Au pied du mur ?

Les choses bougent. Oooh, timidement, pour sûr. On est encore très très loin d’un mouvement d’ensemble, ou même d’une résolution concertée vers une quelconque prise de conscience. Non, décidément, ici, on est surtout dans le tâtonnement, l’essai, la tentative histoire de voir : certains dogmes tombent…

Peut-être les effluves de la crise commencent-elles à remonter lentement vers les élites qui nous gouvernent, perchées du haut de leur tour d’ivoire politique où le cadre moyen gagne 5000 euros par mois, les augmentations de salaires de 172% sont monnaie courante, et où les Rolex et les cartes Centurion se distribuent généreusement et en toute décontraction ?

Peut-être et tout simplement, les politiciens ayant été littéralement sélectionnés pour sentir les changements de sens du vent, se mettent-ils à tourner, lentement au début, dans une direction plus à même de leur permettre de passer la bourrasque qui s’annonce ?

Allez savoir.

En tout cas, les premiers micro-changements apparaissent, timides, mais notables.

Il y a, tout d’abord, le gros morceau qu’on consent à lâcher, parce que tout autre position deviendrait par trop inconfortable : la retraite à 60 ans, c’est fini. Ben oui : tout le reste de l’Europe a fini par abandonner ce principe. C’était ça ou laisser tomber la répartition. Et abandonner trop vite un système qui, s’il foire, a permis d’enfumer des dizaines de millions de personnes en enrichissant les politiciens de tous bords, ce serait se priver de quelques bons repas aux frais de la princesse. Trop tôt.

On devra donc aménager la lente agonie de la Retraite à la Franchouille. Va pour 63 ans. Ça évitera peut-être aux agences de notations de passer le doigt sur la détente. Au moins pour les deux ou trois prochains mois, en tout cas. Et puis c’est très avantageux politiquement puisque cela permet d’écorner un peu un des docteurs du dogme, l’ayatollah Mitterrand lui-même ; ce que s’empresse de faire Sarkozy avec la classe et le panache qui le caractérisent.

Bref : un dogme de moins, quelques années de plus pour les salariés, et quelques mois avant la cessation de paiement. Tout sursis est bon à prendre !

Autre fissure notable : on évoque, sans rire, une baisse du salaire des ministres.

Evidemment, pour le moment, c’est le mode Pignouf de Compétition qui prédomine avec des remarques idiotes à la « Oui mais bon faudrait aussi baisser le salaires de tous les autres fonctionnaires aussi, hein » qui permettent de louvoyer en se croyant très fin et très malin. Sauf que les ministres sont totalement hors cadre et qu’ils peuvent donc voir leurs indemnités et salaires revues quasiment ad notum.

Je suis tout à fait d’accord pour admettre qu’une baisse substantielle de leurs émoluments serait parfaitement démagogique et n’entraînerait absolument aucune amélioration des finances du pays, mais elle aurait une force symbolique tout à fait à propos dans ces temps difficiles. Pour le moment, on constate, dans ce bal d’hypocrites et de petits faiseurs, que personne ou à peu près ne veut faire le premier pas : la soupe est trop bonne et l’intérêt collectif, notamment celui de donner l’exemple, est vite oublié.

Et quand on se rappelle que personne n’ose évoquer que les députés et sénateurs pourraient, eux aussi, voir leurs traitements rabotés un bon coups, pour montrer l’exemple, on comprend qu’en réalité, cette question des salaires a été un tabou tellement soigné en République Française que l’arrivée d’un débat sur ces questions est rien moins que stupéfiant.

On ne peut donc qu’encourager les uns et les autres à parler du projet : oui, ces bouffons et ces clowns, principaux responsables des merdes et des calamités passées et à venir, doivent sentir, eux aussi, la crise peser sur leurs finances. Ce sont ces gens qui, par leurs actions et leurs omissions nous ont plongé dans un caca de plus en plus noir : il ne serait que justice qu’ils se retrouvent, eux aussi, à devoir faire de gros et sensibles efforts pour remettre le pays d’équerre. Et ça commence par l’exemple, trop souvent oublié.

(Notons au passage que si l’on devait les payer à leur juste valeur, la plupart d’entre eux subiraient une baisse de salaire de 90 à 95%, ce qui, au passage, écrèmerait notoirement les ministères et les rangs des assemblées de tous les parasites divers qui n’y viennent que pour y faire acte de présence. Ne resteraient que ceux qui y sont pour le pouvoir, la gloire ou le désir d’aider son prochain, ce qui mettrait un peu les choses au clair.)

Dans la même catégorie de petites fissures, on retrouve l’arlésienne du non-cumul des mandats.

