[Redite] Grâce aux taxes, la France s’appauvrit sans souci

Article initialement paru le 09.11.2018

Il y a un an, le pays commençait à se crisper franchement sur les prix du carburant, à l’époque tournant autour de 1,53€ le litre (gazole). Depuis, grâce aux efforts colossaux d’un gouvernement décidé, courageux et âpre à la tâche, on constate une baisse énorme puisque le litre ne vaut plus que 1,44€ et que les taxes ne frappent plus les carburants qu’à hauteur de 270% environ.

Comme les choses vont nettement mieux et que les perspectives s’éclaircissent, les revendications de l’époque, qui débouchèrent sur la crise des gilets jaunes, ont largement pu s’évaporer et ne reviendront plus. Les deux années qui restent à l’actuel locataire de l’Élysée se passeront donc sur du velours.

Quant au billet d’il y a un an, il se relit toujours avec les mêmes conclusions.

L’actuelle crispation des Français sur les prix des carburants a ceci d’intéressant qu’elle oblige enfin les grands médias et les politiciens à aborder la question de la fiscalité française. Bien évidemment, cela ne sous-entend en rien que le problème ait été correctement perçu et analysé, et encore moins qu’une solution opérationnelle sera bientôt mise en place. Nous sommes en France, après tout.

Il n’en reste pas moins que la presse se retrouve dans la position délicate de devoir brosser un état des lieux de cette fiscalité, tout en conservant à l’esprit que, pour une trop grosse partie de cette presse, cette fiscalité la fait vivre et qu’une obséquiosité dégoulinante envers le pouvoir n’est jamais une mauvaise chose.

Ceci donne donc lieu à d’amusants exercices journalistiques dans lesquels les taxes (sur les carburants puisque c’est le sujet actuel) sont disséquées de toutes les façons possibles tout en camouflant, avec plus ou moins d’habileté, que ces dernières n’ont pas arrêté d’augmenter et que même en inversant le calcul normal d’une taxe (c’est-à-dire en prenant sa part dans le prix TTC au lieux de calculer normalement sa proportion sur le prix HT), elles atteignent des niveaux stratosphériques (ce qui revient à pipeauter par exemple que les taxes sur les carburants forment 60% du prix TTC en omettant de dire qu’elles atteignent en réalité 200% du prix HT, ce qui rend la TVA et son taux de 20% presque indolore en comparaison).

Mieux encore : les mêmes journalistes, largement investis de la mission sacrée de défendre les taxes et le fameux consentement à l’impôt, voyant en outre que l’amalgame « grogne contre les taxes = mouvement fasciste et populiste » ne fonctionne plus, se retrouvent perdus dans des contorsions assez comiques pour montrer que l’État n’y est pour rien et qu’en réalité, ces taxes, même élevées, permettent (au choix) de lutter contre le réchauff le changement clima la pollution, de payer pour les routes trouées correctement déneigées et salées encombrées en hiver, d’éduquer vos enfants à braquer des profs ou d’assurer la sécurité des quartiers émotifs.

Moyennant quoi, il ne manquerait plus qu’un petit appel au don et l’affaire serait presque dans le sac.

Sauf que l’explication réelle sur l’explosion récente de ces taxes, ce n’est évidemment ni dans cette presse subventionnée ni auprès de ces journalistes bien en cour qu’il faudra la trouver. C’est au détour d’un article de Eric Verhaeghe qu’on la trouve et en substance, elle peut se résumer ainsi : l’État a d’autant plus augmenté sa ponction fiscale que les rentrées liées à la consommation diminuaient.

En effet, il apparaît qu’au cours des dernières années, la consommation – notamment de carburant – n’a cessé de décroître (on parle de plus de 10% en un an) au point que les rentrées financières liées aux taxes sur celle-ci ont diminué dans des proportions d’autant plus inquiétantes que, traditionnellement, le gouvernement ne sait jamais boucler son budget.

En bon perd père de famille, nos gouvernants ont donc progressivement augmenté ces taxes pour compenser comme ils pouvaient cette diminution inopinée des rentrées fiscales, punissant ainsi les Français de leur écologisme : moins ils utilisent leur voiture, plus ils sont taxés, illustrant par l’exemple à quel point il faut toujours faire attention à son environnement qui peut attaquer (fiscalement) de tous côtés.

Devant ces faits troublants (et pas abordés par la presse traditionnelle, trop occupée à commenter les niaiseries affligeantes du président commémoratif), on ne peut qu’aboutir à quelques constats pas très réjouissants.

