Des fraises au CO2

Pour paraphraser Audiard, l’Etat, ça ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît ! Et pour le prouver, bientôt, vous aurez une information supplémentaire indispensable sur votre barquette de fraises : la quantité émise de CO2 pour la produire. Non, non, vous ne rêvez pas : un jour, peut-être, à côté du prix et de la dénomination, vous aurez le nombre de kilogrammes de dioxyde de carbone pour l’objet que vous convoitez. Et là, vous pourrez commencer à culpabiliser.

Pour la quatrième année consécutive, nous venons de replonger dans le bonheur gluant de la Semaine Du Développement Durable, qui appelera les consommateurs citoyens et festifs, les collectivités et bien sûr, les entreprises, à changer leurs méchantes vilaines habitudes pour ménager la planète et le climat.

En effet, c’est maintenant acquis, le lavage de cerveau a bien fonctionné : à partir d’un concept flou et mou issu du Sommet de la Terre à Rio en 1992, le Développement Durable (qui n’était pas encore franchement festifs et pas vraiment citoyen) a fini par acquérir, ces dernières années, un sens que près de 50% des Français disent connaître … C’est ce que constate en tout cas Nelly Ollin, la schtroumpfette en charge de l’écologie.

A la manière d’une baudruche qu’on n’arrête pas de remplir d’air chaud, « Le thème commence à prendre du sens », reconnaît Christian Brodhag, délégué interministériel au développement durable. Incroyable : à force de marteler cette expression vide, elle finit par acquérir du volume.

Vide ? Je m’explique.

En fait, l’idée même du Développement Durable vient de la compulsion irrépressible d’une petite quantité d’individus de se poser les questions suivantes :

  1. comment concilier progrès économique et social sans mettre en péril l’équilibre naturel de la planète ?
    Ah bon, l’équilibre de la planète est en danger ? Un basculement des pôles nous guette ?
  2. comment répartir les richesses entre les pays riches et ceux moins développés ?
    Moi qui pensais naïvement que l’économie traditionnelle, ayant fait des miracles pour les européens, puis les américains, puis les asiatiques, n’avait plus de preuve à fournir, eh bien, que nenni, je me fourrai vigoureusement l’auriculaire dans le globe oculaire, semble-t-il !
  3. comment donner un minimum de richesses à ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants encore démunies à l’heure où la planète semble déjà asphyxiée par le prélèvement effréné de ses ressources naturelles ?
    La planète est déjà asphyxiée ? Nous mourrons tous ? Il n’y a plus de fer, de zinc, de cuivre, d’or, d’uranium ? La mer est épuisée ? Les forêts ont disparu ? Diantre, je suis vraiment un optimiste béat.
  4. et surtout, comment faire en sorte de léguer une terre en bonne santé à nos enfants ?
    Mais comment, comment diable, comment ont fait les centaines de générations précédentes ? Serions-nous tous tombés stupides ?

A la lecture des questions, on commence à comprendre pourquoi le libéral que je suis regarde cette Semaine Du Développement Durable comme la fumisterie extorcatoire qu’elle est en réalité : chaque question est ainsi posée que toute réponse fournie s’empressera de placer le consommateur contribuable citoyen dans la position d’un enfant qu’on qualifiera pudiquement de « simple », le déresponsabilisant à vitesse balistique, lui offrant d’un côté le mamelon nourricier de la subvention et de l’autre, la griffe impitoyable de la ponction fiscale et culpabilisante.


Ainsi, pendant que le gars Brodhag (le délégué intertuyaux à la Fumisterie Environnementatoire) s’avoue plus « dubitatif sur les changements de comportement » qu’occasionne cette semaine d’événements – c’est dire tout l’impact des précédentes semaines dans le coeur des Français – , près de 1.400 initiatives – soit le double de l’an dernier – ont été retenues dont une centaine, le Top 100, sont considérées comme « particulièrement remarquables ». Ici, nous voyons le pan « Subventions & Mamelon Nourricier de l’Etat ». Le pan « Ponction Fiscale », vous avez jusqu’à demain minuit pour le remplir (n’oubliez pas de signer, avec votre sang, si possible), ou allez sur http://racket.gouv.fr pour obtenir un tatouage numérique (666 par exemple … Nan, j’déconne).

