La grève toujours au bon moment

Tiens, pour changer, ce 21 juillet en France, ce sera grève. Et pour varier les plaisirs, cette fois-ci, ce sont les contrôleurs aériens qui vont bloquer une partie des transports des Français et des touristes du monde entier passant sous les cieux de la République du Couinement Festif…

Avant de procéder, étudions rapidement les motivations de ces pauvres fonctionnaires sur-stressés, déprimés par des horaires à rallonge et des salaires de misère.

Après une longue enquête journalistique digne des plus illustres publications quotidiennes du pays, il semblerait que la grogne provienne de la crainte d’un éventuel démantèlement de la DGAC, suite à un projet de fusion du contrôle aérien au niveau européen. Je recommande la lecture de ce petit PDF, édifiant tant par la prose employée que par sa teneur générale.

Notons que ce projet et cette grogne aboutissant à une grève ne sont en réalité pas nouveaux puisque cela fait maintenant plusieurs semaines que les contrôleurs font une sorte de grève du zèle larvée, usant du prétexte des badgeuses imposées pour rendre impossible la vie de centaines de milliers de passagers aériens.

Pour rappel et suite aux consternantes découvertes de la Cour des Comptes sur les horaires ultra-flexibles et arrangeants dont la caste en question bénéficie, le gouvernement avait tenté, avec l’absence caractéristique de gonades qui le caractérise, d’introduire des pointeuses pour essayer de remettre un peu d’ordre dans le rendement fourni par les contrôleurs. Las, ceci avait déclenché, comme c’était prévisible, de violentes réactions de rejet, avec le résultat qu’on connaît : retards importants et passagers en déroute.

Et maintenant qu’il est donc question d’uniformiser le contrôle aérien en Europe (vaste sujet qui ne date en réalité pas d’hier), la belle corporation des fonctionnaires du ciel se lance dans la grève ouverte. Pour une fois, la France n’est pas la seule dans le mouvement, puisqu’on trouve des Espagnols dans le mouvement : avec l’Europe, la fête est plus folle.

Il n’en reste pas moins que :

  • Encore une fois, une toute petite partie de la population française va se fendre d’un acte courageux de lutte contre la réalité en utilisant l’unique méthode de dialogue social connue en France.
  • Encore une fois, il s’agit d’une corporation surprotégée, aux avantages nombreux et aux salaires que même la Cour des Comptes, pourtant réputée pour sa diplomatie, n’a jamais pu qualifier de modestes.
  • Encore une fois, il s’agit d’une corporation dans les transports et les services publics, à l’instar de la SNCF ou de la RATP, et dont dépend une part importante de la richesse française.
  • Et encore une fois, nos amis salariés de la fonction publique se lancent dans l’action syndicale agressive au moment où ils savent empoisonner un maximum de personnes.

Et c’est ce dernier point qui, à mon avis, est le plus symptomatique dans la gréviculture française : dans les corporations du transport, publiques ou privées à monopoles comme les taxis, il est devenu totalement habituel de toujours choisir une date où le maximum de personnes innocentes seront mêlées à leurs problèmes.

En général, on parle ici de « prise d’otage », bien que l’expression soit forte. En réalité, les usagers des transports concernés ne sont pas otages – ils sont « libres » de choisir un autre moyen de transport ou un autre jour de déplacement -, mais restent bel et bien victimes de la manœuvre de chantage typique à laquelle se livrent les syndicats corporatistes : il s’agit de faire directement pression sur les politiciens en jouant sur la colère des transportés.

Seulement le stratagème ne fonctionne qu’un temps.

D’une part, la multiplication des grèves dans tous les moyens de transports dont l’État a la charge amoindrit crédibilité d’une nécessité de service public : puisqu’en tant que gestionnaire, il n’est pas capable de fournir un service de qualité permettant à la fois de contenter le public qui paye deux fois (par ses impôts et par le prix du transport) et les employés puisqu’ils ronchonnent, il devient parfaitement légitime de remettre en question les monopoles considérés.

Ce qui revient, pour les syndicats de ces corporations, à se tirer une balle dans le pied.

Mais d’autre part, l’augmentation obscène du nombre de grèves subies dans ce domaine par les citoyens du pays les amène à ne plus entendre les revendications des gréviculteurs : de correspondances manquées en bouchons interminables, de trains arrêtés en rase campagne en avions cloués au sol, il arrive un moment où le bonus pater familias au salaire moyen oscillant autour de 1500 euros nets par mois et qui paye ses impôts rubis sur l’ongle, en a tout simplement ras la casquette de se faire voler son temps, son argent et ses vacances par des profiteurs et des éternels râleurs dont les salaires sont systématiquement supérieurs au sien.

Et au lieu de détourner ces électeurs des politiciens qui tentent de vagues réformettes, les grévistes inconséquents amènent ainsi toute une frange de la population à voter avec ses pieds, ou à se placer à l’orée du bois, gourdin à la main, pour frapper un grand coup quand l’occasion sera trop bonne pour être loupée, en choisissant des politiciens qui feront des véritables réformes de fond en lieu et place des petits mouvements de bras ridicules auxquels on assiste jusqu’à présent.

Ce qui revient, là encore et pour les gréviculteurs, à se tirer une autre balle dans le pied.

Oh, certes, il faut du temps pour que la grogne monte, il faudra encore pas mal de temps pour qu’un politicien comprenne la tendance qui s’installe chez ses futurs électeurs, il faut aussi du temps pour que la remise en question des services publics cristallise dans des intellects bercés des douces utopies collectivistes décennies après décennies…

Mais regardez le trajet effectué sur les 15 dernières années : en décembre 1995, on entendait encore facilement, dans les pénibles abrutissements quotidiens du JT de la Une ou de la Deux des douzaines d’imbéciles heureux « comprenant les grévistes » de la SNCF qui paralysa la France pendant cet hiver.

A présent, les témoignages de passagers furibards, de familles en colère, d’usagers hors d’eux ne sont plus rares ; internet permet à beaucoup de s’exprimer dans les commentaires des articles relatant les exactions des gréviculteurs du jour (même dans Libé, on trouve des commentaires raillant les grévistes !). Et au-delà d’internet, on entend à la radio, on voit à la télé cette espèce qu’on croyait disparue du Français mécontent d’une grève.

Je ne me berce pas d’illusions : cette grève des contrôleurs aériens ne suffira pas à déclencher un mouvement de ras-le-bol notoire.

Mais tout comme une goutte d’eau, cette grève s’ajoutera aux autres qui feront déborder le vase.

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