Quand l’Etat panique sur Anonymous et IRC

Assiste-t-on, actuellement, à une étape décisive dans la vie mouvementée d’Internet ? En tout cas, les escarmouches entre les gouvernants d’un côté et les utilisateurs avertis d’Internet se poursuivent et ont pris récemment une tournure intéressante à la suite des actions de plus en plus musclées des deux camps en présence…

En réalité, la tension grimpe depuis plusieurs années entre les citoyens lambda et les dirigeants d’à peu près tous les pays du monde et il est assez facile de s’en rendre compte.

Aux Etats-Unis, le tournant du XXIème siècle fut l’occasion, avec les attentats terroristes du 11 septembre 2001, de mettre en place plusieurs législations qui incluent l’échange incontrôlé d’informations sensibles dans leur périmètre juridictionnel. Si l’on exclut les pays totalitaires les plus stricts où la présence d’Internet est minutieusement contrôlée (comme en Chine), quasi interdite (comme à Cuba) voire inexistante (comme en Corée du Nord), les pays dits démocratiques n’ont pas été en reste pour, assez rapidement, mettre en place des lois taillées sur mesure pour donner une plus grande liberté d’action aux forces de l’ordre. Pour les faire passer, ces lois ont été posées comme d’indispensables préalables dans la lutte contre des menaces ad hoc comme la pédophilie, le trafic de drogue, le viol de copyright ou la prolifération de lolcats.

Fini les pedonazis grâce à la loppsiDepuis, c’est donc une avalanche de lois et de batailles juridico-médiatiques parfois aussi homériques que picrocholines entre d’un côté un législateur et des gouvernements très enclins à trouver rapidement un moyen de museler les canaux d’informations pour enfin contrôler cette bête qui refuse de plier à leurs injonctions et de l’autre un public qui se rend de plus en plus facilement compte qu’on le roule dans la farine et se laisse en conséquence de moins en moins faire.

Au niveau français, je me suis fait l’écho à de nombreuses reprises dans ces colonnes des déboires de la HADOPI (et, au-delà, des lois DADVSI, LOPPSI et variantes). A chaque étape, on découvre la veulerie des politiciens prêts à absolument toutes les bassesses, toutes les compromissions, toute la mauvaise foi possibles pour amoindrir vraiment le terrible pouvoir dont dispose maintenant le citoyen : celui de s’informer librement.

Dans le reste du monde, il en a été de même.

Au niveau américain, les lois se sont succédées (Digital Millenium Copyright Act, Patriot Act, par exemple) qui étaient soient directement vouées à limiter la liberté d’action, d’information et d’expression, soit à poser, en contrepartie de ces nouvelles facilités offertes au citoyen, des contraintes exorbitantes pour s’assurer qu’il resterait bien dans les clous. Les politiciens, corrompus par des lobbies court-termistes et ne comprenant pas ces enjeux qui les dépassent de loin, se sont enhardis jusqu’à proposer des lois comme PIPA et SOPA.

Quant au niveau européen, il n’est pas en reste puisque dans le turgescent appareil institutionnel européen, on travaille tendrement sur sa propre implémentation de ACTA, émanation d’une idée scélérate américaine, où le droit d’auteur sera tellement étreint d’amour humide qu’il en sera bien clairement étouffé.

Mais dernièrement, toutes ces tentatives ont pris un tour amer pour les politiciens : ces cons de citoyens se mobilisent et refusent de se faire ainsi museler !

D’un côté, il y a les actions (encore légales) de protestation, de signatures de pétitions et de contact des représentants politiques, qui amènent certains d’entre eux à se poser la question du bien fondé de leur action, surtout lorsque l’heure de renouveler leur mandat approche. C’est probablement ce qui a fait reculer le 20 janvier dernier, au moins temporairement, le vote sur SOPA.

Fascism : do you think it'll be this obvious ?

De l’autre, des groupes amorphes se sont constitués, au départ constitué d’informaticiens chevronnés rapidement suivis par des adolescents effervescents, et ont lancé quelques actions plus ou moins spectaculaires pour montrer que, si les politiciens disposaient bien de la coercition que leur accordait l’Etat, ils disposaient eux aussi de plusieurs moyens de riposte.

Evidemment, à mesure que les politiciens ont décidé de taper plus fort, la réaction s’est faite plus intense.

La fermeture de Megaupload en est une bonne illustration, avec la vague d’attaques sur différents sites internet majeurs qui a suivi. L’escarmouche a continué puisqu’en France, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DRCI) a décidé d’essayer d’attraper quelques Anonymous afin de reprendre la main, en allant attraper un Breton au saut du lit. On pourra lire avec profit les récits qui sont faits dans la presse (et par le principal intéressé). Au passage, la seule chose que la DCRI est parvenue à réaliser avec cette opération futile, c’est de mettre en exergue sa totale incompétence. Si ce sont ces personnes qui sont censées nous « protéger », mieux vaut largement ne dépendre que de soi-même.

