En juillet 1968, dans un laboratoire du Maryland, le biologiste John Calhoun lâche huit souris dans un cube d’un mètre quarante de côté. Elles y trouvent 256 appartements desservis par des tubes, de la nourriture et de l’eau sans limite, un climat parfait, du papier pour les nids, aucun prédateur et aucune maladie. Officiellement, l’endroit s’appelle Mortality-Inhibiting Environment for Mice. Officieusement, c’est le paradis des souris.
Sans surprise, la population des souris double tous les 55 jours et 19 mois plus tard, ce sont 2.200 individus qui trottinent partout.
Cependant, la population décroche : deux mois plus tard, les nouveau-nés décèdent en bas-âge, puis il n’y a plus de nouveau-nés du tout. Au printemps 1973, le paradis est vide : toutes les souris sont mortes. L’expérience Universe 25 vient de s’achever.
Pourtant, les souris avaient tout et l’abondance était réelle : pas de famine, pas d’épidémie, pas de prédateur, pas d’hiver. Leur seule contrainte (de taille) : elles ne pouvaient pas sortir. Or, chez les rongeurs, le perdant d’un combat de dominance s’en va refaire sa vie ailleurs, chose impossible dans ce cube.
Calhoun appelait « dropouts » ces cohortes de mâles vaincus, couverts de cicatrices, entassés au centre de l’enclos, qui se jetaient périodiquement les uns sur les autres dans des rixes sans objet. Il y avait d’autres mâles, qui avaient renoncé à se battre et qui passaient leurs journées à se lisser le pelage, à se lécher, à se contempler, que Calhoun nommait the « beautiful ones », et qui ne s’intéressaient à rien d’autres qu’eux, même pas aux femelles.
Cette description de « l’Universe 25 » vous rappelle quelque chose ?
Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais force est de constater qu’en Occident, nos besoins de base sont couverts : on ne meurt plus de faim, de soif ni de froid, sinon à des niveaux statistiquement anecdotiques. La sécurité alimentaire est un problème résolu depuis deux générations. Et le divertissement n’est plus rationné non plus : la dopamine est livrée à domicile, en flux continu, gratuite, algorithmiquement optimisée pour ne jamais s’interrompre.
L’analogie s’étend facilement&bsp;: les « beautiful ones » ont un nom de code, voire un hashtag, pratiquent le looksmaxxing et autres rituels de groupes équivalents. D’ailleurs, la dépense masculine en soins a progressé de 58,1 % en cinq ans contre 45,7 % chez les femmes, un quart des hommes ayant désormais une routine quotidienne et 12 % ont même payé un acte esthétique.
Parallèlement, l’inactivité sexuelle des hommes de 18 à 24 ans est passée de 19 % à 31 %. Des jeunes gens splendides, exfoliés et correctement hydratés ne courtisent personne.
L’avortement, légalisé depuis un demi-siècle, connaît un surcroît d’application ces dernières années (le ratio IVG/naissances est passé en France d’environ 1 pour 4 en 2020 à près de 1 pour 3 en 2023). La fécondité semble en berne dans tout l’Occident. Pire : l’infanticide n’est plus strictement considéré comme un meurtre par une part croissante d’une opinion publique décidée à n’y voir qu’un problème d’hormones et d’abolition (commode) du jugement.
Ceci posé, il faut rappeler que l’abondance seule ne suffit pas : si la satiété suffisait à produire l’effondrement, les Trente Glorieuses auraient accouché d’un monastère. La seconde variable est indispensable : le vaincu ne doit pas pouvoir aller recommencer ailleurs. Ce qui a détruit le groupe d’Universe 25, ce n’est pas son confort mais l’absence de porte de sortie.
De ce point de vue, la société occidentale n’a pas lésiné.
Ainsi, nous n’avons pas supprimé la compétition (elle n’a jamais été aussi féroce) mais bien les voies de sortie : le logement est verrouillé par la réglementation et la fiscalité. L’entrée sur le marché du travail est filtrée par un diplôme qui coûte cinq ans de plus qu’il y a trente ans. Des pans entiers de l’activité sont clôturés par des ordres, des numerus clausus, des licences et des autorisations préalables. Le coin socio-fiscal transforme chaque projet personnel en arbitrage comptable épineux, à la limite du suicidaire. En Europe en général et en France en particulier, perdre est extrêmement coûteux et ne permet quasiment aucune rédemption : il n’y a pas de frontière, de terre à défricher, de hiérarchie parallèle où se refaire et les institutions n’offrent au mieux qu’un guichet.