Ainsi, on doit s’interroger sur les raisons profondes de cette baisse de consommation. Pour l’expliquer, il n’y a pas 36 raisons, mais globalement trois.

D’une part, force est de constater que les rendements des moteurs sont meilleurs et les progrès sont notoires. Comme le parc automobile est à peu près saturé en France (toute la population pouvant avoir un véhicule est maintenant servie), chaque renouvellement de véhicule se fait sans réelle augmentation du parc ; l’amélioration des rendements impacte donc directement et sensiblement la consommation globale. Comme dit plus haut, les automobilistes français sont en réalité de plus en plus écolos, et la tendance ne risque pas de s’inverser.

D’autre part, avec un carburant de plus en plus coûteux, il va de soi que les gens réfléchissent à prendre la voiture s’ils peuvent s’en passer. Et c’est ce qu’ils font. Non seulement, les moteurs consomment moins, mais les Français roulent eux-mêmes plus parcimonieusement (une baisse de 10% de distance parcourue a été ainsi constatée sur les motorisations diesel entre 2004 et 2017).

Enfin, à mesure que des solutions alternatives émergent, les individus consommateurs contribuables, bien forcés, les emploient. Le vélo, la trottinette, la voiture électrique finissent par gagner des parts de marché. J’éviterai ici d’évoquer transports en commun dont l’impact est au mieux nul, au pire négatif dans le tableau financier global (à moins que vous m’exhibiez un cas significatif de transport collectif qui ne soit pas structurellement en faillite dans le pays).

Or, de ces trois raisons, la seconde (la baisse d’utilisation de la voiture) s’inscrit fort bien dans une tendance globale qui n’est pas à une espèce de conscientisation naïve du Français qui se syntoniserait tout seul comme un grand avec Gaïa, mais plutôt avec une réalité plus âpre : les Français s’appauvrissent.

Tout comme l’insécurité qui n’est — on le sait grâce aux fines études ethno-sociologiques de Libération, Le Monde et Le Nouvel Obs — qu’un simple sentiment, on pourrait croire que cet appauvrissement n’est lui aussi qu’un simple sentiment de se faire tarauder les tréfonds par les engins de terrassement de Bercy qui masquerait une réalité plus rose de vallées de miel et de lait.

Manque de pot, pas mal d’indicateurs concourent à renforcer ce vilain sentiment.

On pourrait parler de l’impôt sur les sociétés, qui n’arrête pas de diminuer. Malheureusement, ceci ne prouve pas vraiment que ces dernières, malines, utiliseraient tout l’arsenal de trucs et astuces pour s’affranchir de l’impôt (en utilisant massivement le CICE par exemple). On peut l’admettre dans une certaine mesure, mais de façon bien plus probable et en corrélation avec la morosité globale du marché de l’emploi français, on peut raisonnablement tabler sur une simple diminution des profits des entreprises. Ceci tend bien à prouver que le pays ne s’enrichit pas trop fort actuellement.

Parallèlement, on rappellera que la France « jouit » déjà de recettes fiscales supérieures à 1000 milliards d’euros par an (record récemment battu), ce qui fait tout de même 43,3 milliards de plus qu’en 2016 (994,7 milliards), 59,6 milliards de plus qu’en 2015 (978,4 milliards) et surtout 368,5 milliards de plus qu’en 2002.

Plus de 1000 milliards, tous les ans… Si, en face de ces ponctions, on observait un foisonnement d’infrastructures rutilantes, une qualité d’enseignement irréprochable, des établissements de soins impeccables, des administrations au taquet pour rendre un service taillé au cordeau aux assujettis, on pourrait admettre cette facture rocambolesque.

Malheureusement, en fait de services publics solides et d’une population rose et dodue, on ne voit que l’administration qui merdoie et la route empruntée par les Marcheurs qui poudroie de plus en plus.

Sachant qu’en même temps, la dette du pays grossit, où diable passe l’argent ?

Ne cherchez pas trop : il passe d’abord dans cette immense usine à redistribution ventilée qu’est devenu l’État français : il collecte tant et plus pour redistribuer de moins en moins en commençant par payer tous ses affidés au passage, ce qui appauvrit tout le monde, la friction ne bénéficiant qu’aux premiers têteurs de robinets publics.

Il passe aussi dans toutes ces administrations, leurs innombrables cerfas manipulés par d’aussi innombrables petites mains, même pas bien payées mais ô combien trop nombreuses, avidement tamponnés pour faire avancer la machine.

