L’égalitarisme de combat vient encore une fois de remporter une belle étape dans la marche méthodique du pays vers le désastre. On apprend en effet que l’expérimentation de l’uniforme, déployée depuis 2024 dans une centaine d’établissements, est un fiasco.
Bien sûr, le terme « fiasco » n’est pas celui employé dans les coupures de presse discrètes qui relatent l’opération. Le ministère préfère parler d’effets « limités » et « inégaux », de « premier bilan mitigé », de « résultats nuancés », dans cette démonstration maintenant convenue de communication officielle transformant pas trop subtilement un échec patent en péripétie sémantique.
Et plus précisément, tel que le rapportent Franceinfo, CNews ou le Huffington Post, le bilan est donc négligeable sur le climat scolaire (entendez les tensions et les problèmes d’insécurité) et… inégal sur les inégalités (rigolez pas, c’est avec votre argent).
Du côté des apprentissages, on comprendra que personne ne s’est donné la peine de poser la question, sans doute parce que personne ne croyait sérieusement qu’un polo bleu marine donnerait enfin un quelconque niveau en lecture aux élèves de CM2.
De tout ça, il ne reste au final que ce que le ministre appelle pudiquement le « renforcement du sentiment d’appartenance », expression savoureuse qui, lorsqu’on y prête attention, est devenu en France la dernière planche de salut des politiques publiques. On ne mesure plus la sécurité, on s’inquiète du « sentiment d’insécurité », formule officielle pour expliquer à un retraité tabassé qu’il n’a pas tout à fait été tabassé. On ne garantit plus la justice, on entretient le « sentiment de justice ». On ne vérifie plus que les élèves apprennent, on cultive le « sentiment d’apprentissage scolaire ». Le « sentiment d’appartenance » rejoint donc tranquillement cette belle galerie : un substitut administratif au réel, une cocarde émotive agrafée sur l’incapacité d’agir.
Combien aura coûté cette lubie vestimentaire pour ce résultat nanoscopique ? Évidemment, aucun chiffre clair ne circule et l’on comprend pourquoi. Pendant que l’État joue au styliste, « négocie » des marchés publics pour des polos floqués et organise la grande cérémonie du défilé scolaire, les bibliothèques continuent de se vider, les heures de soutien se font rogner discrètement et les élèves sortent du système sans savoir diviser ni distinguer un participe passé d’un infinitif.
Comme bien souvent, l’idée de départ, teinté d’un charme rétrograde de siècles passés, était aussi simple qu’idiote : en gommant les signes extérieurs de richesse, on espérait recoudre le tissu social et faire revenir une ambiance studieuse dans les établissements concernés.
Las. Le problème des inégalités en 2026 est qu’elles ne se logent qu’assez rarement dans la marque du jean. Elles se nichent aussi dans la langue, la posture, la maîtrise du français, la capacité à formuler une phrase complète face à un adulte, bref dans autant d’éléments qu’un uniforme ne peut rigoureusement masquer.
Imposer un polo n’égalise donc rien, sauf l’apparence d’égalité, c’est-à-dire précisément la dimension la plus superficielle du problème. Avec ce procédé, l’Éducation nationale agit comme à son habitude en plaçant un cautère sur une jambe de bois (acheté en gros chez un fournisseur agréé, bien sûr).
Car la notion de « climat scolaire dégradé » n’est pas un fantasme rance de réactionnaire grincheux.
Rien que sur les derniers mois, les exemples laissent pantois : en février 2026, une professeure d’arts plastiques a été poignardée en plein cours au collège de la Guicharde, à Sanary-sur-Mer, par un élève qui avait prémédité son geste la semaine précédente.
En avril, dans les Deux-Sèvres, un collégien de quinze ans rouait de coups son professeur et menaçait de mort un agent.
À Saint-Maur-des-Fossés, à Roubaix, à Montpellier, les exemples s’accumulent à un rythme tel que la rubrique « faits divers » ressemble désormais à un compte rendu de conseil de classe.
L’opération « fouille des couteaux », entre mars et mai 2025 a ainsi permis de saisir 186 couteaux pour 6 000 contrôles.
Couteaux qui s’harmonisent fort mal avec l’uniforme, doit-on le préciser ?
Et en face de ces faits divers conseils de classe musclés, que trouve-t-on ? Depuis au moins huit ans, le hashtag #PasDeVague, né en octobre 2018 après qu’un lycéen de Créteil eut braqué sa professeur avec une arme factice.
On l’a oublié, mais ce hashtag documentait une pratique administrative parfaitement réelle consistant à ne surtout pas remonter les incidents, à réécrire les rapports pour les rendre acceptables, à reporter les conseils de discipline pour « ne pas stigmatiser » l’établissement.
Derrière ces circonvolutions se mélange le sordide pragmatisme de l’administration avec la volonté ministérielle de ripoliner la réalité à coups de grands barils de peinture rose : les mauvais chiffres pèsent sur la carrière des chefs d’établissement et un proviseur aux statistiques fâcheuses voit sa mutation s’éloigner. On tait donc, on temporise, on enterre, on ne fait pas de vagues, quoi.
