l’Anvers du décor

Comme mentionné dans mes posts précédents, la grève aura bien lieue. Une de plus, mais la première reconductible depuis deux ans… La répétition de ce genre d’événements dans le paysage politique français pourrait lasser, mais non : cette fois encore, il est des éléments croustillants qu’on ne peut se passer de noter.

Cette fois-ci, la partie Franche Rigolade se trouvera du côté de la direction.

Celle-ci devra en effet gérer la crise depuis Anvers en Belgique, où les pleutres découillonnés se sont réfugiés pour une fumisterie de plus au frais du contribuable et du passager. L’excuse officielle tient dans l’organisation de son séminaire de presse annuel avec l’ensemble des médias.

Immédiatement, plusieurs questions se bousculent.

  • Pourquoi la direction prend-elle le large ?

Le séminaire était prêt de longue date, certes, mais une grève, sapredieu, ce n’est pas rien ! Dans une entreprise normale, une partie de la direction se serait empressée de rester sur place pour gérer la crise, rester au plus près des manifestants et aurait tenté de revenir au plus vite à une situation normale. La grève, en outre, n’a pas pris par surprise : cela fait quelques jours maintenant que le préavis est déposé (plusieurs semaines, même), et nos gentils dirigeants de l’entreprise publique de chemin de fers Que Le Monde Nous Envie(tm)(r)(c) auraient pû s’organiser en conséquence. Mais non ! L’usager, c’est de la crotte. La presse, à Anvers en plus, c’est mieux.

  • Pourquoi à Anvers ?

Je n’ai rien contre la Belgique. En plus, Anvers est, dit-on, une bien jolie ville. Mais dans le cadre d’une société franco-française à tendance nationalo-hexagonale, pourquoi faire un séminaire qui déplace tout ce beau monde, coûte donc une fortune en petits fours & champagne, chambres d’hôtels, déplacements, putes accueil chaleureux et repas de fêtes ? Qu’est-ce qui peut bien justifier, si ce n’est le goût immodéré de nos joyeux dirigeants-fonctionnaires pour la dépense de l’argent qui n’est pas à eux ? D’autant que, lorsqu’on a un gros gros gouffre de dettes, que les tables et les chaises appartiennent aux huissiers, que la baraque est hypothéquée et que les enfants pleurent devant le sapin vide, il me semble que la dernière des choses à faire consiste à claquer encore quelques ronds dans les cotillons, non ?

  • Pourquoi un séminaire de presse ?

Eh oui ? Pourquoi pas thalasso ? Qui veulent-ils embobiner exactement ? Certes, de grandes entreprises du CAC 40 se livrent à ce genre d’exercice : mais ces entreprises sont réellement internationales, ont des actionnaires et fournissent des biens et services partout dans le monde. La plupart toutes font des bénéfices. La SNCF peut évidemment s’enorgueillir de … quoi exactement, en dehors de sa franchouillardise flamboyante ? Outre qu’on aurait un peu tort de fanfaronner devant la presse compte tenu des résultats minables de son entreprise (d’ailleurs toujours totalement publique et n’ayant de fait à rendre compte à personne, si ce n’est à son seul actionnaire, l’état français, pas belge), il est encore de plus mauvais aloi de le faire alors qu’une grève se déroule en parallèle…

Au fait, avec tout ça, pourquoi nos gréviculteurs du rail font-ils grève ? A cause de l’hypothèse d’une rumeur de début de possibilité d’envisager que la SNCF soit – partiellement tout au moins – privatisée.

Autrement dit, que la direction et la SNCF dans son ensemble deviennent responsables, à moyen ou long terme, devant des actionnaires, de ses actes. Que l’état, en clair, ne soit plus là pour leur tenir le petit robinet à subvention quand elles ont très très envies de faire une grosse dette ou une petite fuite financière…

Evidemment, on comprend pourquoi la direction laisse un peu faire : une éventuelle privatisation, ce serait se priver à terme de l’opportunité de ces meetings de presse dans des villes sympathiques, au frais de la princesse (la princesse, c’est nous, les contribuables et les usagers, en France). Et une petite grève, c’est un message pour tous : « pas touche à nos privilèges de caste acquis sociaux ».

Alors, finalement, syndicats et direction, même combat ?

Libération : SNCF : un conflit difficile à éviter

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