Chouette, la Morinade de Janvier est arrivée !

Papy Morin n’avait pas trop sévi en 2012 (encore que) et on craignait l’assoupissement fatal. Il n’en est rien : après un passage en fanfare en janvier 2011 et que j’avais relaté ici-même, il nous revient plus en forme que jamais pour nous distiller son huile essentielle de Fumistus Rigolans.

Edgar s’est donc attablé, a poussé son bol de soupe refroidi, a pris son gros Mont-Blanc et un cahier petit format petits carreaux à spirale sans marge, et a commencé à écrire de sa main un peu tremblotante, parcheminée par l’âge et les longues séances d’écritures à la faible lueur d’une bougie comme on en faisait encore au siècle précédent (mais si). Puisant dans les quelques forces que le bouillon de légume tiédasse, servi par une infirmière un peu acariâtre, lui avait conféré, le vieil homme a fermement rassemblé ses pensées (forcément complexes™) et, dans une expiration bien régulière, écrabouillé sa plume sur le papier en faisant une grosse tache. Immédiatement, Le Monde s’est emparé du résultat.

Comme on pourra le lire, le but de Morin cette année est de nous faire prendre un petit toussotement d’air tiède aux odeurs pesantes pour une brise printanière. En camouflant habilement des banalités confondantes et des inepties consternantes dans un épais nuage de verbiage opaque comme l’encre d’une seiche effarouchée, Edgar confirme sa maîtrise du pipotron, et ce, dès les premières phrases :

« Une telle pensée doit être consciente de l’erreur de sous-estimer l’erreur dont le propre, comme a dit Descartes, est d’ignorer qu’elle est erreur. Elle doit être consciente de l’illusion de sous-estimer l’illusion. »

Une telle pensée (qui est, je le rappelle, une pensée complexe™®© by Morin) devrait aussi être consciente de l’immense confusion que provoque ce déluge de charabia obtenu par agglutination de concepts mous et collants comme un camembert trop fait. Descartes, eut-il été vivant, se serait probablement offusqué de trouver son nom dans tel galimatias. D’autant qu’il est suivi de :

« (Erreur et illusion) ont conduit Staline à faire confiance à Hitler, qui faillit anéantir l’Union soviétique. »

Zut et crotte, avec tout ce bouillon d’erreur et d’illusion, Staline a été tout confusionné dans sa tête par Hitler (dont tout le monde sait que c’était un vilain, lui). Alors qu’en fait, avant l’intervention d’Hitler, Staline était un type pondéré même si l’Holodomor, située avant l’accession de l’Autrichien au pouvoir, donnait une assez bonne mesure de ses qualités de discernement, d’empathie et de lucidité. Mais baste, passons : avec cette jolie saillie, Morin arrive à placer Staline et Hitler dans un texte dans lequel on trouve aussi le printemps arabe, une réforme scolaire et des considérations sur la gauche en général. C’est confus, mais on voit que si ça peut arriver à Staline, ça peut aussi arriver à Morin puisqu’il nous explique, l’œil rendu hagard par tant d’efforts intellectuels :

aujourd’hui règne encore l’illusion d’une sortie de la crise par l’économie néolibérale

Comment lutter contre cette domination néo-ultra-libérale ?Ah oui, cette fameuse économie turbolibérale, dont tout le monde a fort souvent entendu les méfaits mais dont personne ne peut s’accorder sur la définition précise et dont tout montre qu’elle est un joli napperon brodé jeté sur une sociale-démocrassie toute baveuse de corporatisme et de capitalisme de connivence bien compris des élites. Ici, Papy Edgar joue sur du velours côtelé, celui d’un de ses vieux pantalons qu’il ressort de temps en temps pour lui ôter ses lourdes senteurs naphtalines : après avoir déploré le triste acoquinement stalinien avec Hitler, on va cogner sur le néo-turbo-ultra libéralisme, parce que c’est permis et même conseillé.

