PIPA : journalistes, indignez-vous !

Quand on est journaliste, on est forcément du côté des gentils et des bons. Et si jamais un gouvernement tente de museler la liberté d’expression, le journaliste se dresse bien haut sur ses petits petons révoltés, et crie, comme il se doit : « No Pasaran ! » Et quand il s’agit d’une nouvelle loi, sur internet, poussée par des lobbyies dont certains paient le journaliste en question, eh bien … ce dernier commande une margherita avec un petit parasol dedans et va faire un tour.

Oui, je sais, certains pourront me faire remarquer qu’encore une fois, je cogne sur les journalistes alors qu’ils n’y sont, cette fois et objectivement, pour rien.

J’admets, mais je n’oublie pas cependant que le monde de la presse, des médias et de l’Indignation Professionnelle qu’on retrouve à chaque page d’un Libération, d’un Monde (ou dans sa version caricaturale boboïdo-branchouille, les Inrocks) ou même d’un Figaro, n’hésite jamais à hurler au dépeçage des libertés imprescriptibles, à la mise en pièce de la pluralité de la presse ou aux risques sur la liberté d’expression de telle ou telle manoeuvre d’un politicien ou d’un autre.
Censure

Que n’a-t-on par exemple entendu lorsque ces mêmes journalistes se sont rendus compte qu’avec un président de droite, un sénat de droite, une assemblée de droite et des ministres de droite, qu’avec une presse dont les patrons étaient des amis de Sarkozy, on risquait d’avoir une balance de l’expression publique très en faveur du président !

Eh bien j’aimerais beaucoup entendre ces fiers soldats du droit d’écrire et de penser ce qu’on veut se lever comme un seul homme et relayer massivement les dernières lubies du gouvernement américain concernant Internet et les droits de propriété intellectuelle.

J’aimerais bien trouver un peu plus qu’un article ou deux, par-ci ou par , décrivant un peu mollement ce qui se résume, en substance, à une mise au pas cadencé du réseau de communication mondial, aux seuls intérêts de groupes médiatiques (comme par hasard, toujours les mêmes).

J’aimerais bien lire une analyse un peu lucide de ce qui se passe dans le domaine des nouvelles technologies, dans le domaine de la propriété intellectuelle, sur les dix dernières années, comprenant la contribution hadopitoyable de la France, phare éternel pour les autres nations, éclairant de son expérience les falaises abruptes de ses échecs les plus catastrophiques.

J’aimerais bien lire qu’encore une fois, on assiste au même déroulé lamentable d’événements produisant toujours la même soupe infâme de lois indigestes qui aboutissent systématiquement à des restrictions supplémentaires de libertés pour le citoyen.

J’aimerais bien lire qu’encore une fois, des individus vont légiférer sur un domaine auquel ils ne comprennent absolument rien, vont se laisser guider le stylo par une poignée de lobbyistes qui n’ont eu de cesse, ces dernières années de sécuriser leurs rentes de plus en plus indues sur des raisonnements de moins en moins crédibles.

Car c’est bien de ça qu’il s’agit.

La loi en question, PIPA (pour Protect Intellectual Property Act) vise à mettre en place un ensemble de mécanismes techniques, essentiellement basés sur les DNS, pour que lorsqu’un site internet propose du matériel illégal, il soit déréférencé par les grands acteurs internet (Google, Bing, etc…), et purement et simplement retiré des listes de noms des DNS. Eventuellement, les fournisseurs d’accès — américains en l’occurrence — devraient pousser les opérations jusqu’à empêcher l’accès physiques aux serveurs des sites incriminés (filtrage du Web).

Comme on peut le constater, c’est une version plus musclée des avatars franchouilles (DADVSI, LOPPSI et HADOPI), dont on ne peut que constater le parfait calquage en matière de déroulé historique :

a/ quelques représentants poussiéreux d’une industrie — florissante au début du siècle précédent –tentent le tout pour le tout afin de sauvegarder un business-model en échec, graissent quelques pattes et font un lobbyisme torride auprès des représentants de l’Etat, trop contents de pouvoir « fréquenter » des starlettes et boire du « champagne » californien autrement qu’aux frais du contribuable.

b/ pour faire passer leurs petits caprices, on présentera la nouvelle loi sous l’excuse archi-élimée du « C’est pour protéger les ayants-droits » qui sont au XXIème siècle ce que la veuve et l’orphelin étaient au XIXème. L’idée serait qu’en bloquant l’accès à des vilains sites, les gens ne pourront plus recopier les biens culturels qu’ils s’échangent sur internet.

c/ la loi passe, et les citoyens commencent à noter que la notion d’ « ayants-droits » est de plus en plus vaste, que la notion de « propriété intellectuelle » est de plus en plus floue au point qu’on peut maintenant interdire l’accès à des sites jugés inappropriés. Parallèlement, les internautes les plus malins, qui, eux, connaissent bien mieux la technologie que les techno-croûtons qui pondent de la loi entre deux camomilles depuis leur résidence médicalisée, passeront au travers de ces mesures techniques. Autrement dit : les gens honnêtes seront de plus en plus bridés, sans aucun frein constaté pour les malhonnêtes…

censorship : the worst part of it is (censored)

Au demeurant, tout le monde a pu constater que les majors musicales, les gros industriels d’Hollywood et autres grands groupes de communication, avec l’arrivée d’internet, ont tous déposé la clef sous la porte à cause du piratage.

