Crise et histoire d’hôpitaux

Pendant que François Hollande tente dans un anglais hésitant de se faire comprendre de Barack Obama, la situation économique continue de se développer sans tenir compte des joyeuses imprécations du président français pour un retour rapide d’une croissance soutenue. Aujourd’hui, intéressons-nous justement à la croissance des problèmes dans le secteur hospitalier, avec de nouveaux développements qui ne sentent pas bon.

Magie des collectivités territoriales pour lesquelles de frétillants politiciens ont déjà tant fait (à l’instar d’un Bartolone qui se bat pour qu’enfin, les vilains emprunts toxiques que sa clique a contractés soient annulés avec la bise de la crémière en sus), l’Hôpital français ne déroge pas à la règle générale qui veut que sa gestion soit au mieux approximative, au pire complètement déficitaire avec des bouts de faillite dedans.

Certes, sur le papier (et juridiquement parlant) un hôpital ne peut pas faire faillite. Mais la réalité de la crise touche cependant tout le monde, même ceux auquel le juridique épargne l’infamie du dépôt de bilan. Et bien évidemment, cette réalité n’est en elle-même pas très visible puisque chaque établissement en difficulté se garde bien de le faire savoir à tous. Ce n’est, finalement, que par recoupements divers et variés qu’on découvre le tableau d’ensemble dont les teintes ne sont décidément pas très roses, n’en déplaise à notre nouveau président à tous qui, s’il sait guérir les écrouelles et relancer la croissance au moyen d’un ministre au redressement turgescent pardon productif, n’en peut pas tant…

J’avais déjà mentionné dans un précédent article l’inquiétante montée en nombre des procédures pour salaires impayés (qui touche essentiellement les TPE), mais lorsqu’on comprend qu’une part non négligeable de ces entreprises commerce avec l’État, on comprend qu’un des rouages s’est grippé.

Très concrètement, on retrouve donc dans les entreprises en difficultés celles spécialisées dans les bâtiments et travaux publics : les collectivités locales étant un tantinet serré question finances, certains chantiers s’arrêtent faute de ressources. On apprend ainsi que l’hôpital de Cambrai, en pleine modernisation, a du réclamer une enveloppe d’urgence auprès de la Caisse des Dépôts. Des sous, en urgence, voilà qui permet d’affirmer que la situation n’est pas tendue du tout. De son côté (et toujours un exemple parmi quelques autres, tous aussi inquiétants), l’hôpital de Lens, pour faire face à ses échéances de trésorerie, a dû demander l’aide de l’Agence Régionale de Santé du Nord-Pas-de-Calais, avec une nouvelle rallonge de 19 millions d’euros en plus de l’avance de 6 millions déjà consentie en juillet 2011.

On pourrait croire que ce sont des cas isolés, tout au plus symptomatique d’une gestion hasardeuse. Oh, mais zut, que voit-on ? Globalement, le secteur hospitalier est dans les trous jusqu’au cou, à hauteur de 2 milliards d’euros.

L’analyse (journalistiquement parlant) est rapide : en substance, pour récompenser Dexia d’avoir distribué un peu trop d’argent facile dans des montages incompréhensibles à des benêts de la trempe de Bartolone et consorts, la banque des collectivités a été proprement démantelée. Les robinets du crédit facile se sont brusquement interrompus, d’autant que les autres banques, en grandes difficultés elles aussi, ont vite compris que la distribution devait s’arrêter, le mode « Sauvons Nos Miches » étant enclenché aussi discrètement que possible.

Socialisme

L’actuelle situation grecque (qui laissera une ardoise conséquente de dizaines de milliards d’euros rien que pour la France) n’améliore en rien le bilan de ces banques et on comprend dès lors très bien que chaque sou soit âprement discuté, exactement comme il aurait dû l’être dans le cadre d’une gestion responsable. Mais voilà : cette idée même de Gestion Responsable avec des contrats carrés et compréhensibles a déserté un peu trop longtemps le cerveau des édiles d’un côté, et celui des banquiers de l’autre, tous trop contents de jouer avec de l’argent qui n’étaient pas à eux et qu’ils dépensaient pour d’autres (les électeurs/contribuables) dont le contrôle n’a jamais été particulièrement pointilleux…

Bref : le fameux retour à la réalité est en train de s’opérer rapidement, et avec lui des impayés et des chantiers qui s’arrêtent.

