Une brève histoire de l’hyperinflation

Plusieurs fois dans ces colonnes, et bien évidemment ailleurs (mais, comme par hasard, très rarement dans la presse mainstream), on a parlé d’hyperinflation, notamment à la suite des dernières opérations aux noms magiques comme QE (pour les Américains) et LTRO (pour les Européens). Aujourd’hui, je vous propose de revenir un peu dans l’histoire récente de cette hyperinflation, définie comme une période où l’inflation mensuelle est de plus de 50%.

Grâce au travail de Steve Hanke et Nicholas Krus, du Cato Institute, on dispose de données fiables et intéressantes sur les périodes d’hyperinflations connues.

Première constatation : saperlotte, la monnaie papier, ça inflate drôlement dans les périodes de crise, et pas qu’une fois de temps en temps. Si l’on regarde le tableau des deux chercheurs, on se retrouve avec des périodes d’inflations étalées de 1920 à 2008, avec un regroupement de trois grosses périodes :
– la première, avant la seconde guerre mondiale, de 1920 à 1924
– la seconde, depuis 1941 jusqu’au sortir de la guerre, 1949
– la troisième, après l’explosion du bloc soviétique, de 1988 à 1998

Bien évidemment, on trouve aussi un saupoudrage de quelques pays jouant avec leur presse à billets en dehors de ces périodes, l’exemple le plus frappant étant le Zimbabwe de Mugabe pour la période récente, le Chili de la transition Allende/Pinochet, et la France des assignats (qui est donc un précurseur de tous les autres, puisqu’au 18ème siècle). Et en substance, le schéma est toujours le même : la situation économique du pays qui va subir une hyperinflation se dégrade rapidement notamment sous l’effet de dépenses de moins en moins contrôlées par l’État. Ensuite, pour éviter une dépression sévère, les autorités monétaires du pays commencent à emprunter et laisser filer la valeur du papier monnaie pour aboutir à un épisode de grand n’importe quoi dont l’aspect rigolo n’est perçu qu’au-delà des frontières par ceux qui ont eu le temps de fuir ou la présence d’esprit de n’avoir aucun intérêt économique avec les malheureux qui sont restés sur place. Pour s’informer, on pourra lire avec attention le dossier réalisé par Business Insider qui revient sur la période d’hyperinflation dans le régime de Weimar.

Par curiosité, voici les pics d’inflation constatés dans les différents cas. Comme on peut le voir, il n’y a pas vraiment de limite : oui, à proprement parler, lorsque les presses se mettent à cracher du billet, tous les nombres sont possibles et un doublement du prix des biens et services toutes les quinze heures a déjà été constaté (en Hongrie, donc).

daily peaks
(NB : certains pays sont présents plusieurs fois, parce qu’ils ont eu plusieurs épisodes de fête du slip monétaire)

La question qui vient ensuite à l’esprit est de savoir s’il existe une corrélation entre la durée de l’hyperinflation et sa force (importance du taux). J’ai réalisé un petit nuage de points qui donne ceci, et sur lequel on peut distinguer trois groupes de pays.

En gros, le premier groupe (bleu) correspond aux pays dont l’hyperinflation (quelques pourcents par jour) n’a pas duré très longtemps (jusqu’à trois mois). Le second groupe correspond à ceux qui ont eu ces mêmes taux (voire un peu plus soutenus) et qui ont fait durer le plaisir plus d’un an. On imagine le bonheur des populations concernées. Enfin, le dernier groupe, heureusement moins gros, correspond aux États dont la population aura eu a subir l’incurie et l’incompétence avec des taux records pendant de longues années. De ces trois groupes, on ne peut s’empêcher de remarquer qu’il n’y a pas de pays pour lesquels il y aurait eu des taux journaliers très forts et une courte période d’hyperinflation. Manifestement, si les taux d’hyperinflation galopent, c’est parti pour durer…

Il est intéressant de constater que certains de ces États furent des dictatures ou que dans la plupart des cas, la possibilité même de fuir la monnaie imposée était combattue avec d’autant plus d’acharnement que la durée d’hyperinflation était longue et que les taux étaient élevés. Autre point intéressant : dans aucun des cas le phénomène ne se sera arrêté de lui-même sans la mise à mort pure et simple de la monnaie considérée, éventuellement assortie de la chute du régime correspondant. Autrement dit : non seulement, l’hyperinflation est un phénomène qui est au début déclenché volontairement sous couvert d’une inflation « contrôlée », mais en plus, il échappe rapidement à tout contrôle.

