France 2027 : on va élire un président ou un syndic de faillite ?

La semaine dernière, on apprenait que, malgré masse de Français annulant leurs vacances, le gouvernement gardait la tête froide : Le Biscornu nous rassurait avec sa prestance naturelle en nous garantissant que tout était sous contrôle. Malheureusement pour notre petit bricoleur ministériel, la semaine qui vient de s’écouler refuse de donner ce petit coup de pouce ou ce gros coup de pied aux fondements de la République indispensables à remettre le pays dans de bons rails.

Que du contraire, même : on apprend ainsi que le FMI, institution dont la tolérance aux pitreries budgétaires est pourtant légendaire, commence à montrer des signes clairs d’inquiétudes. Et lorsque le Fonds Monétaire International, ce vieux complice indulgent qui a longtemps tout pardonné à l’Argentine, à la Grèce et à quelques républiques bananières en goguette, se met soudain à froncer les sourcils devant les comptes de Bercy, c’est qu’il y a probablement matière à s’alarmer.

La mission d’Article IV publiée le 21 mai dernier ne mâche pas ses mots : croissance famélique de 0,7 % attendue pour 2026 (si tout va bien, allez, quoi, bon), procédure de déficit excessif qui s’étirera bien au-delà de 2029, trajectoire de dette franchement insoutenable, les ingrédients d’un succès français laissent perplexes. Et pour couronner le tout, l’institution invite la France à freiner massivement dans la Sainte Trinité des dépenses sociales hexagonales : santé, chômage, retraites.

Autant dire à un peuple gaulois biberonné depuis trois générations à l’État-providence qu’il faudrait apprendre à se laver à l’eau froide. Le Monde lui-même, peu suspect de libéralisme échevelé, parle désormais de signaux de plus en plus inquiétants, ce qui, dans la novlangue du quotidien de révérence, équivaut à peu près à un hurlement paniqué.

Mais enfin, tout n’est pas si catastrophique, voyons !

Eh bien à vrai dire, pendant que les institutions internationales s’égosillent dans le désert gouvernemental français, on constate que le tissu productif s’effiloche dans un silence presque pudique. Les défaillances d’entreprises se succèdent à un rythme qui ferait passer une démolition à l’explosif pour un atelier de pliage de serviettes.

C’est assez logique, du reste : les impôts sur la production battent allègrement des records à 96 milliards d’euros, confirmation administrative de cette belle doctrine française consistant à étouffer méthodiquement ceux qui financent le système plutôt que de réduire d’un seul euro la dépense publique. L’indice « PMI flash de S&P Global » vient d’ailleurs ajouter son grain de sel en plongeant à son plus bas niveau depuis cinq ans et demi : la France s’installe officiellement dans le rôle peu enviable de maillon faible européen, et la crise au Moyen-Orient ne fait qu’enfoncer un clou supplémentaire dans un cercueil déjà fort bien fixé.

Les avertissements internationaux ne se sont d’ailleurs pas cantonnés au FMI. Cette semaine, les taux d’emprunts des OAT à 10 ans français, cette fameuse dette dont on parle de plus en plus doucement, ont discrètement franchit la barre des 4 %. Même si ce ne fut qu’une journée, la tendance ne laisse aucun doute.

Si, pour le profane, cela pourrait n’être qu’un chiffre parmi d’autres, pour le budget de l’État, cela représente les premiers signes d’un infarctus dans un ascenseur bloqué entre deux étages : le service de la dette, déjà premier poste budgétaire en dynamique, se transforme en boule de neige incontrôlable qui dévale la pente en emportant tout sur son passage. Rouler cette boule de neige, c’est-à-dire cette dette colossale, coûte maintenant plus cher que de faire fonctionner le pays, ce qui contraint les gouvernements successifs à emprunter pour rembourser les emprunts ayant servi à payer les intérêts des emprunts précédents.

C’est de la pure cavalerie, et dans les manuels d’histoire économique, elle aboutit toujours à la faillite : aucune nation n’y a jamais échappé une fois le mécanisme enclenché, et il n’existe strictement aucune raison sérieuse de penser que la France inventera, sur ce point précis, une exception miraculeuse.

