[Redite] Londres accueille avec joie les Olympiades de la Dépense

Article initialement paru le 22 juin 2012

Alors que la course aux Jeux Olympiques de 2024 continue et que seuls Los Angeles et Paris sont encore dans la course, je vous propose de revenir sur ceux de 2012 qui eurent lieu à Londres et qui, conformément à ce qu’on pouvait en attendre, se soldèrent par de belles cérémonies et… un bilan économique franchement mitigé. Or, si les Anglais firent preuve, à l’occasion, d’une relative maîtrise de leur budget, la façon dont se profile l’affaire avec Paris laisse augurer de soucis financiers autrement plus aigus, détaillés par un récent article de Capital qui ne laisse aucun doute planer sur le fiasco financiers que nos amis socialistes sont en train de nous préparer avec notre argent.

Dans quelques semaines, Londres et les Londoniens auront l’immense bonheur d’accueillir les Jeux Olympiques et permettront au monde d’oublier les petits soucis quotidiens en regardant de frêles jeunes filles lancer des poids avec grâce dans l’azur ensoleillé de la capitale britannique, ou de fringant jeunes hommes trottiner sur 100 m à 36 km/h de moyenne sans l’aide d’aucune potion magique. Et puis après, le monde s’effondrera.

Enfin, pour le monde, je ne sais pas. Mais pour l’équilibre budgétaire de la municipalité de Londres, en revanche, là, je suis sûr qu’il va morfler sévère.

« Rooh », se dira le lecteur habituel et blasé. « Encore une dose de méchanceté et de mauvaise foi ! Qu’a-t-il donc à reprocher à cette magnifique manifestation d’entente planétaire dans une compétition saine et colorée ? Tout ça, c’est bien sûr, parce que la France n’a pas décroché la timbale en 2005 lorsque les jeux furent attribués à Londres plutôt qu’à Paris ! »

En fait, rien de tout ça, mais avant d’entrer dans le sujet, revenons rapidement en juillet 2005 : après un suspens insoutenable, le Comité Olympique annonce que bah non, Paris ne gagne pas le droit d’organiser les jeux de 2012, ce sera Londres.

C’est la déception dans les rangs français, emmenés, on se le rappelle, par Bertrand Notre Dame de Paris Delanoë, qui va d’ailleurs s’épancher dans le journal de France 2, snif snif, c’est terrible de voir tout ce vivrensemble qui vient de se prendre une tarte maousse pas du tout bisounours :

Eh oui, comme le dit Bertrand, « une défaite un peu inexplicable » compte-tenu du graissage de patte quasi-industriel qui avait eu lieu avant mais qui n’a pas suffi devant la distribution de bonbons encore plus forte côté britannique, et qui a donc plongé le Maire de Paris dans un désarroi lacrymogène. Sur le coup, donc, euphorie londonienne et pleurnicheries parisiennes. Enfin, officiellement.

Officieusement, côté britannique, certains avaient déjà fait des calculs et commençaient à tirer une tête bien sombre. En France, pas mal (dont moi-même) poussèrent un ouf de soulagement en apprenant la défaite de Paris, suivi d’ailleurs immédiatement d’une joie un peu sadique en constatant la mine défaite de l’improbable maire parisien. Nous aussi avions fait nos calculs.

Nous voici sept ans plus tard, au moment où les jeux vont débuter.

On peut déjà parier que ces jeux seront, sur le plan sportif et événementiel, parfaitement organisés, et il est probable qu’ils seront une belle réussite. Les touristes, venus pour l’occasion, en auront pour leur argent, au moins en ce qui concerne le sport (pour la bonne chère, ça reste l’Angleterre, tout de même, n’exagérons rien).

Mais pour le reste, on comprend déjà que tout ne va pas être aussi génial. S’il y a bien quelque chose qui va décidément être sportif, ce sera le rétropédalage des autorités lorsqu’il s’agira d’expliquer que l’opération globale des jeux olympiques menés à Londres n’est pas un gouffre financier.

Non pas que les Jeux Olympiques devraient, par nature, représenter un bonus économique important. De loin en loin, depuis les jeux de Los Angeles en 1984, pas une seule fois les Jeux n’ont rapporté un kopeck à ceux qui les avaient organisés.

On pourrait, à la limite, se contenter d’un budget à peu près équilibré permettant d’éviter de creuser les poches des contribuables. Mais là encore, que nenni : c’est, de façon systématique, un gouffre financier avec, littéralement, des milliards d’euros, de dollars ou de livres sterling dépensées sans espoir de retour. « Roooh » va-t-on encore me sortir ici, doublé d’un « Ce n’est pas possible, avec toutes les retombées médiatiques, le tourisme, et tout ça, l’opération doit être bien moins catastrophique qu’il le prétend, cette mauvaise langue ! »

Sauf que lorsqu’on épluche la presse et les chiffres évoqués pour les chantiers londoniens en cours, on obtient ceci : en 2002, le montant de la facture des Jeux était estimé à 2.8 Milliards de dollars. En 2012, la municipalité de Londres avoue en avoir dépensé 15, ce qui fait un joli x5. Ici, ce sont les contractants qui se frottent les mains, et les contribuables les yeux : un dépassement de budget d’un rapport cinq, c’est tout de même une performance assez remarquable. D’autant que la dernière estimation du coût final, une fois les Jeux terminés, s’établit à présent bien au-delà des 24 milliards de livres (38 milliards de dollars, à la louche). Là encore, on parle d’un gros facteur 13, ce qui donne un peu le vertige.