On écartera l’hypothèse par trop improbable que l’idée ait germé dans le terreau stérile de la tête d’Aubry, mais il n’en reste pas moins qu’elle propose sans rire d’imposer cette proposition aux prochaines sénatoriales ; évidemment, l’idée angoisse les socialistes de gauche et réjouit les socialistes de droite.

L’idée, cependant, est bonne : je suis pour le non-cumul strict des mandats. Tous les mandats. Et pour imposer un nombre maximum de mandats successifs, deux me semblant un bon début (zéro étant une lubie personnelle, mais passons). On éviterait ainsi l’encroûtement de certains caciques.

Dans un autre registre, il semble que l’Etat, à cours de fonds, écarquille un peu les yeux sur les aménagements fort coûteux et économiquement plus que maladroits qui ont provoqué, notamment, la bulle immobilière en France.

Alors que la loi Robien, favorisant l’accès à la propriété d’immobilier locatif, avait rapidement entraîné la construction d’immeubles en carton un peu partout en France et au milieu de nulle part, avec une offre trop abondante au point de mettre certains propriétaires dans des situations délicates, l’Etat avait rapidement modifié l’environnement fiscal (il adore ça, modifier les tubulures chromées de son aspirateur à richesses) avec la loi Scellier.

Pied du mur. Jolie vue.

(photo B. Mogendre)

Manque de pot ou sort chafouin ? Incompétence des zéconomistes à la petite semaine ou des fiscalistes bidouilleurs d’un Etat dopé à l’interventionnite ? Toujours est-il que les mêmes causes produisant les mêmes effets, repaf, les constructions Scellier se sont multipliées avec, à nouveau, des problèmes pour les propriétaires et des problèmes pour l’Etat lui-même : encore un zut et flûte de crotte de manque à gagner fiscal.

Après petits calculs, le dogme de l’intervention éclairée de l’état dans l’immobilier semble donc tomber.

C’est qu’il n’y a plus un rond, ma brav’dame, et qu’on ne peut plus trop favoriser tout et n’importe quoi !

Bref  et pas de doute : on voit bien que le gouvernement, et les politiciens en général, tentent des aménagements dans leur façon de concevoir leur rapport au peuple qu’ils pressurent.

La tempête approche. Alors, ankylosé par des années d’immobilisme, ces petits riens semblent leur coûter fort cher. Symptomatiques, elles montrent bien, cependant, que le vent tourne, que ce qui était vrai, coulé dans le bronze, gravé dans le marbre et en béton armé n’est plus si solide à présent que nous abordons les territoires inconnus de la catastrophe monétaire…

Mais ces agitations, au pied du mur, tout près, me semblent très insuffisantes :  ce pays est foutu.

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Commentaires27

  1. Higgins

    En discutant avec mon boulanger, j’ai appris que la suppression de la taxe professionnelle n’était qu’un enfumage de plus (à vrai dire, je n’en doutais pas un instant. Dans ma cité, elle est remplacé par une taxe additionnelle sur la taxe foncière se montant à 10% de cette dernière. Cette taxe n’est à priori exigible qu’auprès des entreprises, commerçants ou artisans. Chassez le loup par la porte, il revient par la fenêtre.

    Quant au salmigondis des retraites, certains titres font froid dans le dos: http://www.lexpress.fr/actualites/2/le-projet-du-ps-sur-les-retraites-juge-plus-juste-et-credible_894799.html
    Quand le crétinisme atteint ce niveau, on est sûr qu’un grand coup de frein va être donné à l’immobilisme.

    CPEF

    1. Silent bob

      C’est vraiment incroyable, en France, il suffit de dire « on taxe le capital et les riches » et hop les français adorent ce qui leur est proposé. En revanche, si on leur dit « bon, il va falloir faire des efforts ou sinon vous ne pourrez pas avoir votre retraite » ils deviennent méchants et violents.

      Ce qui se passe illustre parfaitement la définition de Bastiat concernant l’état. Les français ne veulent pas faire d’efforts (en même temps ils sont déjà overtaxed pour la plupart), ils veulent que les autres en fassent pour eux. Le but est de taxer les « riches ».

      Définition du riche: Au delà de 8000 à 10000 euros, eh bien la notion de riche est comment dire… basse.

      1. Toni

        Silent bob a écrit : »Définition du riche: Au delà de 8000 à 10000 euros, eh bien la notion de riche est comment dire… basse. »
        D’après Mr Hollande, c’est au delà de 4000 euros par mois que l’on est riche. Pour Mr Hollande, tout le monde sait très bien qu’il gagne moins de 4000 euros par mois (humour noir).

  2. Silent bob

    le coup des 5000 euros par mois. Ca me rappelle les guignols et Beregovoy qui disait, « le SMIC c’est 20000 francs » ou 10000 francs je sais plus mais on voit que depuis bien longtemps les hommes politiques sont dans leur petit monde sans aucun lien avec la réalité.
    Mais cela se voit dans d’autres professions ou finalement on ne sait pas trop ce qui se passe ailleurs, on en a une vague idée, eux c’est pire!