Pour la faible proportion qui songe à sortir malgré tout, une deuxième couche de barreaux, mentale celle-là, a été mise en place : de la maternelle à l’université, on enseigne consciencieusement que « le libéralisme » est un gros mot, que l’initiative privée est une prédation, que la réussite est suspecte et que la solution à tout problème créé par l’État consiste en un supplément d’État. Cette ineptie fonctionne si bien qu’on n’a même plus besoin de fermer la porte puisque les gens ne cherchent plus où elle se trouve et ont oublié son existence.
Le résultat est démographiquement mesurable et balaie au passage la fable du désir qui s’éteint : les Français veulent des enfants, leur nombre idéal déclaré étant de 2,27 par personne, mais ils en ont 1,56. Or, l’écart entre ce qu’ils souhaitent et ce qu’ils obtiennent ne se referme pas et s’élargit de 0,39 enfant en 2011 à 0,62 en 2023. En 2025, la France a enregistré 645 000 naissances et un solde naturel négatif, une première depuis 1945.
Autrement dit, ce ne sont pas des gens qui ne veulent plus mais qui ne peuvent plus : la société actuelle ne permet plus ce genre de « fantaisie » et le reste suit mécaniquement.
Pendant quarante ans, le malheur humain était en cloche : il culminait vers la cinquantaine puis refluait. Cette courbe a disparu et le mal-être décroît désormais avec l’âge dans 44 pays : ce sont les moins de 25 ans qui sont au sommet, femmes en premier avec une bascule autour de 2012.
Certes, les souris ne sont pas des hommes : les hommes, eux, ont voté pour le cube.




Y.a qu’une bonne guerre pour remettre toutes choses en ordre !
Y’a qu’une bonne guerre pour remettre toutes choses en ordre !
Doublon à supprimer. Mélusîîîîne !
histoire de lâcher un premier commentaire, tu aurais pu te fouiller un peu et sortir « des souris et des hommes » ! 😉
« Des jeunes gens splendides, exfoliés et correctement hydratés ne courtisent personne. »
A en croire certains comptes de Xwitter, la drague en ce premier quart de siècle n’est plus ce qu’elle était auparavant. Cétémieuhavan !
Tu parles a une femme dans la rue, tu finis en garde à vue ou tu te fais injurier dix minutes plus tard sur tiktok.
En 2030, 45 % des femmes de 30 ans seront célibataires et sans enfants. Et quand tous les bons gars auront pris leur passeport pour rencontrer des femmes normales en Asie (sauf Corée du Sud) ou en Amérique du Sud, on les laissera se débrouiller avec les ours et les migrants.
pourquoi pas la Corée du Sud ? elles n’aiment pas les blancos ?
« Tu parles a une femme dans la rue, tu finis en garde à vue ou tu te fais injurier dix minutes plus tard sur tiktok. »
surtout que la plupart ne parle même pas français ou ne le comprend pas entièrement !!
Excellent billet en cette veille de week-end. Je le trouve excellent peut-être parce que mon quotidien y trouve quelques échos.
Je remets donc cette citation d’Ayn Rand tout à fait en phase avec le billet : « Lorsque vous réalisez que, pour produire, vous devez obtenir l’autorisation de ceux qui ne produisent rien… Lorsque vous voyez l’argent couler non pas vers ceux qui créent des biens, mais vers ceux qui trafiquent en faveurs… Lorsque vous comprenez que certains s’enrichissent davantage par la corruption et l’influence que par le labeur, et que les lois ne vous protègent plus d’eux mais, au contraire, les protègent contre vous… Lorsque vous découvrez que la corruption est récompensée tandis que l’honnêteté devient un sacrifice, alors vous saurez, sans le moindre doute, que votre société est condamnée. »
Ayn Rand
Elle a parfaitement prédit et résumé la situation grançaise depuis l’Arsouille initiatrice du désastre…
Dernier événement de confirmation : la relaxe de Koelher, poursuivi pour nettement plus sérieux que du stationnement impayé…
Un juge qui veut voir sa carrière avancer et garder son rond de serviette aux dîners en ville obéit le doigt sur la couture.
Affirmation dénouée de tout fondement même si la relaxe de Kooelher m’attriste.
il faut connaître le dossier…. 😜
Tout juste major. Le discours de Francisco d’Anconia sur l’argent est extraordinairement juste. Il est du même tonneau que le dialogue mélien dans La guerre du Péloponnèse.
Voici quelqu’un qui a des lettres.
