Fraude organisée, socialisation des pertes, dérives collectivistes

L’imagination humaine est sans bornes. Couplée aux principes de base de la catallaxie, le résultat est parfois plus que surprenant. Quand, de surcroît, l’innovation suscitée utilise les mécanismes d’assurance et de répartition de risque dans le cadre d’un marché entre personnes libres pour circonvenir les problèmes liés à un monopole public géré n’importe comment, on ne peut que goûter à l’ironie de la situation, surtout lorsqu’elle est située dans un pays où le collectivisme galope dans les esprits.

Oui, on peut le dire, tout ceci semble confus : de quoi parle-t-il ?

Je suis tombé, assez stupéfait, sur un article du Parisien détaillant l’existence de « mutuelles » officieuses destinées à rembourser les amendes de leurs membres dans les transports en commun.

Le principe, parfaitement illégal, est simplissime : un groupe de personnes paye, régulièrement – mensuellement ici – une somme forfaitaire faible (5 ou 7 euros, semble-t-il)  destinée à alimenter un pot commun. Chacun des participants peut alors, pendant le mois, frauder sans vergogne en voyageant sans ticket. Lorsqu’il se fait prendre, la « mutuelle » utilise le fonds commun pour rembourser l’amende.

L’existence de ces « mutuelles » démontre à l’envi que le marché (d’une assurance, ici) répond très bien à un problème : le coût des transports jugé inabordable par certains, et l’opportunité que constitue la faible fréquence des contrôles, ainsi que la modestie des amendes encourues.

Mais elle apporte surtout un éclairage particulier sur les dérives observées dans les transports en commun : nos zouaves fraudeurs profitent clairement de l’état avancé de déliquescence tant de la société en général que de l’Etat en particulier :

  • De la société, puisque la réprobation d’une telle conduite est plus que légère (il suffit de lire l’article pour s’en convaincre).
  • De l’Etat, quand on pense que tout ce système n’est rendu possible que parce que les sanctions pour fraudes sont très légères et la probabilité de se faire coincer plus que faible.

Le lecteur régulier connaît ma position sur les transports en commun : je n’en suis pas vraiment fan. Constatant en effet que plus l’Etat y met les doigts, plus leur organisation se pourrit, ces mutuelles de la fraude sont pour moi un nouvel avatar gluant et rigolo de la gestion calamiteuse des transports collectivisés.

Gluants, parce qu’il s’agit de fraude et que ces personnes se comportent en bons socialistes : ayant pris exemple sur l’Etat qui, surtout ces dernières années, n’arrête pas de collectiviser les pertes et de socialiser les dettes, les déficits et les trous, aux profits d’une petite caste, nos joyeux fraudeurs ont appliqué les recettes efficaces du Capitalisme Étatique à leur propre compte.

Les pertes d’exploitation représentées par l’absence de paiement de leurs tickets seront donc supportées par tous les autres passagers et surtout, tous les contribuables – même ceux qui ne prennent pas les transports en commun. Nos fraudeurs, par le truchement de ces habiles mutuelles, ont donc reporté la charge de leurs méfaits sur le reste de la société.

Le plus joli est l’excuse fournie : non contents de coûter aux autres, ils voudraient qu’à défaut d’officialiser leur démarche, on rende les transports gratuits : « Parce qu’au même titre que l’école, la santé nous affirmons que les transports en commun devraient être accessibles à toutes et tous sans distinction, donc gratuits. » En face, il n’y aurait plus alors que les contribuables, dindons multi-fourrés d’une farce qui s’étale maintenant depuis des décennies, puisque, rappelons-le, ce qui est gratuit en novlangue est ce qui est payé par tout le monde dans le patois local des gens de bon sens.

Gros vilain fraudeur

Rigolo, parce que ce faisant, ils utilisent tous les arguments socialo-centrés, solidaires, festifs, citoyens, plein de vivrensemble et de fraude bonne enfant consistant à taper avec le sourire dans le portefeuille du voisin.

Ils appliquent, sans vergogne et la bouche en cœur tous les procédés de « résistance citoyenne » et d’activisme politique que, justement, les socialistes et collectivistes de tous crins s’emploient régulièrement à vouloir mettre en place pour les solutions écolos, l’implication de la société à s’ouvrir au partage youpi youpi et autres fadaises éco-partageuse avec des bisous et de la solidarité gentille.

