Larousse est foutue

Si un jour, vous voulez vous payer une petite tranche de rire, ou une bordée de facepalms, je vous encourage à aller lire les articles internet de l’Encyclopédie Larousse. Certains d’entre eux sont pour le moins comiques et méritent largement qu’on s’y attarde sur quelques lignes.

Il suffira par exemple d’aller voir l’article consacré au libéralisme pour y trouver une description du « néo-libéralisme » qui chatouille un peu. Ainsi, pour les rédacteurs, il semble que, je cite,

Le libéralisme demeure ainsi une coquille idéologique devenue pratiquement vide, plus que jamais opposée au socialisme, qui d’ailleurs tend à devenir aussi inconsistant et protéiforme que son ennemi. Aucun penseur depuis Keynes n’a tenté de proposer une nouvelle définition du libéralisme : le libéralisme est à la fois une référence polémique et un autre nom pour désigner le capitalisme réel triomphant.

small implied facepalmDu reste, si l’on se contente de cet article pour y comprendre quelque chose, on en déduit que (accrochez-vous bien) Keynes était un libéral, qu’il a initié le « néo-libéralisme » basé sur une intervention de l’État ; que Mises, Hayek et Rueff sont devenus néo-libéraux (c’est à dire keynésiens) et favorables à l’intervention de l’État ; que ce néo-libéralisme va devenir la pensée ultime de la droite traditionnelle et de la gauche, parce que, semble-t-il, après la chute du fascisme et du communisme, le libéralisme classique a aussi échoué. Bien évidemment, toujours selon cet article, le libéralisme en tant qu’idée triomphe aussi bien en France qu’aux États-Unis, mais en tant qu’application, c’est vraiment la tristesse puisque la pauvreté augmente partout dans le monde. Enfin, la conclusion permet de dire que ce terme ne veut finalement plus rien dire, tout comme le socialisme, mais finalement si, cela veut dire « capitalisme triomphant ».

gloubiboulga : on mélange tout, on s'amuse, on rigole

Ce pourrait être, à la réflexion, une petite bourde de l’Encyclopédie nationale reconnue et distribuée sous forme d’épais dictionnaires dans les cours de Français dispensés par une Éducation Nationale qui aura a cœur de ne pas sombrer dans la propagande. Après tout, rien n’interdit d’imaginer qu’un facétieux rédacteur chez la vénérable institution se soit laissé aller à introduire ses propres sueurs collectivistes dans un texte qu’on s’attendrait à être neutre, sur le mode, « Oups, j’ai dérapé » …

Que nenni. Si l’on regarde d’autres articles emblématiques, on comprend que le tableau général est du même tonneau : la présentation du Chili (notamment la période Allende puis Pinochet) par l’Encyclopédie fera rire toute personne qui se sera un minimum renseignée, par exemple en lisant ces deux articles (ici et ) de Contrepoints ; et si l’on m’objectera à raison que Contrepoints est un quotidien ouvertement libéral, je répondrais qu’au moins ne s’en cache-t-il pas, au contraire de Larousse qui fait ici dans le crypto-socialisme honteux …

… Quand elle ne raconte tout simplement pas des bêtises énormes. On découvre ainsi qu’à l’article sur Friedrich Von Hayek, l’économiste nobélisé aurait été un des principaux défenseurs des monétaristes. Après la perte d’une ou deux systoles, une relecture calme d’un article correct sur Hayek, dans Wikiberal par exemple, permet de comprendre que le principal défenseur des monétaristes est plutôt Friedman (le père, Milton, pas le fils).

Larousse nous propose donc ici de jolies tranches de n’importe quoi et de propagande.

De nos jours, en France, doit-on encore s’en étonner ?

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Commentaires67

  1. GG

    Vous m’apprenez l’existence de ce dictionnaire.

    En utilisation/fréquentation, on doit être à
    Wikipedia 80%
    Wikistrucsdivers 19.9%
    Larousse 0.0001%
    Autres 0.009%

            1. GG

              Je ne sais pas, prenez les articles (de mémoire) sur les traites esclavagistes ou l’Inquisition : les légendes remises à leur place, des vrais chiffres et des sources.

            1. gameover

              Waouh… « au delà d’un certain temps de travail, le salarié n’a plus le temps de dépenser l’argent de son salaire…. l’économie entre alors en récession.  »

              Il doit pas etre marié celui qu’a ecrit ca !