On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi les familles françaises commencent sérieusement à grincer des dents. Le baromètre UNAF-OpinionWay 2026 est édifiant : niveau de vie en berne, consentement à l’impôt qui s’évapore à mesure que le service rendu disparaît entre deux home jackings, et sentiment de moins en moins diffus de se faire dépouiller pour rien.

Bercy, fidèle à sa tradition de communication « maîtrisée » (pour ne pas dire euphémistique voire mensongère), continuera évidemment d’expliquer doctement que tout est sous contrôle (« trajectoire ambitieuse, pente forte, route droite, etc ») , que les réformes structurelles produiront leurs effets, alors même que tout indique le contraire.

Et alors que les candidatures à la prochaine élection présidentielle se bousculent actuellement (on compte pas loin d’une trentaine de clowns pour le Cirque Républicain), on comprend clairement que ce sont les clés d’une gigantesque pyramide de Ponzi arrivée à son stade terminal que le prochain locataire de l’Élysée s’apprête à récupérer en 2027. Le successeur du Biscornu ne sera pas tout à fait un nouveau président, mais plutôt un syndic de faillite chargé de répartir les pertes entre des créanciers de plus en plus exigeants et un peuple de plus en plus essoré. Entre l’avertissement du FMI et un ras-le-bol fiscal qui couve de façon préoccupante, l’État nounou achève tranquillement sa mue en État fossoyeur.

Et puisqu’absolument aucun parti politique en lice ne semble disposé à tailler à la hache dans les dépenses de toutes natures, il ne restera bientôt, dans la trousse à outils gouvernementale, que la confiscation et la spoliation pour boucler les fins de mois.

Ce pays est foutu, mais avant ça, il nous promet des moments d’une « intensité démocratique » tout à fait mémorable.

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Commentaires31

        1. MCA

          Tu ferais mieux de terminer ton oeuvre que nous attendons avec impatience plutôt que de critiquer notre bon gouvernement dont la seule préoccupation est notre bien être à tous ! 😆

          Allez trêve de balivernes, « consentement à l’impôt qui s’évapore à mesure que le service rendu disparaît entre deux home jackings »

          Ce n’est pas pour rien qu’il était urgent sous couvert de modernité (vous l’aviez compris) de prélever à la source…

          Il n’y a plus un rond? comment ça?

          Si-si il y a pléthore de fric pour arroser Zobinsky (17 milliards, un détail), une petite gratification à l’Afrique (24 milliards , une paille), un nouveau porte avions, un nouveau chasseur de 25 ème génération, un besoin urgentissime de réarmer le pays contre les méchants russes dont le principal forfait est de nous avoir vendu du gaz à bas prix et j’en passe…

          Et cerise sur le cake, une subvention à la Chine, pays en voie de développement comme chacun sait; mesurette qui commence à énerver plus d’un grançais peinant à boucler les fins de mois, lesquelles fins de mois ont de plus en plus tendance de commencer le 15.

          Jusque là, tout va bien mais attention quand même à l’atterrissage qui risque de casser du bois! 🙁

    1. Calvin

      Allons, c’est leur raison de vivre : obtenir la légitimité des votes.
      Arriver à déplacer les foules pour des élus interchangeables est une sacrée réussite.

  1. Grosminet

    Une petite vidéo sur l’IDL à ce sujet : youtube.com/watch?v=hpWM1xdlm7M
    D’après eux, ça tient sans problèmes jusqu’à 2030…

    1. JP4U

      Au dela du seul cas français tous les pays du G7 sont endettés et jusque là ont agi jusqu’ici comme si la dette n’aurait jamais à être remboursée :

      https:/ /youtu.be/-j6CjSmeojA?si=LbN9dHZizY0QFp2S

      A un moment donné soit les créanciers auront assez de pouvoir pour siffler la fin de la récréation au delà des états, soit via des conflits des guerres ou autres moyens de pression étatiques ce seront eux qui mettront au pas les prêteurs mais je crains fort que ce soient les citoyens de tous ces pays endettés qui trinquent bien avant.