Dans le site du gouvernement, on apprend pas grand’chose si ce n’est qu’on lavera longuement le cerveau de tous et chacun, avec une campagne de spots radio et télévision et la distribution d’affiches et de brochures sur les « gestes citoyens » au quotidien, dont l’une, aux couleurs de Babar, est destinée aux petits pas-encore-citoyens mais probablement-déjà-festifs de 4 à 8 ans. En clair : nous (oui, nous) payons pour avoir notre cerveau vrillé par des messages insupportablement débiles, et nous assurer que mêmes notre descendence n’y échappera pas. Ainsi, plus tard, quand ils auront vingt ans (vingt ans de ce régime à bouffer du message citoyen et festif !) pourront-ils nous tancer vertement d’avoir pris autant de liberté en polluant de nos papiers de bonbons et de nos pêts cassoulesques notre Mère La Terre !

Mais le ponpon, dans cette histoire, réside dans la panoplie de mesures inventées par nos dirigeables dirigeants à air chaud pour nous culpabiliser : Ollin prévoit ainsi de faire afficher, un jour, les émissions de gaz à effet de serre sur les barquettes de fraises importées du bout du monde hors-saison.

Je crois qu’on touche ici au limite du gnangnan crétinisant: « Attention, consommateur, en mangeant ces fraises hors-saison, tu es responsable (bouh! vilain!) du rejet de 1.5 Kg de CO2 ! ». Par contre, le fait que tu fasses vivre un producteur de fraises, un transporteur de fruits et légumes, on s’en tamponne le coquillard : si ces fats te proposent un service aussi intentatoire à la bonne santé des petites plantes et des petits animaux, c’est parce qu’ils sont encore trop stupides pour comprendre que, dans dix-huit générations, ils seront peut-être fort marri d’avoir gaspillé tout ce bon oxygène. Certes, ils n’atteindront pas la troisième génération s’ils ne mangent pas à leur faim, tout de suite, mais là n’est pas la question ! Pense aux petites plantes et aux petits animaux. Et à la place des fraises, prend donc des topinambours. C’est français, rustique, pas cher, et c’est très bon avec un peu de chantilly !

La conclusion, je la laisserai presque à Elizabeth Pastore-Reiss, directrice d’Ethicity – un site acide qui pique les yeux : « un Français sur deux se sent concerné par l’état de la planète ; sur 4.500 personnes interrogées en mars, 83% indiquent avoir pris conscience de leur pouvoir d’action au travers de leurs achats. Et plus de 20% pensent qu’il faut simplement consommer moins. » Si rien ne répond à ces préoccupations, prévient-elle, « on court le risque de voir les plus gros consommateurs opter pour la décroissance ».

Et évidemment, là, ça enquiquinerai aussi l’état (pas le Pan Mamelon, l’autre, celui qui taxe) : si personne ne consomme, on ne pollue pas, certes, mais la vie est franchement moins rigolote, notamment pour nos dirigeants.

Aaaah, l’affreux dilemme que voilà pour l’étatiste : d’un côté, il trouve dans la croissance des raisons de culpabiliser le citoyen, et donc, de le faire cracher au bassinet. De l’autre, il lui fournit des arguments – vasouillards mais suffisamment effrayants pour être motivants – pour ne plus consommer, et donc, diminuer sa « contribution ».

Gageons que ce petit paradoxe sera contourné avec brio par nos vaillants tuyauteurs de l’impossible !

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Commentaires10

  1. Lucilio

    "…l’Etat, ça ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît ! "

    :-))

    Je te pique ta citation pour mon usage personnel. C’est pas une menace, c’est une promesse.

