L’insignifiance s’agite et prend la parole

Puisque de toute façon les crises (libyenne ou financière) ne nous laissent pas le temps de souffler, pour ce mercredi, j’ai décidé de joindre l’inutile au rigolo et de m’attarder un peu sur quelques unes de nos personnalité politiques du moment : bien que leur impact sur la vie politique du pays soit presque absolument nul, elles font surface dans l’actualité du jour et réclament notre attention avec véhémence. Étudions donc ces amusantes bestioles.

Dans les petites bulles qui forment l’écume de ces derniers jours, on trouve pour commencer Ségolène Royal. Cela faisait longtemps que je n’avais plus tourné mon méchant regard de libéral fourbe vers la pauvrette du Poitou et affûté ma langue fourchue de capitaliste apatride sur ses saillies les plus comiques.

Ce n’est pas parce qu’elle n’a rien dit sur les derniers mois. Que nenni. En fait, c’est plutôt l’avalanche d’actualité de son côté, et nous n’avons été épargnés de ses radotages incohérents qu’à la fortune d’une actualité bien remplie.

Cette fois-ci, elle nous jette en pâture ses profondes réflexions sur la crise et apporte une réponse originale et pleine de peps à celle du président Sarkozy. Pour rappel, son idée de règle d’or consiste, dans un gros nuage opaque de rhétorique médiatique étouffante, à viser approximativement un retour vers un hypothétique équilibre budgétaire sur une période de temps mal cadrée avec des moyens indéfinis et des méthodes inconnues. On comprend qu’une idée aussi forte et précise ait déclenché des désirs d’avenir puissants chez Ségolène. Elle a donc saisi l’occasion, des deux mains, pour exposer ses propres règles.

Et elle n’en propose pas moins de quatre. C’est du lourd, ça oscille entre les surplus de l’armée russe catégorie camions lanceurs d’ICBM et les meilleurs blockhaus de Brest ou Saint-Nazaire : la présidente de la région Poitou-Charente estime qu’à la règle d’or sarkozienne, il faut ajouter la règle de diamant, d’argent, de fer et d’airain.

La règle de diamant vise à inscrire le principe de « Justice Fiscale » dans la Constitution. Le choix du diamant n’est pas fortuit : en frottant vigoureusement cette règle sur la constitution, plusieurs fois, la dureté de la pierre précieuse rendra cette dernière totalement opaque.

Ségo et la règle de fer

Pour le reste, c’est juste un florilège de n’importe quoi vibrant de bêtise. Outre la multiplication puérile d’adjectifs histoire de dire qu’elle peut, elle aussi, faire aussi bien, et même mieux que son Némésis, en alignant ainsi quatre matériaux, on se demande où elle va piocher ses idées tant leur exposition démontre l’inculture crasse de la dame en économie de base.

Ainsi, lorsqu’elle compte imposer exactement les PME comme les entreprises du CAC40, on ne sait pas s’il s’agit de considérer que les multinationales devront être imposées exactement comme des entreprises locales, ou si, au contraire, on assommera consciencieusement les PME avec les règles internationales que supportent les géantes du CAC.

Au demeurant, l’égalité en matière fiscale, je suis pour. Mais je suis aussi parfaitement pragmatique : confier la construction d’une telle égalité à une socialiste compulsive de l’interventionnisme d’état, c’est comme filer des allumettes à un pyromane assis sur des barils de poudre.

Ségo et la règle d'airain

Quant à empêcher la spéculation sur les dettes des Etats, comme le mot « spéculation » n’est pas défini, on comprendra qu’il s’agit ici de pisser dans un violon. Et comme, en plus, elle n’a aucune oreille musicale, elle pisse faux.

Ségo et la règle d'argent

Rassurez-vous : toujours côté socialiste assumés, on trouve aussi un frétillant teckel frisé qui ne se laissera plus faire. Arnaud Montebourg en a marre de toute cette vilaine finance qui fait rien qu’à spolier les gentils et les faibles. Alors Arnaud, il a retroussé ses manches, il a branché sa grimace de type pas content, et il mord.

