De la Start-Up à la Fed-Up Nation : la France perd encore une licorne aux USA

Youpi, la France est de retour : une nouvelle licorne arrive ! Pasqal, une société spécialisée dans l’informatique quantique, se lance dans un nouveau défi audacieux, celui de l’introduction en bourse. Et pour ce pari, elle choisit… le Nasdaq américain.

Oui, vous avez bien lu : suite aux travaux d’Alain Aspect, prix Nobel de physique en 2022, l’Hexagone aura permis l’émergence d’une belle entreprise qui aura choisi la finance et la bourse américaines pour les prochaines étapes de son développement.

Les faits sont simples et méritent qu’on s’y arrête un instant.

Pasqal, née à Palaiseau dans le giron de l’excellence académique française, vient de lever 340 millions d’euros et prépare une entrée au Nasdaq, pour une valorisation de deux milliards de dollars. Une cotation parisienne sur Euronext est vaguement envisagée, « plus tard, peut-être en 2027 ».

Bref, Paris passera après et pour une raison qui ne surprendra que les plus naïfs ou les plus bornés : « l’accès aux capitaux internationaux » ce qui veut dire concrètement que les investisseurs américains ont des carnets de chèques plus épais et une appétence pour la tech que la place de Paris ne parvient décidément pas à susciter.

Loin d’être une exception qui confirmerait une règle tacite selon laquelle la Start-Up Nation permet l’émergence de nombreuses licornes sur son sol, Pasqal n’est en réalité que le dernier avatar d’une longue liste de fuites de pépites, discrètes mais répétées loin du sol national.

Le phénomène ne date pas d’hier. Dès 2013, Criteo ouvrait le bal en s’introduisant directement au Nasdaq, récoltant au passage 33 % de hausse le premier jour pour une valorisation de deux milliards de dollars. En 2016, c’est Talend qui lui emboîtait le pas, avec 40 % de hausse à l’ouverture et 94 millions de dollars levés sur la même place new-yorkaise. Le message était limpide : pour réussir en bourse, il faut aller là où se trouvent les investisseurs qui comprennent la tech… C’est-à-dire manifestement pas à Paris.

La suite a confirmé la tendance avec une régularité de métronome.

Dataiku a carrément délocalisé son siège social à New York en 2019, invoquant sans rire la nécessité de « conquérir le monde » ce qui semblait apparemment impossible depuis le XIe arrondissement. Valorisée aujourd’hui à 4,6 milliards de dollars, elle prépare sa fusion avec sa filiale du Delaware, achevant ainsi une américanisation méthodique.

Algolia, surnommée le « Google français », n’a même pas attendu de devenir licorne pour filer : dès 2015, après un premier financement de 18,3 millions de dollars, le siège social migrait à San Francisco, permettant à la start-up d’accrocher les grands comptes américains que le carnet d’adresses parisien ne pouvait apparemment pas lui fournir.

Quant à Aircall, licorne de la téléphonie cloud, elle a suivi le même chemin en installant son quartier général outre-Atlantique dès 2016.

Et tant qu’à parler d’exception, comment ne pas évoquer le cas de Deezer, qui a justement choisi une introduction à Euronext en juillet 2022 pour aboutir à une contreperformance phénoménale de -22 % le premier jour, dont le titre ne s’est jamais remis. Voilà qui a dû convaincre les derniers hésitants : choisir Paris, c’est risquer le naufrage.

En réalité, c’est une véritable hémorragie de licornes qui atteint la France, dans une relative décontraction des médias qui continuent de louanger la French Tech et autres balivernes du même tonneau, et des politiciens qui n’y voient qu’une vague occasion de faire perdurer un capitalisme de connivence qui n’a jamais profité qu’à un petit cercle restreint d’initiés.

Les raisons de cette hémorragie sont évidentes et d’ailleurs évoquées par chacune de ces entreprises, soit à mots couverts, soit clairement en fonction du contexte économique.

La fiscalité tout d’abord. Proprement punitive avec un taux d’impôt sur les sociétés à 25 %, quand l’Irlande pratique 12,5 % et les États-Unis 21 %, la France part avec un handicap structurel. Mais c’est sur la fiscalité des fondateurs et des salariés que le bât blesse le plus cruellement : la taxation des plus-values à 30 % assortie de contributions exceptionnelles, un régime de stock-options d’une complexité byzantine et des BSPCE au cadre juridique aussi flou qu’instable transforment chaque succès entrepreneurial en cauchemar fiscal.