  2. Dr Slump

    Conclusion : les politicards escouillés à la tête de l’état attendent délibérément le crash et l’intervention du FMI, pour pouvoir dire « c’est pas not’ fôte c’est le FMI qui a décidé de mettre fin à notre modèle social ».
    Ce sera l’occasion en plus de faire avancer leurs projets de contrôle social et de CBDC sous la houlette de l’UE, parce qu’il ne faut pas rater l’opportunité offerte par une bonne crise, que diable !

    1. Grosminet

      @ Dr Slump 25 mai 2026, 9 h 31 min
      « attendent délibérément le crash et l’intervention du FMI »
      Faudrait que tu peaufines ton planning : le chyprage, avant ou après l’arrivée du FMI ?

  3. Mildred

    Ce matin, Patron, j’ai fait un pas supplémentaire : j’ai ouvert « L’Éloge de la Bêtise » AVANT d’avoir ouvert mon ordinateur et voici ce que j’ai lu, page 98 (je n’ai pas encore lu votre article mais je vous promet que je le ferai) :
    « …De même que tout noble de naissance pense trop noblement pour se montrer l’égal de la plèbe dans un autre domaine que celui des vices ; ou plutôt de même que tout noble offre généreusement à sa putain l’argent que son tailleur lui réclame en vain chaque jour, de même les patrons prennent grand plaisir à donner à l’idiot, comme un présent, le salaire dont ils privent le sage, pour se montrer à l’un sous les traits de la bonté et à l’autre sous ceux de la puissance… »
    En attendant, je compte sur Ari pour nous dire ce qu’il en pense !

    1. Grosminet

      @ Mildred 25 mai 2026, 9 h 39 min
      Méchants patrons, méchants ! Et en plus cons comme des manches, ils préfèrent payer des idiots plutôt que des sages…

  4. du

    Cela évoque un effondrement gravitationnel d’une France vers l’État de  » naine blanche  » , mais le gonflement aussi incontrôlée de la dette américaine pourrait entrainer la terre vers un  » trou noir  » aux propriétés physiques inconnues sinon inconcevables

    1. Grosminet

      @ du 25 mai 2026, 9 h 44 min
      Deux différences fondamentales :
      Aux US il y a encore de la croissance économique, et en plus ils ont la meilleure imprimante du monde. Bref, avant de voir un défaut sur la dette US, la France sera dans le trou depuis longtemps.

        1. Ryan

          Les achats de pétrole se font majoritairement en dollars et pour investir aux USA, c’est en dollars.

          C’est un formidable levier pour les USA.

      1. breizh

        @grosminet, c’est surtout de la croissance de l’impression.
        Toutefois, je reconnais que les USA ont (eu) une capacité à se reconfigurer et se remettre en ordre de bataille que peu de nations ont

      1. Ryan

        Pour allez où?
        Quel travail?
        Quid des comptes en banques?
        Vendez-vous tout en france?

        Je sais: posez la question et vous avez déjà la moitié de la réponse mais quand même!

    1. breizh

       » le privilège des grands est de contempler les catastrophes d’une terrasse » (Jean Giraudoux, la guerre de Troie n’aura pas lieu)

  5. Gerldam

    Vous savez la première chose que fait un syndic de faillite: se servir en premier sur le dos du cadavre.
    N’en doutez pas, il en sera de même avec ce pays en voie avancée de décomposition.

  6. Murps

    Vous fatiguez pas, c’est Mélanche qui va décrocher le bail de 5 ans du meublé de l’Elysée.
    Il a avec lui tout une fraction de la haute fonction publique , la totalité de la justice, de la presse et des milieux artistiques. Ça fait facilement 20% de l’électorat.
    Je parie qu’il arrive au second tour après avoir dezingué tous les autres candidats de la gauche, du centre et d’une partie de la droite.
    Pénurie de PQ en 2028 ?

  7. Hagdik

    Ne sont-ils pas simplement en train de préparer le piège ?
    Comme il leur semble certain que le Rassemblement National va prendre les rennes, ils mettent tout en place pour que l’échec soit ineluctable et ainsi mettre hors jeu la droite pour longtemps.
    Ou suis-je trop optimiste quand à la capacité des QI très élevés de l’équipe macronienne ? Le doute m’habite.

