Le Grand Pillage : l’État va transformer votre épargne en souvenir

Ça y est, le fabuleux destin d’Amélie de Montchalin l’entraîne à la Cour des Comptes. Comme expliqué dans un précédent billet, elle arrive à point nommé pour auditer des comptes qu’elle a largement contribué à mettre dans l’état où ils se trouvent, c’est-à-dire quelque part entre le sinistre et le grotesque.

Rappelons les grandes lignes du tableau, qui tient plus du gribouillage d’enfant sous caféine que d’une peinture de grand maître : le déficit 2026 s’affiche à 5% du PIB contre les 4,7% initialement promis par le gouvernement avec l’aplomb qu’on lui connaît, la charge de la dette bondira de 65 milliards d’euros en 2025 à 74 milliards en 2026 pour filer allègrement vers les 107 milliards en 2029, dépassant désormais le budget de la Défense – 57 milliards – qui fait pourtant figure de gouffre officiel. Quant au retour sous la barre des 3% de déficit, il est remis aux calendes grecques.

Et justement, la Grèce, on y pense de plus en plus. Pas celle de 2026 évidemment, mais celle de 2010, avec la gueule de bois face à un État en faillite et des créanciers à sa porte. Le parallèle est cruel mais les chiffres, eux, ne font pas dans la diplomatie.

Car la France cumule actuellement les très mauvaises surprises.

Le dernier rapport de la Cour des comptes, publié le 19 février – soit quatre jours avant l’arrivée salvatrice d’Amélie – montre que l’État étale sa déconfiture d’un ministère à l’autre avec une application qui force le respect. Les efforts budgétaires, nous dit-on en mots feutrés, sont « largement insuffisants » et propulsent la charge de la dette bien au-delà du raisonnable. On nous recommande de ne surtout pas « relâcher les efforts ». On pourra pouffer à l’évocation même de cette idée d’efforts pour les administrations françaises, tant ceux-ci ont été jusqu’à présent largement symboliques : le gouvernement Lebiscornu s’est essentiellement contenté d’augmenter les dépenses un peu moins vite que prévu, dans une cosmétique budgétaire permettant de faire passer ça pour des « économies ». La cure d’austérité réelle, celle qui ne sera plus choisie mais subie n’arrivera probablement jamais, ou seulement une fois que plus aucun expédient ne pourra être trouvé et qu’il faudra en passer par l’épreuve grecque dans toute sa violence.

Mais outre des déficits courants de plus en plus béants et des efforts microscopiques largement insuffisants, on découvre en surcroît que les recettes battent sérieusement de l’aile.

Eh oui : la baisse marquée des recettes de TVA laisse supposer que tout ne se déroule pas exactement comme prévu par nos crânes d’œuf de Bercy. Pour la fine fleur de la finance française, c’est un mystère, ou presque. Un mystère qui, convenons-en, n’en est un que pour ceux qui ne mettent jamais les pieds hors de leurs bureaux lambrissés. Le constat n’est d’ailleurs pas neuf : en novembre dernier, la faiblesse des rentrées de TVA avait déjà déclenché de vifs questionnements au sein du gouvernement, questionnements qui laissent perplexe sur la capacité de nos dirigeants à prendre en compte une réalité pourtant limpide : sapristi, les records de faillites auraient-ils un effet délétère sur les finances publiques ? Non, vous n’y pensez pas ! Pourtant, on ne tond pas indéfiniment un mouton qu’on a fini par égorger…

Pas étonnant, dès lors, que ce petit parfum de déroute pousse les uns et les autres, à Bercy, à chercher fébrilement le moyen de réalimenter la machine en gros biftons bien frais. Et cela tombe bien : on commence à voir se dessiner quelques pistes dans la presse, avec la subtilité d’un bulldozer dans un jardin japonais.

Que diriez-vous, dans un premier temps, de désigner à la vindicte populaire une tranche de population qui va avoir bien du mal à se défendre ?

