Schengen virtuel, danger réel

Avec le déferlement DSK, il va être difficile à présent de suivre la politique française et européenne. Mais pendant que le futur-ex-patron du FMI et ex-futur-candidat à la présidentielle se fait tailler en morceau par la presse américaine, l’agenda néfaste des politiciens en matière de musellement de liberté d’expression sur Internet continue sa progression discrète.

On pourrait croire que je vais parler, ici, des Etats-Unis où, après le 11 septembre 2001, des efforts constants ont été menés pour réduire autant que possible la liberté d’action des citoyens, toujours sous le délicieux prétexte d’une meilleure protection contre d’hypothétiques attentats.

Par exemple, je pourrais passer en détail le Patriot Act qui a singulièrement modifié la liberté d’aller et venir des Américains dans leur propre pays. Ou, plus à propos encore, je pourrais évoquer la dernière lubie de Bill Clinton qui propose de créer une agence fédérale, qu’il rêvasse « totalement indépendante » et permettrait de chasser de l’Internet toutes les vilaines rumeurs et autres mensonges qui sont colportés ici ou là par le média informatique international.

On peut pouffer : Bill n’est plus exactement aussi puissant qu’il le fut, et on a encore un peu d’espoir que sa proposition catastrophique ne sera pas suivie d’effet. En tout cas, pas maintenant.

censorship : the worst part of it is (censored)

Il en va, en revanche, différemment du projet, bien concret celui-là, de Schengen virtuel que le président du Pirate Party vient de dénoncer et qui monte doucement en puissance, depuis février, et visant à mettre en place une « protection » globale européenne d’Internet, ou, comme Korben le résume dans son récent billet à ce sujet, un firewall qui permettra d’exclure, de façon centralisée, des sites jugés inappropriés par les institutions démocratiques de la République Fédérale Populaire d’Union Européenne.

Tout part donc d’une proposition de loi — qu’on peut lire ici, en anglais — du LEWP (Law Enforcement Working Party), groupe de travail issu du pilier européen traitant de la Justice et des Affaires Intérieures. On y lira par exemple que la présidence du LEWP a l’intention de proposer des mesures concrètes en vue d’obtenir une « frontière de Schengen virtuelle » permettant aux fournisseurs d’accès Internet de bloquer les contenus illicites en fonction de listes noires européennes. Et ça se trouve au paragraphe 8, page 4 du document en question :

« 8. Cybercrime
The Presidency of the LEWP presented its intention to propose concrete measures towards creating a single secure European cyberspace with a certain « virtual Schengen border » and « virtual access points » whereby the Internet Service Providers (ISP) would block illicit contents on the basis of the EU « black-list ». Delegations were also informed that a conference on cyber-crime would be held in Budapest on 12-13 April 2011. »

En gros et sans rentrer dans les détails techniques qui viendront probablement dans un second temps, lorsque l’idée générale n’aura pas été repoussée dans des grand cris d’effroi qu’il serait pourtant logique de pousser, il s’agit donc ni plus ni moins que de placer l’internet européen sous cloche, sorte d’intranet à l’échelle d’un continent, et permettre ainsi à une poignée de personnes — qui savent mieux que vous ce qui est bon pour vous — de décider ce qui vous est licite ou pas de voir sur votre ordinateur.

Franchement, ça a l’air chouette, ça, non ?

Et le plus rigolo, c’est que cela s’installe, doucement, sans se faire remarquer, et toujours avec ce désir humide et affiché d’une bonne grosse protection : jamais il ne sera question de méchante censure ou de vilain contrôle d’un média qu’on veut, autant que possible, libre.

Mais, vous le savez maintenant : trop de liberté tue la liberté, hein, c’est bien connu. Et puis il faut absolument faire quelque chose contre les abominables pirates de l’interweb qui ne font rien qu’à décharger des films et des musiques gratuitement (c’est très mal), mettent plein de p0rn sur les sites (c’est très très mal), racontent des bobards sur tout le monde (c’est super mal), et surtout, ressortent toutes les affaires louches, les phrases débiles et les promesses non tenues des politiciens (et ça c’est odieux, ignoble, sans nom).

Ne vous leurrez pas : internet libre, c’est l’épine dans le pieds des majors. Pascal Nègre en sait quelque chose. Internet libre, c’est un emmerdement constant pour tous les corporatismes. Internet n’oublie pas les frasques des politiciens, jamais. Internet permet à tout le monde de savoir ce qui se trame dans les coursives du pouvoir.

Et toutes ces excellentes raisons pour garder Internet libre sont autant d’excellentes raisons, pour les majors, les corporations, les diplomates et les politiciens de le museler.

Ne les laissez pas faire : relayez l’information.

Fascism : do you think it'll be this obvious ?