Le Sénat lui-même, en 2024, recommandait encore six ans après l’explosion du hashtag de « mettre fin au pas de vague » en partageant nationalement les registres de sanctions. C’était la recommandation n°17 qui fut rapidement enterrée.
L’uniforme, lui, est resté.
Bien sûr, il ne résoudra rien, et il faut désormais regarder en face ce qu’il dissimule.
Le problème, c’est-à-dire l’effondrement de l’autorité dans les classes, les couloirs et les cours de récréation, ne s’est pas seulement aggravé : il a changé de nature : une difficulté de discipline est devenue, par sédimentation, un trait générationnel. Les élèves qu’on n’a jamais sanctionnés sérieusement, qu’on a laissés frapper, insulter, intimider sans réelle conséquence et qui ont grandi dans cette lamentable culture du #PasDeVague et de l’égalitarisme de surface à outrance, seront les citoyens de demain.
Et ces citoyens-là n’auront ni le goût de la discipline et de l’effort, ni le cuir suffisamment épais pour endurer une société qui s’apprête à devenir tout sauf égalitaire.
Les scores PISA ne sont pas prêts de remonter, mais le « sentiment d’appartenance », lui, promet administrativement d’atteindre l’excellence.






Preums !
et ça t’apporte ???
Rien,mis à part passer devant aristarke ou pheldge pour une fois.
Monseigneur, manderez vous Mélusine pour administrer à ce pendard, ce maraud, ce faquin, ce fesse-Matthieu de P&C la correction nécessaire pour n’avoir pas ainsi manifesté le respect des codes de cette auguste assemblée dont vous êtes le Phénix ?
quand c’est pas le MCA, c’est le PVC … ça suffit, on arrête ces enfantillages ? 😉
Encore un truc pour désespérer les ados !
La Grance sentimentale pourrait inspirer Laurent Voulzy ou Alain Souchon ?
Ça depend… Faut voir comment on nous parle.
Et des profs, tel un certain Lucas prof de math (vous le trouvez sur internet, il écrit des livres pour les élèves), s’étonnent un jour sur YT ou ailleurs que le niveau du bac marocain en math donc est du niveau licence chez nous (et encore)
tiktok.com/@lucasmaths4/video/7633835414528298262
Et ça étonné encore ?
Les maths sont mal enseignés en France. Jeune, je détestais cette matière et était à peine capable de faire une division avant la these et la programmation.
Pour moi, la révélation a pris la forme d’un livre et de codes : statistiques pour statophobes, des preds dirigées dans R, et des variables de gestion de quêtes dans skyrim.
Ben lui est étonné.
Le programme marocain (ainsi que ceux de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest) est celui que nous avions jusque dans les années 80-90
Pas de vague
Une école primaire dans une ville des Yvelines, pourtant assez favorisée.
Une prof s’étonne qu’une partie de la cour de récréation soit interdite aux blancs (vous avez bien lu).
La directrice : « oui bon on assez de pbs comme ça »
L’inspectrice : « ne stigmatisons pas ».
Dans cette charmante petite bourgade, les parents un tant soit peu responsables scolarisent leurs enfants dans le privé.
Ah, la lâcheté de l’administration… elle a plus contribué à la mort de Paty que les muzz menteurs et coupeurs de têtes.
Oui, probablement.
Le remède est simple : torgnoles de maçon dans la gueule des bambins discriminants, de la directrice, et de l’inspectrice.
Ça me rappelle des souvenirs 😉
En résumé : coller de justes torgnolesaux bambin récalcitrants et à leurs patents irresponsables aurait été plus efficace et moins cher que toute cette pantalonnade de l’uniformité republicain macroniste.
Autrefois, oui, il y avait uniforme pour les mômes… et le prof était un notable respecté.
Autrefois, le gamin se prenait une deuxième baffe en rentrant à la maison. Non pas que la violence soit excusable, mais il y avait cohérence entre l’instituteur et l’éducateur.
Bien que je sois pour l’uniforme (ça marche super bien dans plein de pays), si l’éducation, le respect et la discipline ne sont pas appliqués, ça ne changera en effet rien.
Mais une fois cela atteint, l’uniforme est aussi une motivation de l’élève je pense.
« l’uniforme, ça marche super bien dans plein de pays » sauf qu’il y a la discipline qui va avec, l’uniforme n’étant que ce qu’on voit.
Bien sûr, le terme « fiasco » n’est pas celui employé dans les coupures de presse discrètes qui relatent l’opération. Le ministère préfère parler d’effets « limités » et « inégaux », de « premier bilan mitigé », de « résultats nuancés »,
Vous dramatisez tout patron, ce n’est pas un échec, ça n’a juste pas marché.
Ou alors c’est un sentiment de fiasco.
😀 (pour la team premier degré)