L’accès aux capitaux ensuite. Cela reste le talon d’Achille de l’écosystème français : les valorisations américaines dépassent de 30 à 50 % celles obtenues en Europe à profil équivalent. La liquidité du Nasdaq et du NYSE écrase celle d’Euronext, et les investisseurs institutionnels américains disposent d’une appétence pour la tech que leurs homologues européens, souvent plus frileux et plus conservateurs, peinent à reproduire. Quand Pasqal invoque « l’accès aux capitaux internationaux », c’est une façon polie de dire que l’argent intelligent se trouve ailleurs.

La complexité administrative française, enfin. Elle agit comme un repoussoir permanent : dans un écosystème où l’agilité est une condition de survie, la rigidité réglementaire hexagonale, légendaire, épique même (du droit du travail aux normes sectorielles en passant par les obligations déclaratives) constitue un frein que les entrepreneurs les plus déterminés finissent par contourner de la manière la plus radicale qui soit : en partant. Et comme chaque succès outre-Atlantique en inspire d’autres, un cercle vicieux s’installe où les « success stories » américaines attirent mécaniquement les suivantes, appauvrissant un peu plus l’écosystème national à chaque départ.

Compte tenu de ces éléments, on comprend une réalité douloureuse mais indépassable : le cas Pasqal n’est que l’arbre qui cache la forêt. Derrière cette licorne quantique qui trottine vers le Nasdaq se dessine la tendance lourde d’une Europe qui forme des champions pour les voir partir aux États-Unis, faute de terreau fertile sur le Vieux Continent. La France, véritable fer de lance de la bureaucratie métastasée et de la surréglementation hystérique, semble incapable d’inverser la tendance dans laquelle chaque Dataiku, chaque Algolia qui part affaiblit un peu plus l’écosystème et renforce l’hégémonie américaine sur les technologies d’avenir.

Emmanuel Macron, en fait de « Start-up Nation », a réussi à créer une « Fed Up Nation » dont les pépites, écrasées par les impôts, les normes et les boulets administratifs, finissent par devenir licornes outre-Atlantique.

C’est un bel échec.

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Commentaires18

  1. Franck

    En l’occurence, un des articles explique le « pourquoi » du Nasdaq : Pasqal est intégré à une « coquille vide » déjà créée et cotée outre-Atlantique, ce qui lui permet de gagner beaucoup de temps sur les démarches, et poursuit ses démarches pour la Bourse de Paris en parallèle.

  2. Dom17

    Un article à mettre en lien avec celui de lundi, en ce qui concerne l’accès au capitaux internationaux. A l’heure où Trump se bat pour sauver le dollar à tout prix, la France n’est plus grand chose compte tenu de toutes les actions de sabordage de Macron.

    1. Franck

      Coïncidence, je ne crois pas !! Le but étant de saboter et « briser » chaque état pour en faire une simple province du « pays » Europe, et quand le FMI aura taillé dans tout ça, les sombres connards qui nous gouvernent passeront pour les héros qui ont empêché que la situation soit bien pire encore…

      1. Theo31

        La France doit devenir une région du Grand Reich allemand avec un Kéké rose déguisé en gauleiter pour gérer les affaires courantes.

  3. Theo31

    On pourrait citer des centaines d’exemples de chercheurs qui se sont barrés a l’étranger, le plus emblématique étant JP Petit avec sa magnétohydrodynamique.

    La France n’a pas besoin de savants, elle a juste besoin de pauvres qui votent bien.

    1. P&C

      Tu oublie la biologiste moléculaire à l’origine de crisp/cas9.

      Lorsqu’elle a voulu rentrer en France, cnrs et inserm n’ont pas été fichus de lui créer un poste.

  4. du

    Com’d’hab , on est foutus et le tableau est implacable . De plus , la taille démesurée des investisseurs institutionnels américains pèse lourdement dans la balance

  5. perecolateur

    Vu la vitesse ou ça va en ce moment, même l’écosystème US est trop lent.

    Faut faire d’abord, et voir par la suite comment se défaire de tous ces machins administratif d’un autre temps, peut importe les moyens.

  6. bob razovski

    Je ne serais pas si inquiet.
    La tendance française à fabriquer des champions va finir par disparaitre et de facto, nous n’aurons plus à craindre l’exode des licornes puisqu’il n’y en aura plus.
    Soyons positifs, que diable !