            2. Aristarque

              Quand vous évoquez le »dernier paragraphe » qui vous paraît exagéré, vous parlez bien de celui où d’ affreux, forcément affreux économistes oseraient attaquer le concept socialiste du partage du travail, ledit travail constituant un ensemble fini et invariant parce qu’ invariable ???

            3. Chevalier

              Diderot a eu besoin de 30 ans pour écrire son encyclopédie, ça fait 10 ans que Wikipédia existe…

              Personnellement j’adore Wikipédia et j’y contribue également, j’apprend énormément dessus et je suis assez emballé par le projet.

              Il faut être critique de ce qu’on lit bien sûr, la première chose qu’on m’a dit à propos de Wikipédia c’est « pas fiable » (au minimum). C’était mes profs de lycée, Wikipédia commençait à se faire connaître, dans le même ton que les journalistes alors… N’y avait-il pas là au fond de leur part une appréhension qu’ils ne soient plus les distributeurs uniques de l’information largement diffusée au grand public… de ne plus avoir le contrôle dessus (donner quoi, quand le donner) ?

              Cette insistance à se méfier à propos de l’information de Wikipédia, ils ne me l’ont jamais donné à propos de la leur, de celles des livres, des journaux qu’ils soient télé, papier… et pourtant, mis à part quelques très mauvais articles minoritaire en nombre, je trouve qu’il y a moins d’erreurs sur Wikipédia, les différents points de vues sont mieux abordés…

              Je suis allé voir quelques articles de Larousse sur des sujets que je connais très bien (ww2), déjà il y a moins de contenu, bien moins de contenu, et il y a des erreurs, des approximations… Bref ce Larousse n’a aucun intérêt en l’état. Il aura meilleure réputation auprès de certains que Wikipédia, car plus institutionnel… Tant pis pour eux.

              En tout cas, je suis en école d’ingé, et j’ai été surpris de voir comment mes profs n’ont aucun complexes avec Wikipédia. Aucun. Ils nous disent d’aller y faire des recherches etc. Pas la même mentalité qu’au lycée…

              Dans tous les cas, soyez critiques, ne gardez jamais une information pour définitivement acquise, ouvrez votre esprit.

            4. Chevalier

              J’ajouterais qu’on se plaint souvent de ne pas connaître les auteurs de Wikipédia…

              Mais je viens de chercher sur Larousse, je n’ai pas trouvé où est marqué l’auteur de l’article ? Sa mention semble être absente…

              Aucune bibliographie, on n’a donc aucune idée d’où vient ce qui est écrit sur leurs articles. On n’a pas non plus de pistes pour aller plus loin…

            5. Morovaille

              @ Chevalier : je suis en philo, et effectivement les profs disent de ne pas citer Wikipédia « parce qu’il n’y a pas d’auteur identifié » … mais ils ne disent pas que l’information est de mauvaise qualité. De fait les articles que je consulte, pour peu qu’ils soient sur des choses suffisamment importantes pour intéresser les contributeurs, sont d’une qualité bien supérieure à celle des articles d’autres encyclopédies.

            6. Pc

              J’aime bien wikipedia aussi

              C’est trop libre et trop ouvert, c’est pour ça que les détracteurs sont toujours les mêmes : ceux qui jugent être destinés à guider l’Homme vers la Lumière, par la main. Connards de profane !
              Donner aux gens la capacité d’apprendre par eux-mêmes, faire confiance à la bonne volonté des contributeurs, vous n’y pensez pas voyons !

    1. Vladimir Vladimirovich

      @GG

      C’est juste pour Wiki, sauf que le truc est gangrene par les memes ‘universitaires »/ »chercheurs » crypto-bobo-gardiens de goulag, qui n’ont que ca a foutre de la journee, et qui s’en donnent a coeur joie.

      Il est vrai qu’ils ne peuvent pas completement verrouiller le truc, comme c’est le cas dans l’edition papier, mais ils sont neanmoins en surnombre.

      Pour s’en convaincre, essayez donc d’editer l’article « socialisme », histoire de rire. Ca vaut le detour!

      1. Pc

        Oui bien sûr, comme pour beaucoup de choses ouvertes. Mais c’est aux libéraux de reprendre la main pour faire contrepoids, comme le fait contrepoints pour la presse en ligne.
        D’ailleurs, c’est bien ce réveil (ou meilleure visibilité) du web non socialo/communisto/bobo/écolo alternatif qui soudain fait peur au gouvernement et bienpensants dégoulinants en tout genre. Maintenant que les idées en progression ne sont pas les leurs, ils veulent tout verrouiller.