  2. LeGrosPingouin

    En fait je me demande si les francais passent leur temps a se faire la morale les uns aux autres parce que l’etat la leur fait en permanence en mode brainwash, ou alors si c’est au contraire parce que les francais se font la morale que l’etat, en bon copieur qui copie sans comprendre (comme moi en DS de chimie), se met a en faire aussi.

    Le Quebec (qui aimerait bien imiter la France mais ne veut pas l’avouer) est a la base beaucoup plus liberal, mais aussi plus ‘quetaine’ (niais) et donc (je ne te mens pas) on se retrouve avec des campagnes de pub du niveau "se droguer c’est toxique" et "frapper les enfants c’est pas beau"
    (Le vrai message est "l’enfance, pas la violence" ; j’imagine que l’alcolo de service pourra mediter sur ce beau slogan au moment ou il l’enseignera a ses enfants "t’as compris? l’enfance, pas la violence ou tu prends ma main sur la gueule !")
    Pour ce qui est de tes commentaires sur l’ecologie, je suis treeeees decu: non seulement tu n’as pas appris ton catechisme, mais tu discutes des dogmes si evidents qu’on se demande vraiment si tu as vecu dans une cave ces douzes dernieres annees:
    Bien sur l’equilibre de la Terre est en danger ! et c’est de ta faute, avec toutes tes fraises carboxylique-hors-saison a la noix !
    Et seul toi pourra ramener la Terre dans le droit chemin, en achetant pas, en travaillant pas, en consommant pas et de preference reflechissant pas. :)

    Ping

  3. pp

    Et elle est payée combien la ramolie du bulbe qui a inventé l’étiquetage CO2 des barquettes de fraises ? A mon avis ça doit faire très cher par idée de merde. Dommage qu’on puisse pas poser aussi des étiquettes sur ses idées de génie (d’eugénie ? d’eugéniste ?).

    Si ça continue comme ça ces espèces de crétins proposeront de rembourser les obsèques des "citoyens responsables et soucieux de la nature" si dans un merveilleux geste d’abnégation ils se faisaient hara kiri pour sauver notre planète !

    Je propose donc plutôt de construire des centrales nucléaires de 4ème générations, qui ont l’avantage d’être beaucoup plus sûres (pas de possibilité d’explosion du réacteur, qui ont un meilleur rendement, et qui ont l’extrême avantage de permettre de produire en grande quantité de l’hydrogène comme sous produit de l’activité de la centrale. Cela permettrai ainsi de passer du pétrole à l’hydrogène. Et hop ! Plus de CO2 ! Et pas 5 misérables pourcents en moins comme proposé au sommet de Rio !

  4. Ping

    Passionnant, tout de meme, comme la dictature que le francais passe son temps a vouloir fuir prend a chaque fois une forme nouvelle;
    cette fois-ci ce sera la dictature de la morale bienpensante antiliberale
    (hu hu).
    le soldat servant de cette dictature est facile a reperer: il porte un gyrophare sur la tete avec un panneau clignotant qui dit "attention au facho"

    d’ailleurs lorsqu’on en met plusieurs dans la meme piece, la scene est epatante:
    un tas de gugusses avec un gyrophare allume sur la tete, se montrant tous les uns les autres du doigt et criant:
    "facho! facho! "

    facho! facho ! buiiiip buiiiiiip buiiiiip (sirene du gyro)

    Ping

  5. Oumpf

    Je suis libéral comme toi, mais je suis assez scandalisé par la façon dont tu décrédibilise le mouvement. Un minimum de connaissances scientifiques t’auraient évités de raconter des bétises. L’émission de gaz à effet de serre est un vrai problème. La mesure de la quantité de CO2 dans les carottes glaciéres le prouve. Et l’observation de la courbe sur un siècle se passe de commentaire. Si tu l’avais vu tu saurais pourquoi c’est un problème récent et que nos ancétres pouvaient totalement se permettre de l’ignorer.

