Encore une femme battue…

Tous les jours, de par le monde, des femmes sont battues. Pire : en France, pays des droits de l’Homme, une femme est battue sous nos yeux ébahis. Car à ce rythme, c’est sûr, Ségolène sera battue aux élections…

Alors que la campagne n’en finit plus de commencer et de se ramollir au fur et à mesure que les jours s’égrainent et se ressemblent, la pauvre candidate de la gauche plus du tout plurielle se débat avec une question lancinante, en bruit de fond à ses interventions pourtant bruyantes : tiendra-t-elle jusqu’en avril ?

Et il est vrai que le doute fait jour chez beaucoup de citoyens, beaucoup de journalistes, beaucoup de militants. Avec un programme toujours pas dévoilé mais dont les teasers s’amoncellent de-ci de-là dans les feuilles politiques des journaux, et, dans le même temps, l’absence de prise de position claire par l’égérie du PS sur la plupart des sujets de ce même programme, on en vient à se demander exactement où elle court avant tant d’allant.

Semblant vouloir à tout prix laisser tout le monde se faire sa propre opinion, en utilisant un sourire crispé et des débats qu’elle veut participatifs comme fondation d’une stratégie bien floue, elle se fait surtout connaître pour ses petites et grosses bourdes et ses saillies … étonnifiantes.

Alors que son aura de sauveuse du pays s’effrite franchement, une question semble maintenant remonter à la surface, comme les petites bulles d’une soupe très épaisse qu’on aurait lâchement abandonnée sur un feu trop fort : y aurait-t-il un acharnement anti-Royal, notamment parce que c’est une femme ?

Tout d’abord, une constatation : la question n’est pas posée par la presse (qui lui arrive, parfois, de se poser des questions, spontanément, et de faire preuve d’un peu de recul[1]), mais par la candidate elle-même au travers d’un communiqué de presse.

En outre, la même presse, mise en accusation de la sorte, fera tout pour rétorquer que :
– mais non, regardez Sarko : on n’hésite pas à parler d’affaires avec les renseignements généraux, on mouille un peu le candidat dans des traffics d’influence. Vous voyez, y’ pas que vous.
– mais non, regardez avant que vous soyez candidate officielle : on ne vous entendait pas trop, vous disiez donc moins de bêtises, et il ne pouvait y avoir d’acharnement…
– mais non, regardez les autres candidates à ces élections, comme Lepage ou Buffet : on ne cogne pas autant, et pourtant, ce sont des femmes ! Et c’était vrai dans les élections précédentes !…

(Sur la dernière réponse, on aura beau jeu de remarquer « Oui mais Buffet ou Lepage n’ont aucune chance d’accéder à la présidence », auquel cas on pourrait aussi répliquer « oh, vilain sexiste, vous dîtes cela parce que ce sont des femmes ! »)

Bref. Ce n’est a priori pas du côté de la presse que l’on pourra objectivement trouver des raisons d’abonder dans le sens de Royal. On trouvera toujours un journaliste, la main sur le coeur et le menton en l’air, déclamant « Moi, môssieu, je suis impartial, pas du tout macho et je fais mon métier du mieux que je peux ! ». Ce sera peut-être vrai, il n’en restera pas moins vrai que l’objectivité de la presse est ici … douteuse.

Mais d’un autre côté, force est de constater que le fuel de ces commentaires acides de la presse et de ces petites montées en épingle de bourdes Royales, le carburant même de la poilâde, on le trouve tous les jours sans effort dans les discours même de la candidate. La presse, en se contentant de relater ces discours, fournit en fait un matériel régulier pour alimenter la Machine à Se Foutre De La Tête De La Candidate PS. Que de méchants chroniqueurs les pointent du doigt, finalement, n’est qu’un phénomène relativement normal et prévisible de cette médiocre campagne.

Ainsi, en quelques semaines, la récolte de bons mots, les Royalinades sont nombreuses :
– on pourra évoquer l’utilité, ou l’injustice, du mur séparant Israël des territoires occupés,
– de même que sa rencontre avec des organisations terroristes avait un peu choqué,
– la justice chinoise, jugée rapide
– l’indépendance du Québec, puis de la Corse, (d’ailleurs, que pense-t-elle de la Bretagne, du pays Basque, de la Picardie ?)
– les 35H chez les profs
– le besoin de faire voter une loi qui existe déjà sur la protection des femmes battues
– l’ouverture lexicale à la bravitude extraordinaire inscrite dans la quotidienneté, ou une vision personnelle de l’architecture Sujet-Verbe-Complément.

Bref, point besoin d’être acharné : il suffit de l’écouter parler. Et on retrouve d’ailleurs le même syndrome que lorsque le pauvre dyslexique Georges W. tenta la présidentielle américaine : lui aussi enchaîne les bons mots, les phrasitudes boiteuses, les concepts flous et les erreurs de culture générale. Bizarrement, personne n’a crié, à l’époque, sur le mauvais acharnement qui était fait sur un ex-alcoolique assumé.