Arnaud Montebourg est un gros dur

Il suffira de se rendre sur son amusant bricolage Facebook pour se rendre compte que le petit malin qui gère son compte essaye de le faire passer pour un terrible molosse communiste puisque, je cite, Arnaud nous proposerait donc, sans rire :

  1. La prohibition de toute forme de spéculation par les établissements financiers avec l’argent de leurs clients
  2. La fermeture des filiales des établissements financiers situés dans les paradis fiscaux
  3. La séparation obligatoire des activités entre banques de dépôts et banques d’investissement.
  4. La mise sous tutelle des établissements bancaires exerçant sur le sol national

Ah, voilà les cœurs de l’Armée Rouge qui commencent à fredonner dans le fond, ça manquait.

Au passage, on notera la lubie répétée de la proposition 3, qui n’apporte absolument aucune garantie de rien du tout : en 2008, des banques, tant de dépôt que d’investissement ou les deux ensemble, ont du être sauvées d’un manque de liquidité à cause de la chute … d’une banque d’affaire (Lehman).

Quant à la proposition 2, le nombre de comptes plus ou moins secrets détenus par la plupart des politiciens et des hauts fonctionnaires dans les paradis fiscaux nous assure qu’elle ne sera jamais mise en application, ou alors avec de tels trous qu’ils ne risqueront pas de s’en trouver gênés. À la limite, cette seule proposition suffit à comprendre que le pauvre Arnaud ne sera jamais élu.

Et si l’on regarde de l’autre côté du spectre socialiste, vers l’UMP donc, tout en restant bien sûr dans la microscopie à balayage électronique, on trouve deux particules en légère effervescence.

Il y a tout d’abord François Baroin, qui fait l’intérim au Ministère de l’Economie et des Finances en attendant l’arrivée providentielle d’un type compétent. Mh oui pardon ?

Ah on me souffle dans l’oreillette qu’il ne s’agit pas d’un intérimaire. Ok. Je corrige.

Baroin s'amuse avec la Xerox

Le stagiaire Baroin a donc décidé d’aller voir le ministre allemand de l’économie, au départ pour prendre quelques cours et découvrir les arcanes du métier, notamment l’option recto/verso à la photocopieuse et lui demander où sont les fournitures pour les boudins de reliures pour son rapport. Il semble en outre que personne ne lui a expliqué que la « règle d’or » de son patron, c’est un gros pipeau flou pour emmerder les socialistes du PS. On ne s’étonnera pas de le voir papoter avec papy Schäuble et de lui bourrer le mou avec cette idée ridicule.

Baroin a le groove

Notez que le Teuton est poli et ne lui a pas gentiment fait remarquer qu’une règle d’or (genre bien définie et bien solide) existe depuis un moment dans la constitution allemande.

Quant à Fillon, après un rapide entretien avec le Chef de la Dette, il s’est attelé à la tâche : revenir à l’équilibre d’un budget en déficit de 3% pour un an après les élections présidentielles où il ne sera plus en poste et son patron sera parti.

Fillon travaille.

C’est pas gagné.

Fillon semble confiant.

J'accepte les Bitcoins !

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Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires59

  1. GM

    C’est qu’au début j’ai vraiment cru que les règles d’airain et compagnie, c’était une satire de votre cru, et en fait même pas. Royal, c’est quand la réalité dépasse la parodie.

    Sinon je l’aime bien le Facebook de Montebourg moi. Avec la citation de Gandhi, les pages d’Emmanuel Todd et Mediapart en liens et les photos impeccablement cadrées. On la lui fait pas à Arnaud, il a tout de suite compris qu’il fallait confier ça à un cador du community management : les réseaux sociaux, c’est l’avenir.

  2. Le Gnome

    L’Allemagne vient d’annoncer que son déficit serait de 1,5% cette année au lieu de 2,5%.

    En attendant, les guignols de droite ou de gauche, tous unis dans un bel élan nous proposent des augmentations de prélèvement tout azimuth dans une tentative désespérée de boucher les trous.

    Curieusement, ils ne parlent guère d’économies pour nous ramener au niveau du pays d’outre Rhin qui dépense 160 Milliards d’euros de moins que nous pour ses administrations.

    La chute est proche, camarades, nous sommes au bord du gouffre et nous allons faire un grand pas en avant.

