de l’autre côté, l’état qui impose sa loi peut aussi la contourner. Un partout, la balle au centre. Evidemment, en pratique, la loi restant au plus fort (ici, l’Etat), ce dernier pourra l’interpréter comme bon lui semblera plus souvent qu’à son tour. Pire, les joyeux législateurs pourront discrêtement utiliser le maquis épais et incompréhensible pour y planquer des nuggets que l’Etat viendra picorer aux cours de ses passages.

Un exemple tout frais se présente dès aujourd’hui avec le projet de loi sur la TNT : on ajoute, comme ça – pif pouf au passage – une petite note imposant à tous les fournisseurs d’accès internet de participer au fonds de soutien pour la création audiovisuelle, COSIP. Puisque ces fournisseurs marchent bien, que l’argent semble rentrer dans leurs caisses, autant en détourner une partie. Et, si possible, sans que personne ne le voit.

Mais où diable est passé le principe que la loi devait être lisible, compréhensible par tous, et surtout, édictée à la connaissance de tous ? Eh oui : dès lors qu’il s’agit de créer, ni plus ni moins, qu’un nouveau racket, les sbires de l’Etat se la jouent dans la discrétion feutrée. On notera au passage que pour se comporter de la sorte, c’est qu’ils savent bien que le forfait n’est pas neutre moralement : on n’a pas besoin de se cacher si l’on fait quelque chose de juste…

Mais bref. Ce petit écart est tellement fréquent qu’à la limite, il passe encore. Au moins peut on admettre que l’isonomie est encore, à ce point, respectée : tout le monde n’est pas au courant, les lois font fichtrement « ad hoc », mais au moins peut-on s’illusionner qu’elles sont appliquées pour tous de la même façon. L’habitude et un approvisionnement régulier par porte-conteneurs transatlantique en Préparation H aidant, ce genre de suppositoires à géométrie variable finissent par passer.

Un autre écart, plus agaçant celui-là, est constitué par l’abus de pouvoir, direct ou indirect, qui place celui qui en dispose bien au-delà de la Loi des communs. Par définition, le pouvoir corrompt ; c’est même sa principale fonction (le pouvoir sans corruption, ce ne serait pas drôle). Partant, on se demande d’ailleurs pourquoi on porte régulièrement au pouvoir des personnages dont la corruption morale, idéologique, humaine ou simplement financière ne fait plus aucun doute.

Cet écart, il ne s’écoule guère de semaine sans qu’il soit constaté. Cette semaine, tout part d’un scooter. Et l’écart observé porte non pas – étonnamment – sur Sarko (père ou fils), mais sur les zélés fonctionnaires qui retrouvèrent l’engin et surtout ses voleurs; dans un cas normal, celui où le propriétaire était un sans-nom comme moi par exemple (ou Jules Quidam, ne l’oublions pas), la probabilité de retrouver le scooter aurait été faible (mais pas nulle, j’en conviens), et la probabilité de choper les voleurs aurait été infinitésimale. Ici, l’écart joue à l’envers : ce n’est probablement pas (encore qu’on puisse légitimement se poser la question) le ministre de l’Intérieur qui a pressuré les policiers pour qu’ils obtiennent un résultat, mais – par exemple – la possibilité d’une promotion, d’une mise en avant médiatique, qui aura motivé les fonctionnaires…

Ici, l’isonomie n’est pas encore franchement secouée, puisque théoriquement, les fonctionnaires ont fait leur travail et auraient peut-être fait le même pour Jules Quidam, petit retraité encore très en forme pour son âge et qui se déplace exclusivement en scooter volé. On peut dès lors admettre que le traitement dont a bénéficié le Fils De est certes un peu « spécial » mais ne constitue pas, finalement, une différence trop sensible de celui réservé à la plèbe.

En revanche, l’écart dont personne ne semble se soucier, et qui brise l’isonomie de façon flagrante, lui, est insupportable.

Prenons le cas de Paul Quidam (le petit-fils de Jules). A 17 ans, comme bien des petits cons boutonneux de son âge, il chaparde un CD sur l’étal de la Fnac, et – pas de bol – se fait rattraper par la sécurité du commerce, pour ensuite passer quelques heures au poste. Son casier ne sera plus vierge. Dura lex, sed lex. A 24 ans, son casier n’a pas bougé, et Paul n’a plus récidivé. Il a appris de ses erreurs : il ne vole plus, ou, en tout cas, est suffisamment malin pour ne plus se faire attraper. Peu importe. Il se présente alors pour travailler comme bagagiste dans un aéroport. Et se voit refuser son badge rouge d’accès aux pistes : son casier n’est pas vierge… (et il est barbu, aussi, mais c’est quasiment un autre billet). Très Dura lex, sed lex et puis c’est tout.

