Novlangue : essais et pot-pourri

C’est Noël, c’est la période des cadeaux et à la téloche, celle des bêtisiers. Sur Hashtable, on se contentera de relayer une information telle qu’on peut la trouver sur, mettons, Boursorama. Et là, surprise : le bêtisier s’écrit tout seul…

Nouvelle brute, sur Boursorama : http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?&news=6209327

Un collectif de précaires saisit de la nourriture aux Galeries Lafayette
Environ 25 personnes, membres d’un collectif de chômeurs et précaires, ont saisi de la nourriture qu’ils ont emportée sans payer samedi aux Galeries Lafayette de Rennes, a-t-on appris de source policière.
Le groupe de militants a rempli vers midi des paniers avec de la nourriture puis a bloqué les caisses en déployant une banderole: « chômeurs et précaires en lutte ».
Après négociation avec la direction du magasin, où régnait une grande affluence à quelques jours de Noël, ils ont pu emporter leurs victuailles sans payer.
Aucune plainte n’a été déposée et la police, qui s’était rendue sur place, n’a procédé à aucune interpellation.
Contactée par l’AFP, la direction du magasin n’a pas souhaité s’exprimer.

Voici la version française :

Une bande de marginaux vole de la nourriture aux Galeries Lafayette
Environ 25 personnes, membres d’une bande organisée, ont volé de la nourriture samedi aux Galeries Lafayette de Rennes, a-t-on appris de source policière.
Le groupe de voleurs a rempli vers midi des paniers avec de la nourriture puis a bloqué les caisses en déployant une excuse : « chômeurs et précaires en lutte ». Après intimidation de la direction du magasin, où régnait une grande affluence à quelques jours de Noël, ils ont pu emporter leur butin sans souci.
Aucune plainte n’a été déposée et la police, qui s’était rendue sur place, n’a procédé à aucune interpellation.
Contactée par l’AFP, la direction du magasin, ayant peur de représailles, n’a pas souhaité s’exprimer.

Mais Hashtable ne recule devant rien et vous offre … la version Besancenot :

Acculés à la misère par le néolibéralisme apatride mondialisé, un courageux groupe de militants a pratiqué une juste redistribution des richesses aux dépens d’une chaîne de grandes surfaces portant le nom d’un symbole de l’ultralibéralisme anglo-saxon qui gangrène le tissu social français.
Environ 5 personnes, membres d’une cellule de travailleurs précaires spoliés du fruit de leur labeur par des patrons-voyous, ont repoussé à Rennes les assauts furieux de 200 vigiles armés jusqu’aux dents, avant de s’emparer de la nourriture vendue à prix exhorbitant pour accroître les profits de la finance internationale.
S’inspirant des actions populaires du Che, le commando révolutionnaire a rempli ses cabats avant de libérer les caissières injustement exploitées et de déployer une banderole: « vive le Nouveau Parti Anticapitaliste – vive Olivier Besancenot ».
Honteuse de ses pratiques amorales de suceurs de sang malgré la période de Noël, la direction du magasin s’est réfugiée dans ses bureaux sous les quolibets des employés et clients du magasin, qui ont bien vite sympathisé avec nos héros.
Les prolétaires policiers ont été sensibles aux arguments d’Olivier Besancenot, qui avait parcouru la distance Neuilly – Rennes à vélo pour l’occasion, et n’ont retenu aucun délit à l’encontre de cette avant-garde révolutionnaire.
La lutte continue. Hasta la victoria siempre Comandante Che Guevara!

Et puisque c’est la période des fêtes, la direction ne recule devant aucun sacrifice, fût-il de denrées Made In Fauchon : la version joséboviste !