Les « riches », vous l’avez deviné, sont déjà convoqués au tribunal médiatique alors que les finances crient famine : des milliers de millionnaires échapperaient à l’impôt sur le revenu, voilà qui est scandaleux, et qui démontre surtout que l’impôt est bien plus affaire d’avocats fiscalistes que de prétendue « justice fiscale ».

Mais ne vous inquiétez pas, cette étape n’est qu’un hors-d’œuvre. L’étape suivante est déjà susurrée dans les couloirs des rédactions : il faudra aller taper dans l’épargne des Français.

Au début, bien sûr, on parlera de « flécher » – un mot doux, presque poétique, qui évoque une direction librement choisie plutôt qu’un casse organisé. Ensuite, on passera à « piocher », la novlangue fiscale ayant ceci de fascinant qu’elle possède un synonyme présentable pour chaque étape du vol. Le message est clair : votre épargne n’est plus votre propriété, mais une réserve de secours pour un État incapable de gérer son train de vie.

Il n’en reste pas moins qu’on ne pourra qu’admirer le timing absolument diabolique des derniers événements.

Le 14 janvier, Amélie de Montchalin niait « les yeux dans les yeux » devant l’Assemblée nationale qu’il puisse exister des millionnaires français ne payant pas d’impôt sur le revenu : « Il n’y a pas de document à Bercy qui le montrerait », mentait-elle effrontement. Le 17 février, on exhume commodément un rapport confirmant les dires de l’ancien ministre Lombard : 13 335 millionnaires ne paient pas un centime d’IR. Le 19 février, la Cour des comptes sort un rapport montrant à quel point l’État patine sur une très mauvaise pente. Et le 23 février, Montchalin arrive à la Cour des comptes en grandes pompes.

L’ironie institutionnelle est d’une subtilité rare : Montchalin va désormais présider l’institution qui a sorti les chiffres qu’elle disait inexistants, auditer les budgets qu’elle a elle-même pipeautés comme ministre des Comptes publics, et pointer les « risques importants » sur des objectifs qu’elle a défendus bec et ongles. En pratique, on constate ici que l’État, très mauvais gestionnaire, feint de découvrir qu’après avoir tout dépensé, il va falloir aller chercher l’argent là où il est encore, c’est-à-dire dans vos poches.

Avec la bénédiction d’une Cour des comptes dirigée par celle-là même qui niait le problème il y a cinq semaines, et dans la suite logique de du grand effondrement, le grand pillage va donc commencer.

J'accepte les BTC, ETH et BCH !

1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf

Vous aussi, foutez les banquiers centraux dehors, terrorisez l’État et les banques en utilisant les cryptomonnaies, en les promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !
BTC : 1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf
BCH : qqefdljudc7c02jhs87f29yymerxpu0zfupuufgvz6
ETH : 0x8e2827A89419Dbdcc88286f64FED21C3B3dEEcd8

Commentaires39

  1. Aristarkke

    Le pillage de l’épargne est déjà institutionnalisé depuis longtemps avec des taxes sur de l’argent épargné, déjà taxé lors de son origine…

  2. Aristarkke

    Dans un pays qui n’hésite pas à mettre de la TVA sur d’autres taxes intervenant à des niveaux précédents, aucun changement dans le principe de spoliation, surtout avec la bénédiction de Keynes, euthanasieur patenté du rentier…

  3. glot

    La plupart des banques envoient actuellement des messages d’alerte pour informer le « cher client » que la direction générale des finances publiques a subi une cyberattaque et que les données bancaires du « cher client » ont peut-être fuitées.
    Si le secret bancaire existait en France , la DGFP ne devrait pas être en possession de nos donnés bancaires.

  4. Higgins

    Au sujet des 13000 « millionnaires », Charles Sannat : legrenierdeleco.com/affaire-des-millionnaires-qui-ne-payent-pas-dimpot-le-jt-du-grenier-ledito-de-charles-sannat/

    1. Pierre 82

      Sannat l’explique très bien (et il me semble qu’on en a parlé sur ce blok) : s’ils ne paient pas l’impôt sur le revenu, c’est… parce qu’ils n’ont pas de revenus suffisants.
      Ce sont pour la plupart des personnes âgées, mais qui possèdent un bien immobilier dont l’état a estimé que sa valeur dépassait le million d’euros au cas où ils décideraient de le vendre.