Et maintenant, pour en revenir à la situation européenne ou américaine, on constate quelques similitudes. Par exemple, les efforts actuels des banquiers centraux, Draghi et Bernanke, visent à éviter autant que possible une dépression carabinée dans leurs deux grands blocs économiques, en compensant les déflations visibles sur les biens secondaires ou de luxe. Par une multiplication de jeux d’écriture et d’opérations dont la complexité apparente s’explique difficilement par autre chose qu’un désir de camoufler une création monétaire soutenue, les deux bricoleurs ont malgré tout du mal à endiguer le manque cruel d’enthousiasme des populations pour une nouvelle vague de crédit bon marché ; on sent que la succession de QE et de LTRO, dont chaque avatar suscite moins d’intérêt que le précédent, ne parvient pas à relancer le furieux bastringue monétaire.

Pour le moment, tout le monde s’accroche aux deux monnaies. L’Euro et le Dollar sont encore vecteurs de valeur. Mais comme dans tous les épisodes d’hyperinflation précédents, qui peut encore garantir que, un petit matin, la confiance qui sous-tend encore ces monnaies ne va pas s’évanouir ? Certes, le pire n’est pas certain, mais il est de moins en moins improbable, surtout vu les injections de monnaies auxquelles on assiste. Du reste, les mouvements récents d’abandon du dollar de certains pays, dont des acteurs majeurs comme la Chine, dans leurs transactions commerciales, montrent que le règne du dollar s’achève. Or, pour le moment, rien ne semble prêt pour le remplacer, et certainement pas l’Euro, dont tout le monde comprend que s’il doit partir en sucette, il le fera avant le dollar ; et bien malin qui pourra dire quand cela pourra advenir, encore que les tensions s’accumulant entre l’Allemagne et la Grèce pourraient déclencher des événements intéressants.

Si l’Histoire nous apprend quelque chose, c’est qu’elle réalise le paradoxe d’être imprévisible et de se répéter. L’hyperinflation n’est ni rare ni impossible sur un continent comme l’Europe ou les États-Unis. Et les mêmes causes (crises, tensions internationales, manipulation excessive de la monnaie) provoquent les mêmes effets (inflation galopante, perte de confiance, destruction de richesses). C’est dans ce contexte qu’un homme averti en vaut rapidement deux, puis quatre, puis 60 puis un million.

J'accepte les Bitcoins !

1Br2cx1QJxPKfFWazzC8K7FWdTLYkay6Qt

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires71

  1. dede

    « Or, pour le moment, rien ne semble prêt pour le remplacer, et certainement pas l’Euro, dont tout le monde comprend que s’il doit partir en sucette, il le fera avant le dollar »

    Certes, nous n’y sommes pas encore mais l’internationalisation du RMB est en cours et, a condition d’y travailler proprement (ce n’est pas gagne car la Chine reste malgre tout un pays dirigiste), il devrait etre pret relativement vite. En cas d’hyperinflation USD ou EUR, le mouvement devrait s’accelerer rapidement (les Chinois n’auront pas d’autre choix que voir fondre leur reserves mais ne devraient pas etre cretins au point de continuer a accepter des dollars).
    Entre USD et EUR, je ne mettrai pas ma tete au feu ni ma main a couper pour predire lequel sera le premier : si l’Allemagne quitte l’euro, cela devrait etre plie rapidement mais dans le cas contraire, les US n’ayant pas l’experience et beneficiant d’un optimisme a toute epreuve sur leurs capacites et leur puissance militaire pourraient bien s’y jeter tete baissee…

    1. Les élections américaines auront un rôle à jouer. Si Obama passe, le dollar continuera à s’affaiblir. Dans ce cas, il tirera la bourre avec l’Euro pour l’inflation. Si c’est Romney, l’USD pourrait bien remonter assez sec, et là, c’est la fin des haricots pour les nations endettées comme la France (les taux remonteraient probablement). Et là, c’est 6 mois top pour une faillite française, à mon avis.

      Mais bon. Ils sont inventifs, aussi, aux manettes. On n’est pas à l’abri d’une nouvelle trouvaille.

        1. Hayek’s plosive

          Volcker Rule, Reaganomics et fin du casino-Bernanke empecheront le dollar de s’affaiblir davantage.
          Relance par la consommation (et tant pis pour les exportations), les safe-havens comme le Franc Suisse finiront par remonter, la banque centrale suisse revendra sa pile de dette francaise pour éviter que le Franc Suisse ne remonte trop vite, mais personne ne sera la pour acheter la dette francaise.
          Avec les traditionnelles manifs de Mai, ca collera bien pour qu’on nous rejoue le coup de la nuit du 4 aout. Bon par contre en pire, vu que la constituante sera composée de nos syndicats rouges. Mais on fait avec ce qu’on a ! :)

        2. Hayek’s plosive

          Volcker est surtout connu pour avoir mis fin a la stagflation aux US a la fin des annees 70 en etant nomme a la Fed par Carter puis confirmé par Reagan.