        1. Vladimir Vladimirovich

          @Pc

          « C’est au liberaux de faire contrepoid »

          Les liberaux ne font pas et ne feront pas contrepoid, ni sur internet, ni dans les grands groupe de medias, ni dans l’edition, et pas plus qu’a Hollywood.

          Et ce pour une raison simple: les liberaux, majoritairement, s’interessent a leurs affaires plutot qu’a celles des autres, alors que les agites sur l’autre rive n’ont pour seule raison d’etre que d’apprendre a vivre a tout le monde (ou de les executer sommairement, au choix).

          Pensez a ces millier de professeurs de l’educnat’ qui comprennent petit a petit leur inutilite comlpete. Tous ces etudiant en sociologie qui ont tout juste la valeure ajoutee reelle de garder des vaches. Tout ces gens sont d’accord entre eux pour ecrire n’importe quoi sur wiki.

          Ils sont deja maitres des comites de relecture, en charge des principaux articles, etc… Si en plus on considere le nombre minimal de personnes a peu pres correctement informee, c’est une bataille largement perdue d’avance

          1. Pc

            Je sais bien que le rapport de forces est complètement disproportionné, mais il ne faut pas oublier que ça n’a pas toujours été ainsi. Oui, les gauchistes/constructivistes ont tout gangréné, mais ce n’était pas le cas avant. Il y a eu de fait une longue entreprise de mainmise sur le mainstream.

            Parmi tous les gens qui s’informent, il suffit parfois qu’ils tombent sur qq pépites, qui donnent un regard différent, et d’un coup tout s’éclaire. Cela a été mon cas avec Contrepoints. Ce serait dommage de baisser les bras faute de résultats immédiats. De même, il suffit que qqn de brillant a priori biberonné au collectivisme se convertisse au fil de lectures pour qu’ensuite les effets soient démultipliés.
            On ne peut pas tout calculer à l’avance (moi pas aimer déterminisme)
            Jouer le nombre contre le nombre dans l’état actuel des forces, c’est peine perdue a priori. Mais c’est oublier le côté asymétrique du web (peu de choses peuvent faire beaucoup) et la QUALITE des arguments. Quand le mur de réalité va finalement se dresser, beaucoup changeront de direction.

            Évidemment que les libéraux s’intéressent d’abord à leurs affaires, heureusement d’ailleurs. MAIS aujourd’hui, les dégâts et l’influence des constructivistes sont tels que les personnes ne peuvent même plus s’intéresser seulement à leurs affaires sans être emmerdés. C’est ce qui se passe avec les Tondus, Pigeons & Co. Il y a un seuil de tolérance, qui une fois franchi réveille les gens, puisqu’ils n’ont même plus le choix de l’individualisme.

  2. Langelot

    « Aujourd’hui, moins que jamais, le libéralisme n’a pas su trouver les moyens d’empêcher l’écrasement des économiquement faibles, l’augmentation du nombre des situations de pauvreté absolue telle qu’on les retrouve partout, jusque dans les pays où le libéralisme demeure plus que jamais triomphant, les pays les plus riches de la planète, comme la France ou les États-Unis. »

    C’est juste énorme!

    1. Aristarque

      Ce biais résulte peut être du fait que les articles de cette encyclopédies ne résultent pas tous de rédacteurs maison mais aussi de contributeurs extérieurs pigistes. Dans ce cas, l’ utilisation de profs d’ économie parait logique mais quid du résultat? Il n’y a pas de relecture des articles soumis avant publication . Cela est probable au vu des énormités de ces quelques articles… Et la maison Larousse a du souci à se faire si le reste de cette encyclopédie est aussi…. disons, approximatif. 🙁

    2. Peste et coryza

      Il faut bosser des bacheliers pour écrire ce genre de trucs ?
      Les phrases sont lourdes, et ne répondent même pas à la question posée.

      Rien que « capitalisme réel » est priceless. Apparemment, « oligarchique » leur arrache la langue.

          1. Morovaille

            Lol, la référence !! Mais sous le gag est quelque chose de très vrai : dans les jeux vidéo, on a souvent une économie de marché réellement libérale, et qui fonctionne !

  3. BenOui

    H16 prit en flagrant délire de numérisation comique à des fins de sauvegarde du bêtisier socialiste devenu La rouste par nature des idéaux.

    Tout est permis, sauf d’en pleurer.

    Un dico qui sème à tout vent récolte la tempête.