      Par contre, je ne pense pas que nos éminences soiebnt stupides : elles ont très bien compris, mais une fois de plus, manipulent les plus cons de nos concitoyens en suscitant la jalousie la plus crasse.
      Ca va marcher auprès de la clientèle habituelle (facs de socio, pue-la-pisse, militants gauchistes et autres agents territoriaux engagés par népotisme), mais quand on sait que même les profs à la retraite ont compris la supercherie…

  5. Aristarkke

    Les 13 mille « millionnaires » épargnés de l’IR sont présentés en millionnaires de revenu alors que ils sont seulement millionnaires (pour une seule unité possédée le plus souvent) de patrimoine…
    Et en fait, ils sont seulement 0,5% des millionnaires à se trouver dans ce cas spécial, ce qui indique en creux que les 99,5% de riches paient bien de l’IR…
    Présentation soce comme d’habitude pour augmenter l’IR de tous en prenant prétexte d’une infime minorité…

    1. Theo31

      Combien de ces millionnaires sont abonnés à l’impôt sur la fortune immobilière ?

      On se souvient des retraités millionnaires de l’île de Ré dont le revenu était une modeste pension.

  6. du

    Réjouissance pour certains ici , dans le collimateur : les infâmes boomers qui – en plus ! – ont indécemment économisé des soussous et vivent beaucoup beaucoup trop longtemps

    1. Mitch

      La réaction typique estampillée ‘Made in Ed in the 60s and 70s’.
      J’ai surtout une pensée pour ceux qui sont déjà dans le hachoir : Nico, actifs, entreprises, bref tous les créateurs de valeurs qui supportent à bout de bras des colonies entières de branleurs et se font dépouiller. Pensée aussi pour ceux qui se sont tirés car la vie (fiscale) était devenue impossible. Pensée pour les jeunes djeuns dont le futur n’est pas super ‘rosy’.

      Et accessoirement personne n’en a après le patrimoine de quiconque en ces lieux (si ce n’est toi) ni ne souhaite faire payer plus de taxes à son voisin. Ce qui est dit et redit c’est que Nico n’a simplement pas à payer pour entretenir quiconque si ce n’est sa famille (d’autant plus que lui n’aura rien du tout , une simple pyramide des ages valant toutes les démonstrations). C’est aussi compliqué que ça à intégrer?

      1. durru

        Refuser de payer ad vitam et sans contrepartie pour des tiers c’est la même chose, pour nos amis, que vouloir les spolier, ces mêmes tiers. Ils ont *gagné* le droit de recevoir ces rentes (en poussant des wagonnets dans la mine)…

        1. nemrod

          Oui c’est ce qui revient à chaque fois…
          Si tu fais apparaître le moindre doute sur l’opportunité de traire comme ça les jeunes sans que ceux ci revoient un jour un centime tu as droit aux violons de leur travail pénible et surtout précoce… » moi j’ai commencé à 14 ans et gnagnagna  »
          Comme si commencer à 14 ans leur donnait le droit de piller les autres de 60 balais à 100 ans et ceci sur x générations.
          Quand tu leur dit que leurs petits enfants et arrière petits enfants paieront aussi pour eux ça leur fait ni chaud ni froid…au mieux ils se disent que le carrousel continuera aussi à tourner pour eux.
          L’évidence de la non viabilité du truc ne leur apparaît pas.

          1. Dom17

            Il faudrait déjà interroger sur cette non viabilité… Je rappelle que le COR (pour la question des retraites) relativise la non viabilité sur ce sujet car elle sera provisoire.
            Pas la peine de faire la liste des gaspillages et autres dépenses qui ne seraient même pas envisagées si on demandait son avis au populo.

