Cette crise qui n’en finit pas d’être derrière nous

La nouvelle patronne du FMI doit se réjouir de son nouveau poste : il la met à l’abri loin de l’ouragan de crottes compactes qui va s’abattre un jour ou l’autre sur l’Europe, elle qui a pourtant crânement annoncé que « les clignotants sont aux verts » (oui oui, « clignotants ») avant de s’enfuir vers Washington. Pourtant, tout a été dit : le plus gros de la crise est derrière nous, la reprise est là, et moyennant quelques vigoureux plans de relance, on va s’en sortir…

Sauf que …

Angela MerkelSauf qu’apparemment, tout le monde ne semble pas d’accord avec cette vision idyllique. En fait, Angela Merkel est même tout à fait remontée par les petits atermoiements des agences de notations, à commencer par Standard & Poor’s, qui montre quelque réticence à ne pas considérer la Grèce en défaut de paiement.

Il faut dire que, de loin, pour une personne sensée, les bricolages bancaires et l’injection massive de petits billets encore humides de l’imprimante de Jean-Claude TrichetSuper Mario Draghi ressemblent à s’y méprendre à un bon gros camouflage (coûteux) d’une parfaite faillite.

Mais Angela, elle ne veut pas en entendre parler, de cette faillite. Ça l’embête même follement qu’on puisse imaginer placer le pays hellénique dans une telle situation. Et la moue dubitative des agences de notation l’agace. Le bon sens teuton un peu terre à terre perd manifestement le terrain face à la panique politicienne bien traditionnelle : Angela tance donc vertement les agences devant leur mauvaise volonté à regarder le bon côté des choses.

En réalité, si on regarde un peu les chiffres des expositions des banques, par pays, on comprend mieux que l’Allemande s’excite un peu. Et on comprend aussi pourquoi Lagarde ne s’est pas fait prier pour prendre le poste au FMI.

Montant des obligations grecques, par pays, en Md€

Ce qui donne ceci avec des couleurs, du camembert en 3D et des petits % qui font frémir :

L'exposition des banques à la panade grecque, par pays...

Eh oui les petits amis : la France est la grande gagnante du loto de l’été, suivie par une Allemagne en pleine forme. Si la Grèce est déclarée en défaut, il y a fort à parier que les banques françaises (et donc, les contribuables) devront s’asseoir sur 18 milliards d’euros. Ça tombe bien, on en a plein en trop actuellement. La moiteur de certaines poignées de mains dans des sommets européens ne s’expliquera pas exclusivement par une climatisation mal réglée.

Et cette moiteur n’est pas prête de s’arrêter si l’on regarde deux récents articles, passés assez inaperçus, qui donnent une assez bonne idée des dégâts que cette crise commence à causer, ici et maintenant, pour le contribuable français, et plus généralement, sur les classes moyennes qui voient clairement que les beaux discours sur le pouvoir d’achat et la crise finie, la croissance et le bonheur sucré d’une monnaie unique, c’est un peu du pipeau.

D’une part, ces mêmes Français éprouvent de plus en plus de difficultés à rembourser leurs crédits, avec pour principale raison la perte d’emploi ou la fin des droits d’assurance chômage. Evidemment, pour ceux qui ont persisté à croire que l’immobilier, c’est booming, la déconfiture est profonde.

Et ce n’est pas près de s’arrêter : l’achat d’un foyer continue d’être prohibitif, et l’est de plus en plus. L’amusant ici est que la presse n’hésite même plus à parler de bulle. La question n’est donc plus de savoir « si » ça va se dégonfler ou partir en sucette, mais plutôt « quand ».

Rassurez-vous, cependant : moyennant une action vigoureuse de l’état, on peut faire durer le plaisir encore longtemps.

Hum.

À moins qu’à force de tirer sur la bobinette, la chevillette va choir sauvagement sur le pied de ceux qui s’acharnent à tirer comme des dingues : l’argent qu’on injecte dans le système après ponction fiscale vient à manquer. À tel point que les Français, d’habitude si joviaux et prompts à aller découvrir leur propre pays, … restent chez eux.