    1. gameover

      LM faudrait lire et on le dit assez ici.

      C’est le sursis a statuer qui a ete repoussé, sursis demandé par Google en attente d’une decision europeenne sur d’autres dossiers.

      Google a aussi ete débouté sur le fait que ce service serait commercialisé par Google Inc. et non Google France.

      Pour le reste qui nous occupe ici (la position dominante) la cour n’a pas statué mais attend l’avis de l’autorité de la concurrence.

      « Pourtant, contrairement au jugement de 1er instance, la Cour d’Appel n’a pas estimé qu’était établi et démontré en l’état le fait que la position dominante dans la recherche en ligne engendrait de fait une position également dominante sur les marchés connexes que sont ceux de la publicité et de la cartographie en ligne, et que donc était constitué l’abus de prédation. »

      http://www.zdnet.fr/actualites/tracas-en-perspective-pour-google-maps-39795753.htm

  4. Pic epeiche

    Dans un  » Larousse  » du début du siecle ( ? ?) En noir et blanc , on y decrit les positions de la savate , ou boxe française . L’URSS est complétement absente , les pays étant à peu près ce qu’ils sont aujourd’hui . Ceci pour dire que le Larousse ne reflète que la mode de son temps . A vous ( à nous) de faire mentir le  » pignouf » de rédacteur

  5. hussardbleu

    Je possède le Larousse Encyclopédique en 6 volumes, publié dans le début des années 50… j’ai souvenir d’y avoir trouvé, à l’entrée :

    « George MANDEL (de son véritable nom Jéroboam Rothschild) »… je viens de vérifier sur cette édition Internet… cette mention a disparu, curieusement, au profit de l’exaltation de son rôle d’antifa…

  6. Nyamba

    Une fois n’est pas coutume, j’ai un reproche à vous faire sur ce billet, M. Hash : le premier implied facepalm n’est pas assez gros…

    Si j’ai bien compris le principe des encyclopédies contemporaines (fRaônçaises), c’est que l’objectivité et l’exactitude des références sont en option ?
    Ou alors, un soupçon ignoble m’envahit : Wikibéral, c’est en fait un wiki crypto-communiss’? 😐

  7. kloupa

    Certes, le Larousse n’est visiblement plus ce qu’il a été, et son fondateur doit en avoir honte dans sa tombe, mais il ne faut plus s’étonner de rien, quand on apprend que François Hollande a été prof d’économie! Non mais, sans rire???

  8. Laurent

    C’est énorme ça !
    « Ainsi, au premier tiers du xxe s., alors qu’un fait politique et culturel majeur vient de se produire (la fondation de l’U.R.S.S.), la théorie libérale semble battue en brèche par une multitude hétéroclite de faits concrets obligeant les théoriciens libéraux à des révisions déchirantes… »
    Clair que l’éclatant succès de l’URSS a fait bcp de mal aux libéraux.
    GÉ-NIAL ! Stupidement, et sans doute que la présence bienveillante du dico à la maison n’y est pas étrangère, je n’imaginais pas que le Larousse pouvait être aussi subjectif, partisan et démodé.
    Triste et drôle à la fois 🙂

    1. hussardbleu

      Ceci n’est pas sans rappeler le célèbre début de Larousse, au « stupide » XIX° siècle :

      « Bonaparte : général républicain, né en 1769, mort le 18 Brumaire an VIII »

  9. marie

    Une étude pour H16 et les Autres,
    En lisant cet article il s’avère que les promoteurs de Bitmoney naissent à tour de bras :
    It seems the value of almost all cryptocurrencies (and there are several dozen of them) has been growing rapidly over the last week.

    According to coinmarketcap.com, which monitors cryptocurrencies, Litecoin, a similar but more easily created currency, has risen 60 percent in the last 24 hours alone, bringing its market capitalization to $644 million. Another currency called PeerCoin is up 30 percent since Tuesday, now worth more than $75 million.
    Qui peut dire celle (s) qui vampirisera les autres ? comment les comparer ? La période est excitante …..

    1. gameover

      Il est relativement courant en bourse qu’une valeur tire son secteur.
      D’ailleurs c’est quand on voit meme les daubasses commencer a se satelliser qu’il est temps de sortir du trade.

