La petite odeur de la cave

Régulièrement, ce blog est l’occasion de fournir quelques éléments concrets sur l’état général de la maison France. Aux dernières nouvelles, l’état français, actuel gestionnaire de la baraque, de plus en plus déconnecté de l’habitant (le peuple français), continue de faire du replâtrage et de peindre les lambris pendant que la structure, elle, s’affaisse…

Cette fois-ci, nous nous intéresserons à la devanture, à la chambre à coucher, et à la cave.

Pour la devanture, il semble que l’état français investisse tous azimuts. Enfin, c’est ce que laisse paraître la récente compulsion de la CDC à vouloir investir à tour de bras. On notera que cet investissement est toujours frappé au coin du bon sens, pardon, de l’intérêt général. Lisez : le patriotisme économique. Il va de soi que ce patriotisme grandiloquent n’aide en rien les Français. Pire, leur argent se trouve investi à tout prix dans des sociétés diverses et variées, pas toujours françaises loin s’en faut, pour lesquelles il n’y a pas eu vote du peuple. On s’interrogera au passage sur l’utilité pour l’état de disposer d’un fonds comme la CDC qui lui permet de placer de l’argent, alors que, dans le même temps, il émet des OAT à n’en plus finir pour couvrir ses dépenses. On pourra me rétorquer que l’argent ainsi placé rapporte sans doute peut-être plus que l’argent emprunté ne lui coûte, mais devant la régulière lucidité dont les gestionnaires de l’état ont toujours fait preuve jusqu’à maintenant, on peut en douter.

En gros, le patron (l’état) a décidé qu’il fallait absolument repeindre la boîte à lettres, le portail et la porte d’entrée, alors, on repeint. Que, dans le même temps, les toilettes glouglouttent, le mur nord se lézarde ou la cheminée soit bouchée n’y changera rien : la déco extérieure prime. « Et avec des fleurs, la déco de la boîte à lettres, siouplaît.

La chambre à coucher, elle, présente un peu de désordre : il s’y est déroulé, manifestement, une bonne bataille d’édredons, d’oreillers et de traversins. Ca se chamaille dur dans la penderie. Il semble clair qu’entre la Banque de France et le Ministère des Finances, le torchon brûle.

Le dernier rodéo torride que la chambrée a connu aura laissé quelques séquelles douloureuses aux deux antagonistes qui probablement, auront dû avaler … quelques couleuvres de plus chacun de leur côté. Car d’une part, la BdF se doit de faire respecter (ou de fournir des éléments tangibles qui font croire qu’on respecte) les normes du traité de Maastricht et notamment les (fameux) 3% de déficits publics, le tout sans trop maquiller les comptes publics dont l’apparence générale tient plus de la mère maquerrelle surfardée que du top-model discrètement poudré. D’autre part, Bercy n’en finit pas d’ouvrir les vannes du « Trésor » (si ça doit sortir, autant que ça sorte à gros bouillons, ça épate les voisins), tout en essayant de compenser petitement par des soultes par ici, soultes par là. L’état (côté BdF) et l’état (côté Ministère) joue aux vases communicants pour masquer l’indigence de sa gestion, se noie dans ses soultes, et nous, avec…

Dans ce dernier cas, les parents locataires irresponsables (BdF et Bercy) se chamaillent la garde des enfants (les soultes juteuses et les dividendes dodus), le tout sur un fond de surveillance méta-étatique bruxelloise. L’issue est incertaine, le divorce lui-même pas consommé et les enfants, morveux et mal éduqués, prennent leurs aises chez les propriétaires légitimes (nous) en fumant la moquette et en vendant les meubles pour se payer les drogues dures dont ils nous abreuvent pour nous endormir.

Mais le plus gênant, c’est, pendant ce temps, la petite odeur entêtante qui monte de la cave. Une odeur lourde, sournoise, tenace, qui s’infiltre partout, et qu’aucun désodorisant, aussi puissant soit-il, n’arrive à camoufler plus de quelques minutes. Dans la cave, on entasse en effet tous les dossiers ouverts jamais fermés, toutes les promesses faites jamais tenues, tous les cadavres qu’on laisse traîner, toutes les magouilles, les compromissions, les lâchetés. Et plus personne n’ouvre la cave.

Quand on l’ouvrira, on découvrira, petit à petit, des horreurs sans nom. Pour l’instant, elles en ont encore un, celui de l’incompétence, de l’indigence, d’une vision courtermiste affolante… Pour le moment dirons-nous, ça ne concerne « que » les prisons, comme Fresnes. Mais pendant que l’état repeint la porte d’entrée, se chamaille pour savoir comment tripoter la BdF là où ça chatouille, la société, celle qui paye pour cette pathétique pièce de boulevard à la fin trop souvent jouée, commence à partir en quenouille.

Si « une société se juge à l’état de ses prisons », la société française vaut de moins en moins cher.