Devant ce constat, on peut essayer de connaître la réaction de la force publique : tarissement des fonds, conjoncture déplorable, il faut faire quelque chose ! Et c’est tout trouvé : la Fédération hospitalière de France (FHF) bondit sur l’occasion pour réclamer avec des petits cris stridents la création rapide d’une banque publique d’investissement, qui prendrait le relais de Dexia auprès des hôpitaux et des collectivités territoriales, parce que bon, quand il n’y a plus de fonds, il faut qu’il y en ait encore, pardi !

Autrement dit, puisque ce sont les emprunts à tire-larigot auprès des banques privées qui nous ont mis dans l’embarras, autant prendre à présent d’autres emprunts, aussi massifs, mais dans une belle structure publique que le contribuable (vous) abondera avec plaisir, jusqu’au moment où tout ça sera passé par pertes et profits (pertes, surtout) ; de toute façon, tant qu’on justifie ça par un système de santé que le monde nous envie (mais, à l’instar de l’Allemagne, ne nous copie surtout pas), tout pourra passer.

Ce qu’il y a de gênant dans ces nouvelles, c’est qu’on sait qu’elles ne sont que la partie émergée d’un iceberg à côté duquel celui qui coula le Titanic ferait figure de glaçon fondant dans un verre de Ricard tiède.

À ce propos, j’encourage mes lecteurs à me faire savoir les nouvelles locales de leurs collectivités territoriales dans le caca ; la réalisation d’une carte complète de l’ampleur de la catastrophe des comptes publics locaux ne permettra pas d’éviter la catastrophe économique dont on sent déjà le caractère inéluctable, mais elle permettra de s’y préparer.

Les temps à venir vont être pénibles : attendez-vous à une rétention d’information acharnée de la part de l’État.

J'accepte les BCH !

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Vous aussi, foutez les banquiers centraux dehors, terrorisez l’État et les banques en utilisant les cryptomonnaies, en les promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !
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Commentaires29

  1. Marco33

    H16 : pour enfoncer le clou, les hôpitaux ont « juste » à gérer les millions d’heures de RTT non pris par le personnel…..

  2. kelevra

    les personnels hospitaliers prennent en moyenne par an 45 jours de maladie sans justificatifs, quand on y rajoute rtt et conges payes, c est plus de 3 mois de conges dans l annee.

    etre malade dans un hopital piblic francais est une grande experience. les medecins (voir le sketche des inconnus rien a changer, juste en pire), les infirmieres soit disant debordees, il suffit d allez dans leur bureau pour les y trouver, discutant buvant le cafe, meme tricotant et surtout bien desagreables, vous les derangez.
    les urgences ont bord de l explosion? une blague, 90% des personnes qui s y presentent n ont besoin d aucun soin, tous les medecins des urgences vous le diront.

    par contre, je rend un hommage appuye au personnel de l institut curie qui fait son maximum pour les malades attends du cancer. j en parle en connaissance de cause.

    1. Marco33

      Marrant, j’ai la même expérience : hôpital de Libourne, des infirmières qui n’ont pas vraiment l’air débordées!!!! Et c’est peu dire!!
      Centre Bergonié à Bordeaux : toutes travaillant, un temps d’attente minime, à croire qu’ils ont fait appel à des spécialistes de la gestion du temps !!!

      1. yvesdemars

        pareil à st andré (Bordeaux) récemment : à 11h un matin 3 infirmières dans leur bureau dont deux qui papotent et 5 qui glandent en salle d’attente normalement réservée aux patients ou accompagnants …

    2. channy

      « les urgences ont bord de l explosion? une blague, 90% des personnes qui s y présentent n ont besoin d aucun soin, tous les médecins des urgences vous le diront. »

      Ok mais pour avoir fait partie des 10% des urgences restantes fin avril, à cause de branleurs qui n’ont pas fait correctement leurs travaux de voirie..je peux vous dire qu’au CHU de Grenoble le personnel a bien fait son boulot..le jour ou l on vous ramassera inconscient sur le bord d une route vous pourrez alors juger par vous mêmes de la qualité de l’hôpital ou vous êtes soigné.

      Il faut aussi dire que parmi les 90% beaucoup ne peuvent pas (ou ne veulent pas) régler les soins..en clair certains vont aux urgences pour avoir le toubib gratuitement(dixit un personnel soignant travaillant au CHU)

      1. Et combien, dans ces 10%, resteront sur le carreau parce que les équipes se retrouveront occupées à des futilités débiles par les 90% restant ?