On aurait aimé, pour rire, que le piposophe détaille ce qu’il avait derrière la tête lorsqu’il a gribouillé le mot libéralisme sur son petit cahier. Mais le secret, pour garder toute la bonne complexité à sa pensée, c’est de ne surtout pas s’attarder, sinon le temps d’analyse du lecteur augmente et la magie n’opère plus. On passe donc, aussi vite que possible, à une autre goutte de sagesse subtile Made By Morin :

« L’erreur n’est pas seulement aveuglement sur les faits. Elle est dans une vision unilatérale et réductrice qui ne voit qu’un élément, un seul aspect d’une réalité en elle-même à la fois une et multiple, c’est-à-dire complexe. »

Notez qu’ici, ce que veut dire Edgar, c’est que « la réalité est plus complexe que ce qu’en disent les gens », ce qui est, on peut le dire, d’une banalité assommante dit comme ça. D’où l’usage d’une pensée complexe™®© qui permet de faire passer cette idée parfaitement ordinaire sans faire gémir d’ennui le rédacteur en chef du Monde. S’en suit quelques paragraphes vaguement pertinents mais évidemment très délayés dans lesquels le vieil homme constate que la politique française, c’est de la grosse daube vide, et que l’enseignement, c’est plus ce que c’était, ma brave dame, où va le monde et tout ça, pour insérer une petite perle au passage :

« Paradoxalement l’amoncellement sans lien des connaissances produit une nouvelle et très docte ignorance chez les experts et spécialistes, prétendant éclairer les responsables politiques et sociaux. »

Elle est jolie, et elle est résumée en quelques mots : « pfoulala, tout cette science sans conscience, ce n’est qu’une ruine de l’âme et des experts qui pipeautent ! » … Heureusement, Edgar, lui, peut ressortir son costume en spandex rouge (forcément rouge) de Mythoman et s’envoler dans le soleil couchant pour aller expliquer aux responsables politiques ce qu’il faut comprendre, car lui, il a tout compris. Lui, c’est un expert et un spécialiste, mais pas pareil. Lui, il a du savoir connecté. Lui, il a appris à la vieille école. De son jeune temps, c’était autre chose ! Au passage, je serais Attali, j’aurais mal pris la pique de Morin.

Mais passons, tout cela ennuie déjà papy Edgar. Il rebondit, virevolte et repart bien vite sur un autre sujet : les rassemblements de protestants en Europe, aux États-Unis, les printemps arabes, et tout ça, qui montrent que des fois, ça marche. Et des fois, ça ne marche pas. Probablement un problème d’énergie mal canalisée. Une énergie sociologique, bien sûr !

« une jeunesse … disposant d’une énergie sociologique perdue par les aînés domestiqués ou résignés »

Eh oui : les vieux, c’est mou et ça ne bouge pas, alors que les jeunes, ça se révolte et c’est plein d’énergie. Décidément, la morinade de janvier, ça dépote.

Papy Edgar réajuste son petit veston. Toutes ces vérités qu’il faut rappeler de temps en temps, toute cette énergie dépensée pour produire de la pensée subtile, tout ça l’a un peu secoué. Parce que le point d’orgue de cette enfilade de poncifs enrobés de papier brillant, c’est que la gauche n’est pas capable de s’adapter à la mondialisation, que la France est de droite (pouah, berk, berk), et qu’il va falloir tout repenser depuis le début. Pfouh. L’avenir s’annonce sombre.

Edgar Morin et ses morinades

Heureusement, le Prof Nouveau arrive. Grâce au recrutement de 6000 nouveaux enseignants, on va pouvoir s’occuper des « problèmes de la connaissance, l’identité et la condition humaines, l’ère planétaire, la compréhension humaine, l’affrontement des incertitudes, l’éthique ». Lire, écrire, compter, savoir faire une règle de trois, tout ça, c’est bien gentil, mais ce n’est pas tout à fait assez complexe. Alors que l’ère planétaire, ça claque bien de la Mamie (qui en a bien besoin de temps en temps).

Vous n’y comprenez rien ? Tout ceci vous paraît décousu ? C’est normal. Et pour le coup, ce n’est pas complexe, c’est juste parfaitement foutraque. En réalité, tout ce que veut Morin, c’est arriver à coller deux idées simples dans son amalgame confus de pâtes alimentaires colorées : la première est « Attention au progrès qui n’a pas que du bon en lui » et la seconde, présentée comme une conséquence vague de la première, « il faut dépenser des thunes pour s’aider les uns les autres ». Bien évidemment, ce n’est pas dit comme ça parce qu’alors, ce discours serait vu pour ce qu’il est : une bonne louchée d’un socialisme banal, mâtiné de conservatisme bien encroûté dans les frayeurs de son temps et le fumeux principe de précaution qui finit de formoliser complètement la France. Plutôt, c’est sorti ainsi :

Nous savons aujourd’hui que le progrès humain n’est ni certain ni irréversible.