Et là encore, la riposte n’aura pas traîné puisque dans la foulée, les informations privées de 541 policiers ont été divulguées à la suite du piratage d’un syndicat de police où ils étaient encartés. Les raisons d’un tel acte sont particulièrement intéressantes puisque, selon un communiqué des hackers parus sur DataSecurityBreach.fr, on peut lire :

« Pour que vous compreniez l’importance de la vie privée et de la liberté, en représaille aux basses méthodes de l’Etat, nous vous divulguons les informations confidentielles de 541 policiers. Notez bien que ce n’est qu’une portion de ce que nous avons et que nous nous réservons le droit d’en diffuser un plus grand nombre. »

Si, dans le fond, on peut condamner de répondre au viol de la propriété privé par l’Etat avec un autre viol de la propriété privée par un groupe de hackers, il n’en reste pas moins que l’opération menée illustre parfaitement ce que risque l’Etat à persister dans ses exactions irréfléchies.

Internet fournit à chacun le moyen de s’informer, de s’exprimer et surtout de s’affranchir complètement du besoin des politiciens et même, à long terme, de la structure débilitante de l’Etat. Internet, par nature, ne centralise pas les individus mais les agglomère en fonction de leurs désirs du moment. Internet fournit de l’information que l’individu hiérarchise lui-même, et élimine le besoin d’un intermédiaire.

Confusément, les politiciens le savent. Ils comprennent, instinctivement, que cet outil conduira un jour à leur perte d’influence, les coupera du pouvoir. Comme Internet a éliminé les intermédiaires, il éliminera progressivement la barrière linguistique, les barrières fiscales artificielles, les décalages d’information entre les groupes d’individus. Par là même, l’angle d’attaque préféré des politiciens, celui de la peur de l’autre, de l’adversité ou de la différence, va progressivement disparaître. Dès lors, on explique bien la panique qui semble poindre dans les actions entreprises récemment, l’avalanche de lois délétères et les frappes policières à l’aveugle ; les politiciens rêvent de pouvoir surveiller tous leurs concitoyens mais sont terrorisés à l’idée que ces derniers pourraient leur renvoyer l’ascenseur, un million de fois plus fort…

Les années qui viennent annoncent à l’évidence une escalade de la violence entre d’un côté les groupes d’anonymes et d’activistes/hacktivistes, et de l’autre, les affidés de l’Etat. Si je devais prendre des paris, je ne miserai pas grand-chose sur les actions de l’Etat. Mais gageons qu’il se défendra bec et ongles.

J'accepte les Bitcoins !

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Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires27

  1. T-Buster

    Cela me fais pensé aux cris d’ofraies venants des syndicats de policiers et des politiciens qui ont prit la défense de ces pauvres policiers sans defense, face à un site internet qui voulait noter et dénoncer les agissements des policiers.
    Résultat fermeture du site.

    Et oui nos élites, et nos forces de l’ordre déteste plus que tout les contre-pouvoir. Particulièrement ceux qu’ils ont de la peine à contrôler

  2. vincent

    Plus sérieusement, ACTA prévoit l’obligation (pas la « possibilité », l’obligation) pour les ISP de surveiller en permanence tous les paquets de données émis par les internautes, et, hors de tout mandat judiciaire, de couper la connection de tout abonné dont les mêmes paquets reviennent plusieurs fois, signe évident que l’individu se livre aux pires exactions piratesques. Sans parler des sanctions pénales à suivre, pour les internautes, pour les ISP qui ne joueraient pas le jeu (T’as compris, Xavier Niel ? Le pouvoir t’as à l’oeil !, et out internaute qui utiliserait un moyen technique dont l’une des fins serait de détourner la surveillance (quand bien même il l’utiliserait pour tout autre chose).

    Entre autres avanies, bien sûr, que je vous invite à découvrir ici:
    http://www.laquadrature.net/fr/acta

    1. eheime

      « Surveiller en permanence tous les paquets de données émis par les internautes, et, hors de tout mandat judiciaire, de couper la connection de tout abonné dont les mêmes paquets reviennent plusieurs fois »

      > tout le monde va se mettre a uploader au clair de la lune, histoire de saturer les filtres

      Ca sent encore le grand succes ce projet de loi.

      Tout ça va dans le bon sens : les pédophiles vont enfin pouvoir dormir tranquille noyés qu’ils seront dans le flot de méchants zinternautes qui font rien qu’à télécharger des choses que c’est pas bien

  3. Pascale

    «  » »Si, dans le fond, on peut condamner de répondre au viol de la propriété privé par l’Etat avec un autre viol de la propriété privée par un groupe de hackers, » » »
    Perso, je ne condamne pas. C’est répondre avec l’adage « oeil pour oeil » que je trouve parfaitement juste et équilibré.
    Par contre s’ils avaient répondu selon l’adage  » pour un oeil, les deux yeux, pour une dent, toute la gueule », selon moi, ils étaient condamnables moralement.
    Et puis, maintenant, ceux qui veulent museler internet sont prévenus…

  4. Pascale

    «  » »Internet, par nature, ne centralise pas les individus mais les agglomère en fonction de leurs désirs du moment. Internet fournit de l’information que l’individu hiérarchise lui-même, et élimine le besoin d’un intermédiaire. » » »

    Tout à fait. Et internet représente parfaitement la communautarisation des gens. On se réunit NATURELLEMENT et on échange avec des personnes qui ont les mêmes affinités.