  8. Higgins

    Charles Sannat vendredi : legrenierdeleco.com/sebastien-lecornu-cesser-demmerder-les-francais-et-les-caisses-sont-vides-ledito-de-charles-sannat/

  9. Manzoni

    Je sais qu’une observation locale ne vaut pas règle générale, néanmoins, évoluant dans un milieu favorisé de petits chefs d’entreprise et de CSP+, ce que j’observe autour de moi est calamiteux :

    – Chaque nouvel impôt est contre-productif : taxe sur les yachts, surtaxe sur les résidences secondaires, taxe sur les petits colis… malgré l’imagination, elle réellement infinie, de Bercy, chaque nouvelle taxation non seulement ne rapporte presque rien, mais en plus détruit de la valeur (plus de yachts sous pavillon français, colis chinois faisant bosser les routiers polonais…). Outre que le gouvernement, par pure idéologie, ne supprime pas la taxe une fois celle-ci clairement identifiée comme nuisible aux finances publiques qu’elle prétendait renflouer, c’est le signe clair que le pays est désormais bien engagé dans la partie droite de la courbe de Laffer.

    – Ceux autour de moi qui ont pu, à force de travail acharné, se constituer un patrimoine correct font de plus en plus le choix d’arrêter de travailler, et donc d’arrêter de produire de la richesse, et décident de vivre plus modestement de leurs rentes -de toute façon, afficher des signes extérieurs de richesse est très mal vu dans notre pays- voire de partir à l’étranger couler des jours paisibles et oisifs. A 50 ans, voire avant !

    – Ceux qui n’en sont pas encore arrivés là concluent qu’avec une taxation marginale à plus de 70%, il vaut mieux ne pas trop se fatiguer et réduisent leur activité à 4, 3, voire 2 jours de travail. A 40 ans voire avant. J’ai d’ailleurs déjà évoqué plusieurs fois que je m’inscrit personnellement dans ce mouvement, puisque si je travaille à 100% du temps, il me reste 48 dans la poche, alors que si je ne travaille qu’à 60% du temps, il me reste 42 dans la poche, magie de la progressivité fiscale (puisque désormais, les cotisations sociales obéissent également à une logique de progressivité des taux !).

    – Les jeunes titulaires de diplômes un peu côtés n’essaient même plus de bosser en France et partent directement à l’étranger une fois leur diplôme obtenu, ou pour les plus « patriotes » d’entre eux, après 2 ans à galérer en France pour au mieux le SMIC à Bac+5, et aucune perspective de pouvoir se loger décemment. Les quelques exceptions parmi eux qui trouvent en France un travail très bien rémunéré ne restent motivés que le temps de comprendre le montant qui leur est prélevé sur leur fiche de paye et de réaliser leur première déclaration de revenus. Après quoi ils demandent (et obtiennent) une mutation à l’étranger.

    – Ceux qui essaient de faire vivre un commerce, emploient des salariés et se retrouvent, après 70 heures de travail hebdomadaire à ne même pas pouvoir se payer, préfèrent licencier, réduire la voilure du commerce, et travailler seuls sous un statut de micro entrepreneur : il en reste toujours plus à la fin du mois, et il n’y a presque pas de paperasse administrative.

    – Et enfin, ceux qui sont salariés dans de grandes entreprises françaises, avec un bon salaire, font clairement semblant de bosser. La grande démission silencieuse est réelle, les petites manifestations dont la presse se fait l’écho (salariés refusant des promotions en tant que manager, ou refusant des responsabilités supplémentaires malgré le salaire qui va avec) ne sont que la partie émergée d’un problème beaucoup plus vaste : le travail et la motivation ne paient plus, alors pourquoi se fatiguer ?

    Bref, tout va dans la même direction : personne ne va rembourser la dette, du moins, pas avec son travail déjà taxé dans des proportions déraisonnables. Consciemment ou pas, que ce soit en arrêtant de bosser ou en quittant le pays, les français organisent leur insolvabilité.

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