Nota : Merci à BlackJack pour le lien Le Monde sur les prisons..

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Commentaires14

  1. BlackJack

    Effectivement, quand j’ai lu cet article du monde, ça m’a refroidi, des frissons dans l’échîne, mais pas du genre sensuel…
    Pour accompagner ce que tu dis : je me demande si le patriotisme économique, (notamment Suez, Arcelor) n’est pas une manière de les garder sur le territoire…pour payer des impôts français ? Alors qu’en mains "estrangesres" les groupes peuvent s’installer où ils le veulent ? Voire même licencier/délocaliser encore plus ? Et la manne s’envoler…la marge de manoeuvre est tellement faible que les dirigeants font n’importe quoi en ce moment, et la crise du CPE en est un des symptômes les plus visibles.

  2. J’ai effectivement cette impression de fuite en avant. Les lois CNE, CPE, DADVSI, … mal ficelées. Les avalanches de taxes plus ou moins farfelues. Toutes les agitations politico-médiatiques pour retenir des entreprises sur le territoire Français… etc…

    J’ai l’impression que l’état va beaucoup plus mal que ce qui est dit. Pas toujours de preuves tangibles, mais une impression d’ensemble d’un pourrissement prononcé…

    Tout le monde se le dit, actuellement (« Ca va pêter ! »). Tout le monde semble d’accord. Alors ?

  3. SIlent Bob

    euh je suis un peu hors sujet (et encore) mais allez lire ceci, c’est navrant!
    http://www.entreprises.coop/UPLO...

    ce petit truc pondu par des sbires de l’OCCE (Office Central de la Coopération à l’Ecole) encore un machin nuisible!

    rérérencé par SOS education

  4. Nx

    ouch elle fait mal celle là… une jolie paire d’oeuillères pour un public qui a les moyens de comprendre le propos mais pas de l’analyser , les jeunes lycéens… un exemple parmi tant d’autres malheureusement.

  5. Carbu

    "Bientot l’Empereur te montrera le vrai pouvoir du cote obscur de la Force."
    Darth Vader, philosophe spatial

  6. Du rapport (destiné à des élèves de seconde) cité par SIlent Bob, je cite, dans la première page, première partie : « Dans la conjoncture actuelle d’essor du libéralisme et de transformation du rôle de l’Etat, la société se tourne volontiers vers l’économie sociale parce que celle-ci propose un projet économique original centré sur la personne. L’économie sociale s’appuie sur des entreprises regroupant des personnes et vise à répondre à l’ensemble des besoins humains, »

    Voilà. Quelques lignes, et déjà du bourrage de crâne. La France n’est pas prête de se relever.

  7. PiRm

    Cela étant les coopératives sont un mode de fonctionnement interessant si celui ci est fait librement sans interventionisme de l’Etat. A proposer à ceux qui cherchent un compromis honnête sans contraindre ls autres à penser comme eux.

  8. SIlent Bob

    Le lycéen est maléable et corvéable à souhait!
    Il faut leur inculquer les valeurs de la république tôt afin qu’ils soient de bon moutons pour les syndicats!

  9. Jim16

    j’ai lu le rapport moi aussi
    j’adore.
    c’est fou, man!
    fou !

    ahah j’imagine l’ambiance a la maison pour sortir ces foutaises de la tete de nos gosses….mais non papa, tu dis n’importe quoi !

  10. LePetitPingouin

    Le brainwashing a de l’avenir :
    ( lu dans Libe )

    " Les entreprises ne seraient ainsi qu’une sur cinq à vouloir embaucher (1,2 million de projets de recrutement). Soit 27 600 de moins que l’an dernier. S’il y a eu un quelconque effet CNE, le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas probant: l’effritement concerne surtout les entreprises de moins de cinquante salariés. «Il s’agit là d’un pessimisme surprenant de la part des petites entreprises», a déclaré le directeur général de l’Unedic, Jean-Pierre Revoil. "

    donnez moi une arme !

    "Reste à savoir si les bonnes intentions des chefs d’entreprise interrogés se transformeront en actes, c’est-à-dire en emplois. Difficile de se faire une idée exacte, reconnaît le directeur général de l’Unedic. Mais d’après une étude menée par l’Unedic sur la région Nord Pas-de-Calais, la plupart des patrons ont tenu parole: en septembre 2005, 65% des intentions d’embauche déclarées au mois de décembre 2004 dans cette région avaient été suivies de recutements. "

    argh! apparemment la joujournaliste qui a commis ca confond patron d’entreprise et homme politique.
    hallucinant.

    amusez-vous.
    Ping

  11. pod

    Quand on parle de la cave, on pense aux fondations; quand on parle de politique française on pense au(x) fondement(s) actuels de la RéPUEblique; ni de l’un ni de l’autre, les égoûts ne sont loins… (ou n’ont jamais été aussi près).

    Quand à la chambre à coucher, belle partouze.

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