  3. kelevra

    plus on approche de l election supreme au poste de chef d un pays qui se voulait plus gros que le boeuf, plus les blabla des postulants font dans le grand guignol.
    c est la surenchere a celui qui jettera le plus d argent par les fenetres, argent que l on va prendre dans les poches de ces salauds de riches (il y a meme 16 trous du cul qui sont d accord, bon dans le lot on trouve mamy gateuse qui signe des cheques plus vite que son ombre)
    pas un, de marine du 4ieme reich a jean luc de coree du nord, qui ne propose une chose toute simple : depenser moins, moins est devenu un gros mot, alors que plus ah oui plus, plus de depense plus d impot plus de tout plus de moi je suis le sauveur
    TILT GAME OVER INSERT COIN

    1. Harald

      La surenchère imbécile on la trouve également dans vos commentaires : Marine du 4ème reich !
      Bien que non sympathisant du FN et ne votant plus depuis pas mal de temps, je trouve ce genre d’outrance totalement stupide, digne du 1er gauchiste de base venu.

      1. Théo31

        Marine est nationale socialiste franchouille (tout comme Jean Luc d’ailleurs), tout comme l’étaient une partie des fondateurs du FN (anciens PPF). Donc rien de nouveau sous le soleil.

    1. gem

      On se mêle (collectivement) de nos oignons, ai lieu de se mêler de ceux des autres. Nos oignons, c’est remettre de l’ordre dans l’état, faire ce qu’il faut pour que les administrations françaises offrent un service à un rapport qualité-prix allemand. Ça fait 160 milliards d’économies par an et pouf, le budget est en excédent.

      1. Stéphane

        Maiiiiiiiiiiiiis l’Allemagne c’est le pays des turbo-ultra-libéraux mangeurs d’enfants où les gens meurent de faim dans les rues et où y’a plus de service public, l’école est à l’abandon, les malades sont jetés hors des hôpitaux parce qu’ils n’ont pas d’assurance-maladie… Non?

        C’est à se demander comment ils font pour ne pas se taper 160 milliards d’euros de poids morts comme nous.

      2. zeus

        On a pas mal dégraisser le fonctionnaire de base et je pense qu’on a oublié le dégraissage de haut fonctionnaire.
        Ceci étant dit, l’austérité n’a jamais sorti un pays de la mouise.
        Il faut des propositions qui tirent la production.
        Et pour l’instant j’ai l’impression qu’on nous parle de tout sauf de ça… même ici.

        1. daredevil2007

          Euh? Vous êtes sûr d’avoir tout suivi? Le nombre de fonctionnaires n’a pas réellement baissé… parce que vous avez oublié toutes les embauches des collectivités locales!
          Et c’est bien là le problème le plus grave…

        2. Harald

          C’est surtout que la RGPP est plutôt appliquée dans les secteurs régaliens alors qu’il faudrait dégraisser dans le secteur de l’éducation – les inspections académiques par exemple – où grouillent bon nombre de nuisibles, dans le social, etc. Police, justice et armée sont sous tente à oxygène mais cela ne semble déranger grand monde, sauf les justiciables et les soldats qui sont obligés de se demmerder avec leur b… et leur couteau.

        3. gem

          Mais c’est quoi cette mégalomanie ? qui peut croire qu’un état incapable de gérer ses propres affaires a la moindre capacité et la moindre légitimité pour aller expliquer (à coups de matraques fiscalo-sociales et réglementaire !) au secteur privé comment augmenter sa production ?

          Je me répète, mais la première et seule chose à faire, c’est se mêler de nos oignons. Et la production privé ne fait pas partie de nos oignons.

          Conjecturons que, rien que d’arrêter de charger la mule productive, ça devrait l’aider à avancer plus vite

        4. librexavier

          @Zeus
          « Il faut des propositions qui tirent la production »

          Au lieu de vouloir « tirer » ou « pousser » la production, je vous propose de lui foutre la paix.

          Si vous voulez un bon moyen de relancer la machine, il suffirait que l’état ne s’occupe que de ses taches régaliennes et laisse aux citoyens les centaines de milliards d’euros qu’il lui prend chaque année en impôts et taxes.

        5. Théo31

          « l’austérité n’a jamais sorti un pays de la mouise »

          Augmenter les impôts et le nombre de fonctionnaires encore moins. Mais bon, la Suède, le canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande ont pratiqué l’austérité jadis (il y avait même des gouvernements socialistes dans le lot, comme quoi on peut être DE gauche ET intelligent) : on ne peut pas dire qu’ils sont dans une merde incroyable hein !

        1. librexavier

          Le libéralisme est avant tout une philosophie du droit dans laquelle il est interdit d’obtenir quelque chose d’autrui par la violence, la coercition, la tromperie.

          Or en Afrique, l’état est évidemment présent : pouvoir politique corrompu, arrestation arbitraire, justice aux ordres, secteur économique sous contrôle.