      2. Dom17

        Par contre, depuis l’affaire Cahuzac, silence obstiné sur les comptes offshore de nos politiciens et autres parasites…
        On ne peut pas demander aux journalistes de mordre la main qui les nourrit…

    2. du

      Hé bé , nid de frelon des grands nettoyeurs , de mauvaise foi en plus , car le sujet , et c’est celui du billet , n’est pas la retraite mais l’épargne

  7. infraniouzes

    Qui ne souvient de la fameuse boutade de Reagan, à propos de l’Etat: «  descendez de mon dos et ôter vos mains de mes poches ». Nous on arrive à l’exacte opposé: l’Etat va monter sur notre dos et enfoncer ses mains crochus dans nos poches. Pourvu que, bien installé, il ne sorte pas une cravache pour encourager les plus récalcitrants.

  8. Theo31

    En France, la dernière grande spoliation de l’épargne a fait 76 000 morts. Il s’agissait de payer la gigantesque indemnité de guerre imposée par le caporal moustache.

    1. Dom17

      Le tout est de trouver un prétexte pour gagner le consentement des spoliés.
      Le pouvoir doit contrôler la force (la police devenue une milice), l’argent (à flécher pour satisfaire certains et pas d’autres, voir la PPE 3, qui va augmenter notre dette de dizaines de milliards) et le récit pour que la masse accepte le racket.

  9. Gerldam

    Il faut effectivement être fou pour posséder encore quoi que ce soit en France.
    Si vous devez absolument y résider, il faut:
    1. n’avoir qu’un (ou deux) comptes bancaires toujours maintenus à moins de 100€, voire négatif
    2. vendre tout immobilier et louer
    3. acheter à l’étranger de l’or ou ouvrir un compte titre hors zone euro
    4. préparer son expatriation dès que possible.

  10. Habeas Corpus

    Rappelons que la loi française ne permet aucunement de telles réquisitions (la loi sapin 2 concerne la limitation des retraits d’assurance-vie seulement)

    Faut-il une telle loi ?
    Franchement, quand je vois tous les crétins aisés qui ont voté Macron, je suis favorable à la ponction directe dans les comptes en banque.
    Il n’y a que comme cela qu’ils comprennent.

    Ne serait-ce que la facture Covid, avec tous les français qui y étaient favorables, il faut taper dans les comptes et récupérer 400 milliards.

    Il n’y a qu’à ce prix que cette masse d’abrutis comprendra réellement ce qu’est la facture Covid.

    1. nemrod

      Il suffira de dire que tout ça est de la faute des autres…toi par exemple, et ça passera tranquille.
      Il faudra autre chose pour que les abrutis se descillent.

      Vaste programme…

      1. Pierre 82

        Pas certain que ça « passe tranquille ».
        Tant qu’on pense (ou qu’on a l’espoir) que le projectile ne frappera que le voisin, ça peut encore fonctionner (et encore, les gens se connaissent, et il ne faut pas croire que le péquin standard se réjouit quand le voisin se prend une balle), mais dès lors qu’on empêchera de vivoter des gens qui ont déjà du mal à terminer le mois, ça ne « passera pas crème »

        1. nemrod

          Tu ne penses quand même pas sérieusement que cette spoliation sera générale…
          Ils vont se démerder pour piquer le blé de certains.
          Tiens des Koulaks par exemple.

    2. Dom17

      Est-ce qu’on a le droit d’être aisé sans être un crétin qui a voté Macron?
      Au-delà de cette petite pique, vous ne comprenez pas qu’ils cherchent â nous diviser?

  11. Lothar

    Dans un des articles en lien, nous pouvons lire : « optimisation fiscale agressive ».
    J’adore !
    On peut imaginer un futur titre d’article dans une rubrique de faits divers : « Hier soir, un fonctionnaire de Bercy a été lâchement agressé dans son bureau par un millionaire sans IR armé d’une optimisation fiscale de gros calibre ».

Laisser une réponse

(obligatoire)
(facultatif)