  7. Titi

    Ce n’est pas que les investisseurs français ne comprennent pas la tech. C’est que toute plus value sera taxée à 30%, les dividendes aussi. Donc déjà il faut sous coter une entreprise française de 30% pour compenser. Puis il y a l’impot sur les sociétes, 33%. Sous coter encore.
    Mais c’est pas fini, il y en a encore. Si les entreprises surperformaient de 1/(1-0.7)/(1-0.33)=+90% pour compenser, tout irait bien. Mais c’est pas le cas, le PIB par habitant aux US est 2.5x plus élevé. Il y a donc (au moins, car la richesse est loind d’être uniformément répartie) x2.5 de capitaux disponibles aux US, avec une rentabilité potentielle de +90%. Oui, il faudrait que les services publics, la protection de l’état, la sécu etc, soit tellement bien qu’une entreprise qui reste en France surperforme de 90% grâce à cela pour que ce soit intéressant de rester en France.
    En fait les start up vont complètement à l’encontre de l’esprit français. Developpement rapide, bousculement des normes et modèles établis, très fort risque (et retour), investissement via l’élite financière. Le système français est construit pour un marché ultra mature, avec des grosses entreprises qui ne changent pas ou presque, et les normes sont là pour que le petit consommateur ne soit pas abusé par ces géants. Il est impensable qu’un simple jeune, 20 ans plus tard, devienne milliardaire à la tête d’une grosse entreprise nouvelle. Cela doit venir de la pensée marxiste, dans laquelle l’élite ne change pas, les petits n’ont aucune chance, tout est figé et l’état est là pour protéger les petits.
    Si ces entreprises reviennent en France, ce sera lorsque leur marché sera bien plus mature, sous forme de filliales, et avec demandes de subventions. Car c’est ça l’intérêt de la France, les subventions, mais qui ne sont qu’accordés aux gros par les politiciens.

  8. Gerldam

    « La France n’a pas besoin de savants ». Formule bien connue datant de la révolution française.
    Comme quoi les crétins de socialos de 1792 sont toujours aussi crétins en 2026. Quelle continuité dans l’erreur! Un chef d’oeuvre.

  9. breizh

    pendant ce temps en France : reseauinternational.net/si-personne-ne-resiste-5000-nouveaux-radars-seront-bientot-installes-en-ville-debitant-des-pv-a-135-e-des-51-km-h/

    1. bob razovski

      Le bon titre est : « 5000-nouveaux-radars-seront-bientot-installes-en-ville-debitant-des-pv-a-135-e-des-51-km »
      Quelle drôle d’idée d’avoir ouvert avec « Si personne ne résiste » alors que nous sommes en france.
      C’est aussi con que de titrer « si les collectivistes devenaient libéraux… »

    2. nemrod

      Ce qu’il y a de positif c’est que le bobard initial de la Sécurité Routière est maintenant est maintenant très clair même pour mougeon le plus convaincu.

  10. P&C

    Dataiku, un peu aride au premier abord, mais pas si mal en fait pour faire du pipeline no code. Tu peux aussi faire du ml dl avec les modèles les plus courants pour ce que je fais, c’est superflu, mais pour des boîtes avec des équipes et du clous, ça fait sens
    Je ne savais pas que c’était une boîte fr.

  11. Gerldam

    On dit souvent que l’avantage majeur des USA est le dollar.
    En fait, je pense que leur avantage majeur, c’est la profondeur de leur marchés de capitaux, qui vient lui-même du fait qu’ils ont compris les éléments d’économie capitaliste, notamment q’une entreprise a besoin de trois choses:
    – un fou furieux, nommé entrepreneur qui est prêt à risquer beaucoup et à travailler 65 heures par semaine pendant longtemps
    – des talents pour développer l’idée de départ
    – la chose la plus rare de toutes: le capital

    Accesoirement aussi un environnement « business friendly ».

    1. P&C

      Capital et main d’œuvre limitantes, c’était les problèmes de l’humanité avant la révolution industrielle.

      Aujourd’hui, on a plein de chomeurs, et des bulles dans tous les sens.

      L’ue qui se voulait la première région en terme de pub est un échec. 30% inférieur à celui des USA… et en plus, mal orienté. Mais ca ne suffit pas à expliquer ces échecs.

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