Dégoûtés par les pratiques anti-démocratiques de la grande distribution, des paysans ont exprimé leur ras-le-bol dans une grande surface de Rennes, la capitale du terroir breton.
Emmenés par José Bové, chaussés de sabots remplis de foin et armés de fourches, ces petits producteurs expulsés de leur terre ont saisi tous les articles industriels et ont soigneusement brûlé tous les produits soupçonnés de contamination par des OGM.
Les clients et caissières du magasin ont pu déguster à la bonne franquette des produits traditionnels apportés par les sympathisants, en particulier des tartines de roquefort, pendant que les paysans déployaient une banderole: « A bas la malbouffe. A bas Bruxelles. »
De l’aveu même des dirigeants, la multinationale qui a racheté le magasin les contraint à gonfler leurs marges tandis que les prix à la production sont au plus bas, sous la pression du lobby productiviste. Les victimes sont les petits producteurs acculés à la faillite et les consommateurs.
Les forces de police ont relâché la plupart des membres de la confédération paysanne mais ont interpellé José Bové, qui risque 6 mois de prison pour récidive.
Appelé sur son mobile alors qu’il fête Noël à Caracas, Manu Chao a déclaré qu’il dénoncera cette nouvelle exaction d’une justice acquise aux intérêts industriels dans son prochain album, intitulé « Campesino ».

La version ségoliste peut valoir le détour ? Allons-y gaiement !

Les temps sont durs en Sarkozie. L’exaspération et la colère saine ont gagné des frères et des soeurs socialistes à Rennes, qui ont opposé leur droit à être nourris, dans la dignité et l’optimisme.
N’écoutant que leur bravitude, ces citoyens engagés pour un monde meilleur ont montré la voie en empruntant, jusqu’à nouvel ordre juste, des vivres variés, le tout dans une ambiance joyeuse et un esprit tout poitevin.
Il faut dire que les fêtes de fin d’année, instaurées par Jack Lang en 83, sont un moment propice au vivre-ensemble.
Sitting de chariot aidant, pratique pacifique et festive consistant à bloquer les caisses avec des chariots vides, ces précaires du porte-monnaie mais pas du coeur, ont décidé d’offrir des free hugs aux clients bougons.
Ces derniers, irradiés de bonheur collectif, ravis de recevoir un peu d’amour et de mains tendus dans ce monde ultra-libéral, ont enjoint les grands patrons inhabituellement tout gentils et tout doux à accepter l’emprunt indéfini de nourriture. Ce qu’auraient fait Ségolène et même Jésus.
Touchés par la grâce chevillée au corps, ils acceptent, de même que les quelques policiers de notre brave patrie passant par là, le coeur vagabond et les yeux pleins de désirs d’avenir.
Joyeux Noël citoyen !

Et comme on a fait la version ségoliste, on peut tenter la version draysienne :

Environ 25 personnes membres du collectif acheteurs compulsifs, se sont rendues aux Galerie Lafayette de Rennes, là, elles ont rempli leur paniers de victuailles de Noël.
Arrivées à la caisse, elles se sont rendues compte que personne n’avait la carte de crédit de la FIDL, ou des Parrains de SOS Racisme.
Se rappelant de leur passé de militants de Gauche, elles se sont hâtées de fabriquer une banderole : « chômeurs et précaires en lutte » qu’elles déploieront devant les caisses.
La police, qui s’était rendue sur place, a simplement conduit le collectif dans le bureau de la direction.
Après un coup de fil à Nathalie Fortis, la direction a accepté de laisser partir le collectif avec les victuailles.
Contactée par l’AFP, la direction du magasin n’a pas souhaité s’exprimer.

Pour faire bonne mesure, une petite version frontiste…

Des fils de la France éternelle ont choisi de frapper fort aujourd’hui. Voyant la patrie sombrer dans le marasme de la consommation bourgeoise, vendue aux bureaucrates de Bruxelles et aux banquiers de New York, tous levantins par ailleurs, le peuple français a pris ce qui lui revenait de droit. Du pain.
Le pain, comme la terre, ne ment pas. Les arabes, oui. Ce sont d’ailleurs eux qui tenaient ce magasin français. Ou peut-être étaient-ce des chinois ? La Fayette doit s’en retourner dans sa tombe.
Qu’importe, les sans-grades patriotes ont insufflé l’amour de la nation dans le coeur des petits porteurs, réduits à acheter dans ces viles enseignes qui salopent nos fils et surtout nos campagnes. Puis chacun, la main sur le coeur, ce qui n’est pas évident, a aidé à monter la banderole : « Jeanne d’Arc is my homegirl ».
Les patrons, boutés hors des frontières du magasin, n’eurent d’autres choix que de rendre la terre souillée et de recracher le pain volé.
Nos fières forces de l’ordre, résistant aux attaques médiatiques du louby (« ils » étaient déjà au courant, avant même que l’affaire ne se passe, comment font-ils ?), ont appuyé les actions françaises, rappelant à tous que la souche était pleine.