Le progrès humain ne dépend fort heureusement pas des pensées de Morin, mais bien de l’âpre travail de millions de chercheurs, d’ingénieurs, de gens ordinaires qui ne font pas des phrases alambiquées mais bricolent ou œuvrent tous les jours à l’amélioration de leur sort ou de ceux qui leurs sont proches. Et ça marche. Ça marche si bien qu’un type comme Morin peut filer sa purée à lire sur Internet à des centaines de milliers de gogos (à ce sujet, les commentaires de sa production dans le Monde sont intéressants puisqu’un paquet note que la bouillie morinesque n’est toujours pas bonne).

Et pour ce qui est de claquer du pognon gratuit, on le fera ainsi :

C’est pourquoi (…) une grande politique de solidarité devrait être développée, comportant le service civique de solidarité de la jeunesse (…) et l’instauration de maisons de solidarité vouées à secourir les détresses et les solitudes.

On pourrait lire ça dans tant de programmes politiques, l’entendre sortir de la bouche (ou de l’anus ?) de tant de politiciens qu’encore une fois, le retrouver sous les gribouillis de Morin, ce Yoda de Prisunic, n’étonne pas. En fait, la pensée complexe™ de Morin, c’est tout à fait comme un bête minuteur mécanique pour cuisson des œufs, qu’on a emballé dans un immense et volumineux papier cadeau coloré bruissant et scintillant, et qui fait chping au bout de 4 minutes 38 au lieu de 3 minutes : un bidule ménager banal et qui ne marche pas, une quantité impressionnante de bulles sémantiques chatoyantes mais pleines d’air, qui, une fois éclatées, ne révèlent qu’un ou deux postillons savonneux, sans intérêt, déjà lu mille fois.

Tout ceci est fort rigolo, mais pourquoi diable ai-je alors choisi de vous entretenir de la production piposophique du vieux drôle ? Parce qu’en ressortant Morin, les médias, les politiciens et une catégorie d’élites défraîchies montrent qu’ils aiment s’analyser profondément le nombril dans un maelström de concepts abstraits, confus et inarticulés pour ne surtout pas voir à quel point la France est loin des lumières qu’elle a incarné jadis. Papy Edgar est un individu qui aura réussi à se tailler une jolie place dans la société française autant par chance que par talent, si ce n’est plus lorsqu’on sait qu’il fut résistant lorsqu’il fallait l’être, communiste lorsque c’était commode, socialiste lorsque ça rapportait ; c’est aussi un vieil homme qui ressort (dans le désordre) ses marottes d’il y a vingt, trente, quarante et cinquante ans, celles qui l’ont fait connaître, mais qui, à l’analyse, ne sont qu’un gloubiboulga dont aucune version intelligible n’existe en moins de 6 volumes (et encore). Avec son âge avancé, Morin bénéficie immédiatement de la bienveillance de tous, même lorsqu’il radote des trucs qui n’ont ni queue. Dès lors, personne n’osera dire clairement qu’on n’entend rien à son charabia et qu’il travestit sa purée en raisonnement derrière des cataractes de références multiples pour noyer toute contestation.

Or, ce comportement (de verbiage insensé) est exactement celui qui permet à nos politiciens de perdurer à leur poste. En dépoussiérant ainsi le Morin (ou en nous vaporisant des sueurs d’Hessel, c’est kif-kif), ils continuent à prétendre trouver auprès de Grands Penseurs Séminaux De Ce Siècle Et Du Précédent les appuis (philosophiques, intellectuels) nécessaires à continuer leurs conneries dépensières. Derrière le gentil visage fripé du joueur de flûtiau se cache en réalité toute la cohorte de bien-pensants pétris d’idées aussi merveilleuses que creuses qui ont un besoin immense de votre temps, votre argent et votre bienveillance.

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Commentaires96

  1. Le Gnôme

    Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément. (Boileau)

    A contrario, quand la pensée n’est pas claire, on arrive à ces phrases incompréhensibles.

    J’ai failli me tromper de Morin, au début j’ai cru que c’était Hervé !

    1. Higgins

      Idem pour moi. Hélas, ils sont donc au moins deux. Sinon, comme le précise Niko, on dirait du Pierre Dac, le talent en moins bien sûr.

  2. Niko

    Il s’est surement inspire de Pierre Dac…
    Il a juste retire les « et reciproquement a fortiori »…

    C’est un article grandiose! Merci de me faire rire de si bon matin!

