Note de Service – Cabinet du Directeur – 29 Juillet 2026 – République Française
Mes chers collaborateurs,
Vous n’êtes pas sans avoir remarqué l’agitation médiatique estivale entourant la publication de divers rapports, études et déclarations relatifs aux aides publiques apportées aux entreprises. Comme toujours en pareil cas, la presse s’emballe, l’opposition glapit et le contribuable s’interroge, ce qui n’est jamais bon signe. La présente note a donc pour objet de clarifier la position officielle du gouvernement et de rappeler ses arguments essentiels. Vous voudrez bien vous en inspirer fortement, y compris en famille.
1. Sur l’existence même du rapport
Certains commentateurs malveillants présentent le récent rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan comme un document accablant. C’est un contresens complet, que vous corrigerez en toute occasion. Un État qui produit un rapport sur lui-même est un État qui se regarde avec lucidité. Un État qui ensuite range proprement ce rapport dans un tiroir est un État qui ne cède pas à la précipitation. Un État qui commande alors un nouveau rapport pour évaluer les suites données au précédent est un État apprenant. Vous constaterez que nous cochons les trois cases. Il n’y a donc pas de sujet.
2. Sur le montant des aides
À la question, au demeurant fort indiscrète, de savoir « combien la Nation consacre-t-elle chaque année au soutien de ses forces productives ? », vous répondrez avec la limpidité suivante :
a/ selon le Haut-Commissariat au Plan, 187 milliards d’euros pour la seule année 2023 ;
b/ selon une précédente commission d’enquête sénatoriale, 211 milliards d’euros par an ;
c/ mais le plus important n’est pas le chiffre mais la dynamique.
Vous soulignerez donc que l’écart entre ces deux évaluations officielles n’est que de 24 petits milliards d’euros, soit à peine les budgets annuels de la Justice et de la Culture réunis, ce qui constitue une fourchette d’une étroitesse remarquable et témoigne d’une maîtrise statistique que le monde entier nous envie.
Si votre interlocuteur insiste, vous rappellerez que la dynamique évoquée au c/ est excellente, ces aides progressant trois fois plus vite que les aides sociales. Vous éviterez toutefois de préciser que ce ratio est brandi avec véhémence par la presse la plus étatiste du pays : même si réussir à indigner simultanément le social-démocrate mou et le gauchiste éhonté est une performance rare, il n’est pas utile de nous en vanter.
3. Sur la question du périmètre
Vous aurez noté que, faute de consensus sur ce que recouvre exactement la notion d’« aide aux entreprises », le Haut-Commissariat a proposé au Premier ministre non pas une mais deux définitions distinctes. Des esprits chagrins voudraient y lire l’aveu que l’État ignore combien il distribue, à qui, et pourquoi. Mais vous, vous retournerez l’argument : là où le vulgaire ne voit qu’un chiffre, la Haute Administration en voit deux. Cela s’appelle de la richesse méthodologique. Avec un peu d’entraînement, on parvient à employer cette expression sans sourire.
Vous vous abstiendrez en revanche de tout parallèle avec la situation du contribuable qui proposerait à son contrôleur fiscal deux définitions distinctes de son revenu imposable. Ce parallèle, quoique techniquement exact, n’apporte rien au débat.
4. Sur le contexte budgétaire
Le Premier ministre ayant lui-même qualifié le niveau de la dette et du déficit de « préoccupant, grave même », le FMI réclamant un effort de 0,8 point de PIB par an jusqu’en 2029, la Cour des comptes constatant qu’« on est en train de perdre le contrôle de la dette publique » et les experts missionnés par Bercy chiffrant à 126 milliards d’euros les économies nécessaires d’ici 2032, il pourrait vous être demandé pourquoi le Gouvernement concentre son effort sur les franchises médicales, la taxe foncière et les retraités plutôt que sur les 211 ou 187, vérifier avant diffusion milliards d’euros d’aides susmentionnées.
Vous répondrez, les yeux dans les yeux, que ces aides constituent un investissement dans la compétitivité, l’attractivité et la souveraineté, trois mots qu’il conviendra de prononcer dans cet ordre et avec gravité. Vous ne répondrez en aucun cas « on ne mord pas la main qu’on nourrit », formulation dont l’exactitude n’excuse pas la maladresse. Vous ne mentionnerez pas davantage que le retraité, lui, ne finance aucune campagne électorale, observation dont je ne m’explique toujours pas la présence dans la précédente version de cette note et dont l’auteur est prié de se faire connaître.
5. Sur la réaction des marchés
Le taux d’emprunt français à dix ans vient d’atteindre 4 %, une première depuis juin 2009. Vous présenterez cette évolution comme une excellente nouvelle : après des années de taux faibles traduisant presque de l’indifférence, les investisseurs consentent enfin à la France un rendement à la hauteur de sa gestion. Certains y verront le prix du risque ; vous y verrez une marque d’estime, et vous ajouterez que peu de pays peuvent se vanter de voir leur signature aussi richement rémunérée.