  10. Moggio

    Bah mince… Je prenais plaisir hier à vous complimenter mais, ce soir, j’ai l’impression que votre affirmation sur Keynes est mal renseignée. Bien sûr que Keynes a flirté avec le libéralisme et plus que cela, notamment pendant quelques années avec le Parti libéral anglais. Il a dénoncé l’inflation, se méfiait des hausses salariales et de l’excès d’interventionnisme public. Ses travaux économiques (quelle que soit la valeur qu’on leur accorde) visaient avant tout à sauver le capitalisme, et pas le « crony capitalism », par une dose d’interventionnisme limitée et temporaire. Pour lui, le budget de l’État ne devait être en déficit qu’exceptionnellement et temporairement ; sinon il devait être équilibré voire en surplus. Et le niveau d’endettement public que la France connaît aujourd’hui le ferait hurler. À ce sujet, David Boaz rappelait il y a un peu plus de deux ans Keynes aurait suggéré que 25 % du PIB était la « proportion maximale tolérable » que les pouvoirs publics devraient prendre (on trouve cette information dans une note de bas de page d’un bouquin que je n’ai pas le temps de chercheur ; voir aussi http://www.atlantico.fr/decryptage/trois-decennies-deficit-comment-social-democratie-europeenne-trahi-john-maynard-keynes-acrithene-578506.html ). Il ne faut pas confondre, bien sûr, économie keynésienne et économie de gauche, et même un Thomas Piketty a pu écrire que Keynes n’a jamais préconisé d’augmenter les salaires pour relancer la consommation, qu’augmenter le coût du travail était la bonne façon de faire face à une situation de chômage de masse. Et l’économiste de centre-gauche Robert Solow a encore écrit en 2011 : « It is a vulgar error to characterize Keynes as an advocate of « big government » and a chronic budget deficit. His goal was to stabilize the private economy at a generally prosperous level of activity. » En tout cas, le Keynes d’au moins les années 1920 était un libéral et un snob aristocratique intellectuel. En tout cas (bis), la première partie de son « court point de vue sur la Russie » de 1925 publié dans la partie IV des Essays in Persuasion de 1931 est particulièrement critique sur le « léninisme », la Russie soviétique, la « foi communiste » et Le Capital de Karl Marx. Un passage est resté célèbre (ma traduction) : « […] Pour moi, élevé dans un air libre non assombri par les horreurs de la religion et avec rien pour en avoir peur, la Russie rouge porte trop de choses qui sont détestables. Le confort et les habitudes nous laissent être prêts à renoncer, mais je ne suis pas prêt pour un credo qui ne se préoccupe pas de combien il détruit la liberté et la sécurité de la vie de tous les jours, qui utilise délibérément les armes de la persécution, de la destruction et du conflit international. Comment puis-je admirer une politique qui trouve une expression caractéristique à dépenser des millions à suborner des espions dans chaque groupe et famille à la maison, et de fomenter la discorde à l’étranger ? […] Comment puis-je accepter une doctrine qui exalte comme une bible au-dessus et au-delà de toute critique, un manuel d’économie désuet dont je sais qu’il est non seulement scientifiquement erroné mais sans intérêt ou application pour le monde moderne ? Comment puis-je adopter un credo qui, préférant la vase au poisson, exalte le prolétariat grossier au-dessus du bourgeois et de l’intelligentsia qui, en dépit de leurs défauts, sont la qualité dans la vie et portent sûrement les germes de tout progrès humain. Même si nous avons besoin d’une religion, comment pouvons-nous la trouver dans les ordures troubles des librairies rouges ? Il est difficile pour un fils intelligent, honnête et éduqué de l’Europe occidentale de trouver ses idéaux ici, à moins qu’il ait d’abord subi un certain processus étrange et affreux de conversion qui a changé toutes ses valeurs. […] »

    Si je me trompe, dites-moi.

    1. Moggio

      Et vous n’êtes pas sans savoir que Keynes associa à la Route de la servitude de Hayek, l’apprécia et y répondit. D’après reason.com, il aurait dit du livre : « À mon avis, c’est un grand livre. […] Moralement et philosophiquement, je me trouve en accord avec virtuellement tout le livre entier : et non seulement en accord avec lui, mais en accord profondément avancé. »

    2. Ce qui me choquait dans la phrase du Larousse était surtout le « Aucun penseur depuis Keynes n’a tenté de proposer une nouvelle définition du libéralisme » … Aucun ? ORly ?

      Mon souci est que si l’on se réfère à Keynes à l’aune de ce qu’on sait maintenant, dire qu’il était libéral revient à faire endosser aux libéraux toutes les conneries étatistes qui furent faites en son nom. Il pouvait bien, lui, se prétendre libéral, il a été dans les faits assez tiède sur la question. Or, et c’est mon propos, dans le cadre de cet article encyclopédique particulièrement biaisé, l’accolement Keynes et libéral est tout sauf neutre.

