Le Crumble Solidaire

Ce week-end, ce ne fut pas Crêpes au Sucre, mais Crumble Aux Pommes. C’est très bon le crumble ! Et, pâtisserie faisant, on se laisse aller de pensées en ratiocinations, par exemple sur l’importance de la solidarité dans une société où l’appartenance au groupe est faible. Ne cherchez pas de lien : il n’y en a pas. C’est, après tout, l’essence même de la Réflexion Décousue et Crumble Aux Pommes : c’est décousu.

Je ne sais pas si le Crumble aux Pommes est parvenu jusqu’à la tribu des Thonga, en Afrique Australe, mais cette tribu, à défaut de nous enseigner les secrets subtils de la cuisson justement dosée des pâtisseries de fin de week-end, nous apprend quelque éléments intéressants de psychologie. Ou disons plus justement que les anthropologues Whiting, Kluckhohn et Anthony nous relaient les conclusions qu’ils ont pu tirer de l’étude de cette tribu.

Dans cette tribu, quand les garçons atteignent entre dix et seize ans, on leur fait subir une initiation assez rude qui, une fois terminée, leur permettra d’être accueillis pleinement en tant qu’hommes dans le groupe. L’initiation comporte des épreuves très difficiles, comme le froid, la faim, la soif, les coups, qui laissent une empreinte durable dans l’esprit de l’initié. Mais ce que les anthropologues ont remarqué, c’est que ces rites sont étrangement semblables aux bizutages qu’on retrouve dans certaines écoles, aux épreuves plus ou moins difficiles que les membres de certaines sociétés ont à subir pour en faire pleinement partie.

Chose étonnante supplémentaire : dans tous les cas, on observe ces pratiques alors que les membres sont plutôt équilibrés, bien intégrés dans la société… La similarité est telle, finalement, entre les rites initiatiques des tribus d’Afrique Australe et les « conventions d’admission » chez certains groupes occidentaux que ces anthropologues se sont demandé ce qui en motivait l’existence.

Ce sont deux psychologues, Aronson et Mills, qui apportent une réponse fort intéressante : d’après eux, « des individus qui traversent des épreuves douloureuses pour arriver à quelque chose ont tendance à lui attribuer plus de valeur que les individus qui ont atteint le même but avec un effort minimal ». En clair, l’engagement dans un groupe, dans une société, est proportionnel aux efforts consentis pour en faire partie. Plus fort, même : la solidarité déployée entre les membres d’une même société est elle aussi proportionnelle à cet engagement ressenti, lui même directement fonction des difficultés déployées pour en faire partie.

Là, j’enfourne mon Crumble, plein d’espoir ; l’ensemble a belle allure et j’espère en obtenir un bon goûter après une cuisson savamment minutée. Et, repensant aux deux psychologues, la tribu Thonga, et les trois anthropologues, je laisse vagabonder mes pensées : si l’implication et la solidarité des membres entre eux est forte pour une société dans laquelle il est difficile d’entrer, ou, disons, pour laquelle il faut consentir à des efforts, on doit observer aussi que la solidarité des gens dans un groupe donné est d’autant plus faible que les efforts consentis pour y entrer sont faibles.

Et là, je m’interroge : la disparition de la charité en France au profit d’une solidarité obligatoire, stato-régulée et totalement artificielle ne serait-elle, finalement, que le résultat de la diminution drastique des efforts consentis pour faire partie de la société ? Dans ce cas, quels auraient été ces efforts ?

C’est là que je lance une hypothèse. N’étant qu’un simple observateur de mon temps et certainement pas un grand psychologue bardé d’un background correspondant et d’un petit voyage en Afrique Australe, je serai très prudent (et puis, il faut que je garde un oeil sur mon Crumble, ce serait dommage de le louper pour d’aussi fades raisons).

Mon hypothèse est que l’effort le plus visible qu’un individu puisse faire pour appartenir à la société, c’est celui du travail qu’il fournira dans le cadre d’une relation qui lui permettra d’en vivre, typiquement en touchant un salaire ou, au moins, une juste rétribution des efforts concédés. Et mon hypothèse est que, sur les trente dernières années, l’effort de la population française en matière de travail n’aura cessé de diminuer : de moins en moins de personnes fournissent effectivement un effort ; on observe d’ailleurs fort bien cette tendance dans l’augmentation régulière, massive et impressionnante de la productivité française sur la période en question. Bien qu’avec un chômage galopant, un nombre de retraité en hausse, des jeunes qui entrent sur le marché du travail de plus en plus tard, notre productivité n’a pas cessé d’augmenter ; le nombre de travailleur, de fait, n’a cessé de diminuer.

Le travail apparaît alors non comme un moyen pour « gagner plus » (slogan idiot au demeurant) mais bien comme une raison pour se sentir inséré, et, partant, solidaire, au premier sens du terme, c’est-à-dire capable d’empathie pour ses semblables, pour ceux qui font aussi des efforts.