  3. Stéphane

    Trop peu, trop tard. Et mal fait.

    Honnêtement, ce n’est même pas un frémissement. Ce n’est rien d’autre qu’une discussion.

    On aura un premier test lorsque le gouvernement osera annoncer un vrai texte sur la réforme des retraites… Qui ne résoudra rien du tout, bien entendu, mais donnera une bonne idée de la résistance au changement sur un cas concret qui touche tout le monde.

      1. Flak

        pour l’instant le detachement entre la realite et les propositions est total: ce sont les journalistes qui forcent a parler de ces sujets qui sont les maronniers des crises economiques.
        On reste purement dans le domaine des mots.Je considere la prise de conscience effectuee a 1%.

      2. Winston (l’autre)

        Les parlementaires aussi seront aussi épargnés je suppose.
        Oh mais suis-je bête, ils travaillent déjà jusqu’à 102 ans !

    1. Jesrad

      Les 5000 euros ne sont que l’argent de poche. À quoi bon percevoir un salaire quand toutes vos plus grosses dépenses (fiscalité, logement, nourriture, vêtements, transport, communication, etc.) sont payées par d’autres intégralement ?

      Dans les faits, quand on compte la richesse informelle qui leur est déversée dessus à gros bouillons, nos politiciens nationaux sont tous multi-millionnaires, si pas multi-milliardaires pour certains.

  4. scaletrans

    Question prise de conscience, les me(r)dias annonçaient ce matin qu’un sondage (anal?) révèle qu’une majorité de Français sont contre le recul de l’âge de la retraite, ce qui semblerait indiquer que le processus de connification des masses est bien avancé. Je dis semblerai car c’est peut-être le côté superfétatoire de cette décision qui déplait aux masses… pas si connes que ça (je rêve…).

    1. Flak

      lu dans libe:
      « Hervé: Il est prouvé que l’espérance de vie des ouvriers est inférieure à celle des autres catégories de salariés. Pourquoi vouloir le même âge de départ, et la même durée de cotisation pour tout le monde? Une sorte de «retraite selon l’activité» ne serait-elle pas plus juste?

      Jean-Louis Malys. Vous posez la question, vous donnez la réponse, et elle nous convient. L’espérance de vie d’un ouvrier par rapport à un salarié moyen et de trois à quatre années de moins, sept années par rapport à un cadre. Nous pensons que le système des retraites doit s’adapter au parcours professionnel. Le système actuel, tel qu’il a été conçu, ne le permet pas vraiment. »

      bande de benets!
      donc c’etait une idee a la con d’imposer la retraite au meme age au depart pour tout le monde, ca a foire, et maintenant il veulent ‘adapter'; ‘adapter’ dans leur vocabulaire, c’est imiter ce qu’on aurait fait si on avait pas eu pieds et poings lies.

  5. Winston (l’autre)

    j’ai vu dans la canard local de ma ville que les syndiktats organisent un « granpicnic pour défendre les retraites »… :(
    ça c’est de la prise de conscience bien timide !

  6. douar

    Bah, à question idiote, réponse idiote. Préférez vous les tartines sans rien ou avec du beurre (demi sel c’est meilleur) et confiture?

  7. Valuebreak

    C’est quoi au juste un fonctionnaire hors cadre ? avantages, inconvénients ?

    s’cusez la question, moi le monde des fonctionnaires, je le connais pas bien … par contre, je le subis …

    1. Un fonctionnaire hors cadre occupe un emploi dans lequel il aurait pu être détaché, mais accumule ses droits à pension etc. suivant les règles de l’organisme dans lequel il est placé ; c’est essentiellement le cas de hauts fonctionnaires exerçant dans divers organismes (et donc, par extension, il n’est pas un fonctionnaire de rang A, B ou C et son salaire n’est pas, normalement, soumis aux barèmes de la fonction publique).

      1. Valuebreak

        Ok.
        j’imagine que dans ce cas là les droits à pension accordé par l’organisme sont plus avantageux que normal …

  8. Théo31

    « c’est le revenu d’un cadre moyen »

    Certes, mais avec une différence de taille : un cadre crée de la valeur ajoutée, un député crée des ardoises.

  9. alex6

    On pourra rappeler que l’age de depart a la retraite fut fixe a l’origine par Bismark de la maniere suivante: Il a demande de fixer l’age de depart de maniere a ce que personne ne puisse l’atteindre i.e. au-dela de l’esperance de vie. Au moins c’etait honnete.
    Manque de bol l’esperance de vie a augmente, il faut donc revoir les « calculs »…

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