Évidemment, la facture finale pour Londres, alors que la crise s’est déchaînée entre les larmes de Delanoë, en 2005, et maintenant, remet en perspective les craintes de ceux qui redoutaient ces jeux pour leur capitale (qu’ils fussent parisiens ou londoniens), notamment lorsqu’on se rappelle d’une précédente capitale, Athènes, et de sa petite note de 11 milliards de dollars largement supportée par le peuple grec puis le reste de l’Europe par le truchement d’une tuyauterie financière qui n’a plus de secret pour personne.

Jeux Olympiques d'Athènes 2004

En réalité, les Jeux, s’ils sont Olympiques, le sont surtout du côté des dépenses générées. On entend souvent que les jeux se rembourseront, mais la réalité est que la plupart des équipements sont construits de façon spécifique pour les sports qui vont y être pratiqués le temps des jeux (un mois) puis être, purement et simplement, détruits ou abandonnés. Par exemple, il n’y a pas bousculade de licenciés pour du handball en Angleterre, et le kayak, en Grèce, n’a jamais mobilisé les foules.

Le fait d’héberger les jeux pendant un mois signifie effectivement que la ville va voir l’activité économique exploser juste avant, mais cette activité profite surtout à des contractants extérieurs qui connaissent les besoins, contraintes et spécificités des infrastructures de ce genre d’événementiels. Rares sont les contractants locaux habitués à gérer ces paramètres. L’argent dépensé par les Londoniens dans ces conditions finit donc par quitter la ville, voire le pays, dans sa plus grosse partie. En outre, les emplois créés le sont de façon purement temporaire : la folie des jeux retombée, il n’en reste plus qu’une toute, toute petite partie.

Observation vraie pour les emplois qui s’étend au tourisme : boosté le temps des jeux, les touristes ne viendront pas plus l’année prochaine à cause d’infrastructures désertées ou démontées. De surcroît, les touristes qui peuvent se permettre d’aller aux jeux (avec des dépenses afférentes de plusieurs milliers de dollars) sont peu nombreux, et ne reviendront pas. Quant à l’idée que les jeux provoquent une ruée sur les sports ainsi médiatisés et entraînent donc un regain de consommation correspondante, c’est juste ça : une idée, fausse de surcroît. Je ne pense pas que vous vous soyez récemment rué sur une paire de pompes en ayant regardé Usain Bolt réaliser ses performances. À la limite, ça aurait même tendance à décourager.

Non, pas de doute : les jeux sont des gouffres financiers. Colorés, joyeux, festifs, forcément citoyens (du monde) adossés à une compétition dans un esprit de partage et de fraternité évidemment planétaire avec des rafales de bisous écoconscients en package bonus. Mais ça reste des gouffres.

En ces temps de crise violente, on comprend maintenant mieux les grimaces des londoniens, et mieux aussi pourquoi le petit Bertrand semble avoir largement digéré la pilule.

En effet, quand on sait que la Ville de Paris est, techniquement, dans la dette et les déficits jusqu’au cou, que ses dépenses ont bondi sous l’ère Delanoë de plus de 44%, en parallèle d’une explosion du nombre d’employés et de l’absentéisme, bref, que la situation financière de la ville est proprement catastrophique, on imagine qu’avec les Jeux Olympiques, la facture finale aurait été démentielle.

Tous comptes faits, les Français en général et les Parisiens en particulier pourront remercier chaudement le Comité Olympique d’avoir choisi Londres plutôt que Paris. Les larmes de Delanoë de 2005 prennent un goût étonnamment sucré.

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Commentaires30

    1. Pheldge

      Rassure-toi, j’ai brûlé un cierge hier pour ça, à trous les coups, ça marche ; le Tout-Puissant est sensible à mes prières depuis que je joue avec la Chorale paroissiale …

      1. Black Mamba Warrior

        Cela fait trois ans que j’ai quitté la chorale paroissiale.
        Durant cinq ans j’y officiais en tant qu’animatrice liturgique.
        À force de lutter en interne contre les vieux débris fossilisés, j’ai réussi à rajeunir toute l’équipe. J’ai préferé partir pour ne pas devenir à mon tour un fossile.

  1. Le Gnôme

    Curieux pour un pays en faillite de vouloir cramer des masses de brouzoufs pour augmenter la dette.

    Il y avait récemment des photos des installations olympiques de Rio, et avoir dépensé autant d’argent pour avoir des ruines quelques années après doit faire hurler de rage bien des brésiliens. D’ailleurs, ils peuvent constater que leur pays va nettement mieux depuis l’organisation des JO.