Il passe dans les innombrables gabegies, commissions, comités, associations lucratives sans but qui au mieux servent de prétexte à l’une ou l’autre cause idiote dont le politicien local se sera fait le porte-parole, au pire servent à payer des intermédiaires pour une paix sociale dans certains quartiers explo émotifs.

Les faits sont têtus : la France décroche lentement (de moins en moins) mais sûrement, le chômage refuse de baisser, le nombre de SDF explose. La classe moyenne, celle qui permet justement à un pays de vivre dans l’opulence, est de moins en moins riche ; cela se voit dans le coefficient de Gini, de plus en plus bas en France : youpi, on est tous égaux, mais égaux via un nivellement par le bas…

Et mis devant ces faits, les Français, politiciens en tête, refusent de comprendre que l’essentiel de leurs maux provient justement de cette ponction délirante, enrobée d’une logorrhée législative maintenant impossible à arrêter.

À l’occasion et pour camoufler cette vérité gênante, on se servira de quelques statistiques plus ou moins bien digérées pour aller dénigrer les voisins qui font mieux, ou on entreprendra de se comparer aux pires histoire de ne plus se lamenter sur son sort dans une schadenfreude ridicule.

Bref : rien n’indique la moindre prise de conscience, ni dans les médias, ni chez les politiciens, ni (pire encore) chez nos compatriotes que le cœur du problème n’est pas simplement la taxation des carburants, mais le niveau global, délirant, de taxation supporté par tout le pays, et ce pour faire tourner la machine étatique, dont le train de vie est devenu inabordable.

Tant que le citoyen français continuera à réclamer avantages et couvertures, tant qu’il choisira consciencieusement les services publics plutôt que les offres de marché, tant qu’il choisira de déléguer à l’État ce qui pourrait être fait par le privé, ses taxes et impôts augmenteront. Tant que le train de vie de l’État, que personne (surtout pas Macron) ne semble vouloir dompter, ne sera pas remis en cause, tant qu’aucune coupe massive et courageuse ne sera entreprise, l’État continuera de grossir et ses taxes d’augmenter.

Dès lors, ce pays est foutu.

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Commentaires38

  1. Aristarkke

    1,44/1,45€, cela se trouve uniquement chez les pompes d’hypermarché dans les zones à forte densité de population et aussi chez certains T… l Accès. Ailleurs, c’est plus cher comme mon périple d’hier m’a permis de le vérifier, hors opération de prix coûtant de chaînes commerciales.

          1. Aristarkke

            Attention, ce dernier trimestre, il y a des opérations « prix coûtant » sur les carburants, uniquement les samedis /dimanches, chez certains groupes commerciaux dont EdPhilippe L….. c qui a lancé le mouvement, il y a cinq ou six semaines. Cela fait donc une baisse de 6, 7ou 8 centimes sur le prix de la semaine.

  2. Aristarkke

    À propos de l’entretien des routes, j’ai encore pu vérifier (depuis plus de quarante ans en continu) que le département de la Côte d’Or maintenait même les routes secondaires en très bel état, hors effet de contraste avec la triste réalité d’autres départements. Par exemple, la S&L visiblement à la traîne dans la même portion géographique avec les mêmes conditions climatiques à affronter.

          1. Stéphane B

            Pas d’accord. Les chemins vicinaux en temps que tels n’existent plus juridiquement. On parle soit d’une voie communale (domaine public de la commune), soit d’un chemin rural. Et pour toutes les voies communales, les communes touchent des subventions.

            1. Aristarkke

              Je ne suis pas jeune et pas toujours au fait des changements d’appellation des chats pour faire croire à de l’action de réformes.

        1. Aristarkke

          Je pense que cela finira comme la Yougoslavie sous Tito avec la méthode Potemkine. Les routes principales empruntées par les touristes, en état convenable pour la circulation ainsi que toutes les autres routes de desserte locale croisées, en aussi bel état, sur les 100 à 200 premiers mètres.
          Au delà : de la terre battue façon piste africaine…

    1. UnLorrain

      J’y vadrouille depuis quelques lustres sur les routes de la Côte d’Or effectivement, c’est  » du billard « comme disait une expression inusité maintenant concernant le revêtement routier, je me dit que ce dpmt a du pognon et donc entretien régulièrement ses routes,ce qui n’est pas le cas,du tout, de ce dpmt limitrophe qu’est la Haute-Marne. Une conséquence ( ?) au fait de ces routes de bonne qualité. ..les gens y roulent vite ( hors heures de pointe surtout )
      Pourquoi rouler vite…le temps nous est volé, mon temps a moi j’entends par là.