A ce point de mon hypothèse, on pourra me faire remarquer que je rejoins l’analyse de certain président anxiogène qui voit dans l’effondrement de la « valeur travail » un des maux de la société actuelle, une cause des problèmes français. En réalité, à la différence claire de ce dernier, je pense que cet effondrement n’est pas la cause des problèmes français, mais une résultante des actions néfastes des gens de l’état (dont le président en question fait naturellement partie).

Ainsi, l’ensemble des actions qui a artificiellement abaissé le niveau d’effort des individus pour leur propre subsistance a diminué la valeur attachée à la vie en société, la valeur accordée au travail ; on retrouve en premier lieu l’idée catastrophique que ce n’est pas à l’individu de faire des efforts pour être accueilli au sein de la société, mais bien à la société de faire des efforts pour accueillir l’individu, qui, lui, en a d’autant moins à fournir…

Et dès que c’est à la société, à la collectivité de faire des efforts, on retrouve tous les paradigmes socialistes déresponsabilisants qui débouchent au nivèlement par le bas, à la recherche de l’excuse avant celle de la solution, au placement obligatoire de tous au service des intérêts particuliers de quelques uns.

Dans une certaine mesure, j’en suis donc arrivé à me demander si l’ensevelissement du citoyen dans les aides, subventions et parachutes sociaux, et leurs pendants de ponctions, taxes, cotisations et impôts n’ont pas directement entraîné l’avilissement du mot « solidarité » au point de le galvauder complètement, et créé le sentiment diffus et de plus en plus fort que la société se délitait progressivement, précisément parce que rendant le niveau d’effort pour en faire partie de plus en plus faible …

La cuisine sent bon ; une odeur de canelle a parfumé l’atmosphère et promet un dessert délicieux. Le crumble a pris une bonne bille légèrement dorée sur le dessus. Il est prêt. Miam.

Bon appétit !

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Commentaires3

  1. gnarf

    Eh oui, le socialisme entraine la degenerescence de l’individu.

    Le mouvement Polonais anti-communiste s’appelle "solidarite" alors que le systeme communiste est bien celui qui se revendiquait le plus de la solidarite?
    C’est bien pour opposer solidarite vraie d’individus libres (d’etre solidaires ou non) contre la solidarite d’Etat, de classe, proclamee par tracts et decrets.

    ps: depuis hier, y’a plus un seul depute extremiste au parlement Polonais, pays selon nos medias le plus xenophobe, arriere, homophobe, retrograde, conservateur, antidemocrate, inquietant pour l’UE. Se serait-on foutus de notre gueule toutes ces annees?

  2. chris

    Oh la la, H16, votre recette est bien trop compliquée. Vous vous perdez dans les méandres de "Kitchen TV" ici…

    Voici, ma recette, qui a le mérite de la simplicité : il n’y a plus de lien, de sentiment d’appartenance au groupe, de solidarité vraie, parce que :
    -cela n’en vaut plus la peine
    -on ne se reconnait plus dans la "communauté" France.

    Personne ne nous a demandé si nous étions d’accord pour ouvrir les frontières de notre pays par exemple, et ainsi redessiner la France et son visage, sa culture et son histoire.

    En bref, personnellement, je déteste mon voisin, ma voisine (au sens large). Je les trouve laids, veules, petits, dérisoires. Je ne veux surtout plus appartenir a ce groupe là.

    Je hais mon ex-pays. Et lui souhaite tout le mal qu’il mérite.

    Voilà. Ah ca va mieux en le disant.

    Et vous le voyez, c’est bcp plus simple que vos circonvolutions psycho-socio dominicales avec des morceaux de tribus africaines dedans (et de crumbles).
    ;-)

  3. pod

    Et bien chris, quelle synthèse !
    A laquelle je souscris.
    Il est clair que la notion de nation "SOLIDAIRE" est ici-bas totalement usurpée, inexistante, hors sujet en définitive; il est totalement outrageux ne serait-ce que d’y penser lorsqu’on constate le poids des corporatismes et leur sinistralité sur le devenir de ce pays. Une vraie solidarité consisterait déjà à faire en sorte que les 50% qui tentent de tirer le pays en avant arrivent à éduquer durablement les 50 autres % englués dans le tout-sponsoring étatique (les grèves de nos amis les Nantis de l’Etat sont-elles autre chose quand ils contrent les efforts de ceux qui veulent bosser ?). Voilà pour les grands ensembles.

    Si la solidarité existe, ce ne peut être qu’à un niveau local, au niveau de l’individu, à échelle d’un quartier tout au mieux. D’où la difficulté de croire en un schéma de "solidarité" étatisé à tous les étages… du vent, du flan, du bavardage à énarque. Si la solidarité s’appuie sur la valeur collective, elle ne peut prendre son origine que dans l’initiative individuelle. Voilà également pourquoi il faut des leaders. Lorsque la solidarité se teinte d’Etat, elle devient déresponsabilisation, sponsoring, sérail, source de conflit et de "fracture sociale", pour reprendre les termes de nos chers édiles.

    "Après nous le déluge", voilà la vraie nature du crumble décrit plus haut. Personnellement, je le crois hautement indigeste (qui plus est : bien trop de fruits… rouges…).

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