      1. eheime

        @ Moggio
        Merci pour cette précision.
        Je partage votre avis sur Keynes qui est majoritairement mal compris, tous bords confondus, et vous l’expliquez bien.

        Keynes se proposait d’accelerer la remise de l’economie libérale sur les rails en cas de crises terribles, il ne proposait pas un nouveau systeme économique, contrairement à ce que lui ont fait dire les socialistes.

  11. Vladimir Vodarevski

    Waou! Le début de l’article sur Hayek est énorme! Plus encore, et de loin, que l’article sur le libéralisme. Le scandale, c’est que ça ne fasse pas scandale! Même les adversaires d’Hayek, s’ils étaient honnêtes, devraient condamner ce genre d’article.

  12. Hartman

    Je vous invite a consulter la definition donnee par le site du « tresor de la langue francaise », un dictionnaire qui ne pretends qu’a la qualite de la langue. ( atilf.atilf.fr )

    Au moins, les entrees neo et ultra sont clairement separees

  13. Will

    Ma seule référence : le TLFi (Trésor de la Langue Française informatisé). Présentation web délicieusement surannée, mais impérial sur le fond !

    Je vous copie un extrait (pour le sens qui nous occupe ici) :
    2. [Sur le plan pol. ou socio-écon.]
    a) Attitude ou doctrine favorable à l’extension des libertés et en particulier à celle de la liberté politique et de la liberté de pensée.
    (…)
    En partic. Ensemble des doctrines politiques fondées sur la garantie des droits individuels contre l’autorité arbitraire d’un gouvernement (en particulier par la séparation des pouvoirs) ou contre la pression des groupes particuliers (monopoles économiques, partis, syndicats).

    Beaucoup plus rigoureux, n’est ce pas ? (et c’est juste un extrait)

    http://atilf.atilf.fr/

  14. emilie

    Voici la définition du Nouveau Larousse Illustré, Tome V (fin XIXº) :
    Libéralisme : Le sens du mot fut d’abord très exact. Le libéral était celui qui réclamait le progrès par la liberté, s’opposait à l’autorité de la royauté ou de l’Eglise. Après la Restauration, le parti libéral s’était constitué pour assurer le respect des libertés individuelles essentielles. (…) Aujourd’hui, au nom de la liberté, il s’oppose tant au radicalisme anticlérical qu’au socialisme d’Etat, bien que ces partis, à leur tour, prétendent développer seulement les conséquences du libéralisme primitif.
    Je l’avoue honteusement : je ne comprends pas la dernière phrase…

    1. hussardbleu

      C’est assez simple en fait :

      1/ le Libéralisme de l’époque Restauration, c’étaient essentiellement les survivants de l’époque révolutionnaire, recyclés en bonapartistes honteux, en républicains modérés, et en royalistes orléanistes.
      Les Bourbons leur étaient anathèmes, à l’image d’un La Fayette, d’un Laffitte, voire d’un Talleyrand dernière manière.
      La Liberté était leur emblème (voir le tableau des Trois Glorieuses) et ils parvinrent en 1830 à bouter hors de son trône Charles X au profit d’un roi leur convenant parfaitement en la personne de Louis-Philippe

      2/ les Républicains floués firent à leur tour grand usage de la notion de Liberté, confisquée, à leurs yeux, par la famille d’Orléans, et parvinrent à leur tour à chasser Louis Philippe en 1848

      3/ après l’anarchie de la II° République, l’ordre fut rétabli par le sabre assez bienveillant de Napo III, les Républicains restant à cuire leurs petites soupes pendant 20 ans, en rêvant d’une Liberté prenant peu à peu des colorations franchement socialistes, jusqu’à la Commune de 1870/71

      4/ après la chute du Second Empire, c’est une bourgeoisie de gauche qui arriva au pouvoir, et pour fort longtemps, faisant à nouveau grand tapage autour de la Liberté, pour autant qu’elle soit anti-cléricale et franc-maçonne… s’opposant ainsi à la Droite Orléaniste, fort libérale elle, dans un sens assez proche de celui que nous utilisons à l’heure actuelle.

      On voit ainsi que la Liberté, et le Libéralisme, peuvent recevoir des acceptions fort différentes selon les époques, n’est-ce pas…

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