      1. Philippem

        Mais ils n’ont pas besoin d’être inventifs ; ils ont déjà la réponse puisqu’ils sont la réponse : ils sont socialistes.
        La France est très endettée, mais les français sont très riches de leur épargne. ll n’y a qu’à se servir, ce qui ne pose aucun problème à un socialiste.
        Voir à ce sujet l’article très éclairant de Philippe Némo : « Lettre ouverte aux pigeons …  »
        http://blog.turgot.org/index.php?post/Nemo-lettre-ouverte

  2. Pandora

    Je ne crois pas à la fin de l’Euro.
    C’est une création purement politique et les hauts dirigeants (qui l’ont soutenue) n’ont aucun intérêt à sa disparition.

    Je ne crois pas à l’hyperinflation : la BCE a pour mandat de l’empêcher et les bisbilles avec la Grèce montrent bien qu’elle est au pouvoir.

    1. paf

      les mecanismes economiques n’ont que faire de la politique.Quand les controle va echapper des mains des politiques ce sera sauve qui peut.

  3. Nawak

    Merci Mr. H16 pour vos billets quotidiens, de plus en plus noirs, mais franchement tout ce foutu merdier ne prête plus trop à rire.

    Un témoignage : Pour avoir vécu dans un pays, l’Argentine , à une époque d’hyperinflation et de dictature (76-77), je sais un peu ce qu’il en est. Les retraites perdent leur valeur, les épargnants leurs économies en monnaie locale. Les salariés mensualisés ont un salaire dont le pouvoir d’achat s’effondre au cours du mois. Ce salaire est réactualisé presque chaque mois sans que l’on sache combien de temps le pouvoir d’achat sera maintenu par cette réévaluation. En début de mois, on se précipite acheter l’essentiel, principalement la nourriture impérissable, puis avec ce qui reste on achète du dollar au marché noir. Cela dit, l’avantage avec la dictature de Videla, c’était qu’on en avait presque rien à f… de l’inflation!

    Je pense que la majorité de mes concitoyens habitués aux bisous républicains équitables solidaires et durables auront un peu de mal à s’y faire. Personnellement, je suis prêt – psychologiquement mais pas vraiment économiquement, seuls les plus aisés et malins disposant de moyens d’expatriation s’en sortiront bien.

  4. Christophe Garcia

    Merci H16, j’ai aussi vécu en Argentine, entre 1975 et 1995. Mes parents tenaient à l’époque un magasin où nous recevions jusqu’à trois actualisations de prix de fournisseurs PAR SEMAINE. Comme Nawak, je suis prêt psychologiquement à ce genre de scénarios. Ce n’est pas le cas, malheureusement, de la plupart des gens de mon entourage.

  5. dubitatif

    Merci H16, grâce à vous je comprend mieux ce qui nous arrive, c’est sur c’est pas jojo mais comme vous le dite un homme averti peut en valoir plusieurs million à l’allure où ça va.

    Cependant une question me turlupine :
    – pourquoi les grand penseurs qui nous dirigent veulent combattre la déflation ? Car de mon point de vue je ne vois pas ce qu’il y a de mal à ce que mon épargne se valorise plutôt qu’elle s’évapore, d’autant plus que mon revenu lui subit une déflation mais tout ce qui m’est nécessaire augmente.

    C’est certainement pour mon bien (ça va m’apprendre à vivre ?) mais je ne comprend pas leur raisonnement : autant vos billets sont limpides et chargés de bon sens (et d’humour), autant les motivations des dirigeants me sont totalement opaques.

    Quel bien y a t il à avoir une population rincée ? Ca permet d’avoir des émeutes, une instabilité sociale … je vois pas bien.

    1. La déflation, c’est très très douloureux puisque du jour au lendemain, les salaires dégringolent (parfois plus vite que les biens de consommation), et des boîtes font faillite en pagaille et de façon retentissante. Autrement dit, c’est l’explosion de misère rapide. Après, ça dure 1 an ou 2, et les créances douteuses, les crédits foireux sont nettoyées.

      Une dépression, c’est une cure de minceur carabinée. Une fois finie, on repart mieux, sur des bases saines. Mais ça fait mal, c’est visible, donc électoralement terrible. Une inflation ou une hyperinflation, c’est l’obésité morbide et la mort par noyade. C’est bien plus doux, et c’est la mort des rentiers, électoralement rentable.