          Le citoyen africain rêve sûrement d’un état libéral,dans lequel une vraie justice, respectueuse de cette philosophie libérale du droit, lui permettrai d’attaquer les hommes de l’état.

        1. aiolia

          Entre l’Afrique libérale ici et sa branlette sur la main invisible magique dans un autre billet, il est mûr pour bosser aux guignols.

    2. Crucol

      que faire???

      supprimer tout les ministères et n’en garder que 5:
      le ministère de la Dette
      le ministère de la Justice
      le ministère de l’intérieur
      le ministère de l’extérieur
      le ministère de la liquidation (des autres anciens ministères) :

      les budgets des ministères seraient déterminés par les pourcentages qu’auront choisi de donner chaque français imposé sur sa fiche d’impôt.

      passage à la Flat Tax (X %, à voir et faire baisser régulièrement) sur le revenu et les société (en supprimant le reste)
      suppression de la personne morale (qui ne sert que de bouclier pour les incompétents -> élus, chefs de grosse entreprise), puis de la partie impôt sur les sociétés

      etc…

      les moyens existent, il faut juste retrouver ses couilles pour les mettre en oeuvre.

  4. Flo

    Bonjour H16,

    Vous avez écrit plusieurs fois au sujet de la lubie du point 3 depuis quelques temps.

    « Au passage, on notera la lubie répétée de la proposition 3, qui n’apporte absolument aucune garantie de rien du tout : en 2008, des banques, tant de dépôt que d’investissement ou les deux ensemble, ont du être sauvées d’un manque de liquidité à cause de la chute … d’une banque d’affaire (Lehman). »

    J’avais pensé à cette éventualité de séparation stricte des activités bancaires bien avant qu’Obama ne l’évoque il y a un peu plus d’un an, sans parler de nos clowns mediatico-politiques hexagonaux.
    D’après vous ce n’est pas une solution et ça n’empêcherait rien et vous citez à l’appui de votre idée le cas de Lehman.
    Je n’ai pas les compétences suffisantes pour capter toutes les subtilités des circuits financiers mais j’aimerais qu’on m’éclaire sur cette question.
    Si Lehman, en faillite à cause d’actifs pourris dûs aux subprimes (officiellement et en très résumé), était si cloisonnée de toutes les autres banques et notamment celles qui ont une partie de leur activité dite « de dépot », pourquoi sa faillite a-t-elle entraîné cette panique généralisée en 2008?
    Intuitivement on se dit qu’il y a deux possibilités:

    – Elle n’était pas si cloisonnée que ça et avait su refiler une partie des ses actifs pourris à ses consoeurs banques d’investissement et / ou à ses lointaines cousines qui font aussi banques de dépot.

    – Les banques qui font les deux métiers se sont apercçus (ou ont soupçonné les autres) qu’elles hébergeaient toutes des Lehman en leur sein.

    Dans les deux cas on se dit que de n’avoir pas permis la confusion des genres aurait peut-être évité le pire.

    Bon maintenant le mal est fait, on ne peut pas refaire l’histoire et cette mesure n’est peut-être ni envisageable, ni porteuse d’aucune solution.
    Il est possible aussi que l’autorisation pour les banques de pratiquer les deux métiers ait pendant un temps généré de grands avantages pour l’économie.
    Il me semble aussi que cette autorisation a été accordée sous des gouvernements pas spécialement connus pour être ultra-libéraux (1984 en France? et bien plus tard sous Clinton aux US?) mais je n’en suis pas sûr.

    Si vous avez quelques minutes merci de bien vouloir m’éclairer sur ces points.

    1. « pourquoi sa faillite a-t-elle entraîné cette panique généralisée en 2008? »
      Crise de liquidité. Comme aucune banque ne prête plus à aucune banque sur le marché interbancaire (pas de confiance : la banque à qui je prête va-t-elle carafer ?), toutes se retrouvent à court de liquidité. Il y a d’autres mécanismes, je pense, mais c’est le principal il me semble. Il faut bien voir que même les banques de dépôt rémunèrent leurs comptes et « jouent » donc avec les dépôts. Normalement, c’est beaucoup moins risqué (obligations, bons d’état) ; mais si personne ne prête, risqué ou pas, quand il n’y a plus d’argent ou un risque de bank run, c’est la panique.