  3. Aristarque

    Des points Godwin en pagaille!!!…
    L’annonce que le camarade Staline aurait signé le pacte germano-soviétique de non-agression, à l’insu de son plein gré totalement abusé par Hitler!!!…
    6.000 profs formés par l’ED Nat (!), surgissant tout armés de la cuisse de l’Ed Nat en y ayant reçu une « formation de professeurs d’un type nouveau, aptes à traiter les problèmes fondamentaux et globaux ignorés de notre enseignement : les problèmes de la connaissance, l’identité et la condition humaines, l’ère planétaire, la compréhension humaine, l’affrontement des incertitudes, l’éthique », rien de moins!!!…
    Rien qu’avec cela, on a des doutes sur l’intégrité des circuits neuronaux encore en fonction chez Papy Edgar…

    Mais lire cela, incluant forcément Mimolette :
    « cette docte ignorance est incapable de percevoir le vide effrayant de la pensée politique, et cela non seulement dans tous nos partis en France, mais en Europe et dans le monde ».
    et lui demandant en conséquence :
    « Cela suppose, à partir d’un diagnostic pertinent, d’indiquer une ligne, une voie, un dessein qui rassemble, harmonise et symphonise entre elles les grandes réformes qui ouvriraient la voie nouvelle »…

    montre que les ravages sont consommés…

  4. tn

    Waaaahaahahahah, houhouhou, stop, ça fait mahahahalll, houhou…

    C’est mieux que du Desproge, tout ça.

    A part ça, « d’élites défraîchies montrent qu’ils s’aiment s’analyser profondément le nombril « , un petit problème de tournure, peut-être?

        1. Fergunil

          @pak : j’avais pensé à la même chose, mais même sans déformer l’idée de détresse et solitude, de tels lieux semble socialement bénéfique : un endroit ou les gens qui n’ont plus rien ou presque peuvent aller chercher de l’aide, des soins …
          Le problème d’un tel lieu ? La grande majorité des gens « en détresse » en France constateront rapidement qu’ils sont loin d’être à plaindre comparé aux gens qui auraient réellement besoin d’un tel lieu.
          Je pense que la grande majorité des gens qui se plaignent ne veulent surtout pas savoir qu’il y a des gens plus à plaindre qu’eux …

        2. Théo31

          L’autre problème est celui des passagers clandestins. Les restos du coeur en ont fait l’expérience : il faut maintenant prouver que l’ont est dans le besoin. Des faux pauvres ou des faux SDF, il y en a un sacré paquet.

        3. Calvin

          @Théo31
          Les passagers clandestins de ce type (économique) ne sont pas si importants.
          Le problème le plus grave, ce sont les fausses élites et les faux génies : il y en a un sacré paquet dans les médias et la politique…

  5. Nocte

    La lecture a oscillé entre le risque d’endormissement et l’énervement. Néanmoins, j’en ai ressorti une nette tendance à cibler l’éducation. Je donne peut-être trop d’importance aux « pensées complexes », mais l’histoire du 20ème siècle me rappelle que l’endoctrinement est passé par l’éducation.

    « l’occasion d’une réforme de la connaissance et de la pensée par l’éducation publique est aujourd’hui présente »

    « Nous sommes dans une civilisation où se sont dégradées les anciennes solidarités, où la logique égocentrique s’est surdéveloppée et où la logique du « nous » collectif s’est « sous-développée » »

    Pour paraphraser un auteur bien connu :

    une éducation pour les trouver
    une éducation pour les amener tous
    une éducation pour les gouverner tous
    et dans le collectivisme les lier.

    1. tn

      « Je donne peut-être trop d’importance aux « pensées complexes »  »

      Je cite : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire … »

      Le reste n’est que de l’enfumage.

      1. Nocte

        Certes, mais justement, certaines phrases sont, comme le dit H16, sans queue ni tête, alors que d’autres sont bien plus claires dans leur énoncé et ce sont ces dernières qui parlent d’éducation de la jeunesse et de développement du « nous collectif ».

        Mais tu as sûrement raison, je suis certainement trop méfiant à l’égard des élucubrations d’un piposophe de compétition.

        1. tn

          Non, non, tu n’es pas trop méfiant.

          La règle de base en piposophie, c’est « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ». Sinon, les lecteurs risqueraient de comprendre.

    2. gem

      S’il y a un « nous collectif », c’est sans doute qu’il y a un « nous singulier » ? J’en suis ; enfin, nous en sommes ; nous voulons comprendre…

      1. hipparchia

        Le concept de liberté dans le cadre d’un débat imposé par une institution m’apparaît un brin contradictoire.

        De toute façon, il ne me semble pas que l’école ait à devenir le lieu des débats d’opinion. Elle n’a pas besoin d’être plus instrumentalisée qu’elle n’est, ce qui n’a pas grand chose à voire avec la liberté de pensée.