      1. dubitatif

        Merci pour l’explication !
        Je n’avais pas envisagé le problème d’un point de vue électoral, là c’est clair : ils font des pieds et des mains pour rester en place, pas pour que nous repartions sur de saines bases.
        Comme dis Bernie Noël : sont forts les en**lés d’en face !

      2. Laurent

        ça dépend, une déflation douce (genre 1% par an) c’est très bénéfique sur le long termes car le pouvoir d’achat sélève régulièrement. Le 19ième siècle à été entièrement déflationniste sans que ça pose de problèmes majeurs (au contraire l’enrichissement global à été énorme). D’ailleurs c’est ce qui se passerait sans l’intervention étatique, la productivité augmente régulièrement, tout les jour de nouvelles techniques sont mises au point pour produire plus avec moins donc la tendance naturel d’une économie saine est la déflation. hélas nos hommes politiques préfèrent l’inflation qui est il faut le rappeler un impôts déguisé et qui permet aux états de dépenser de l’argent sans passer par l’impôt directe.

  6. letoxis

    Merci H16 pour le contenu et la tonalité (un poil cynique)

    question : pour obtenir une inflation galopante, il faut que la création monétaire (des QE) circule reelement dans l’économie.
    La majeur partie du QE semble déposé à la BCE , attendant des jours meilleurs.
    N’est ce pas lors de la reprise que ces fonds vont sortir pour investir et créer l’inflation ?

    L

    1. Oui. Il faudra que les prêts redescendent. Pour cela, il faudra que la phase déflationniste soit terminée, autrement dit que les gens commencent à vouloir se débarrasser de leurs euros pour les convertir en biens tangibles. Typiquement, regardez les prêts immobiliers et les prêts commerciaux. Tant qu’ils diminuent (en volume et en quantité), c’est qu’on est en déflation (cas actuel). Lorsque la tendance s’inverse, …

      1. letoxis

        dans ce cas là, ne risque t on pas d’avoir une action inverse de la bce :
        – aujourd’hui elle tente de compenser la déflation par de l’émission monétaire (qui ne produit de l’inflation que sur les matières premières)

        – demain, elle pourrait être tentée de limiter la croissance en limitant les retrait des sommes déposées par les banques.
        cela parait fou « de limiter la croissance » mais c’est peut-être un moyen d’assurer une transition douce.
        Après tout, on est pas à une année de crise près … (je fais un peu de cynisme à la H16)

        L

        1. Tenter de limiter la croissance par une limitation du retrait des sommes, c’est à peu près impossible. Sur le liquide, ok, mais sur les prêts (immo, commerciaux), on fait comment, en pratique ? Là, ça revient à caper les prix sauvagement, typiquement. Ce n’est plus une déflation, c’est un effondrement (et là, on passe à une dépression carabinée bien pire encore).

          Non ?

  7. johnny_rotten

    Il ne faut pas craindre pour l’Europe davantage si Romney est élu que si c’est Obama qui repasse.
    Les républicains depuis longtemps (et Romney est sur la même ligne),ont toujours cherché à impressionner leur electorat (et l’opinion internationale) avec l’adjectif fort (strong) accomodé à toutes les sauces dans leurs discours. Etat fort, dollar fort, armée forte etc…
    Avec derrière tout ça toute une symbolique guerrière et musclée (Schwarzenegger, Clint Eastwood)
    Mais de tels discours ça ne prend plus.

    1. Pascale

      SI, parce que Romney possède un soupçon de pensée libérale alors qu’Obama est un social-démocrate à l’européenne. En France, on est en train de virer au collectivisme le plus débridé et face à une économie un peu plus libérée que la nôtre, nous ne ferons pas le poids.

  8. peste et corriza

    Faut voir

    A mon humble avis, on aura les deux en même temps !

    – déflation des biens de consommation loisir genre iphone et fringues de pouf, et biens à faible valeur intrinsèque genre maison périurbaine proche cité de merde.
    – déflation des salaires pour cause de chômage, puisque le manque d’inflation des prix se paye en chômage.

    Et d’un autre coté :
    – inflation, puis hyperinflation des biens à forte valeur intrinsèque : la bouffe, les groles de rando, les fringues bien kaki, l’eau, les armes, les terres agricoles, la ferme, l’appart bien situé en centre ville proche commissariat, etc…

    Aux USA, les prix des terres agricoles bien situées ont déjà doublé, alors que l’immo peine à remonter. Mon vendeur d’armes habituel fait un super benef avec les matraques et autres bombes au poivre…

    – petit plus qui fait plaisir à certain : en cas de merde ultime, il y aura un réajustement des rémunérations. Les gens ayant des métiers réellement utiles (y compris en terme de complexité, je pense notamment aux informaticiens) pourront tirer leur épingle du jeu en faisant du black. Bien entendu, la voie royale reste la médecine.