On rigole, on s’amuse, et on se moque, finalement, des journalistes qui relaient une version orientée bien-pensants, mais soyons réalistes. En 2015, cela donnera ceci :

1 colectif de précère sèzi de la nouriture au Galeris Oliver Besancenot
Anviron 25 persone, membre d’1 colectif de chomeur et précère, on sèzi 2 la nouriture quil zon emporter sans payé samdi au Galeris Oliver Besancenot de Rennes, aton apri 2 soursse polissière.
Le group 2 militan a rempli ver midi dè panié avec 2 la nouriture puis a bloquer lè kèss en déploillan 1 benderol: « chomeur et précère an lute ».
Aprè négociassion avec la direcssion du magazin, ou rénier 1 grandafluance a quelque jour 2 Noel, il zon pu anporté leur victuaye 100 payé.
Ocune plinte na éter dépozer et la polisse, qui sétè rendu sur plasse, na prosséder a ocune interpelassion.
Contacter par l’AFP, la direcssion du magazin na pa souhaiter sexprimé.

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Commentaires19

  1. maurice b.

    Il n’y a pas de quoi faire tout un fromage sur ce fait divers !
    De tous temps, la France a toléré une certaine forme de delinquance comme recours contre la misère.
    Relisez "Les Misérables", rien n’a changé.

  2. Vincent

    De tous temps, la France a toléré une certaine forme de delinquance comme recours contre la misère.

    -> L’état de nécessité est désormais très encadré en droit pénal comme excuse à la commission d’une infraction. Les gérants des Galleries n’auraient eu aucun mal à obtenir la condamnation des voleurs en question.

  3. @Emma : merci, mais pour le coup il s’agit d’un travail collégial avec les intervenants du forum liberaux.org dont la source est donnée en fin d’article. ;)

  4. maurice b.

    > L’état de nécessité est désormais très encadré en droit pénal comme >excuse à la commission d’une infraction. Les gérants des Galeries n’auraient >eu aucun mal à obtenir la condamnation des voleurs en question.

    Oui mais justement ils n’ont pas porté plainte et c’est cela qui compte.
    Vous vous mélez d’une affaire qui, finalement, ne vous concerne pas.

  5. Vincent

    "Oui mais justement ils n’ont pas porté plainte et c’est cela qui compte."

    Ils ont peur. Ou bien ils ne veulent pas se faire mal voir, suite aux récupérations larmoyantes et apitoyées que cet évènement suscita. Ou bien les deux, mon général.

    "Vous vous mélez d’une affaire qui, finalement, ne vous concerne pas."

    Bien entendu, cependant je ne vois pas en quoi ça nous empêcherait de commenter l’évènement comme beaucoup d’autres personnes. (Je ne saisis pas l’utilité d’écrire cette phrase, mais, comme je le ferais avec un enfant de 4 ans, il me semble adéquat de l’écrire quand même. Je trouve ça vraiment très drôle.)

    Mais le fait que tu insistes dans un sens favorable, ou à tout le moins passéiste, à l’égard ces voleurs me fait douter de ta probité morale.

  6. maurice b.

    > Mais le fait que tu insistes dans un sens favorable, ou à tout le moins
    > passéiste, à l’égard de ces voleurs me fait douter de ta probité morale.

    Robin des Bois, le prince des voleurs, ça ne vous dit rien non plus je suppose.
    Tout n’est pas manichéen dans l’existence et les "vrais" voleurs ne sont pas toujours ceux qu’on croit.
    De plus l’arrogance dans l’opulence est encore plus condamnable que le vol pour la necessité.

  7. El Gringo

    "De plus l’arrogance dans l’opulence est encore plus condamnable que le vol pour la necessité."

    Donc quand on est riche (opulent) on est forcément un salaud (arrogant) et quand on est pauvre (nécessité) on est forcement quelqu’un de bien (pas condamnable)…
    Heureusement que "tout n’est pas manichéen "…

  8. L’ami du laissez-faire

    @maurice b: "Robin des Bois, le prince des voleurs, ça ne vous dit rien non plus je suppose."

    Au nom du comité de défense de la mémoire de Robin des Bois, je proteste.

    Robin des bois ne volait pas, il reprenait au potentats locaux l’argent des impôts.

    Oui, Monsieur !

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