      Sur la séparation et – en lien – le Glass Steagall Act, j’ajoute un précédent commentaire de Vincent Bénard ici même :

      Le Glass Steagall Act, combiné au Mc Fadden Act, a été directement à la source de l’assèchement du crédit à la fin des années 30, au point que le gouvernement de l’époque (Roosevelt, toujours) s’est cru obligé de créer Fannie Mae en 1938.

      Il a, dans une de ses sous sections, introduit une « regulation Q » réglementant tellement les dépôts et les crédits que dans les années 70 (puis 80), les caisses d’épargne US ont bu le bouillon.

      Le problème de tous ces textes, mais je radote, c’est que 10 textes votés à des époques différentes se télescopent, et produisent un cocktail plus ou moins sapide, ou vénéneux. Et cette fois ci, en régulant par ci, desserrant une régulation par là mais sans cohérence avec le reste, en en réintroduisant avec, on a fini par mélanger du savon avec de l’acide nitrique. Comme ça, sans le faire exprès.

      Et « boum ».

      Ceux qui fantasment sur le retour d’un Glass Steagall bis font fausse route: ça évitera un problème et en créera d’autres, à court, moyen et long terme. Il se télescopera avec d’autres lois existantes, d’autres lois futures, et de toute façon, d’autres effets pervers se produiront.

      Regulation ne veut pas dire « législation » mais « enforcement », revenir aux bases de la vie des affaires:

      « survivez, enrichissez vous si possible, mais toujours restez honnête, sinon n’espérez aucune bienveillance – et pour nous assurer que vous n’êtes pas en train d’escroquer votre prochain, soyez transparents – Et en cas de faillite, on restructure le passif sous contrôle judiciaire, point barre »

      1. Flo

        Merci pour ces explication et l’extrait du commentaire de Vincent Bénard.
        On dirait que les deux options (et surtout leur mélange) peuvent conduire par des mécanismes différents à un assèchement ou une crise de liquidités ce qui reveint à peu près au même.
        Tout est contenu dans la dernière phrase en fait et là pour plagier la conclusion de votre article : « C’est pas gagné ».

      2. BN

        Une question d’un néophyte en matière de finance.

        « Comme aucune banque ne prête plus à aucune banque sur le marché interbancaire (pas de confiance : la banque à qui je prête va-t-elle carafer ?), toutes se retrouvent à court de liquidité. »
        L’argent vient d’où ? Pourquoi les banques ne prêtent-elles pas aux particuliers/entreprises non-bancaires l’argent qu’elles auraient prêté à d’autres banques ?
        Bref, en quoi les prêts interbancaires permettent-ils d’augmenter les liquidités disponibles (j’ai l’impression qu’il y a un mécanisme obscur, artificiel et un peu malsain là-dessous…) ?

        1. Macsime

          Hé hé, mais c’est que l’argent d’un prêt est de l’argent « crée », virtuel. Un prêt est par essence un jeu d’écriture qui permet d’échanger deux reconnaissances de dettes :

          Le créancier, doit au débiteur la somme d’argent qu’il vient de prêter (sur le même principe que votre relevé de compte est une reconnaissance de dette de la banque envers vous).
          Le débiteur, en retour, doit au créancier la somme d’argent prêtée, plus évidemment, quelque intérêts pour faire bonne mesure.

          Le total de cette opération étant à somme nulle (effectivement si les deux reconnaissances de dettes sont solvées, il ne s’est rien passé), on a pas réellement « crée » d’argent.

          Bien entendu en réalité, la première opération est tout de suite réalisée (pour acheter un bien dans le cas d’un particulier), et la deuxième (remboursement) est « reportée » à plus tard (voire sine die pour les Etats…). Il y a donc une somme d’argent « virtuel » « crée » temporairement en plus en circulation dans l’économie.

          Là ou ça se complique, c’est que les banques peuvent « créer » cette argent dans un certain ratio (9 euros virtuels pour un euro dans les caisses, la plupart du temps). Mais on ne s’intéresse pas à ce que l’argent dans les caisses soit « réel » ou « virtuel ». BILAN : au bout d’un certain temps, 99.9% de l’argent est « virtuel », et ce c’est ce que nous avons aujourd’hui.

          En négligeant l’argent « réel » initial, les liquidités disponibles dans le système bancaire sont donc la partie congrue entre le capital « réel » acheté avec les prêts (biens des particuliers, des entreprises, de l’Etat), et l’argent recrée en permanence par ces emprunts (et leurs intérêts!), entre autres inter-bancaires. Quand les banques ne se prêtent plus, la « source » se tarit, et la masse monétaire se contracte, d’où problèmes économiques divers, entre autre une récession.