        1. Higgins

          L’institution défend des principes qui vous n’agréez peut être pas mais elle a le devoir, mine de rien, de les défendre. Personnellement, mes enfants sont dans des écoles privés car, entre autres choses, j’estime qu’ils y sont nettement plus respectés que dans le public. J’ose espérer (mais j’avoue craindre le pire en la matière) que le mot Liberté qui s’affiche encore à la tête de nos édifices publics n’est pas là uniquement pour faire beau. Posséder une majorité politique n’autorise pas tout. Malheureusement, je sais que ce n’est pas là un principe très en vogue dans ce pays. Ceci dit, le débat reste très libre au sein des établissements privés que je connais et il n’y est absolument pas question de fustiger tel ou tel attitude. Les parents qui ne sont pas d’accord avec ce point de vue sont toujours libres de mettre leur progéniture dans le public. Cette dernière y verra, j’en suis certain, la plus grande pluralité de pensées qui soit ainsi qu’un grand respect des opinions divergents de la doxa officielle. Certains enseignants poussent l’esprit pédagogique jusqu’à inciter leurs élèves à faire la grève à leur place (c’est arrivé dans un Lycée public proche de chez moi). Et puis, ça se saurait si l’enseignement public n’était pas neutre.

  6. Lahili

    En fait, la première phrase citée pourrait être le prélude à un exercice salutaire : l’auteur vénérable se remettant en question, et se demandant s’il n’y a pas eu des erreurs ou des illusions qui l’ont aveuglé lui personnellement dans le passé.
    Évidemment, les lecteurs échapperont à un article aussi intéressant, puisqu’il s’agit en fait de critiquer l’ultra-néo-turbo-libéralisme, dont chacun sait qu’il est la pensée dominante. Cette pensée est d’ailleurs tellement dominante que tout le monde la critique, en tout cas dans le paysage médiatique français.

  7. Anankè

    Excellent billet.
    Vous devriez également vous intéresser à Max Gallo.
    Je l’ai entendu dans l’Esprit Public sur France Culture, avec pour sujet la Pauvreté (avec un grand P bien sûr). J’ai l’impression qu’il n’a plus toute sa tête, ce qui ne l’empêche pas de pontifier.
    En effet, la vieillesse est un naufrage.

      1. Calvin

        C’est plutôt la vieillesse qui recycle de vieilles antiennes qui est un naufrage.
        Et Morin en est le célèbre Titanic.

        Comment peut-on avoir tant vécu, et continuer à rabâcher les mêmes faux problèmes, les mêmes fausses solutions, les mêmes faux sauveurs ??
        Qu’un jeune se trompe, quoi de plus normal.
        Qu’un vieux, cultivé de surcroît, se permette de continuer dans l’erreur à chaque fois est impardonnable.

        1. Nocte

          ici est la réponse : « Une telle pensée doit être consciente de l’erreur de sous-estimer l’erreur dont le propre, comme a dit Descartes, est d’ignorer qu’elle est erreur. Elle doit être consciente de l’illusion de sous-estimer l’illusion »

          Lui, il est conscient d’être dans l’erreur, donc il ne l’ignore plus, donc il est conscient, donc il n’est plus dans l’erreur puisqu’il est conscient d’être dans l’erreur.

          Ca ne me réussit pas le sandwich pain suédois/jambon/cheddar

    1. NewParadigm

      Étrange qu’entre tous les participants à la tilleul party de Philippe Meyer, le pontife pontifiant de la bien-pensance, tu cibles Max Gallo. Ces dernières années, il a été le seul à tenir tête à la meute sarkophobe déchaînée — y compris l’ondoyant Jean-Louis Bourlange (aujourd’hui ils sont le plus souvent du même côté). Non, le pire dans ce café du commerce c’est le directeur d’Alternative économique (la bible des profs d’éco des lycées, c’est dire…), Thierry Pech. Benjamin de la bande, et pas plus compétents que les autres (il faut l’entendre parler de la compétitivité française…), son arrogance et son mépris souverain pour tout ce qui ne pense pas comme lui sont comiques. Et apparemment c’est le dauphin que s’est choisi Meyer.
      Non, Gallo, c’est un modeste, un courageux et il a du talent.

  8. Pascale

    «  » »après avoir déploré le triste acoquinement stalinien avec Hitler, on va cogner sur le néo-turbo-ultra libéralisme, parce que c’est permis et même conseillé. «  » »

    Dans leurs fantasmes gageons qu’ils croient dur comme fer qu’Hitler était un néo-turbo-ultra libéral. Ca doit d’ailleurs être pour cette raison non avouée que cet homme est encore censé symboliser le Mal (avec une majuscule, s’il vous plait)de nos jours.