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Commentaires21

  1. Boutros

    « Tant que l’Etat existe, pas de liberté »(Lénine).
    Et c’est vrai que, dans l’Etat moderne, la liberté consiste à être libre de changer de prison, de changer de geôliers, et plus tard de dire qu’on veut changer de prison, en attendant de n’être libre que de le penser.La meilleure image c’est la peau de chagrin (poil aux mains, pour compenser la lourdeur du propos).

  2. OuiMais

    Pas de panique, déjà que le Schengen réel fait office de passoire, la virtualisation de cet espace relève d’un pur fantasme, mais, je vous l’accorde, cela confirme les vœux indélicats de nos irresponsables politiques.

    Ce n’est même plus un minitel 0.2 qu’ils souhaitent développer, c’est une télé-achat 0.3, (la 0.2 c’était la couleur).

    Bon, trêve de plaisanterie, si, depuis la Dadvsi, vous doutez encore du déphasage réel de nos Grands Yacafocons, désolé, mais c’est vous qui avez un petit souci.

    Non non, ça va, j’ai une assez bonne idée.

    Un cours de rattrapage informatique avec le premier adolescent au coin de la rue devrait vous permettre de combler vos lacunes.

    Là aussi, ça devrait aller. Il y a même des chances que j’apprenne deux ou trois trucs au premier adolescent de la rue. Sans compter qu’en plus, la plupart ont du mal à lire et écrire, de nos jours.

    Nous comprenons tous que la prochaine monnaie sera virtuelle, les banques et les assurances le sont déjà. Mais, sécuriser LES RÉSEAUX, Hadopi vous l’a expliqué, c’est de votre ressort et ce n’est pas une raison de le faire comme TMG.

    Mhm. Mais encore ?

    Miam-miam, j’ai Fai m.

  3. OuiMais

    3)http://www.numerama.com/forum/topic/112262-urgent-lhadopi-suspend-la-riposte-graduee/
    2)lire, écrire? Pas besoin pour les protocoles réseau… Un peu de binaire et de l’hexadécimal et encore…
    1) Si c’est vous h16, ne le prenez pas mal C’est du multidegré. Fan for ever…

    By

  4. eheime

    Si seulement votre message pouvait être compris H16.
    La liberté a un coût : reflechir et ne pas tout accepter.

  5. eheime

    Ce qui m’inquiete ce n’est pas le filtrage du net. Ils n’y arriveront jamais. Ce ne marche pas vraiment en Chine, ça ne marchera jamais en France. Les vrais délinquant sexuels et autres peuvent donc dormir tranquils. Ce qui m’inquiete c’est que la majorité de la population ne fera pas l’effort ou ne saura pas aller chercher l’information censurée. Cette derniere sera donc reservée à une élite. Et c’est bien dommage car internet est LE vrai outil démocratique d’acces à la connaissance.

    1. Nord

      « Ce qui m’inquiete c’est que la majorité de la population ne fera pas l’effort ou ne saura pas aller chercher l’information censurée.  »

      Je plussoie, mais c’est déjà un peu le cas non? D’ailleurs, est-ce que ce n’a pas toujours été le cas (de l’information en général, pas forcément d’internet)?

    2. pod

      La fracture numérique est certainement l’une des seules réalités mises en évidence par notre cher Sérail d’état. Eux s’en plaignent non pas du point de vue de l’information mais par l’incapacité des réseaux à servir le Pain et les Jeux aux localités reculées.
      Quant à l’éducation pour la compréhension de l’information, il vaut mieux que nos jeunes têtes tombent dans des familles un tant soit peu « éclairées », sinon le niveau d’information critique ne dépassera pas le prime-time TF1 & FTV passé l’apéro au zinc du coin.

      Père d’une ado de 15 ans, je la met à bonne école en opérant des comparatifs de presse (on et off « ligne ») afin qu’elle commence à en dégager les tendances… Du Fig’ à l’Huma, elle renifle déjà les relents de Conservatisme et d’Anti-Capitalisme poussiéreux présent dans ses deux Saintetés de la Presse Ecrite. Et encore, elle n’a pas encore attaqué Libé ni Valeurs actuelles (serait-ce bien utile ?).

      En définitive, l’ayant poussée depuis toujours à comprendre l’anglais à un niveau très correct (et oui il faudra bien se barrer avant 2012…), d’autres sources alternatives anglophones présentant la petite France dans son petit contexte sont les bienvenues. Je lui souhaite une liberté de compréhension qui passera de toutes manières par une culture générale sans faille (parlons Histoire…) et un usage comparé des média version XXIe siècle : ubiquité, mixité, désinformation, censure, propagande et malhonnêteté intellectuelle.

    3. Bien sûr, oui : c’est même pour ça que les élites ne veulent pas le laisser en l’état. Pensez donc, la connaissance pour tous !!

  6. simple citoyen

    Merci pour ce billet H, il est grand temps que nos concitoyens se décillent.

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