          Donc, oui, le système est effectivement, on ne peut mieux le décrire même, « obscur, artificiel, et un peu malsain ». Bonne intuition. En effet, le problème est simple : si l’on rembourse toutes nos dettes (exemple : la fameuse dette de l’État), on contracte la masse monétaire, avec les mêmes résultats… Plus de dette, plus d’argent. Et ça, c’est un problème d’une société libérale (au sens noble du terme, bonne gestion, tout ça…) qui est rarement évoqué… Et j’avoue que j’ai du mal à voir comment le résoudre dans le système actuel. =/

          1. Pour les dettes des états, justement, on ne contracte pas en remboursant, ou du moins, pas totalement : une partie de ces dettes a bel et bien été créé sans l’opération qui l’annule, sans collatéral. C’est ce morceau là qui provoque l’inflation.

        2. BN

          Merci pour les explications détaillés.

          Donc si j’ai bien compris, quand une banque prête, au lieu de prêter de l’argent qu’elle a dans son coffre, ce qui garantirait une certaine stabilité, elle prête un argent virtuel, sorti de nulle part, qu’on lui permet d’inventer. Je suppose que ce mécanisme a un intérêt, mais lequel ?

          Mais je croyais que derrière les chiffres des comptes sur PC, il y avait quand même des billets qui voyagent d’un coffre de banque à l’autre. Avec une dette virtuelle, pas de billet, donc comment la banque fait pour donner l’argent qu’elle prête ? C’est une histoire de jeu à somme nulle je-te-prête tu-me-prêt ? L’argent vient de la banque centrale ?
          Cette histoire rapport 9, c’est quelques chose qu’on leur impose (c’est à dire que sans régulation les banques pourraient le fixer librement) où c’est un autorisation qu’on leur donne (sans elle ce système ne fonctionnerait pas) ?

        3. simple citoyen

          D’où le débat actuel sur les contreparties, pas celles annoncées « officiellement » lors des grandes conférences, non les vraies.
          Inutile de chercher des références dans la presse française: il n’y en a pas. J’en ai cherché pour illustrer mon propos, mais nada.
          En gros, après avoir évoqué d’autres pistes, l’Allemagne est en train de dire à nos amis du sud un peu trop dispendieux, qu’elle prendrait bien leur or en échange des rachats massifs de dette, et autres ralonges spécifiques.

        4. simple citoyen

          Tu es plus rapide que l’éclair! lol
          Sinon, tu avoueras que c’est quand même le silence radio total sur un aspect majeur de la mise en place d’une domination effective de l’Allemagne sur la zone euro, avec en plus quelques petits malins qui se négocient des deals directs, qui en gros reviennent à ne rien lacher…
          Tu en penses quoi toi sur le fond?

    2. Macsime

      @BN : L’intérêt de ce système est historique : l’ancienne version (à base de métaux précieux et de collecte de billets dans les coffres) ne permettaient pas de financer les nouvelles marrottes de l’époque, telles que la colonisation du Nouveau Monde par les puissances Européennes.

      A la base, ce système fut crée comme une arnaque de banquiers à l’ancienne peu scrupuleux, une sorte de pyramide de Ponzi qui ne fut pas découverte tant que tout le monde n’a pas retiré son argent en même temps (ce qui est d’ailleurs toujours une faille majeure du système), mais les Etats l’ont légalisée et encouragée pour financer ces dites marrottes.

      @H16 : Mais maintenant, on fait plutôt appel aux marchés financiers plutôt qu’à la planche à billets ou c’est moi qui divague?

      1. Certains ici te diront que les Quantitatives Easing et autre sont des simples jeux d’écriture, mais pour ma part, je considère qu’ils reviennent à injecter de l’argent dans l’économie. Autrement dit, c’est plutôt la planche à billet qui tourne. Quand la BCE rachète des bons grecs, que se passe-t-il ?
        – l’état grec fait un bout de papier sur lequel est marqué « je dois 100″
        – la BCE, en échange de ce bout de papier, lui file 100 et attend 101 en retour, un jour.
        – Les 100 de la BCE sont sorti du vide, bien sûr. Il n’y a aucun collatéral si ce n’est « l’espoir que la Grèce remboursera ».
        – Les Grecs ne rembourseront pas, ou disons 80 au lieu de 101. Les 20, eux, auront bel et bien été dépensé côté grec, créés côté BCE, et toujours rien en face. Conclusion : cette somme va gonfler l’inflation de la zone euro.
        (ok, c’est schématique, mais c’est l’idée)