    1. Ron Paul

      Effectivement, ce qui est horripilant et lassant, c’est que le libéralisme, qu’ils ne connaissent absolument pas, qu’ils n’ont jamais pris la peine d’étudier, voire de lire, (  »Le Capital » de Karl Marx, fait déjà plier leurs tables de nuit, il n’y a plus de place) et malgré tout la source de tous nos maux.

      Nous sommes sous le joug d’un pays communiste depuis de Gaulle, mais dés que quelque chose foire, c’est-à-dire à chaque fois, justement c’est à cause du libéralisme ? Pour faire bon poids ils le transforme en néo, ultra, turbo ! Et le bon peuple gobe goulûment.

      Rappelez-vous Talonnette, dès qu’il prenait une mesure de bon sens, (oui, c’était pourtant rare) se faisait déjà traiter dédaigneusement de libéral, hors qu’il l’est autant que nous sommes curés de campagne.

  9. Mominette

    Analyse jubilatoire qui me fait songer à un autre ténor de la pensée hexagonale, Cohen-Séhat, réputé ponte de la réflexion sur les mass media.

    Un bouqin que j’avais dû résumer, en me tordant les méninges, me demandant à chaque page « qu’est-ce qu’il a dit le Monsieur » ? En finale, un résumé d’une page et demi dactylographiée, dont pas une idée ou une nuance ne manquait !

    Après examen sidéré, le Jury de l’Université m’a accordé un 18 … et Cohen Séat a disparu des livres recommandés :-)

    Ces spécialistes ne sont que rarement contestés, parce que personne n’en lit plus de deux pages … Et leur petite philosophie est un vague blanc d’oeuf qu’ils battent en neige inlassablement :-)

  10. Jazzman

    « Papy Edgar est un individu qui aura réussi à se tailler une jolie place dans la société française autant par chance que par talent ».
    Sa bio Wikipédé commence par « D’origine juive séfarade ».
    Je dis ça comme ça…

  11. hipparchia

    Je suis fan du « comme disait Descartes », sans référence, évidemment. En même temps, comme l’a dit Babar, l’erreur et l’illusion c’est pas tout à fait la même chose.

    On devrait mettre des dates de péremptions sur les individus, ça serait plus simple.

    (Sinon, c’est pas « loin des lumières qu’elle a incarnées » ?)

    1. Calvin

      Des « comme disait », c’est la vraie bouillie philosophique.

      Mais ça peut être drôle.
      « Faut pas se laisser abattre », comme disait Kennedy.

  12. johnny_rotten

     » lorsqu’il fallait l’être, communiste lorsque c’était commode, socialiste lorsque ça rapportait  »

    Il a même été hippie (à San Francisco) en 1968, sous pretexte d’une étude sociologique…. payée par l’Etat (CNRS)

  13. Théo31

    « (Erreur et illusion) ont conduit Staline à faire confiance à Hitler »

    C’est bien connu, Staline s’est pointé avec des putes et du champomy (Hitler ne buvait pas d’alcool) pour signer le dit accord et amadouer l’animal.

    Faudrait que Morin se renseigne un peu avant de faire part de sa chiasse mentale : c’est Staline qui avait prévu d’attaquer (le 12 juillet) le premier mais Hitler l’a su assez tôt pour le prendre de cours.

    Les cons, ça ose vraiment tout.

  14. John Bigballs

    Ce bombardement permanent d' »experts » qui nous expliquent ô combien la situation est complexe et sa compréhension hors de notre portée…
    Qu’il faut les écouter, les laisser prendre « tout ça » en charge, les financer bien sûr, que la seule issue est de nous priver d’avantage de liberté
    et que notre contribution au monde consistera au mieux à obeir et « collaborer » par de petits gestes dictés comme trier ses poubelles, et bientôt peut être dénoncer son voisin.

    Certains pays ont une culture du do it yourself. Malheureusement nous avons celle du bullshit.

    Et les habitants ont beau essayer de s’accrocher à cette triste vision collectiviste du monde et de l’humanité dont on les abreuve du soir au matin, car ils ne connaissent pas mieux et qu’il faut bien se raccrocher à quelque chose, je crois pas que ça rende la chose moins laide, écoeurante, ou plus digeste pour quelqu’un.

    Parce ce n’est pas comme ça que la vie, la nature, l’homme fonctionne. La liberté éclaire, rend les choses simples, limpides, faciles, nous donne du soleil au fond de nous.
    Au contraire l’esclavage collectiviste se ressent comme une envie de vomir qu’on tente de camoufler, déguiser pour mieux la refouler.