Je ne sais pas combien de temps cette situation durera. L’état a démontré une capacité incroyable à tortiller les fondamentaux économiques dans tous les sens pour parvenir à perdurer, et la gonadectomie des politiciens a été telle que plus aucun ne se lancera jamais à l’assaut de la réalité et tous repousseront tant qu’ils le pourront les échéances désagréables.

Mais voilà. Même très puissants, les états ne peuvent pas tout, tout le temps. À un moment donné, ils tombent à court d’argent des autres, et l’argent gratuit ne vaut alors plus rien. La Grèce l’illustre très bien.

L’été s’annonce mouvementé.

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Commentaires41

  1. David Brabant

    « il y fort à parier » Typo: il y a fort à parier qu’il manque un petit « a » 🙂

    « si joviaux et promptes » => si joviaux et prompts

  2. Stéphane

    L’été sera tout à fait fadasse, puisque la Grèce est sauvée jusqu’en septembre. Et la BCE semble décidée à faire un bras d’honneur aux agences de notation…

    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0201489248923-grece-la-bce-peut-s-affranchir-des-agences-de-notation-190309.php

    …En achetant de la dette grecque décrété pourrie, quelle que soit l’odeur. Toujours cette histoire de maladie et de thermomètre.

    On se dirige (gentiment?) vers une monétisation des dettes euopéennes. Argent gratos pour tout le monde, des beaux billets tout neuf!

    Seule l’inflation et la hausse des taux de la BCE contribueront à la chaleur estivale…

    1. gem

      bah, vu que la Grèce compte pour 1 % du PIB européen, et vu qu’en comptant large son déficit est au pire d’un quart de ça, même si l’euroland prend en charge la totalité de cet emmerdement on s’en prend pour 0,3% d’inflation. C’est pas rien pour nous, mais pour la BCE c’est de la bricole

      1. Stéphane

        Vu que l’inflation dans l’eurozone est de 2.7% et en augmentation,

        Vu que la BCE s’apprête à monter ses taux pour la combattre,

        Vu que la hausse des taux rendra encore plus lourd le poids de la dette chez les pays endettés (=tous),

        Vu l’état de panique des marchés financiers eu égard à l’emballement des endettements publics,

        Vu l’agitation des politocards européens pour tenter de juguler une crise qu’ils rêvent limitée à la Grèce, dans l’espoir pusillanime de prévenir la « contagion » à d’autres pays,

        Vu que tout ceci est voué à l’échec,

        Je me permets, humblement, de ne pas partager la légèreté de votre attitude. 😀

        1. gem

          oh comprenons bien : moi je ne suis pas léger, j’explique pourquoi la BCE l’est. nuance. D’ailleurs ils peuvent s’en foutre, c’est pas eux qui vont payer : c’est nous. En plus, à la BCE leur problème c’est qu’en général les politiciens disent « c’est la faute à la BCE, avec sa politique d’euro fort (sic), de lutte contre une inflation imaginaire, et de refus de financer nos déficits  » ; mais là, c’est génial, la BCE gagne sur tous les tableaux : les politiciens ne pourront plus l’accuser, elle aura enfin de l’inflation, qu’elle pourra « combattre », et tous ça avec nos sous et non pas les siens…

        2. Théo31

          Pour l’euro fort, les abrutis qui nous dirigent devraient aller en Suisse, où le franc fort permet quand même la prospérité économique du pays. Mais voilà, la valeur du franc suisse repose sur des fondamentaux économiques sains et solides, pas sur un océan de chiasse technocratique sociale-démocrate.

        3. Mr T

          M’est avis qu’ils y vont déjà en Suisse, mais plus pour se préparer un petit nid douillet en prévision de l’orage que pour prendre des leçons de politique économique 🙂

  3. Guillaume

    Comme d’habitude c’est hilarant et tellement vrai. Cependant le petit camembert jette un froid soudain au milieu du post…

    1. adnstep

      Laissons faire.
      La prochaine étape : puisqu’on n’a pas les moyens de partir en vacances, trouvons un petit boulot au black pour compléter les revenus.

