L’Italie de la censure montrera-t-elle le chemin à la France ?

Pendant qu’en France, la politique reste le curseur décidément coincé sur de tristes peillonades sans intérêt, le monde continue de tourner. Bien sûr, il y a Haïti et la gestion toute en diplomatie feutrée des problèmes d’engorgement à l’aéroport de Port-Au-Prince ; avec Joyandet ou Kouchner aux commandes, on ne pouvait pas vraiment s’attendre à mieux. Et plus proche de nous, c’est en Italie qu’on en apprend de vertes et de pas mûres…

C’est grâce à Rubin Sfadj que j’ai découvert la consternante nouvelle : l’Italie veut prochainement soumettre à une autorisation préalable toutes les publications de vidéos sur internet.

Oui. Vous avez bien lu : toutes.

Et non, Rubin n’a pas fumé. Cette triste information est confirmée, par exemple ici, ou .

En substance, le gouvernement de Berlusconi veut imposer à tous ceux qui veulent uploader une vidéo, sur Youtube ou autre, d’obtenir une licence similaire à celle nécessaire aux entreprises de télévision pour émettre.

Sans même s’attarder sur la difficulté technique de la mise en place d’une telle mesure, Rubin note d’ores et déjà que cette nouvelle réglementation, si elle voit le jour, comporte deux éléments assez graves sur le plan démocratique :

  • il s’agit, ni plus ni moins, d’une attaque en règle contre la liberté d’expression. Il n’est pas difficile d’imaginer qu’au début, une telle règlementation puisse s’adresser aux vidéos, puis s’étende progressivement aux chaînes d’information en ligne, puis, enfin, aux blogs et aux forums. Délicieux, non ? Pour le coup, parler ici de fascisme ne me semble pas trop fort.
  • le gouvernement veut utiliser le procédé du décret plutôt que celui de la loi, histoire d’éviter les pénibles discussions en assemblée législative, qui promettent, devant un tel projet, d’être particulièrement houleuses. Là encore, c’est à la fois très Petit Bras dans la méthode, et particulièrement odieux dans le résultat puisqu’il sabote ni plus ni moins l’idée que le peuple pourrait avoir son mot à dire dans telle opération.

A ces deux points essentiels, j’ajouterai un troisième qui ne me paraît pas moins important.

Pour justifier la mise en place d’un tel décret, le gouvernement italien a utilisé l’argument maintes fois pratiqué du « C’est pas moi, c’est l’Europe » (ou sa variante « Bruxelles veut que »).

Ici, cela se niche dans la transposition de la directive « Télévision Sans Frontières ».

Comme je sais que vous aimez lire des textes légaux rédigés par les petites mains bruxelloises, je vous fournis le texte de la directive ici. En quelques minutes de lecture, vous pourrez constater qu’il n’y est nullement mention d’obliger qui que se soit à s’enregistrer pour déposer des vidéos sur l’interweb.

Eh oui : Berlu se la joue menteur et, pour faire passer ses sombres desseins, utilise sans vergogne l’argumentum ad bruxellum, déjà utilisé avec succès par d’autres avant lui.

On se souviendra par exemple des interprétations particulièrement larges et parfois fantaisistes de certains politiciens concernant la fameuse directive Services & Marché Intérieur, dite Bolkenstein (qu’on pourra découvrir in extenso ici). Détail amusant, elle est normalement entrée en vigueur dans tous les états membres depuis le début de l’année.

Ce qui me gêne tout particulièrement dans la démarche de Berlu, et des autres politiciens, en général, lorsqu’ils utilisent l’argument ad bruxellum, c’est le manque pathétique de courage : non seulement ils se défaussent sur une institution, par définition, toujours au-delà de leur portée, mais en plus ils n’ont pas même l’intelligence de comprendre que cette méthode dévalorise à la fois l’institution européenne en général, et le travail des politiciens en particuliers.

A force de semer le mensonge et de se défausser ainsi, qu’espèrent-ils récolter ?

En effet, qui a voté ces directives, si ce n’est ces clowns qu’on paye fort cher pour les entendre dire ensuite « Ah mais que voulez-vous, moi, j’applique ceci ou cela, parce qu’on m’y a obligé, enfin voyons » ?