    Combien de temps peut on refouler une envie générale de gerber ?

    1. Pascale

      Vous, moi, tous les libéraux ont envie de gerber. Mais les Français n’en ont pas envie, ils croient qu’ils sont protégés et qu’ils doivent l’être encore plus. Ca les rassure facticement, et là on est, en effet, dans l’illusion la plus totale. Alors, comme ils sont déshumanisés, ils consomment des anxiolytiques …

      1. dan_bn

        La preuve, c’est quand par miracle, France 2 leur pond un scénario crédible de désintégration de l’UE, ils ferment les yeux en disant : « cachez cette vérité que je ne saurais voir ».
        On voit bien que pour la majorité il vaut mieux entendre : « c’est un peu dur actuellement, à cause de nos prédécesseurs, mais n’ayez pas peur, nous politiciens aguerris, on va vous régler ça d’ici un an ou 2″.

        1. Théo31

          Il faudrait leur filer la liste des défauts de paiement souverains dans l’Histoire établie par Rogoff et Reinhart dans Cette fois, c’est différent : la France y figure en très bonne place avec l’Espagne. Il n’y a pas que la Grèce qui se retrouve dans la panade. La France aura droit à sa « saignée » comme on disait sous l’Ancien Régime. Mais comme le pays baigne dans le national-socialisme depuis des décennies, on préfèrera accuser les ennemis imaginaires du socialisme de son échec plutôt que d’ouvrir les yeux et affronter la réalité qui est que le socialisme ne fonctionne pas, n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais.

  15. simple citoyen

    Très bel ouvrage H! Dommage malheureusement que la matière initiale soit bien réelle. C’est si mauvais et pompeux que ça en devient effrayant.

  16. Ron Paul

    Le vieux débris à pourtant raison : plus on pédale moins vite, moins d’avantage on avance, ce qui nous fit tous comprendre dans une extase lucide la discontinuité de la matière, que les particules sont elles-mêmes animées de libido et surtout que si le cyclotron à piston, déraille, c’est la conséquence directe de la glace d’ Hitler qui avec son vélo roulait trop vite pour rejoindre la piste de danse de Staline.

    Nous le savons depuis longtemps le socialisme entraîne en plus de la ruine physique, la ruine intellectuelle, teintée de sénilité précoce et profonde, mais là ! bravo belle démonstration de la véracité de nos affirmations.

  17. peste et coryza

    Faisant beaucoup de concours, je peut vous dire que les idéologues sont très minoritaires.

    Aujourd’hui, c’est un sauve qui peut général. Tout le monde veut se planquer dans le public car c’est le seul secteur qui embauche sans réseau

    1. peste et coryza

      Désolé, problème de clavier.

      Je disais, le public aujourd’hui :

      – le seul secteur qui embauche sans réseau
      – sécu de l’emploi, paye parfois supérieure au privé.
      – seul secteur où des gens ayant des compétences pas assez pointues, et/ou des écueils professionnels ou/et personnels peuvent entrer.

      Bref, tout le monde sent la tempête arrive, et cherche à se protéger des vents mauvais.

        1. peste et coryza

          Si la Choucroute est le cerveau de Morin, alors il est le reflet de la situation des actifs du pays :

          On pédale dedans, à plein tubes…

  18. Calvin

    En même temps, c’est très révélateur de l’époque actuelle.
    « Tout » (comprendre en social-démocratie) a été tenté sans succès. Nos politiques et leurs experts sont face à leur incompétence, mais en accusent la nature humaine.
    Il ne leur reste qu’à se rendre compte que rien n’est bon, ni mauvais, tout progrès porte en lui sa régression (et réciproquement « comme disait l’autre »), ce n’est pas qu’on ne sait pas faire, mais voilà, le monde est trop complexe…

    Pfffff….

    En réalité, c’est plutôt assez simple : un bon coup de pied au fondement, duquel on aura préalablement sorti ses doigts, et on reprend les seuls trucs qui marchent : la liberté de faire, la propriété de soi, l’innovation et la productivité.

  19. ZorbaChief

    Oui, bon, à part des commentaires sur les points godwin et autres Troll, les commentaires ne se renouvellent pas, et le sujet même bien écrit tombe dans la facilité.

  20. Ron Paul

    Vous comprenez pourquoi, maintenant, la ‘’ bienpensance ambiante ‘’ dit toujours : ‘’ intellectuel … de gauche’’ jamais de droite ! Une fois n’est pas coutume : merci à eux.