    Ce qui permet de vérifier que nos gouvernements aux idéologies égalitaristes de mixité (sociale, sexuelle, raciale et patin et couffin …) sont des constructivistes voulant aller contre la nature humaine elle-même. Mais chassez le naturel (communautariste en l’occurrence), il revient au galop. Et ça, ça doit aussi, leur donner des boutons.

    En allant plus loin, on s’aperçoit, encore et toujours, que ces gens qui nous gouvernent, n’ont absolument rien d’humanistes puisqu’ils veulent (« aux forceps » comme a dit Azouz Bageb (?)) faire accoucher la société d’un modèle que eux ont construit selon leur idéologie (égalité et mixité).

  5. Pascale

    «  » »Si je devais prendre des paris, je ne miserai pas grand-chose sur les actions de l’Etat. » » »

    Puissiez vous avoir raison.

  6. Pascale

    Je sus convaincue que d’ici quelque temps il existera un système qui permettra de s’affranchir des FAI. Plus on essaye de museler internet, plus la recherche technologique va chercher à affranchir les internautes de la censure Et comme vous le prévoyez, h16, la lutte sera sanglante car il ne peut y avoir de retour en arrière. La Liberté ne peut que gagner.

  7. Sanksion

    Cette montée d’outils tyranniques et totalitaires contre internet, la liberté d’expression, est à mettre en perspective avec les cataclysmes économiques à venir.

    Les gouvernements se préparent à mesuler et contrôler les troubles sociaux qui résulteront, – qui résultent déjà -, de la chute de notre système monétaire et bancaire de Ponzi, où les incompétents et/ou truands importants sont subventionés par les taxes des productifs anonymes.

    ça sent le sapin, j’aime cette odeur de peur au petit matin.

  8. galt17

    La problématique pour les lois comme ACTA, PIPA et PIPO est d’inclure une intrusion contraire à la protection de la vie privée.
    Acté sur le plan législatif une telle notion reviendrait à accepter le même système que china net.Il sera trés difficile pour les gouvernants de faire accepter ce genre de configuration.
    Pour appuyer les propose de H16 sur l’origine de la fermeture de megaupload voulant légaliser le golbal licensing au détriment des globals award parasites, un autre paramètre doit entrer en ligne de compte: n’oubliez pas qu’Obamawood a été et sera largement financé par les majors et actor’s millionnaires d’hollywood pour sa petite campagne.ça aide …
    Petit détail supplémentaire, les allemands ont largement coopéré, car en bon mercantiliste ils ont fait bénéficié leur champion national, rapidshare, de l’élimination de leur principal concurrent.

  9. something

    Si je devais aujourd’hui échanger des informations sensibles pour un braquage ou un attentat, j’utiliserai… le courrier ordinaire. C’est plus long mais c’est discret. Trop de contrôle tue le contrôle.

    1. breizh06

      J’utiliserais de la stéganographie sur une photo de vacances.
      D’ailleurs la crainte des « Services » est de voir tout le monde basculer dans la cryto de point à point: plus moyen de lire la correspondance de Mme Michu, ni des présidents d’assos locales (par exemple).

      1. Keynes, Raymond Keynes

        hum, le point à point révèle qui sont l’expéditeur et le destinataire une info au moins aussi intéressante que le contenu lui-même (comme le disent les « services » à propos des écoutes téléphoniques lorsqu’ils construisent la carte des relations de l’écouté)

        un meilleur moyen serait, p.ex., TOR
        https://www.torproject.org/

        rien n’empêchant d’y faire circulé du chiffré (https plutôt que http, etc…)

      1. Si. Cela montre aux gens qui bossent à HADOPI que les Anonymous existent en vrai, en chair et en os, et pas seulement sur la toile. Si ça pouvait leur faire peur d’aller travailler, ce ne serait pas un mal.

        People should not be afraid of their governement. Governement should be afraid of the people.

        1. Paf

          meh.les adopiteux sont de bonnes nouilles qui font leur ‘devoir’ comme toutes les autres et qui trouvent cela tres bien d’empecher les pedonazis d’envahir nos internets et de voler les flims de waldisney…et pendant ce temps les petits pochoirs anonymes n’empechent pas les politocards de voter des lois qui desarment la population et tracent les connexions.c’est sur que c’est mieux que rien mais pas de beaucoup…

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