Autrement dit, ces mutuelles de la fraude constituent un exemple parfait de l’aboutissement auquel on peut s’attendre dans une société remplie de petits bobos effervescents, citoyens engagés dans le pillage guilleret et désinvolte des ressources publiques, comme une Tragédie des Communs poussée à son paroxysme, tout en cynisme et hypocrisie.

Parfaitement au courant de faire quelque chose d’illégal et de le favoriser, ils surfent habilement sur la résignation des pouvoirs publics qui adoubent presque la démarche !

Pensez-donc, même les syndicalistes – normalement sensé protéger leur entreprise qui, rappelons-le, nourrit les syndiqués qu’ils représentent – trouvent la démarche intéressante ! Ainsi, Philippe Touzet, délégué général SUD-RATP, déclare calmement :

« Ces pratiques peuvent être intéressantes pour provoquer le débat sur la gratuité, mais elles fragilisent le système. Parce qu’au bout de la chaîne, ne pas payer son ticket, cela veut dire moins de bus, alors qu’on est déjà en sous-capacité de transports.»

Bah oui : il faut plus de moyens (évidemment) et des transports gratuits payés par tout le monde, mais frauder fragilise le système, mais c’est une pratique intéressante et repassez-moi un peu de subventions par ici je vous prie.

Comme je le disais, le pathétique se dispute à l’amusant.

Pour ma part, mon opinion est faite : c’est à ce genre de petits signes, qui consacrent dans la plus parfaite indifférence voire l’enthousiasme des foules, des comportements normalement punissables, qu’on mesure le stade d’avachissement d’une société.

Ma conclusion est sèche, mais s’étaye tous les jours un peu plus avec ce genre de faits :

Ce pays est foutu.

J'accepte les BCH !

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Commentaires26

  1. Higgins

    Je suis comme toi assez réticent sur les « services publics » de transport en commun et, hormis à Paris, je ne les utilisent jamais (à l’exception de la Soviétie nationale des chemins de fer, quand son personnel a dépose un préavis de travail, pour me rendre dans la capitale). Partant généralement d’une intention plus que louable, la chose tourne rapidement à la farce. Elle serait drôle si le moutoncontribuable n’était pas tondu en permanence pour boucher les trous.
    Dans ma belle ville, dont le socle sociologique est constitué par des hordes de fonctionnaires (et que les entreprises fuient), il est plaisant d’observer l’organisation mise en place. Pour justifier de son importance, les arrêts (en centre ville) sont seulement espacés en moyenne de 200 mètres (les bus s’arrêtent donc toutes les minutes. Il y en a même, de la même ligne, qui s’arrêtent devant et derrière la mairie!). Quant aux tarifs proposés, leur pertinence et leur réalité économique est un cas d’étude pour les sciences du même nom entre les exemptions et les tarifs préférentiels. Ça n’empêche pas la municipalité de vouloir bouter, sous la pression des khmers verts locaux), l’immonde voiture du centre historique (longueur max 1,5 Km, largeur max 1 Km). C’est curieux, les commerces semblent également suivre et la ville dépérit doucement. Un lien?

  2. Lib

    Sujet passionnant.

    Je trouve au contraire que cela donne des raisons d’être optimiste. En effet, c’est une illustration supplémentaire du fait que les gens ne sont pas intrinsèquement bons ou mauvais; ils réagissent aux incitations.

    Comme vous le dites en début de billet, l’unique raison pour laquelle ce genre de mutuelle existe, c’est que l’action de frauder est rentable.

    Ce constat porte donc la solution au problème qu’il expose : augmenter la fréquence des contrôles et la sévérité des punitions.

    1. Ah mais je suis tout à fait de cet avis : ils appliquent cyniquement les principes de marché et de mutuelles capitalistes en utilisant les vices des transports collectivisés. C’est très malin et ça veut dire que ces gens là se débrouilleraient probablement pas mal dans une économie vraiment libre. Ça n’en reste pas moins parfaitement illégal.

      1. lucotte

        Le fait de s’entendre pour payer des dettes constitue-t-il une illégalité en droit français ? Je demande à lire l’article du Code.

        Je ne vois pas où est le mal. Tant qu’on n’a pas reçu d’amende, juridiquement, on n’est pas un tricheur, et si ça ne pose pas de problème moral au (futur) contrevenant, je ne vois pas où est le problème.