  4. Pere Collateur

    Comme vous le dites, l’état ne peut pas tout et à un moment, plus de sous et donc game over.

    Sauf que moi, la bulle immo, ca fait depuis 2003 que je l’ai constaté, vu que les prix avaient déjà doublé par rapport à 1998. A tord, j’avais pensé que les prix allaient commencer à dérouiller sévère à partir de 2004.

    Et c’est là que le réel d’un état fou à lier m’a frappé de plein fouet, vu que nous sommes en 2011 maintenant, et qu’apparement, il trouve toujours des moyens de soutenir tout ce fratra en mort clinique depuis maintenant une décénnie.

    Tout ca pour dire que savoir quand tout ca va péter pour de bon est très difficile à déterminer, vu qu’on ne sais pas ce que les états seront encore capable de faire pour maintenir tout ca en place.

    Et ca me gave, mais d’une force… Qu’on en finisse une fois pour toute!

  5. Le projet écono-comique de Nicolas Sarkozy

    Tiens, les clignotants sont devenus l’apanage des écolos (clignotants aux verts).

    L’avantage pour les assureurs qui ont joyeusement mis l’argent de l’assurance vie des épargnants dans les bons réputés sans risques du trésor grec ont le droit de piquer dans cette épargne pour éponger les pertes. (Herlin sur Atlantico).
    Si c’est réel, et je n’ai pas de raisons d’en douter, il va y avoir des pleurs et des grincements de dents.

  6. lechenu

    (moiteur pas prête de s’arrêter, près de s’arrêter, prête à s’arrêter ?)

    Concernant l’immobilier, je note sur mon rejeton l’abandon de toute vélléité d’achat au vu des prix pratiqués, et ce quelles que soient les perspectives de progression de son salaire. Il faudrait compter en vies (plombées), ça fait long. Et c’est une bonne nouvelle, finalement. Ca évite de faire la grosse connerie, ça libère l’esprit et ça soulage le plafond de la grosse épée.

    1. « moiteur pas prête de s’arrêter, près de s’arrêter, prête à s’arrêter » : je me suis posé la même question en écrivant le texte…

      1. Stéphane

        Entre Prêt à (avec un T) ou Près de (avec un S) il faut choisir camarade! 😉 Je penche pour la moiteur pas prête à s’arrêter…

        ‘être prêt à ‘ signifie ‘accepter de » ou « se préparer à’ -> Nous sommes prêts à partir vivre en Angleterre.

        ‘ être près de’ signifie « être presque, être environ, être à coté de’ -> Les manifestants étaient près de deux cents.

        http://www.francaisfacile.com/exercices/exercice-francais-2/exercice-francais-38933.php

  7. Nick de Cusa

    Tous les botanistes sérieux nous disent que les arbres montent jusqu’au ciel. Ceux qui disent le contraire défendent des théories marginales discréditées depuis longtemps.

  8. BA

    Emprunt à 3 mois :

    Quand l’Allemagne ou la France lancent un emprunt à 3 mois, elles doivent payer un taux d’intérêt d’environ 1 %.

    Et le Portugal ?
    Mercredi 6 juillet 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 3 mois : le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de … 4,926 % !

    Les taux sont en hausse : c’était 4,863 % lors de la précédente émission le 15 juin 2011.

    Plus les jours passent, plus le Portugal emprunte à des taux de plus en plus exorbitants.

    Plus les jours passent, plus le Portugal se rapproche du défaut de paiement.