  9. hussardbleu

    Par quelque bout que l’on prenne le problème, on a le choix entre la catastrophe et la catastrophe… enfin, on retrouve par là une certaine stabilité dans les inébranlables convictions qui soutiennent l’armature morale d’un Pays ! ce qui est bien consolant…

    Ceci dit, et pour ne pas paraître indûment pessimiste, je ne vois pas comment on pourrait faire l’économie d’une guerre civile, qui ne demande qu’un détonateur pour partir comme en 14 : la seule véritable inconnue – et c’est sa beauté – c’est que le choix du « primer » est quasiment infini…

    Quelqu’un évoquait supra une nuit du 4 août… voui, voui… mais 1793, c’était quand même plus fun…

  10. Vincent Wolf

    Finalement, tu prédis quoi ? Déflation (comme dans un de tes billets d’il y a quelques semaines) ou hyperinflation ?

    Quoiqu’il arrive j’achète de l’or ;-)

    1. Déflation pour les 6 mois / 1 an qui viennent (avec un gros paf pour l’immo). Et inflation solide ensuite (et en bien moins probable : hyperinflation).

      1. Vincent Wolf

        OK merci. On va vite pouvoir vérifier :-)

        Eh mais mince je fais quoi de ma résidence principale alors si l’immo s’effondre ?…vendre tout de suite ou y vivre encore des années…bref. Wait and see.

  11. peste et corriza

    Il faut aussi acheter d’autres trucs :
    L’or est bien pour échanger et protéger son épargne, mais ne se mange pas.

    L’argent est aussi intéressant :
    – métal industriel et catalyseur de chimie
    – petite monnaie de l’or
    – médicament
    – purificateur d’eau

    1. Stéphane

      « L’or est bien pour échanger et protéger son épargne, mais ne se mange pas. »

      Je ne supporte plus cette réflexion à la con que les gens répètent comme des perroquets. Les billets de 20€, ça se mange? Les bons du trésor, ça se mange? L’immobilier, ça se mange?

      Si pour vous l’obsession est d’avoir une épargne consommable, louez un local et remplissez-le jusqu’au plafond de fruits en conserve (ou de caviar si vous en avez les moyens) et bon appétit.

      1. Vincent Wolf

        Non, faut investir dans les grands crus. Ca ne se mange pas, mais ça se boit. Et pour oublier le monde réel, un Petrus 89 est chaudement recommandé.

  12. letoxis

    lorsque la croissance reviendra (dans 10 ou 20ans), les fonds du QE seront investies et circuleront dans l’économie.
    les limitations partielles de circulation (liquide) seront peut être assez suffisante pour éviter une hyperinflation.

    C’est une manière de payer la note de la crise plus tard, en prélevant sur la future croissance. Dans un tel contexte de croissance avec diminution du chomage, une inflation entre 5 et 10% serait certainement plus facilement acceptée.

    D’autre part, faire payer les rentiers par l’inflation n’est il pas raisonnable, vu qu’un retraité gagne en France 1200 euros en moyenne (chiffre 2007) donc pas loin d’un actif.

    L

  13. PAF

    allez les trolls, on se remue! on vient parler d’economie!
    ohhh noooon, c’est trop duuuuur, et on n’y comprend rieeen; on prefere parler de so-cié-té.

    1. Calvin

      Attends, j’essaie de te faire plaisir :

      « vous êtes trop nul, M. H16.
      D’abord, c’est l’ultra-néolibéralisme qui est à l’origine des dictatures, donc, s’il y a hyper-inflation, c’est parce que les fascistes des marchés ont imposé, en l’absence de toute réglementation sur les requins de la finances, de faire payer les pauvres, au profit des sales cons de riches, des nantis, et, euh, cela nous détourne des vrais problèmes de société comme le patriarcat, les discriminations, et les menaces sur le vivrensemble »

      Ou la version UMP :
      « Moi, j’aime bien l’inflation, surtout quand c’est R. Dati qui s’en occupe ».