Non ? Comment ça, ils font des profits obscènes sur le dos d’une clientèle captive ? Rooh. Serait-ce à dire que cette histoire de piratage est un pur prétexte ? Ooh. Comme vous y allez !

En fait, les Américains retracent ici les pas de leurs amis français, jamais en retard dès qu’il s’agit d’ingérence étatique et de bousiller de l’argent public dans de gros nuages de fumée citoyenne, festive et nocive. On en est maintenant au point où le fait de mettre à disposition des logiciels qui permettent de récupérer des flux de données est passible de six mois de prison avec sursis et 15.000 euros d’amende… pour un procédé qui est d’ailleurs disponible en standard dans n’importe quel browser.

Oui, nous Français, savons exactement ce qui va se passer : nous connaissons, pour l’avoir pris, ce chemin tortueux que les Américains empruntent maintenant, à quel buisson épineux il mène, et à quel point s’y faire sauvagement violer fut douloureux, pour l’égo et notre épiderme délicat.

C’est pourquoi je trouverai plus que normal que les journalistes de ce pays ne laissent pas passer une telle dérive. Parce que si, maintenant que cela se passe outre-atlantique, nos amis journalistes ne s’enflamment pas, ne dénoncent pas les coups de canifs portés aux libertés des citoyens américains, où seront-ils lorsque nos gugusses locaux (responsables de LOPPSI, HADOPI, DADVSI et d’autres) reproduiront exactement les mêmes raisonnements stupides, aboutiront aux mêmes conclusions idiotes, avec les mêmes poussées d’urticaire et les mêmes impositions techniques ?

Journalistes, vous aimez vous indigner ?

Allez-y : cette loi PIPA est une excellente occasion.

J'accepte les BCH !

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Vous aussi, foutez les banquiers centraux dehors, terrorisez l’État et les banques en utilisant les cryptomonnaies, en les promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !
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Commentaires24

  1. David Brabant

    « sur un domaine auquel ils n’y comprennent absolument rien »

    « ne comprennent absolument rien » me semble plus correct.

  2. BugBreeder

    Bonne chance mon H16 chéri, parce qu’ici aux US les médias officiels sont totalement à la botte des démocrates en général et d’Obama en particulier.

    En particulier avec l’affaire du « journolism » où il a été absolument avéré que tous les journalistes pro-démocrates ont saboté volontairement toute tentative d’informer le public qu’Obama était sous la férule du pasteur ultra-raciste anti-blancs Jeremiah Wright pendant 20 ans (VINGT ANS), ce qui aurait certainement causé quelques soucis pour l’élection présidentielle (Obama ne l’a gagné que de 7%).

    Depuis FoxNews, le média câblé d’infos républicain, est devenu à lui seul plus gros que tous ses concurrents (démocrates) réunis, les Ricains s’étant rapidement rendus compte qu’avec les autres ils n’avaient pas d’infos du tout dès que c’était défavorable aux démocrates.

    1. Stéphane

      Et Fox News n’est pas républicain, juste équilibré. Les démocrates y ont 50% de temps de parole. Mais vu la gueule du paysage médiatique US, pas étonnant pour qu’ils passent pour des répoublicains extrémo-néo-fachiss…

    2. Tomate masquée

      Mon cher, vous manquez un élément sur l’affaire du pasteur. Le problème d’Obama n’était Pas tant son amour des sermons de Wright que son absentéisme à l’Eglise… Mal vu donc (et qui explique sa méconnaissance des propos du pasteur) et très gênant pour Obama qui se retrouvait entre Charybide et Scylla. Fox News a énormément utilisé ce point tout à fait mineur, que les autres médias ont -légitimement, je pense- délaissé.

  3. Ladioss

    > pour faire passer leurs petits caprices, on présentera la nouvelle loi sous l’excuse archi-élimée du « C’est pour protéger les ayants-droits »

    Mais non, tout le monde sait bien que c’est pour lutter contre la pédopornographie, voyons !

  4. JN

    Flûte, moi qui croyais tomber sur un article concernant l’entourage proche (par alliance) de notre futur-monarque de voisin…

    Je suis déçu

  5. style

    Un décret pour généraliser le filtrage du Net sans contrôle du juge ?
    Par Robin | Publié : 15 juin 2011
    Un décret soumis pour avis au Conseil National du Numérique donnerait à plusieurs ministères et à l’autorité nationale de défense des systèmes d’information le pouvoir d’ordonner des mesures de blocage et de filtrage sur Internet, sans passer par le juge.

    « Le Conseil National du Numérique à nouveau saisi sur l’article 18 de la loi de confiance de l’économie numérique (LCEN) », annonçait lundi le CNN sur Twitter, sans plus de détails sur le contenu de la saisine. Cet article 18 de la LCEN donne à l’autorité administrative le droit de restreindre à peu près n’importe quelle activité en ligne, dans un nombre très substantiel de cas : « lorsqu’il est porté atteinte ou qu’il existe un risque sérieux et grave d’atteinte au maintien de l’ordre et de la sécurité publics, à la protection des mineurs, à la protection de la santé publique, à la préservation des intérêts de la défense nationale ou à la protection des personnes physiques qui sont des consommateurs ou des investisseurs ». […]

    http://www.numerama.com/magazine/19074-un-decret-pour-generaliser-le-filtrage-sans-controle-du-juge.html

    Voila un lien qui devrait intéresser pas mal de monde

        1. GM

          Là-bas non plus, loin s’en faut. Mais ça illustre assez bien le risque qu’Internet fait courir aux politiciens, je trouve. Où que ce soit.

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