    1. Loki dort

      Ca n’a rien de curieux, vu que la dette, ce n’est pas eux qui la payent… pour eux, la fête est toujours organisée aux frais du contribuable

  2. bibi

    Depuis on a les dossiers de candidature et on voit qu’il n’y a pas photo entre Los Angeles est Paris.
    Los Angeles est la ville la plus sportive du monde et possède déjà toutes les infrastructures pour accueillir les JO.
    Il y a bien sur les infrastructures sportives déjà toute présente à l’exception du futur stade des Rams et Chargers, et tout ce qu’il y a à faire c’est monter des tribunes amovibles sur la plage et dans les parcs de la ville.
    Les transports en commun sont très bon et très peu utilisé en temps normal donc pourront largement accueillir le surplus de touriste.
    Les capacités hôtelières de la ville sont gigantesques et de tous standings.
    Le village olympique est constituée de résidences universitaires.

    Il n’y aura pas un dollar du contribuable qui ira directement à l’organisation, seul les frais de sécurité engendrée par la manifestation seront à la charge du contribuable.

    LA a un dossier tout à fait exemplaire, et la ville avait déjà accueilli avec brio les jeux de 1984 en réalisant un jolie bénéfice et fera de même en 2024 si on lui confie l’organisation.

    1. calal

      vous etes sur qu’ils ont fait du benefice? parce que quelque part ca reviendrait encore une fois a reconnaitre qu’il y a d’un cote les americains,les germains qui savent se demerder et de l’autre cote,ben tous les autres…

      1. bibi

        En 1984 faute de candidat l’organisation a pu imposer tous ses désidérata au CIO à commencer par le sponsoring et le fait de ne rien construire en dehors de la piscine et du vélodrome.
        Pour Atlanta c’est Coca qui s’est payé les JO, en Europe c’est toujours le contribuable qui paye.

      2. sam player

        calal, google est ton ami :

        In 1979, the L.A. organizing committee had made a deal. If the games saw any profits, LA84 would give 60 percent back to the U.S. Olympic Committee and keep 40 percent for Southern California. At the end of the games, the total expenditures came in at a respectable $546 million, but even more impressive was the profit: A surplus of $232.5 million, meaning $93 million would stay in the region. This was huge. The only other games at the time which could claim to be financially successful at all were the other L.A. Olympics: The ones held in the city in 1932.

  3. Sébastien

    Vous critiquez le fait que des multinationales privées s’en mettent plein les fouilles sur le dos des citoyens avec la complicité de leurs laquais politiciens? C’est bien çà???

      1. gorille

        Si on peut plus faire du business tranquillou entre polytechniciens, enarques et science-pipos 🙁
        Le peuple n’est pas assez digne pour dépenser son argent

  4. sam player

    HS :
    Je suis étonné que le nom du premier ministre n’ait pas encore fuité alors qu’un conseil des sinistres est prévu dès Mercredi et que les consultations doivent déjà être en cours pour choisir la dream team.
    Ou alors ça confirmerait que les sinistres ne sont pas des poliotiques mais des « technocrates » (terme non péjoratif ici).

      1. sam player

        Nommé officiellement lundi mais l’impétrant est déjà informé et a déjà commencé à consulter ses camarades de jeux…

        1. sam player

          Un petit pronostic ?

          Ce ne sera pas Bayrou
          Mais vu que l’on ne l’entend plus, je verrais bien Bruno Le Maire qui a aussi peu de colonne vertébrale que Juppé, l’âge avancé en moins…

          1. Vassinhac

            Édouard Philippe ?
            Plutôt jeune et inconnu hors de sa région pour le renouvellement, énarque, député et maire pour la connaissance du « marigot », à droite mais pas trop pour le positionnement politique ambigu

              1. Lark on the wing

                j’adorerais NKM comme PM, le tableau serait complet, et surtout le conflit avec Miss Hypocagneuse serait permanent : priez, mes frères!

                  1. Pheldge

                    Il y a une expression créole très poétique pour désigner les roux ; on les appelle « gardiens volcan » …
                    Quant aux rousses, bin, je confirme ce que disait RPS à leur sujet ! 😉

  5. fab

    En fait, on s’en moque un peu de tout cela : c’est les bobos parisiens qui paieront, les mêmes qui élisent des écolos – gauchos. Un jour, il faut bien finir par assumer les conséquences de ses actes, Hidalgo n’est pas parvenue au pouvoir par un coup d’état.
    Quant aux familles modestes parisiennes, désolé pour la bienpensance mais c’est le même topo : je suis issu d’une famille très modeste et on m’a bien enseigné une chose : rien n’est gratuit dans cette vallée de larmes 🙂
    Alors moi je rêve que Paris gagne les jeux. Ensuite, une bonne petite faillite des familles… ahahah, payez les bobos, payez !

  6. Outloud

    Quand on voit le magnifique succès économique de l’Euro2016 en état d’urgence.
    À côté de ça les fédérations pleurent pour payer des chaussures à leurs athlètes (les fédérations iront elles présenter leur débile au ministère après avoir fait pleurer dans les chaumières en présentant nos Cosettes de l’escrime et de l’athlétisme obligés de concourir en sabots percés ?)

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