        1. channy

          Qui faut il blâmer H16?
          les fameux 90% qui encombrent ou alors les personnels soignants accusés plus haut d’être des glandeurs ?
          Dans ce cas ce n’est même plus un problème médical, faut il trier les cas aux urgences? et dire à ceux qui n’ont rien à y faire de dégager séance tenante sous escorte de vigiles s’il le faut?

          1. Non, la vraie question est « pourquoi ça marchait il y a 15 ans et plus maintenant ? » Les urgences médicales ont explosé en France ? Les gens n’arrêtent plus de se passer la tondeuse sur les didis, de chuter des échelles, de s’électrocuter et de découper du bois avec le mauvais bout de la tronçonneuse ?

  3. infraniouzes

    Avec les socialistes aux commandes, ça va être Céline dans le texte: « Mort à crédit »….

    Claude Bartolone nous expliquera comment organiser les funérailles de la France… C’est un spécialiste de la fosse commune….

    1. Homo-Orcus

      et Voyage au bout de la nuit…
      Je l’ai lu à 20 et je viens de le relire à 60 et ce n’est pas le même !!! zarbi non ?

  4. Nemrod

    En terme médical, quand un organisme est très malade mais trouve encore des ressources pour survivre, il fait appel à des processus de « compensation ».
    Les processus de compensation sont souvent particulièrement efficaces et le malade peut donner à un observateur non attentif l’apparence de la bonne santé.
    Mais la meilleure des adaptations trouve ses limites et au bout arrive le phénomène de « décompensation » qui est toujours d’une soudaineté et d’un gravité extrème…d’autant plus difficile a enrayer que les phénomènes compensatoires ont été nombreux et progressifs.
    Je pense l’économie française voire occidentale arrive au bout de ses phénomènes compensatoires…les petits craquements évoqués ne sont que le signe avant coureur du collapsus.
    Accrochez vous…le défibrillateur va secouer.

  5. daredevil2007

    Une fois de plus bravo, Hash!

    Il me semble qu’il y a un problème avec le sujet : »Les robinets du crédit facile s’est brusquement interrompu = Les robinets du crédit facile se sont brusquement interrompus », non?

  6. nebukanetsar

    Depuis que le dealer DEXIA est empêché de livrer sa came (emprunts subventionnés) à ses clients camés, il n’y a que deux solutions : soit ils se sèvrent soit ils recherchent un autre dealer. Comme le sevrage d’un drogué de longue haleine reste douloureux et qu’il n’a pas souvent la volonté de s’y lancer, ils crient pour susciter une nouvelle offre de deal.
    La nouvelle banque socialiste n’existe pas encore qu’elle a des clients qui font déjà la queue. Gageons que Flanby ne va pas pouvoir ignorer longtemps toute cette souffrance sociale.

  7. nebukanetsar

    L’allusion que vous faites aux contrats polygonaux quelconques qui sont la règle dès que l’administration publique se mêle de quelque chose trouve une belle illustration dans l’hôpital Sudfrancilien.
    Il n’était pas encore en capacité de service avec je ne sais plus combien de réserves de livraison à reprendre (un nombre ahurissant à croire que l’architecte n’avait plus mis les pieds sur le chantier depuis des mois) qu’il fallait déjà en payer le loyer.
    Or je n’ai pas l’impression qu’une clause de mise en route du loyer au jour d’une livraison vierge de réserves soit totalement impensable et impensée au 21me siècle, sauf pour la Puissance Publique, visiblement.

  8. Alexandrov

    Mouais, il y a quand même une immense hypocrisie sur les emprunts « toxiques ». D’une, les taux payés au départ étaient inférieurs au taux du marché, ce qui a permis aux maires/présidents de CG/présidents de région de vanter leur formidable bilan financier à court terme.

    De deux, si au moment d’engager les millions d’euros de vos contribuables sur un emprunt, vous êtes infoutus de comprendre un texte du type :

    « Si EUR/CHF < 1.30, vous payez 4% + 50%*(1.30 – EUR/CHF)"

    alors vous méritez d'être poursuivi soit pour incompétence soit pour mauvaise foi caractérisée. Ah mais non, on me dit que c'est la faute à la méchante banque.

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