    Il y a des tas de facon de vomir les partis écolos notamment parce qu’ils sont contre le nucléaire alors que c’est au contraire une chance de diminuer les émissions de CO2 et la consommation de pétrole (même si l’uranium est une ressource épuisable). Ils sont également contre les OGM alors que c’est également une façon de réduire la consommation d’engrais et de pesticides qui sont fortement nocifs pour l’environnement.

    Par ailleurs, je ne vois pas la relation entre information et déresponsabilisation. Si on interdisait les fraises ayant nécéssités trop de CO2 pour être produites, alors on déresponsabiliserait. Si l’on informe alors au contraire on responsabilise et le consommateur fera son choix en ayant toute l’information nécéssaire à ce choix. Il m’est déja arrivé de choisir un produit plutot qu’un autre en raison de sa consommation énergétique (ampoules) et c’est un choix totalement conscient de mon coté donc responsable.

  6. Truc

    Sauf votre respect Oumpf c’est precisement ca l’argument:

    1.votre, notre volonte "d’agir" pour rendre moins pire notre impact sur l’environnement est un des aspects de la mythologie de notre societe et de notre epoque: c’est par un petit geste qu’on sauve le monde etc…

    2.il a ete demontre (moulte fois par moulte auteurs) que justement, la consommation responsable ne regle aucun probleme, que le nucleaire n’est pas une matiere premiere (a la difference du petrole) et que la philosophie du ‘si tout le monde s’y met, on peut’ est une aberration qui mene generalement a la cata.(exemple de cata: le XXe siecle)

    Si les arguments de ecologistes sont enthousiasmants au depart, l’idee de vouloir contrer les effets d’un changement climatique et/ou des emissions de produits industriels toxiques en consommant ‘malin’ me parait au minimum fantaisiste (en restant guilleret)

    Pendant que vous achetez des fraises low-CO2, mon collegue va demander au boss de monter la clim, apres on va avoir froid en ete et il vous faudra au bas mot quarante mille barquette de fraises pour rattraper notre petite fantaisie thermodynamique.

    Dans le cas contraire mon collegue a trop chaud, il se plaint et c’est chiant de bosser avec kelk’un ki se plaint tout le temps.

    Truc

  7. @Oumpf : vous êtes « scandalisé » ? Mais, je crois que le mot que vous cherchez, en fait, c’est « pas au courant ». En effet, vous ne semblez pas au courant que, si le CO2 est un facteur de l’effet de serre, très peu d’études, voire aucune ne prouvent que l’activité humaine soit un ou le principal déclencheur de l’augmentation de chaleur observée, et, pire encore, tout indique que d’autres facteurs des douzaines d’ordre de magnitude plus importants rentrent en jeu. Ainsi, la vapeur d’eau (effet 10x plus fort en terme d’effet de serre que le CO2), le méthane (idem), et, encore plus fort, l’activité solaire.
    En outre, il reste à prouver (de façon claire) que nos efforts de petits humains minuscules ont eu, ont et auront un effet sur le climat. Là encore, ce n’est pas gagné. J’encourage la lecture de ce site fort bien fait (et scientifiquement exact, au contraire des balivernes grotesques utilisées par les signataires de Kyoto, et les écolos en général). Un livre qui devrait être la référence avant de parler de réchauffement, de mort annoncée par irradiation, cuisson ou autre misère de notre temps est celui de Björn Lomborg, l’Ecolo Sceptique, que je recommande chaudement.

    Au delà de ces aspects strictement scientifiques, il n’y a pas déresponsabilisation stricto-sensu des consommateurs en affichant le CO2 produit pour amener les fraises à bon port, mais il y a culpabilisation éhontée dans le but d’une déresponsabilisation : on fait tout pour que le consommateur, triste et honteux d’avoir acheté ces p*tains de fraises malgaches ou madrilènes, se retourne vers l’état pour lui demander assistance, moyennant finance évidemment. Et de façon générale, tout discours jouant sur la culpabilisation de la part d’un état qui est le premier responsable en terme de gaspillages, de dépenses énergétiques pas maîtrisée et d’économie d’énergie inexistante, c’est d’une hypocrisie sans borne, vous ne trouvez pas ?

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