Lolcats et sénateurs

Dans un précédent billet, je me disais qu’en saupoudrant mon site de termes comme pédophilie, nazisme, bombes, drogue, sexe et cassoulet, je déclencherais une vague d’alertes sur les systèmes de surveillance de Cordanoeud l’Echelon français. J’avais noté qu’encore une fois, c’était une bande de vieux débris fatigués qui fourraient leurs nez altérés par de trop nombreux alcools capiteux dans une affaire qui les dépassait de loin, aboutissant à excréter des lois consternantes : piétinement de la liberté au prix d’une sécurité même pas accrue tant les moyens proposés étaient ridicules. Las ! Au contraire du vin, l’âge n’améliore pas nos élus et quelques mois de plus auront réussi à produire une nouvelle mouture encore plus nauséabonde.

En juin 2008, nos députés avaient décidés que, puisqu’Internet est rempli de pédophiles, de nazis, de pornocrates et – pire ! – de buveurs de vin qui s’adonnaient à leurs coupables pulsions sans aucune entrave ni, horreur des horreurs, aucune taxe, il fallait, vite vite, installer des filtres pour nettoyer tout ça et rediriger bien vite tous les petits Kevins de France et de Navarre qui avaient tapoté « image fame nu » vers un site puissamment informatif comme PravdaInfo.fr.

Les sénateurs[1], probablement excités à l’idée de pouvoir, eux aussi, tripoter le texte initial et y laisser une empreinte marquée, ont profité de la trêve estivale pour se rencarder rapidement auprès des petits-enfants et tenter de capter un vague quelque chose sur le sujet d’Internet et du Peer-To-Peer qui permet, dit-on, d’échanger des films pédonazis sur le Oueb Deuzéro. Après un examen poussé qui a dû acculer certains dans leurs derniers retranchements intellectuels à en juger par le résultat, ils ont décidé de poser un geste fort.

Les nouvelles technologies permettent semble-t-il d’échanger des données, voire des films entiers, et ce sans payer la redevance de droits audiovisuels aux lobbyistes ayant-droits qui s’encroûtent dans un business-model antédiluvien ne peuvent donc toucher leur dû. Il faut donc châtier les échangistes pirates. Pour cela, on procèdera comme pour la cuisson du crabe : petit à petit. D’abord, on enverra une petite lettre expliquant aux parents de Kevin Mîquet, 14 ans, qu’il a tenté de décharger, le 19 septembre 2008 à 23:12, le fichier grosse-bonasse-qui-suce.avi et qu’on l’a à l’oeil, le petit salopiaud. Puis, voyant que l’impétrant continue quand même, on coupera son accès, de façon unilatérale.


chatte-de-laure-manaudou.jpg ou la-tristesse-de-Kevin.jpg

Bien sûr, si le Kevin en question accède au Ternet Porno via le Ouiffi, il peut toujours prétendre que sa ligne a été utilisée à son insu. Dès lors, il devient difficile de prouver que l’adolescent est bien le fautif dans le déchargement incriminé. Les sénateurs, jamais en panne d’une bonne blague légale, ont donc échafaudé le barbouillage juridique suivant : on va obliger tous les Kevins du pays à se doter d’un système de sécurisation de leur ligne. Et, mieux encore, on va faire en sorte de les suivre à la culotte en leur imposant un petit spaillouère. Il s’agit d’un programme qui se charge de vérifier que la ligne est bien sécurisée et qui renvoie quelques informations bénignes sur le détenteur de la ligne, son pédigrée, ses actions, ses habitudes de consommation ou de surf, et toutes ces petites données que les lobbyes des majors l’INSEE a bien du mal, autrement, à rassembler lors de ses enquêtes pour compter le cheptel.

Je ne suis plus en Fraônce, pays merveilleux qui sombre tous les jours un peu plus dans un totalitarisme douillet que seule la sociale-démocrassie arrive à produire. Mais, par solidarité avec mes frères de combat restés sur place et qui tomberont bientôt au champ d’honneur, sauvagement edvigés de tous les côtés, j’ai décidé de devenir un pédophile nazi. Ca m’embête beaucoup parce que je n’aime pas du tout les pédophiles, les nazis et les enfants (enfin, pas comme ça). Je me contenterai donc d’être un pédophile nazi virtuel.

Pourquoi diable ? Parce qu’il y a, de nos jours, de moins en moins de risque de se faire attraper en étant pervers et marginal qu’en étant un adolescent boutonneux qui recherche des sensations fortes en déchargeant illégalement le dernier tube des Pussy Lolcats.


Pussy Pas-très-lol Cat

Ainsi, actuellement, nos politiques s’occupent beaucoup plus, à grands frais et avec notre argent, de chasser ceux qui téléchargent des séries TV ou de la musique sur leur ordinateur que ceux qui promeuvent les théories nationalo-collectivistes.

Par exemple, un type qui prône ouvertement la révolution communiste, avec une société autogérée où tout le monde décide « démocratiquement » de ce que fait tout le monde pour un oui et pour un nom, a pignon sur rue (j’en connais, j’ai les noms, je peux cafter) alors qu’un salopard d’internaute qui décharge Le Faucon Maltais en VOST verra son casier se charger subitement. Un type qui ferait l’apologie des systèmes socialistes et nationalistes (ou l’inverse) serait peut-être poursuivi, si seulement une plainte est déposée contre lui. Mais le gusse qui ose décharger le dernier Ben Stiller risque très franchement de passer 24h bien moites dans un poste de gendarmerie, éventuellement à côté d’ivrognes et de petites frappes ; et grâce au nouveau spaillouère de nos sénateurs-apprentis-informaticiens, le pauvre gusse n’aura plus d’échappatoires : on aura toutes les preuves de ses libidineuses turpitudes et mafieuses connections. On attend d’ailleurs avec trépignements le couplage de ce merveilleux système avec EDVIGE, autre avancée formidable dans le foutage de gueule républicain des libertés de base.

Il faut donc se rendre à l’époustouflante constatation que d’importants moyens sont mis en œuvre pour contrer le Kevin déchargeur, que de longs débats enflammés sont menés pour savoir si l’on doit afficher un numéro de département ou un petit logo Playboy sur sa voiture, mais qu’à côté de ça, on est infoutu de conserver un violeur multi-récidiviste en prison … Tout se passe encore en plaçant le maximum d’énergie dans des futilités consternantes qui permettaient d’entretenir l’illusion qu’on fait quelque chose, en laissant ce qui mérite action et réflexion aux générations futures ou aux successeurs dont on aura ainsi copieusement savonné la planche.

Finalement, ces incartades font partie d’un mouvement d’ensemble. Alors que la CNIL semble le seul rempart en carton contre les exactions sénatoriales, les envies d’interférer avec tout, tout le temps et n’importe comment, se font de plus en plus sentir.

Eh oui : quand on a goûté à l’Interventionite, on a bien du mal à se désintoxiquer. Le gouvernement sera passé, avec une souplesse féline et sans vergogne, de la coke au krach, mais aura toujours su conserver un but clair : régenter, foutre son nez partout, se mêler de nos affaires pour notre plus grand bien car il sait ce qui est bon pour nous.

Notes

[1] (en réalité, il s’agit juste de la Commission Culturelle du Sénat, mais soyons honnête : on s’en fiche)

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