Pschiittt

Alors que l’horizon avance sur les législatives qui s’annoncent à peine plus sportives que la présidentielle, tout, dans l’attitude du nouveau président et de sa dream-team au pouvoir s’inscrit dans la fixation d’objectifs ultra-mous et en super-pas-rupture, ou, pire encore, dans l’amnésie pratique des résolutions de campagnes qui avaient pourtant encore droit de cité il y a quelques semaines…

Le Sarkozy est un fin politique : on n’arrive pas là où il est sans faire un minimum de jogging d’efforts et sans déployer toute une panoplie de roueries stratégies habiles.

Cependant, celle qui consiste à ménager, comme lui et son équipe le font avec des pincettes nanométriques, la chèvre et le chou électoral avant les élections législatives tend à montrer que le courage qui semblait les caractériser début mai s’évanouit progressivement avec l’arrivée du mois de juin. Il faut se rendre à l’évidence : si Chirac avait inventé l’affaire qui fait pschiitt, Sarkozy nous aura démontré possible le gouvernement qui en fait autant.

Il est de notoriété publique que demander à un mâle de retenir des choses importantes juste après un orgasme relève de l’exploit ; peu arrivent en effet à concentrer suffisamment d’énergie pour former un semblant de mémoire qui perdurera. Avec les élections, la similitude est frappante. Ainsi, la réduction du déficit public semble d’ores et déjà appartenir à un passé brumeux où, dans les vapeurs hormonales d’une victoire fumante, on promet un peu tout et n’importe quoi sans trop réfléchir histoire de pouvoir s’endormir rapidement sur des lauriers envoûtants.

Et ça va même plus loin. Enquiquiné d’avoir à admettre une véritable débandade sur le sujet, nos épuisés de la campagne se perdent en excuses et tortillages de sens qu’on croirait typiques d’un mauvais film sentimental qui vire à l’aigre : la baisse des déficits est modifiée en ralentissement de la baisse, pour finalement arriver à la conclusion typiquement couillemolisée que finalement, ces déficits, c’est plutôt pas mal puisque ce sont … des investissements. Vraiment, la rhétorique au service des gros mâles qui s’endorment, ça a quelque chose de fascinant, non ?

On pourrait se dire qu’avec ces premiers bruits pitoyables de dégonflement le petit bateau pneumatique de la République ne tiendra pas le coup et qu’il faudrait donc, en toute bonne logique, s’arrêter là. Après tout, taillader la barcasse alors qu’on atteint la pleine mer, c’est un peu suicidaire.

Eh bien non ! Pendant que les matelots s’emploient à regonfler péniblement un petit boudin du canot, le capitaine décide, dans son coin, de faire de la musique en faisant chanter les valves qui ouvrent grand l’autre partie du frêle esquif : là où il devait y avoir une remise à plat des services publics pour assurer – enfin ! – un service minimum, le président s’est décidé à avancer avec tellement de tact et de doigté qu’on ne peut que constater une reculade franche ; il faut s’y résoudre, dans ce pays, si les syndicats sont heureux, c’est que l’immobilisme est de rigueur ou que la collectivisation de la société continue au petit trot.

Mais le pompon, ce sont bien les efforts discrets mais réitérés du translucide ministre de l’Education pour détricoter rapidement les pâles mesures pourtant dans le bon sens de son Robien de prédécesseur. Agitant l’écran de fumée habile de la carte scolaire, dont la suppression doit être l’Arlésienne des gouvernements un peu soucieux de leur image depuis 30 ans, le nouveau ministre au passé hyalin occupe ainsi la scène médiatique et les esprits tout en abrogeant progressivement tout ce qu’il peut en coulisse. La méthode syllabique, destinée à revenir et remplacer définitivement la méthode (semi-)globale, catastrophe dyslexisante de toute une génération d’élèves en insécurité orthographique, sera finalement oubliée au profit des expériences éducatives tentées depuis les trente dernières années avec le succès que l’on peut constater.

Il semble évident que de telles compromissions, de tels aménagements, à l’approche des élections, ne peuvent que faire penser à des manoeuvres politiques pour convaincre un maximum d’électeurs que les maîtres-mots de Sarkozy, « dialogue » et « concertation », ne soient pas vains. Cependant, on peut noter aussi que cette méthode, celle d’un dialogue ou d’une concertation, aura été tentée à de si nombreuses reprises depuis les années 70 ou 80 qu’elle n’est plus, en elle-même, une méthode, mais bien une habitude, qui s’est véritablement mue en rite rôdé dans lequel, dans un premier temps, le gouvernement montre ses bras, dans un second temps, les syndicats montrent les leurs, et dans un troisième, tout le monde rentre chez lui en attendant la prochaine législature.

Sarkozy n’a que jusqu’à Septembre pour arrêter de dégonfler son rafiot et pour le regonfler à la force de ses petits poumons de joggeur fou. Après, il sera définitivement trop tard. Je ne suis pas optimiste.

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Commentaires4

  1. Galahad

    Woerth n’a pas dit que les déficits, c’était de l’investissement, mais que les baisses d’impôt en étaient, ce qui peut se défendre. De plus, je ne crois pas qu’on puisse dire que la baisse du déficit est "oubliée", car je ne me souviens que le candidat aujourd’hui président l’ait inscrite dans ses priorités.

    Que ce gouvernement s’en tienne, en matière de déficit et de dépenses publiques, à ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux sortant, et ce sera déjà pas si mal.

  2. Moui et non. Concrêtement, un ralentissement de la baisse du déficit revient à dire que 1/ le déficit continue d’être présent (ce qui accroît la dette, quoiqu’on en dise) et que 2/ on ne diminue pas le déficit comme prévu. Ceci dit, vous avez raison, mon texte est trompeur en ce qu’il fait un raccourci : ce sont bien les baisses d’impôts qui sont vues comme des investissements ; sur le plan économique, rien que ça peut prêter à rire ;)

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