      1. bibi

        Cote d’or
        superficie : 8763 km²
        population : 533 147 hab.
        budget : 514,5M€

        Haute-Marne
        Superficie : 6211 km²
        population : 179 154
        budget : 217,4M€

        source : departements.fr/identite-departement/

  3. Aristarkke

    Je rassure les Franciliens :la N118 qui connut une célébrité planétaire il y a presque deux ans lors d’un « épisode neigeux » particulièrement abondant en neige chue et qui devait faire l’objet de tous les soins attentifs et diligents selon la Bornée en charge d’elle et de ses consœurs, n’a reçu aucun début d’amorce des soins à lui prodiguer, promis, juré, craché, SJMJVEE… Deux ans déjà pour une urgence ne souffrant pas la moindre discussion…

    1. Higgins

      Pour l’emprunter quasi-quotidiennement, je plussoie. Tout au plus, un chantier qui dure depuis au moins deux ans à Saclay (on se croirait dans Astérix en Corse) et les inévitables et inutiles limitations de vitesse pour vendre des panneaux de signalisation. Sur la N118, ou on roule au pas, ou on roule à 70-80.

      1. Aristarkke

        L’ancien carrefour (rond point) du Christ de Saclay est effectivement en travaux d’aménagement d’un méga carrefour avec des voies à plusieurs étages mais il n’est pas étonnant que cela dure puisqu’il faut maintenir son fonctionnement malgré les travaux. Toutefois, il est latéral à la N118. Cette dernière n’est donc pas concernée directement.

          1. Pheldge

            et la laïcité républicaine Major, t’en fais quoi ? et le respect dû aux pratiquants d’autres religions, hein ? Pour respecter la neutralité vivrensemblesque, il serait bon d’y élever un croissant géant, et vert ! 😉

    2. Dr Slump

      On a beau avoir l’habitude de la propension permanente au mensonge de nos élites élues, on est toujours un peu surpris quand on l’expérimente concrètement. Et à dire vrai, le fait de continuer d’en être surpris est signe qu’on reste sain d’esprit. Et c’est une des choses les plus appréciables sur ce blog: des gens sains d’esprit!

  4. Aristarkke

    Malheureusement, Monseigneur, les tristes conclusions que vous énoncez en fin de billet risquent de perdurer au moins trois ans encore jusqu’à l’achèvement de la session Flop Joene. Et comme cela fera alors presque un demi-siècle que la Grance est entrée en socialisme avec la même ferveur que d’autres entrent en matière religion…

  5. durru

    Je me suis amusé à chercher la courbe de variation du cours du pétrole sur la même période (un an) et, surprise, on obtient à peu près la même courbe, juste un peu plus lisse. Y’a pas à dire, les efforts du gouvernemaman ont été titanesques…

  6. Theo31

    nivellement par le bas…

    Bah oui, c’était mieux avant, les tickets ee rationnement, pas de carburant et donc pas de pollution mais aussi pas de récoltes. Pis les gens baisaient pour assurer le paiement de leurs retraites.

    On le souffle que ça risque de se passer différemment.

  7. goufio

    Attendons le développement en « masse » contrainte de la voiture électrique (avez-vous vu les malus à l’achat pour les motorisation diesel et essence émettant 172 g/km de CO2 (ou plus) d’un montant maximal de 12 500 euros). A partir de là, la fiscalité de l’électricité pourra grimper allègrement pour rejoindre voire dépasser celle des carburants fossiles et là le piège est verrouillé, impossible de faire autrement que de se servir à la prise.

  8. Léo C

    Effectivement, il y en a désormais qui baisent et assurent la relève (en nous baisant) bien plus sûrement.

    Beaucoup moins sûr qu’ils paieront leurs retraites ou les nôtres. Leur motivation est tout autre.

  9. Elie

    Je suis étonnée, il me semble que vous n’avez encore rien écrit au sujet du milliard d’euros généreusement aloué à Schiappa sur nos deniers pour l’égalité hommes / femmes… Dont une bonne partie va partir à l’étranger, semble-t-il, car il est tout à fait normal que l’argent qu’on nous prélève profite à l’étranger !
    Marre de me faire voler !!!

    1. Aristarkke

      Monseigneur, il y a une autre personne qui se plaint du rythme insuffisant de parution des billets dans ce blog, face à une actualité galopante.
      Je dis ça, je dis rien, n’et-ce-pas…

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