  21. oleksiy

    Je suis impressionné par la référence à l’Holodomor (avec la translitération ukrainienne parfaite!) au lieu de « Grande Famine ».
    Pour ce qui est l’histoire de Staline avec Hitler il faut lire un certain Souvorov qui ne laisse pas de place au doute sur les intentions de Staline d’attaquer en premier… L’autre l’a simplement devancé.

  22. NOURATIN

    Mince, alors, je le croyais mort, celui-là.
    Mais suis-je bête, ça se serait su, voilà un garçon qui justifie plein d’éloges funèbres et peut être même des
    obsèques nationales quoique germanopratines…
    En attendant, il bouge encore et n’est même pas gâteux puisqu’il n’a pas notablement augmenté son niveau de niaiserie
    prétentieuse. Faut dire aussi, qu’à l’impossible nul n’est tenu!

  23. Pascale

    La prose de Morin reflète un esprit particulièrement snob. Ce doit être un vieux snobisme germinopratin qui fait qu’on aligne des mots à connotation intellectuelle comme on enfilerait des perles.

    1. JG2433

      Je voulais répondre au post de Rémi57

      Rémi57 dit,
      janvier 4 2013

      J’ai tout bien compris ce qu’il dit le morin !!! Ok, je sors !

  24. machicoulis

    Je vois bien que vous êtes dans la dérive négationniste des pluralités transversales et refondatrices qui font émerger les engagements citoyens durables dans l’altérité jubilatoire des problématiques de la normativité. Mais mon ressenti d’appartenance actualise les questionnements optionnels discursifs des conditionalités spécifiques dans la sidération compassionnelle de validation endomorphe des modules – en termes de transitivité verbalisante qui interroge les référentiels conviviaux. Enfin quoi !

  25. philipem

    « L’hyper-complexité m’hyper-enmerde ». Tel était le jugement de René Thom (médaille Field), sur cette mode, prétentieusement donneuse de leçons, de la pensée complexe.

  26. Tablis

    L’article de H16 me (et sans doute nous) rappelle amèrement o combien de Morin, de Hessel et consorts nous avons pu croiser lors de nos formations (principalement universitaires).

    Combien d’étudiants, englués dans le système français mais désireux de bénéficier d’une formation professionnelle, ont pu faire face a ces chronophages piposophistes ?
    Le système universitaire est plein de ces parasites qui s’écoutent parler ou, si ce n’est suffisant, obligent leurs étudiants a venir les écouter et applaudir (vécu).

    En fait, ce pays doit être foutu, car son état de déliquescence donne matière a s’exprimer aux parasites qui le fossoient.
    Plus que des parasites, ce sont des nécrophores.

  27. peste et coryza

    Le pire est que beaucoup d’étudiants croient en ces conneries (cela a été mon cas). Surtout en fac. En écoles d’ingés, ils ont apparemment des moyens de contre propagande.

    Heureusement, l’entrée dans la vie réelle et les problèmes qui vont avec constitue une bonne occasion de se vacciner contre ce genre de maladies de l’esprit.

    1. GM

      Des moyens de contre-propagande démoniaques, même, pour ce qui est des écoles d’ingé. Expérimentation, confrontation au monde physique, apprentissage du lien action-conséquences… Redoutable, novateur, fatal. D’ailleurs on observera facétieusement que la proportion de diplômés d’école d’ingé dans les canaux d’information pravdaïques paraît assez faible, a priori, à la louche comme ça.

      On ne peut plus en dire autant des écoles de commerce par contre, lesquelles réussissent de nos jours le tour de force de produire des pelletées de petits anticapitalistes gluants par wagonnets entiers.

  28. douar

    Je propose d’inscrire E.Morin au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il faudra bien sûr, choisir dans quelle catégorie on le mettra.

  29. Robert Marchenoir

    C’est du pipotron de mauvaise qualité.

    Ce qui est un exploit, tout de même. Car des pipotrons parfaitement performants, on en trouve à la pelle sur Internet, et pour pas un rond, encore.

  30. JS

    Quelle bonne tranche de rigolade !!

    Merci, même si une fois de plus on rit bien jaune de voir à quel point ce genre de trou du c’ sont devenus représentatifs d’une certaine France à la dérive..et ils entrainent tout le monde avec eux, petit petit, depuis 60ans..

  31. Crucol

    « servi par infirmière un » il manque un article.

    « qui n’ont ni queue. » …ni tête?

    sinon excellent article, on ne se lasse pas de vous lire et vous relire cher H16. vous m’impressionnez, ne vous laissez surtout pas subventionner!!

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