J’avoue qu’en lisant Thucydide, je me suis souvent dit, in petto, que nos soit-disant élites feraient mieux de lire la Guerre du Péloponèse plutôt que des BD ou des fiches mal rédigées par des assistants guère plus savant qu’eux.
Mais, pour cela, il faut savoir lire et surtout comprendre ce qu’on lit. Quand je pense à certains et surtout certaines, j’ai de gros doutes….
« Ce ne sont pas des gens qui ne veulent plus mais qui ne peuvent plus »
La taille des logements disponibles et surtout leur coût d’achat mais aussi d’utilisation rentre en ligne de comptes. Un enfant, surtout le premier, nécessite un budget d’équipement et de fonctionnement conséquent dans une période où les reste-à-dépenser des salariés (et aussi de gros bataillons d’indépendants) ne suivent plus depuis longtemps la véritable inflation.
Ca fait parti du problème mais je ne pense pas que ce soit le moteur principal.
Les jeunes même aisés ont peu d’enfants et surement encore moins que les autres .
Pour moi le moteur principal est que la priorité est soi et non pas les autres…la famille .
Famille qui demande immédiatement un investissement important .
Le mot investissement est important car plus tard ces jeunes regretteront de ne pas l’avoir fait…trop tard.
« les hommes, eux, ont voté pour le cube. »
Et ils ne cessent de le perfectionner en rigueur de casernement…
J’ai signé l’achat d’un box automobile indépendant en juin, sans prêt, caution donc sans hypothèque. L’acte du notaire représente en nombre de pages plus de la moitié (3/5me) de celui du pavillon en VEFA acheté li y a trente cinq ans avec un ensemble de trois prêts, caution financière pour les deux premiers et hypothèque pour le troisième… Un box de 14m2…
Enfin, on ne déboise plus, l’acte étant entièrement informatique mais je l’ai néanmoins imprimé par sécurité, outre une copie sur DD externe.
Et pourtant, on n’est pas davantage propriétaire…
ton notaire ne t’a pas fourni une version papier de l’acte authentique? ça fait toujours partie de sa prestation, réclame le !
Pour ce qui est de « perfectionner (le cube) en rigueur de casernement… » Ari, voir ou revoir le film « Cube » …
Le « Cube » du film n’a pas grand chose à voir avec celui du laboratoire du Maryland, le sujet traité n’est pas le même. Pourtant les deux cubes ont un point commun …, il manque une sortie accessible … Et cela produit des phénomènes similaires.
Cela dit le cube évoqué dans ce billet est très intéressant par les données qu’il produit.
« D’ailleurs, la dépense masculine en soins a progressé de 58,1 % en cinq ans contre 45,7 % chez les femmes, un quart des hommes ayant désormais une routine quotidienne et 12 % ont même payé un acte esthétique. »
Tout a commencé avec l’invention de l’after-shave pour petites natures, celui sans alcool, et donc qui pique pas… ça doit dater d’une trentaine d’années déjà…
Sans alcool : jugé par Bibi sans efficacité ni durabilité de la senteur évanescente assurément.
ah oui, ces Hommes qui se flanquent des claquent à l’after-shave
Dans les zoos, les animaux vivent plus longtemps mais se laissent plus souvent mourir.
L’URSS était un zoo. Dans les années 70, l’esperance de vie a commencé à diminuer et l’alcoolisme est devenu le premier des problèmes. Des brigades allaient traquer les ouvriers dans les bars pour les mettre sur leur poste de travail.
E. Todd a raison : l’étude des évolutions démographiques permet de déterminer la trajectoire politico-économique d’un pays. L’occident est dirigé par des minorités sexuelles dégénérées comme jadis le fut le troisième Reich : ça ne peut que très mal se terminer.
Dans les zoos, même en couple constitué, la fécondité reste très basse et constitue alors un évènement si concrète (enfin) !
si concrète??? l’évènement.
La croix gammée rose, j’ai découvert ça y a peu de temps. Hallucinant. Et à la fin célérus qui gagnent.
Article très intéressant.
C’est surtout patent dans les mégalopoles et ça vient renforcer mon impression que les grandes villes rendent dingue à peu près partout .
Ce n’est pas seulement une impression…
sans oublier toutes les drogues qui font rire, le protoxyde d’azote est en augmentation de 30%. Des souris qui planent.
je remets ce lien surtout pour Grosminet
medias-presse.info/effets-cannabis-bouche-les-vilains-du-sur-la/251180/
Darwin
Évidemment, 2.200 souris dans un volume de 2,75 M3, ça dénote un entassement probablement difficile à supporter. Qu’en pense VR, le cavalier des cloaques ?