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRWEB857620110706

  9. Li Po

    ont sans fou de tes chifre et de tes trucs économique de capitaliste, moi se qui mintérece ses DSK qui arive pas a ouvrir sa porte ( MDR ) ! sa ces de l’info !

    ah oui, bien sûr il y a aussi le tour de France des pharmacies qui vient de commencer, alors des histoires de dettes en myards et en plus dans des pays où on sait pas très bien où c’est … quelqu’un m’a d’ailleurs demandé hier si les grecs étaient arabes . Voilà je sais plus trop quoi penser là, la toupie tourne de plus en plus vite, les gens devraient vouloir descendre, un peu nauséeux, mais non, il y a le Tour, DSK enfermé dehors et c’est plus important que les trucs machins de BCE et de FMI . Quand ils vont prendre une grosse claque dans la gueule, ce sera la faute du turbolibéralisme, peut-être sera-t-on même pourchassés et cloués sur les portes des granges . On est foutus .

      1. lin

        On ne sait pas non plus où s’arrêtera la phase descendante du rebond. Jouer au ballon près d’un précipice, ça n’est pas à faire.

        C Lagarde, on la garde ?

  10. BA

    Mercredi 6 juillet 2011 :

    Le vote du parlement grec aura donné à la zone euro un répit de … sept jours !

    Sept jours après le vote du parlement grec, les taux des obligations des Etats européens en faillite sont repartis à la hausse : plusieurs records historiques ont été pulvérisés.

    Portugal, Irlande, Grèce : les courbes des taux sont inversées !

    Portugal : taux des obligations à 2 ans : 16,744 %. Record historique battu.
    Portugal : taux des obligations à 3 ans : 18,331 %. Record historique battu.
    Portugal : taux des obligations à 10 ans : 13,064 %. Record historique battu.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

    Irlande : taux des obligations à 2 ans : 15,307 %. Record historique battu.
    Irlande : taux des obligations à 3 ans : 15,769 %. Record historique battu.
    Irlande : taux des obligations à 10 ans : 12,434 %. Record historique battu.

    Grèce : taux des obligations à 2 ans : 28,444 %.
    Grèce : taux des obligations à 3 ans : 27,693 %.
    Grèce : taux des obligations à 10 ans : 16,822 %.

  11. Romain

    Surtout qu’au lieu de trouver des problèmes pour résoudre cette crise ou les seuls responsable sont ceux qui nous gouverne, ils nous pondent des lois et d’autres débilités pour nous enlever nos petits plaisirs de la vie, du genre le sexe sur internet, la cigarette etc…, quand je vous dit que c’est l’homme qui va mettre fin à ce monde.

  12. Dangar

    Tous ces connards de politiques qui nous bassinent avec le pouvoir d’achat tout en privilégiant les ressources de l’Etat par rapport aux ressources des gens eux-mêmes, c’est très très irritant.

  13. adnstep

    Prochaines étapes ?
    – on fait marcher la planche à billets, avec plein de couleurs (jaune, orange, bleu, rose, vert…)
    – inflation
    – baguette à 5€
    – révolution, crise, toussa toussa, style place Tahrir
    – reprise en main par un pouvoir fort au bout de qq mois

    Cool.

  14. FrédéricLN

     » L’état a démontré une capacité incroyable à tortiller les fondamentaux économiques dans tous les sens pour parvenir à perdurer, et la gonadectomie des politiciens a été telle que plus aucun ne se lancera jamais à l’assaut de la réalité et tous repousseront tant qu’ils le pourront les échéances désagréables.

    Mais voilà. Même très puissants, les états ne peuvent pas tout, tout le temps. À un moment donné, ils tombent à court d’argent des autres, et l’argent gratuit ne vaut alors plus rien. »

    C’était vrai le 6 juillet, mais le 22 juillet, c’est encore plus beau. C’est talentueux, d’écrire les éditoriaux à l’avance !

  15. Métaux Précieux

    lors que, jusqu’ici, la mesure était uniquement évoquée par les amateurs du métal jaune et par quelques députés allemands, il semblerait que cette éventualité soit de plus en plus prise au sérieux et apparaît comme la seule solution qui pourrait encore sauver des pays comme l’Italie. Il ne s’agirait pas de vendre de l’or pour financer le déficit public, mais plutôt de s’en servir comme garantie pour la vente d’obligations. L’OR POURRAIT DEVENIR UNE GARANTIE DE LA ZONE EURO

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