    2. vengeusemasquée

      J’y ai eu droit tout à l’heure au taf :
      – mais moi je ne vois pas de problème à ce que 45% de mon salaire me soient pris parce que je sais qu’il sont utilisés à bon escient.
      – Pardon ? Où tu le vois le bon escient ?
      – Bon oui, on est d’accord, ça marche pas. La justice, c’est de la merde. L’éducation, ok c’est de la merde. La sécurité ? C’est vrai que ça marche pas. La santé, bon on n’est pas vraiment les champions du monde… Mais c’est pas une raison pour s’arrêter. Tu proposes quoi ?
      – Bah d’arrêter…
      – Non mais tu peux pas laisser les gens se démerder seuls ?!
      – Bah si
      – Mais non, tout ça c’est parce qu’y’en a qui s’en mettent plein les poches au détriment des autres. C’est la criiiiiiiise du capitalisme !
      – Non c’est parce qu’il n’y a pas suffisamment de gens qui s’enrichissent. C’est plutôt la crise du socialisme parce que moi le capitalisme, je n’en ai pas vu la couleur.
      CPEF.

      1. vengeusemasquée

        Cette conversation ayant eu lieu quelques minutes après (en pleine réunion) :
        – qu’est-ce que tu fous ?
        – je lis un truc sans rapport avec la réunion.
        – c’est quoi ?
        – un article sur l’hyperinflation. Prépare toi.
        – ah ? Bof on va prendre un café après la réunion ?
        Au-se-cours -_-

      2. Alex6

        Il ne faut jamais discuter politique au boulot en France. Jamais. C’est necessaire pour conserver une bonne sante mentale sur le long terme et evite d’avoir a mettre des coups de boule dans les murs.

  14. NOURATIN

    Fort intéressant, c’est le genre de risque auquel on ne pense
    absolument pas, surtout nos politicards (à l’exception notable des Teutons qui ont des souvenirs et la façon de s’en
    servir).
    Evidemment, il ne nous manquerait plus que cela. Le genre de chose qu’on dit quand le malheur apparaît inéluctable…

  15. Acrithène

    La société est aux mains des vieux, ça éloigne le risque de l’hyperinflation.

    Personnellement, je ne crois pas à un tel scénario qui est avant tout politique (non ce ne sont pas des mécanismes économiques qui rajoutent des zéros aux billets, mais un pure délire politique). Dans le cas de la république de Weimar, l’hyperinflation avait été largement intentionnelle.

    La coïncidence veut que je publie aujourd’hui un billet sur un sujet extrêmement voisin : la destruction de la dette par l’inflation forte. Je me permets de déposer le lien au risque de faire un peu auto-promo : http://theoreme-du-bien-etre.net/2012/10/30/linflation-est-elle-une-solution/

    1. Tu es le bienvenu :)

      Pour la remarque sur les vieux, oui, c’est un élément qui tempérera l’hyperinflation et ira dans le sens d’une (simplement) grosse inflation. Mais le point du billet est simplement de faire remarquer que si c’est ce qui est possible et souhaité, rien ne permet d’écarter un gros dérapage dû à l’incompétence de nos dirigeants.

      Parier sur leur compétence ou sur la sagesse d’une monnaie papier, c’est faire un pari risqué, à mon avis.

      1. vengeusemasquée

        « le point du billet », ça c’est mignon. En Français, tu peux remplacer « point » par « sujet », mais c’est sûr que c’est moins polysémique ! :lol:

  16. NoName

    Merci pour tes billets, H16.

    C’est toujours un plaisir de lire quelque chose de sensé au milieu de cette mascarade orwello-ubuesque qu’est la démocratie française (encore que je note une certaine accélération depuis l’élection d’un certain président Normal et d’un Premier Ministre consternant…). En tant qu’écosceptique, et opposant au pseudo-féminisme et aux pseudo-discriminations, tes billets sont une vraie bouteille d’oxygène.

    Cependant, tes billets, dès lors qu’ils manipulent des notions économiques un peu avancés, me laissent sur le carreau. J’avoue ne pas comprendre grand-chose à ces histoires d’inflations, de déflations, de bulles qui explosent ou quoi.

    Aurais-tu un ouvrage à me conseiller qui me permettrait de régler ça ?

  17. Sanksion

    on sent que la succession de QE et de LTRO, dont chaque avatar suscite moins d’intérêt que le précédent, ne parvient pas à relancer le furieux bastringue monétaire.
    -> Les japonais ont fait leur QE9 bien à eux, sa durée de demi vie fut de … zéro. Une seule réaction envisageable : Go QE 10.

  18. Super0

    Et paf ! Ouai c est haschement dur ce truc ! En gros ça veut dire quoi pour faire simple si j achete un bien immobilier à credit aujourd hui ? Suicide ou bonne affaire ? Des fois j aimerais avoir un cerveau pour mieux comprendre ces trucs bidules.
    En tout cas pendant qu en suede ils veulent pousser la retraite à 75 ans, les socialos de france defendent leurs 35 heures de merde… Je trouve que l on a ce que l on merite : une merde de president et un avenir tres tres sombre.

