Les bons mots

S’il y a bien un domaine où les hommes politiques excellent, c’est bien celui de la parole : ils manient la langue (de bois) avec un art consommé, usent et abusent des persiflages, commentaires acides et remarques assassines, peaufinent des réparties cinglantes à longueur de temps et se fendent de discours presque poétiques aux envolées lyriques que le monde nous envie parfois. La période de fin d’année est propice à ce genre d’exercices et nous réserve un véritable feu d’artifice réthorique. J’ai réussi à rassembler quelques modestes bribes du magnifique tableau que nos politocards nous brossent tous les jours.

Hollande ouvre le bal avec une tirade numérique : « Nous avons eu 200 jours sans croissance, 200 jours de déficit et de dettes, 200 jours d’injustice, de précarité et de régression », a martelé le premier secrétaire du Parti socialiste, dressant le bilan de cet anniversaire de Villepin à Matignon.

Nous avons ici, en matière réthorique, un euphémisme du plus bel acabit. Force est de constater en effet que notre flan socialiste est loin du compte : cela fait maintenant 30 ans que la croissance est pour le moins molle, les dettes de plus en plus fortes, l’injustice, la précarité et la régression au menu quotidien des Français. En se focalisant sur les deux cents derniers jours, le bougre oublie les dix milles autres qui ont précédé.

Intéressante amnésie qui explique peut-être la proportion qu’a prise la dette toutes ces années, et que le premier secrétaire propose de combattre, en bon gestionnaire qu’il est, en supprimant les 40 milliards d’euros de cadeaux fiscaux offerts par la droite dans son dernier budget. Ce serait effectivement un début, mais, tant qu’on y est, pourquoi ne pas ponctionner encore autant que possible les benêts que nous sommes, pour passer ce chiffre à 400 ? Certes, il faudrait renouveller l’opération … 4 fois, mais les Français, ces boeufs dociles à l’encolure puissante, ont encore de la ressource et ne plieront pas sous le joug, non ?

En matière linguistique, dans la catégorie coquecigrue, Martine à la ville se pose là. Aubry, qu’une baliverne de plus n’étouffera pas, a accusé la droite d’ « imposture » en matière d’emplois. Il est vrai que prétendre devant 60 millions de personnes que le travail est une denrée fixe et qu’il faut mieux la partager (eh non, le travail ne se crée pas, il existe, point, charge à nous de le découper), cela relève d’une puissance verbale rarement déployée pour nous faire avaler des couleuvres boa constrictors.

Thierry La Fronde, lui, tente la procrastination, et dit parler franchement : il livre le rapport Pébereau dans toute sa splendeur, sans pudeur et sans attermoiements. 2000 milliards de dettes, l’affaire est entendue : « La France vit au dessus de ses moyens ». Le Thierry oublie aussi vite que la France, c’est surtout l’état, que l’état, c’est surtout lui – il est aux phynances, ne l’oublions pas – et que ce qui vit au dessus de ses moyens, c’est surtout lui. D’ailleurs, il le confirme avec son budget. Délicieux oxymore, au final, que le budget français équilibré. Et l’on appréciera au passage la logique toute cornélienne du ministre qui propose d’une part de combattre la dette et d’autre part, d’en faire un peu plus.

Un petit mot, enfin, du Huchon d’Ile-de-France. Il ne s’agit pas d’un gros animal cacochyme du bassin parisien qui fait « pouarp » quand on appuie sur son ventre, mais du président de région, tendance collectiviste de gauche molle, qui demande, de façon presque apotropaïque, que la grève des RER prenne fin. Etonnant petit revirement des habitudes chez le camarade Jean-Paul, qui, plus souvent qu’à son tour, a soutenu les mouvements de grèves. Mais il faut bien éloigner le mauvais sort qu’on pourrait lui faire si cette grève, fort mal perçue par les usagers usagés, devait s’éterniser… L’élu socialiste ajoute cependant que « sur les lignes de RER, 80% des retards sont dus aux infrastructures, pas aux conflits sociaux », parce que « l’Etat, depuis trente ans, n’a pas assumé le renouvellement du matériel roulant en Ile-de-France ». Ben voyons.

Le plus délicieux, finalement, c’est que ces petites phrases se bousculent en quelques heures. Et à chaque fois, la même tendance à la déconnexion de la réalité et la même tendance au recours à l’état pour résoudre le problème ou à le fustiger s’il est dirigé par l’autre camp (les collectivistes de droite molle actuellement). En quelques heures seulement…

Imaginez le nombre d’abrutissantes stupidités qu’ils déblatèrent en une année !

Cela donne le vertige, non ? Presque autant qu’un rapport Pébereau.

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Commentaires2

  1. Nx

    A propos du renouvellement du matériel roulant, pour info : ( tiré de la "vie du rail" )
    Un retraité de la SNCF se plaignait d’une réservation désormais obligatoire sur la ligne Bordeaux-Toulouse
    Rappelons que cette ligne était desservie par un express et que depuis peu c’est un "nouveau" train Teoz qui la parcourt.
    Et devinez quoi ? Le prix du billet a augmenté , le train ne va pas plus vite, le confort n’a que guère changé (l’ancien train devait dater de ’70)
    Mis à part l’aspect neuf, il n’y a pas moins ou plus de places assises et pas plus de fréquentation.
    Mais le voyage coûte plus cher…

    Vivement l’ouverture à la concurrence.

    J’ai déjà de source sûre des faits relatant des "roulants" bi-lingues passés à "l’ennemi" allemand.
    Bizarrement je sens que "l’envahisseur" va cette fois être accueilli à bras ouverts.

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