Une autre question me taraude aussi.

Combien de temps s’écoulera-t-il avant que cette idée ne traverse l’esprit d’un Lefebvre ou d’un Sarkozy ? Rappelons que pour eux, l’interweb est plein de pédophiles nazis … et que les lois à la LOPPSI ou HADOPI montrent ce qu’ils sont déjà capables de faire sans même utiliser l’argument ad bruxellum.

Si ce décret passe en Italie, parions que la France ne sera pas la dernière à appliquer la même méthode.

Pas rassurant.

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Commentaires9

  1. Flak

    une license pour poster une video de son chat, autant classer les cameras comme armes de quatrieme categorie.

  2. maurice b.

    > En substance, le gouvernement de Berlusconi veut imposer >à tous ceux qui veulent uploader une vidéo, sur Youtube ou >autre, d’obtenir une licence similaire à celle nécessaire >aux entreprises de télévision pour émettre.

    ça ne me choque pas outre mesure. J’aime assez peu la liberté d’expression. Pour ce que j’en fais, notez bien…
    D’ailleurs j’en ai discuté avec des professionnels de la presse écrite et audiovisuelle qui se sont naturellement moqué de moi.

    Eh oui, momo. Rassurez-vous, c’est normal.

  3. Nick de Cusa

    En l’occurence, je pense que l’atteinte à la liberté d’expression est l’effet, est que la cause est la tentative par Berlusconi de protéger son entreprise. Il dans la télé, ne l’oublions pas. Sinon, bien vu la critique de l’argumentum ad bruxellum.

  4. Flak

     » des professionnels de la presse écrite »
    impossible, dans la presse ecrite il n’y a que des amateurs terrorisés a l’idee de perdre leur planque pour se faire remplacer des bloggeurs, grace a leur constance dans l’absence de talent ou de serieux.

  5. simple citoyen

    Voilà bien longtemps que j’essaye d’expliquer à qui veut l’entendre que nous nous dirigeons allegro non molto vers une censure du net qui décidément n’a pas l’étiquette qui convient à nos élites bien-pensantes.
    Le plus effrayant est la collusion de fait de ceux qui ont le totalitarisme chevillé au corps (et qui reprenne à leur compte la fameuse interprétation Allendesque du journalisme) et ceux qui pensent sincèrement limiter les excès (sui generis) des extrémistes de tout poil.
    Au delà de l’image fort corporelle (je m’en suis aperçu après coup) reste la dimension corporatiste: les journalistes eux mêmes ne sont pas étrangers à cette évolution qui leur permettrait de sauvegarder leur pré carré.
    D’aucun d’entre vous n’auront pas manqué de remarquer les appels du pied récents pour une plus grande intervention des « spécialistes » et autres « professionnels » capables de « mettre en perspective » les faits, coupant l’herbe sous les pieds de la nauséabonde immixtion du populisme dans nos grands débats… le tout soutenu par l’aide financière aux sites d’information en ligne (dont on se demande pourquoi par exemple et à quel titre rue89 fait partie), histoire de soutenir la bonne parole, tout en continuant à harceler les bloggers en tant qu’éditeurs…
    Bon assez! Merci à toi H et aux autres qui ont le courage de se mettre en première ligne et nous permettre de goûter encore un peu à notre liberté et celle des autres, fussent-ils d’une opinion contraire à la notre.

  6. chrome

    Fort heureusement, notre meilleure défense contre la dictature reste… l’inéficacité de ceux qui la mettent en place. Sans cette prodigieuse inéficacité, la France ressemblerait beaucoup à une dictature mais grace à son laxisme et à sa culture du contreproductif, on est tranquille. Cette information est grave et risque d’aboutir à quelques condamnation pour l’exemple, à moins que, dans un éclair de lucidité, les sbires du gouvernement chargés de faire regner l’ordre morale dans nos têtes ne préfèrent agire de manière plus discrète. Cependant, je reste persuadé qu’ils ne parviendront pas à contrôler l’info sur le net.

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