Rappelons qu’un bagagiste de Roissy, s’il dispose certes de la responsabilité des sous-vêtements et des appareils photos des voyageurs, des caisses de vins ou des sacs à mains Vuikon qu’il transborde, n’a pas (eh non) les codes de la dissuasion nucléaire française, par exemple. Il ne peut pas décrêter un état d’urgence national. Il n’a pas le droit, même muni de son petit badge d’accès au piste, sésame indispensable pour aller faire le kakou sous les réacteurs d’un Boeing, de signer des traités européens, de dissoudre l’Assemblée Nationale, ou de déclarer la guerre à la Suisse pour dumping fiscal.

Bref, son badge et son accès, c’est tout de même pas le Pérou. Et le vol d’un CD dans l’adolescence entraîne, finalement, de bien lourdes conséquences dans sa « carrière ».

Mais – et je voudrais que ceci soit clair -, puisqu’il faut un casier vierge pour avoir ce badge, soit ! Don’t do the crime if you can’t do the time.

A l’autre bout du spectre, prenons le petit José. Alors qu’il n’est plus adolescent (en tout cas, sur aucun critère communément admis – on ne pourra plaider une poussée hormonale), il décide de détruire un établissement commercial. De plus, ne se sentant pas assez fort pour le faire seul, il s’entoure de complices. Par rapport à Paul Quidam, qui a, je vous le rappelle, eut l’impudence extraordinaire de voler un CD tout entier à la Fnac, le petit José, lui, se contente de détruire gentiment un restaurant avec association de malfaiteurs. De surcroît, Paul Quidam, niais qu’il est, s’arrête là. Alors que José, malin, s’en va détruire quelques dizaines d’hectares de plantations, sous les yeux médusés des propriétaires. José fait même un peu de taule (là où Paul Quidam, niet). Encore mieux : José récidive en période de sursis.

ET C’EST CE MÊME JOSE QUI VEUT DEVENIR PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE !?

C’est ce même José qui prétend vouloir, éventuellement, disposer des mêmes prérogatives qu’un président de la république fraônçaise, alors que, sans aucun doute possible, il ne pourrait même pas être autorisé à devenir bagagiste à Roissy ?

De qui se moque-t-on ?

La prochaine fois qu’on parle de José, rappelez vous de Paul Quidam : l’isonomie, c’est pour les autres.

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Commentaires7

  1. pingouin

    de toi, on se moque de toi.
    Et chaque jour qui passe assure son transfert d’euros de ta poche vers celle de la France ou plutot devrais-dire du Cirque Du Soleil, qui t’organise chaque jour ce joli spectacle 🙂
    huhu

  2. Eh oui, j’en ai bien l’impression. Mais, comme beaucoup d’autres, je me prépare (presque en silence, si ce n’était ce blog) à quitter les petits bancs inconfortables du Grand Cirque en question pour aller paître dans une autre prairie…

  3. Kazar

    Une petite précision : il existe une procédure pour solliciter "l’effacement" des certaines infractions mineures, et reocuvrer un casier vierge.

  4. Oui, effectivement. Ceci étant, je doute qu’un "démontage de McDo" et que de multiples violations de propriétés puissent être rangées dans les "infractions mineures" 😉

  5. Gaël

    Sur le texte sur la télé du futur, il y en a une belle dans le genre suppositoire à géométrie variable :

    "L’Etat [prendra]en charge les équipements nécessaires à la réception de la télévision hertzienne et même, dans les zones d’ombre où seul le satellite permettra la réception de la TNT, l’installation des paraboles. C’est l’Etat qui assurera l’égalité sur le territoire national, il n’est pas question de demander des partenariats aux collectivités territoriales."

    Vous m’en mettrez deux conteneurs…

    http://www.lexpress.fr/info/high...

  6. ping

    ca c’est ennuyeux, pour assurer une bonne propagandisation des masses il faut des teles QUI FONCTIONNENT ahahahah

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