    1. Calvin

      Soyons clairs.
      Toucher à nouveau aux 35h, dans un sens ou dans un autre, serait une catastrophe au niveau de l’ensemble des entreprises, et des relations entre elles.
      Ce qu’il faut, c’est casser le verrou des heures légales.
      Ceux qui veulent bosser 45h, 40h, 35h ou 20h30 doivent pouvoir le faire.
      Simplifier, alléger, enlever les sales pattes des élus et de l’Etat.

    2. idnaze

      A vouloir se foutre de la figure des cotisants aux caisses de retraites,ne risque t’il pas que plus pèrsonne ne veuille continuer cotise pour ne pas se faire arnaquer arrivé a l’age de la retraite ?
      A moins que cela soit fait exprés ?

      1. peste et corriza

        Je ne suis pas du tout favorable à une révision des 35H, ni aux heures sup en général, pour la simple raison que ce n’est pas équitable : beaucoup en font sans être payé pour autant.

        Par exemple, je bosse déjà entre 40 et 45H par semaine (recherche publique oblige), mais je suis payé au mois… y a pas d’heures sup payées ni récupérables au delà de 7H30 par mois pour égayer mon SDM. J’en fais couramment entre 25 et 35…

  19. Nawak

    « Si l’Histoire nous apprend quelque chose, c’est qu’elle réalise le paradoxe d’être imprévisible et de se répéter. »
    C’est du Hegel. Mai nous ne sommes pas dans ce schéma de la répétition que l’on n’a pas prévue.
    En reprenant votre post ce soir, + les commentaires, dans ma petite tête de pas grand chose, un truc énorme apparait : Les exemples cités ou commentés concernent les assignats, Weimar, l’Argentine (que j’ai vécu), la Hongrie, certes record toutes catégories. Mais ce ne sont que des évènements locaux et de faible amplitude au niveau mondial. Dans le cas présent, on est totalement dans de l’inédit, on n’est pas dans le répété, on est dans le vraiment imprévisible: on a le QE 3 ou 4 (je sais plus) de Bernanke, Les LTROs et autres inventions créatives de la BCE, de plus, comme cité dans un des derniers commentaires, on a le QE9 japonais, donc 3 des 4 plus grandes économies mondiales qui font tourner les rotatives de façon désespérée. ça n’a jamais existé! ça vous évoque quoi ? ou est-ce que l’on va-t-on ? Quelqu’un il y sait-il?

    1. Alex6

      Je me faisais la meme reflexion. L’echelle d’impact est inedite. Il ne me semble pas que les phenomenes d’hyperinflation aient jamais touche des economies aussi importantes comme c’est le cas pour l’euro.
      Un emballement de la monnaie unique serait absolument desastreux et sans doute sans precedent dans l’histoire.

  20. M 51

    il se passe quoi quand on a autant de cash en banque que de capital restant du à rembourser ? Chacun se balance sa monaie de singe à la figure pour pouvoir se torcher avec ?))))

  21. pi31416

    Il peut y avoir hyperinflation sans papier-monnaie.
    Les Romains l’ont connue, du temps où leurs pièces d’or (et d’argent) contenaient de moins en moins d’or (et d’argent).
    Témoin ce vers de Catulle:

    Ameana puella defututa tota milia me decem poposcit

    Dix mille sesterces pour une séance de jambes en l’air, l’inflation est déjà passée par là. Mais ce n’est pas tout. Je me souviens, mais hélas j’ai oublié les détails, de l’héritage d’un patricienne romaine. L’inflation avait été telle qu’on ne prenait plus la peine de distinguer « sesterce » de « myriade de sesterces ». Ce qui fait qu’elle hérita de 400 sesterces au lieu de quatre millions.

    Il y a-t-il ici des historiens ou latinistes qui puissent confirmer et préciser l’histoire? Eis gratias ago.

    1. Alex6

      Je ne connais pas le systeme monetaire romain mais a priori, une piece d’or contient toujours la meme quantite d’or. Si la quantite diminue, la valeur de ce que l’on peut acheter avec doit suivre logiquement.
      En fait dans un systeme d’etalon-or, il ne peut y avoir inflation qu’en cas d’afflux d’or sur le marche. Je crois que ce fut le cas lors des decouvertes de mines aux ameriques par exemple.

      1. pi31416

        Je me contenterai de citer la wikipedia
        (http://en.wikipedia.org/wiki/Aureus):

        Due to runaway inflation caused by the Roman government issuing base-metal coinage but refusing to accept anything other than silver or gold for tax payments, the value of the gold aureus in relation to denarii grew drastically. Inflation was also affected by the systematic debasement of the silver denarius which by the mid-3rd century had practically no silver left in it.