        1. Macsime

          Ah, oui, donc au final, on est d’accord. XD

          « Bien entendu en réalité, la première opération est tout de suite réalisée (pour acheter un bien dans le cas d’un particulier), et la deuxième (remboursement) est « reportée » à plus tard (voire sine die pour les Etats…). Il y a donc une somme d’argent « virtuel » « crée » temporairement en plus en circulation dans l’économie. »

          Mais donc, on fait comment pour résoudre le problème de la contraction si tout le monde rembourse? Plus de dettes, plus d’argent en circulation dans l’économie (ben oui, les 80 « crées » disparaissent du circuit), et ça, de mémoire, je crois pas que ce soit bon, voire impossible, vu que ces 80 ont à priori servi au moins en partie à acheter des actifs « durs », comme des bâtiments, des autoroutes, des machines-outils… =/

          Sans compter qu’il en faut en circulation pour faire tourner la machine? (Peu d’argent en circulation = valeur de l’argent en hausse = déflation énorme non? Remarque : nous la déflation on s’en fout tant qu’elle est pas généralisée et rapide, c’est l’État qui apprécie pas… Tiens donc?)

  5. daredevil2007

    Toujours un plaisir de vous lire, Hash ;)

    petite correction : « bien que leur impact sur la vie politique du pays est presque absolument nul » = « bien que leur impact sur la vie politique du pays soit presque absolument nul »

    1. Pere Collateur

      Tiens je me suis dit la même chose…

      Mais elle n’en est pas à son premier coup d’essai; Je me suis laissé dire qu’elle cause même du tord à sa marionnette des guignols de Canal+.
      Paraît que la pauvre chose ait même honte de sortir dans la rue…

  6. Pascale

    @ Macsime

    Merci pour vos explications.

    «  » »si l’on rembourse toutes nos dettes (exemple : la fameuse dette de l’État), on contracte la masse monétaire, avec les mêmes résultats… » » »

    Elle se contracte ou elle reste stable ? Et dans le cas où elle reste stable quelles en seraient les conséquences pour l’économie ?

    1. gem

      Si tout le monde rembourse pour de vrai, la masse monétaire se contracte et ça n’a aucune importance économique : les bilans restent équilibrés, la confiance subsiste et si un besoin monétaire apparait il sera facilement couvert par la mise en gage d’un collatéral (ex : création monétaire nouvelle par un particulier qui met sa maison en gage via un prêt hypothécaire).

      Par contre, si trop de foireux ne remboursent pas vraiment et font faillite, on se retrouve avec une masse de pognon en circulation sans contrepartie ; la masse monétaire ne se contracte pas autant qu’il faudrait et c’est la merde : un grand jeu de chaise musicale entre les actifs (les chaises) et la masse monétaire (les joueurs). La panique pour s’assoir sur une vraie chaise, et d’autant que c’est dans cette ambiance qu’on teste sérieusement la solidité des chaises, et c’est là qu’on en découvre des branlantes. La confiance s’évapore, l’économie ralentit, les politiciens paniqués font n’importe quoi et ajoutent au bordel… ce qui se passe en se moment, quoi.

  7. Stunner

    http://www.martineaubry.fr/sites/www.martineaubry.fr/files/doc/martine-aubry-lettre-aux-francais_0.pdf

    N’oublie pas Martine, y’a du lourd là-dedans aussi :p

    « Présidente de la République, je proposerai à nos partenaires
    de prendre des mesures pour une croissance durable et riche
    en emplois : une taxe sur les transactions financières et des
    emprunts européens – eurobonds – contre les spéculateurs,
    mais aussi pour financer des projets d’avenir ; un gouvernement
    économique ; une Communauté européenne des énergies
    pour sécuriser nos approvisionnements et préserver le
    climat et l’environnement ; l’harmonisation fiscale et sociale
    pour stopper la concurrence déloyale en premier lieu entre
    les pays de l’Union économique et monétaire ; la réciprocité
    commerciale, comportant l’augmentation des droits de douane
    aux frontières européennes pour les produits venant de pays
    qui ne respectent pas les normes internationales en matière
    sociale, sanitaire ou environnementale. »

    De la taxe, du protectionnisme, des usines à gaz, du nivellement par le bas : un paragraphe de socialisme…