        Je ne félicite pas ces braves gens mais je leur dis qu’il peuvent continuer, si ça leur chante.

        Si l’Etat veut diminuer ces pratiques, il n’a qu’à augmenter les contrôles et/ou les amendes. Ou mieux, privatiser, alors ça rigolera moins.

        1. Mr T

          C’est illégal en droit à mon avis par l’objet qui lie implicitement ces personnes : frauder dans les transports en commun.

        2. ValLeNain

          Et bien si ce n’est pas illégal au niveau législatif, ça l’est au moins moralement, puisque le but de la manœuvre étant quand même de ne jamais payer son ticket et de se contenter de payer les amendes quand elles tombent (utilisant les transports en commun à Lyon depuis Septembre, je n’ai été contrôlé qu’une fois) alors c’est vrai que c’est la faute de la société qui gère les Transports en Commun, mais c’est profiter égoïstement d’un dysfonctionnement du système, ce n’est pas sain voilà tout… Et ça devrait être illégal du point de vue de la loi si ça ne l’est pas encore !

        3. Flo

          C’est illégal car ça fonctionne sur le principe de l’assurance. Or vous ne pouvez pas vous assurer pour être éventuellement indemnisé contre un délit que vous commettriez intentionnellement.
          Par exemple vous ne pouvez pas vous assurer pour pouvoir commettre des excès de vitesse.

  3. ValLeNain

    C’est la triste histoire de la France, les gens se moquent éperdument d’escroquer leur voisin mais s’offusquent dès qu’ils en sont les victimes. Ce qu’il manque, c’est cette union, cette sorte de prise de conscience que dans un pays comme le nôtre, il faut respecter ses concitoyens et suivre ses obligations morales mais pour ceci, il faudrait être fier d’être français (ou en tout cas se revendiquer français, c-a-d revendiquer d’appartenir à un système où l’on apporte notre contribution honnête en échange d’une « aide » de ce système), et c’est à mon avis là qu’est le problème…

      1. Winston the only (other) one

        dans un pays où on nous englue à longueur de temps avec de la solidarité et du vivrensemble, ces deux « choses » sont en fait totalement absentes.

  4. Tremendo

    Pas d’accord du tout, je ne vois pas le problème du principe de payer une mutuelle pour ça. On paie tous une mutuelle pour limiter les risques en cas de besoin, si les amendes sont peu prohibitives alors il faut les augmenter et cela reviendra trop cher de payer la mutuelle en question et plus rentable de payer le ticket.

    1. Mr T

      C’est un peu ce qui est dit dans l’article il me semble. Après voir un problème ou non dans le statu-quo et le comportement de ces gens, je pense que c’est laissé libre à chacun. En ce qui me concerne ça ne rentre pas trop dans mes habitudes d’applaudir des deux mains des fraudeurs, même quand la faute incombe en partie au système qui est mal fichu.

      1. Tremendo

        Non l’article dit que la mutuelle en elle-même est une fraude. Je ne plussoie pas. Je ne dis pas que c’est bien de ne pas payer le ticket bien entendu, mais après tout, que tu payes l’amende toi directement ou indirectement par une mutuelle qu’est-ce que ça change? Tout le monde se couvre contre le risque, je ne vois pas le problème.

        1. Non, ce n’est pas ce qui est dit. Les mutuelles ne sont pas une fraude, les mutuelles sont illégales. En revanche, elles ne fraudent pas avec l’argent des mutualisés.

  5. Cultilandes

    Les assurances, qu’elles soient mutuelles ou non, n’indemnisent jamais les amendes et autres sanctions car elles n’en ont pas le droit.

  6. monoi

    Ca me fait penser a une au pair francaise qui etait venu passer quelques mois…

    Elle touchait toujours le chomage en France. Quand je lui ai dit que moralement, c’etait un peu discutable, et que pratiquement, si tout le monde fait la meme chose, le systeme ne pouvait pas durer.

    Sa reponse: oh ben, j’ai travaille 2 ans donc c’est normal que je recupere ce que j’ai paye…

  7. Assurance auto

    Je suis contre cette mesure qui déresponsabilise totalement les usagers. Il faut une participation, même mineure aux coûts. Étant étudiant, on ne m’a jamais fait cadeau des transports et pour ce qui est du train, je paye mon abonnement presque aussi cher que les actifs…

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