        In 301, one gold aureus was worth 833 1/3 denarii; by 324, the same aureus was worth 4,350 denarii. In 337, after Constantine converted to the solidus, one solidus was worth 275,000 denarii and finally, by 356, one solidus was worth 4,600,000 denarii.

        1. Alex6

          S’il y a reduction de quantite de metal / valeur monetaire, evidemment qu’il y a inflation. Mais dans ce cas, l’or n’est pas un etalon mais simplement un moyen materiel dans lequel on fabrique les pieces.
          Ca n’a rien a voir avec ce qu’est un etalon-or ou la quantite d’or par unite monetaire ne peut etre changee.

  22. peste et corriza

    Les romains avaient une monnaie argent, inspirée celle d’Athènes, qui était acceptée jusqu’en Inde.

    Mais autant Athènes avait une monnaie très stable, autant les empereurs romains devaient financer l’expansion de l’empire avec tout ce que ça impliquait, sinon l’empire s’effondrait.
    Et puis, il faut payer le pain et les jeux du cirque à la plèbe pour que les gueux se tiennent tranquilles.

    Ils ont donc dilué les pièces… l’idée était de mettre ses sesterces dilués sur le marché, et de taxer pour récupérer les non dilués.

    Pour vous faire une petite idée des conséquences :

    – Lucius, riche patricien, apprend par ses amis en sénat que le gouvernement va diluer la monnaie. Il thésaurise comme un porc en enterrant ses « bons » sesterces et paye ses impôts avec les dilués.

    – Childeric le goth est soldat mercenaire. Il voit que sa paye baisse en terme de pouvoir d’achat, inflation des prix oblige. Pourquoi rester dans l’armée romaine avec une paye qui devient de plus en plus de la merde, alors que le tel roi barbare paye en bon or sonnant et trébuchant ?

    – Titus est boulanger. Comme la plupart des boulangers, ils achète son blé en Égypte (dès la république romaine, sans le blé égyptien, Rome meurt de faim). Mais son fournisseur sait que les pièces d’argent sont diluées à 50%. Il a donc augmenté ses prix de 50% pour suivre, et Titus se retrouve à acheter son grain 50% plus cher. Il augmente donc le prix de son pain de 50%.

    – les prix ont explosé, la plèbe gronde, et les pièces non diluées ne rentrent pas. L’empereur décide de fixer les prix du pain, et dilue encore le prix des pièces car il faut toujours payer les dépenses lié à l’empire.

    – Titus fait faillite. Le prix du grain égyptien continue de monter, de plus en fournisseurs refusent la monnaie, et le gouvernement lui interdit de répercuter l’inflation. Titus plie bagages.

    1. hussardbleu

      Les excès du fiscus (petit panier… à se tordre…)ont précipité la chute de l’Empire romain d’Occident, et pour celui d’Orient, les invasions islamiques furent parfois accueillies avec soulagement : la conversion ou la dhimmitude étaient plus faciles à supporter….

    2. pi31416

      C’est à peu près cela, mais permettez-moi quand même…
      «les pièces d’argent sont diluées à 50%. Il a donc augmenté ses prix de 50% pour suivre»

      Ben non. Pour suivre c’est de 100% qu’il doit augmenter des prix.

    3. celtik

      Superbe résumé, à la sauce romaine. Effectivement, il y a pièce d’or et pièce d’or (idemn l’argent), tout dépend du pourcentage d’or véritable et du poids de la pièce. Les bonnes pièces sont thésauriser (pour ceux qui peuvent préserver leur épargne)et les mauvaises circulent, d’ou une inflation progressive des prix.

  23. peste et corriza

    C’est bien pour ça qu’ion retrouve des sesterces romaines enterrées !

    L’histoire se finit ainsi :

    – Childéric a un nouveau employeur, et va piller des villas avec ses nouveaux potes.
    – la monnaie diluée est refusée par de plus en plus de monde, ce qui nuit au commerce.
    – Lucius se fait tuer par les potes de Childéric ou plie bagage loin avec ses bons sesterces.
    – Titus est appauvri. S’il le peut, il redémarrera une affaire, mais pas en Italie.
    – l’empereur n’a plus un rond qui rentre, car le commerce s’est pété la gueule.
    – instabilité règne car le peuple et l’armée grondent…

    Il faut attendre Constantin et son solidus en Or pour que les choses se stabilisent sous le bas empire.

Laisser une réponse

(obligatoire)
(facultatif)