6. Consignes générales
En synthèse, vous retiendrez que l’État distribue chaque année aux entreprises une somme comprise entre 187 et 211 milliards d’euros, sans savoir précisément laquelle, sans savoir exactement à qui, et sans qu’aucun rapport, aucune commission d’enquête ni aucun Premier ministre préoccupé, gravement même, n’envisage d’y toucher, et que tout ceci démontre un pilotage d’ensemble dont nous pouvons être fiers.
Si un interlocuteur particulièrement retors objectait que, dans le même temps, chaque euro prélevé sur le contribuable est calculé, recoupé, vérifié et exigé sans attendre, majorations de retard comprises, vous saluerez cette remarque comme la preuve que l’administration fiscale, elle au moins, dispose d’un périmètre parfaitement défini : la feuille d’impôts de nos concitoyens est effectivement ce document en France qui échappe à tout flou méthodologique, ne connaît ni fourchette, ni double définition, et se trouve actualisé chaque année à la hausse avec une régularité que le Haut-Commissariat pourrait utilement étudier.
C’est un motif de fierté nationale, que vous garderez pour vous.
P.-S. (à ne pas diffuser) : pour ceux d’entre vous qui s’étonneraient en privé qu’un dispositif aussi peu lisible traverse les décennies sans dommage, je me permets de rappeler une évidence qu’on n’apprend plus assez à l’ENA : ce n’est pas malgré l’opacité que ce système fonctionne. C’est grâce à elle. Détruisez cette note après lecture.






1 % d’erreur ! Vous êtes chafouin, Monseigneur ! Même les balances commerciales sont à 2 % de marge
Louche aristarkkienne, évidemment ! 😛
@ Aristarkke 29 juillet 2026, 9 h 03 min
Louche ou godet de pelleteuse ?
Quand on aime, on ne compte pas !
Louche de soudeur au plomb, comme pour les grandes eaux de Versailles ?
J’ai beaucoup de mal à imaginer que les responsables de ce naufrage soient dotés d’une intelligence normale et d’une honnêteté sincère …
J’ai plutôt l’image d’une bande d’escrocs, idéologues, carriéristes et cyniques …
211 et 24, ça fait environ 10% d’erreur. A moins que j’ai loupé quelque chose ?
Au moins un qui suit !
comme on dit à Cuba : la suie, scie un Fidel … 😉
Votre rapport est il photocopiable comme celui sur les syndicats grançais, tout aussi promptement enterré ?
Du grand art !!!
Je conseille d’aller voir les vidéos de la commission d’enquête sur le sujet, avec en gest star un gros communiste.
Ça distribue du pognon à tout va à des boites richissimes : sanofi, Michelin, Google, total, lvmh…
On y apprend, en vrac : Michelin à détourné le pognon pour le mettre Espagne tout en fermant des sites en France.
Le chercheur français est le second plus cher après le chercheur us.
Total palpe les aides tout en n’ayant aucune difficulté.
Google a refusé de répondre à pas mal de questions.
En gros : ces aides sont utiles, mais plus de 2200 dispositifs recensés, absence de base de données, pas ou peu d’évaluation, contreparties réelles quasi inexistantes.
Non, ces aides sont inutiles.
Elles ne font que cautionner des prélèvements abusifs et entretenir la connivence.
Si quelqu’un est pour ces aides, que fait il ici si ce n’est vouloir remettre en question son éducation ?
Ça dépend…
Déjà, pour qui ? Pour acheter ka fidélité au pouvoir de certains oligarques, certainement.
Plus prosaïquement, pour trouble fait (je recommande cette chaîne, récemment il a fait une vidéo sur le business autour du renouvelable en France, ça vaut le détour) ces aides et autres déductions fiscales sont des rustines pour compenser les problèmes structurels de l’économie française.
Sur les
187211beaucoup de milliards qui sont distribués aux entreprises, une fois qu’on a enlevé ceux qui vont à la SNCF et à la Poste, il en reste combien ?10% ? Ceux qui sont en cause ici ?
Attendez, une aide en langage étatique veut simplement dire: je ne te vole pas.
En fait, pour beaucoup, il s’agit d’exonérations fiscales, pas d’aide.
Le pire est que cette note est parfaitement vraisemblable !
Avec un joli style administratif que nombre de fonx ne renieraient pas.
pub (en parlant de gabegie) : le bouquin de Sarah K. à lire
bvoltaire.fr/le-casse-du-siecle-sarah-knafo-ouvre-les-comptes-du-systeme/
Quelle bande de cochons.
Pas de soupape sur le dessin du bas de l’article. C’est une bonne description.
Sur les aides nombreuses sont celles données à la suite de contraintes impossibles à satisfaire sans raser façon bulldozer le tissu économique.
Coupez les aides, pour voir, hein. Celles à la presse, par exemple… et les autres aussi.