  8. HussardBleu

    Je ne pretends pas tout comprendre (trop épais paysan, sans doute) de la création monétaire, et des prêts inter-bancaires qui – lorsqu’ils arrêtent de se prêter les uns aux autres – nous sortent des coulisses l’iceberg du Titanic…

    Personnellement, j’appelerais volontiers cela de la cavalerie, ce qui prouve à quel point je relève de l’antiquaille.
    Concernant cette cavalerie, et pour rester dans la métaphore équestre, j’aime bien cette histoire des hillbillies qui, pendant des années, se sont vendus et revendus un mulet. Un beau jour, le mulet meurt de vieillesse, et les hillbillies de pleurer « mais de quoi allons nous vivre maintenant? »…

    Avec Sego et Martine, nous n’avons pas fini de pleurer : de rire ou de peine, hélas….

    Il est heureux que nous ayons H16, mais je le soupçonne de plus en plus d’être un « chien courant » du socialisme voilé. A force de martyriser ces pauvres gens, il nous les rend quasiment sympathiques, ce qui est le fin du fin selon Sun Tzu…

  9. christophe

    Rien ne vaut la…. règle d’or un peu molle enfin pas si en or que ça.

    C’est une invention espagnole (l’autre pays du fromage et des veaux, à l’instar de la Grèce).

    Un concept fumeux, encore plus fort que toutes les ségolinades de la bravitude qui s’excuse.

    Jugez plutôt :

    La « règle d’or » de stabilité budgétaire, que l’Espagne veut inscrire dans sa Constitution, permettra une certaine flexibilité, autorisant un petit déficit selon les circonstances, a indiqué mercredi la ministre de l’Economie Elena Salgado.

    La ministre, qui a souligné que cette réforme allait « tranquilliser les investisseurs », n’a toutefois pas précisé si une limite chiffrée serait imposée.

    1. poum

      si les super-règles qu’il faut appliquer s’appellent « regle d’or », c’est parce que le seul vrai truc qui le fait bien quand tout est incertain, c’est l’or. Donc la regle d’or c’est « achetez de l’or ! »

  10. Dex

    Bonjour,

    Je poste rarement, mais pour une fois que je prends la plume, j’en profite pour te remercier pour tes billets quasi-quotidiens avec des vrais morceaux de bonheur dedans.

    Bref, juste pour dire qu’au sujet de Montebourg, je te trouve un peu dur. Les propositions 1 et 3 ne sont pas forcément si mauvaise que ça.
    Je crois que ça colle à peu près avec la vision que défend un certain Charles Gave quand il parle de la fusion du bureau de poste et du casino, du jour ou sous Clinton, on a autorisé les banques de dépot et se comporter comme des banques d’affaires.

    Bon, pour 2 et 4 (surtout 4…) no comment !

    Encore merci, et longue vie à ton blog.

    @+, Dex.

  11. C@line

    Hash,
    Qui est, dans la classe française, le politicien (pardon d’utiliser ce mot démodé) élu de votre cœur ?
    Alain Madelin ?

    1. Bof non. Je n’en vois aucun. Il y a bien Aurélien Véron du PLD, mais c’est tellement microscopique pour le moment…
      Le déficit, en France, est d’abord politique avant d’être économique. Je ne vois aucun politicien actuellement qui dise simplement : « L’état est beaucoup trop gros. Il faut le recentrer. Il faut supprimer toutes les institutions qui ne sont pas régaliennes, les commissions théodules, les trucs et bidules divers et le faire maintenant, il faut réduire de 25% le salaire des fonctionnaires, leurs pensions, de 50% ceux des élus, et ne plus en embaucher aucun pour les 5 prochaines années. Il faut supprimer tout le code fiscal et le remplacer par une unique taxe de 10% sur tous les types de revenus (pour les particuliers et les entreprises) et de 10% sur la consommation, rien d’autre.  »

      Ce serait le minimum. Et tout ceci ne sera jamais mis en place avant que la France soit en faillite (quand il sera donc trop tard).

        1. Moralès

          Merci à tous les intervenants d’éviter l’emploi du mot « plus »

          Soit on veut dire « davantage » et alors, on parle d’augmenter,

          Soit on veut dire « plus du tout » et alors utilisons ces trois mots, pour exprimer une fin (encore un mot trouble) ou une pénurie.

          Cela évitera les contre-sens à la lecture, merci !

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