Moyennant quoi, on peut maintenant s’offusquer bruyamment de ce quasi-lynchage médiatique :

« Autoritaire ! Imprévisible ! Incontrôlable ! Légère ! De tout temps, c’est ainsi qu’on a dévalorisé les femmes pour les assigner à ne pas sortir de leur condition. Hier, on disait hystérie, inconstance, versatilité, incapacité. Ces stéréotypes sommeillent encore dans notre société ; ce sont eux que Nicolas Sarkozy veut réveiller. Si la cible était atteinte, toutes les femmes en subiraient les dommages collatéraux ».

Certes, mais l’autoritarisme de Ségo est connu, il est même palpable. Les autres arguments valent aussi pour Sarko. Le reproche fait, alors, n’est pas d’utiliser ces termes, mais de l’utiliser à l’encontre d’une femme. En quelque sorte, on bannit ainsi du champ lexical certains termes dès lors qu’il s’agit d’une femme, pour ne pas se voir accusé de sexiste, termes qu’on pourra en revanche employer sans problème contre un homme. Dès lors, on fait du féminisme non plus une défense d’une égalité en droit pour les femmes, mais l’impérieuse nécessité que ces dernières soient mieux traitées que les hommes.

Prenons Hollande : dire qu’il est léger, ou niais, passe bien. En quelque sorte, cela colle admirablement bien au personnage. Montebourg l’avait affublé du sobriquet Flamby, et je ne suis pas le dernier à l’associer joyeusement à toute une panoplie d’entremets froids tous plus fades les uns que les autres.

Le risque, avec ce féminisme outré, c’est qu’associer la candidate aux mêmes adjectifs n’est plus perçu comme une critique du personnage, mais bien du sexe de ce dernier. En gros, parce que c’est une femme, on perd le droit de la traiter de conne, même si des preuves tangibles, compactes et régulières permettent pourtant d’entretenir la certitude qu’il s’agit bien d’une conne.

Pourquoi, dès lors, assiste-t-on d’un côté – j’en conviens – à cette importante mise en exergue d’une brassée de bourdes, et de l’autre à cette réthorique féministe ?

Probablement parce que la candidate Royal n’était pas prête : propulsée et chouchoutée par les média avant et pendant l’investiture, elle s’est retrouvée, en moins de six mois, dans une position privilégiée, en première ligne, là où un Sarko, un Le Pen, un Bayrou, etc… ont mis des années à obtenir la même exposition, très progressivement, sur la distance. En outre, les média, majoritairement pro-Ségolène il y a neuf mois, ont surexposé la candidate, et placé trop d’espoir en elle : dès lors qu’elle ne se montre pas à la hauteur qu’ils imaginaient pour elle, ils la rejettent avec d’autant plus de force qu’aucun autre candidat (et particulièrement à droite) ne trouve grâce à leurs yeux.

Il n’est qu’à voir les yeux langoureux maintenant faits sur le candidat joker de l’extrême-centre pour comprendre la mécanique de la presse : il faut du sensationnel ! Si le programme socialiste ne fait pas l’affaire, on pioche dans les bourdes de leur candidat. Et si les bourdes finissent par user le candidat trop tôt, on dégotte un nouveau cheval. Bayrou est dans les starting-blocks, slurp !

Pendant ce temps, les sondages dépendant des média autant que l’inverse, ils plongent naturellement pour Ségo, et surtout dans la tranche des « jeunes » pour qui, justement, l’opinion dépend majoritairement d’une mode.

Et au vu de ces sondages, la réthorique féministe est logique : elle s’agite surtout parce que les sondages plongent. Il y a fort à parier qu’un Sarko, sentant le vent tourner, aurait eu des réactions similaires, en jouant sur un autre instrument la même partition bien rôdée. Ne pouvant appeler au sexisme anti-homme, il aurait probablement déterré de sales affaires mouillant le PS ou leurs candidats. Mais le principe aurait été le même.

Alors, tiendra-t-elle, tiendra-t-elle pas ?

En fait, moi, la question que me taraude vraiment, c’est : « Quel score va faire Le Pen au deuxième tour ? ».

Surprise !

Notes

[1] C’est rare, j’en conviens

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Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires5

  1. DoM P

    A la dernière question, je dirais 20%, peut-être 22%
    Je table sur un 2ème tour Sarko – Lepen
    Je vois bien Bayrou effectivement 3ème homme. Quant à Royal, je pouffe déjà en l’imaginant en 4ème position.

  2. NightEye

    Quelle hypocrisie en effet.

    Les féministes hurlent quand les médias et eux seuls critiquent la Dinde – Sarko ne dit pas un mot sur la candidate du PS – mais personne étonnement, et surtout pas le MRAP ou SOS Racisme ne s’offusque que le PS qualifie officiellement Sarko de "néo-conservateur américain à passeport français" !

    Et pourquoi pas "sale métèque" pendant qu’on y est ?

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