Innovation dans le PAF : Demaerd Real-TV

Demaerd Industries, la corporation multinationale tentaculaire de biens et services à la célèbre qualité, propose, par le truchement de sa filiale Demaerd Real-TV, un nouveau type d’émission télé décapant plongeant le spectateur directement dans les bains d’adrénaline qu’un hors-la-loi peut ressentir. Accrochez-vous, Demaerd « Actions Sociétales »™ va cogner très fort !

Lors de la conférence de presse organisée par Van De Pipooten, le directeur marketing Demard Inc., dans le cadre luxueux de l’hôtel Ritz à Paris, le cadre du jeu « Actions Sociétales »™ organisé par Demaerd Real-TV a été présenté avec force petits-fours, jolies hôtesses et vins qui font des bulles.

Le principe est relativement simple et, avouons-le, novateur : mettre les candidats du jeu dans une situation le plus possible hors-la-loi, charge à eux de fournir les éléments, efforts et comportements nécessaires pour apparaître les plus innocents possible dans leurs démarches, et ainsi éviter le procès ou écoper de la peine la plus faible le cas échéant. Seule la déliquescence naturelle d’un système judiciaire donné (celui de la Fraônce pour cette saison) permettra d’échapper aux sanctions.

Jon Demolassön, patron de Demaerd Real-TV et auteur du concept du jeu, a ainsi déclaré que cette nouvelle émission serait, je cite, « l’occasion pour tester de façon citoyenne et surtout festive et médiatique l’efficacité du système judiciaire français et donner à tous les clefs pour passer au travers des mailles du filet tous les jours plus étendu ».

Actuellement en tournage, l’émission met aux prises deux équipes. L’une doit se baser sur l’effet du nombre, de la masse ou des média, et l’autre sur la justesse de sa rhétorique pour échapper à ce qu’on appelle, dans le langage Demaerd, une « Bonne Branlée Judiciaire »®.

La première équipe, nommée Pastèque, utilisera donc tout le poids des média pour faire connaître sa position, illégale par ailleurs, et obtenir l’assentiment du public et/ou un non lieu ou mieux encore, l’absence de procès. Déjà, l’équipe Pastèque attaque très fort puisqu’elle émet un chantage clair à la pollution et menace de déverser des litres et des litres de produits hautement toxiques et polluants si l’on n’accède pas à ses revendications.

L’idée semble bonne puisque déjà, les média s’intéressent à la fermeture de l’usine et relaie de façon importante les revendications des salariés qui voient leur usine fermer. L’habileté de l’équipe Pastèque aura permis de presque totalement occulter l’aspect illégal de leurs manoeuvres de chantage sur la collectivité. Ainsi, pour Libération, un média à la probité et à l’impartialité reconnues, la mise en danger des nappes phréatiques du voisinage, l’utilisation indue de polluants et l’impact sur l’environnement sont à peine évoqués. L’angle sous lequel Fraônce 3, une filiale Demaerd TV Propaganda, présente l’affaire, est aussi un indicateur fiable de la qualité de la stratégie choisie par l’équipe. On notera au passage que Philippe Frémaux, membre de l’équipe et secrétaire du CE, déclarait « les Pdg n’ont rien su gérer, on va leur demander des comptes en justice » : on espère que cette demande ne parviendra pas depuis les murs de sa cellule où l’aura conduit la pollution volontaire et revendiquée du site, ce qui signifierai une défaite de toute l’équipe…

De son côté, la seconde équipe, nommée Rosebobo, doit utiliser la puissance de ses arguments exclusivement rhétoriques pour éviter l’incarcération ou l’amende. Elle a décidé de s’attaquer à la propriété privée, en se focalisant sur les publicités présentes dans certains lieux ouverts au public et en axant sa campagne de déculpabilisation sur l’aspect agressif de ces publicités. En gros, ils jouent donc leur réussite sur la légitime défense contre une agression publicitaire.

Pour cela, l’équipe s’appuie sur des déclarations choc, comme par exemple celle de Alex, 33 ans, le team-leader, qui déclare : « La puissance publicitaire s’arroge le monopole de la violence dans l’espace public ». On admirera, sur le plan tactique, le renversement de valeur opéré puisque la violence dont l’équipe a fait preuve en barbouillant des panneaux publicitaires (propriété des afficheurs et de leurs clients) est cachée derrière une « violence publicitaire » qu’on qualifiera de monopolistique.

C’est très habile puisqu’ainsi, n’aimant pas l’odeur (parfois artificielle) que dégagent certaines boulangeries, et me sentant agressé par cette violence publicitaire olfactive monopolistique (puisque je n’arrive plus à sentir autre chose), je vais enfin pouvoir, grâce à cet argument imparable, barbouiller les vitrines des dites boulangeries, voire dézinguer les sales petites vendeuses qui me tentent ostensiblement avec leurs pains aux chocolats pleins de promesses fallacieuses, de délices carbohydratés et cholestérogènes. Non au diktat des odeurs, non au diktat des images !

… mais je m’emporte ce qui démontre à quel point les techniques proposées dans ce jeu Demaerd Inc. sont particulièrement implicantes.

En tout cas, quelle que soit l’issue de l’émission projetée et celle des tournages en cours par les équipes Demaerd, le but de l’émission sera certainement atteint : chacun pourra constater rapidement que le citoyen est, finalement, jugé non plus à l’aune de la loi, mais bien à l’aune des média ou du ressenti qu’ils ont de l’action menée, le tout dans une présentation festive et, comme le dit Jon Demolassön, « qui interpelle au niveau du vécu de citoyen impliqué dans sa demande revendiquée d’égalité ».

Déjà, Jon, sentant le succès assuré de cette saison, prépare la seconde avec une équipe de braqueurs de banque en première équipe (et qui devra se sortir de son braquage raté en invoquant des difficultés d’insertion dans le monde du spectacle) et une phalange terroriste en deuxième équipe, qui mettra en avant la violence des changements de saison et des chocs thermiques dans cette partie de l’hémisphère.

On lui souhaite dores et déjà tout le succès possible dans cette merveilleuse aventure, et, comme on peut le dire, « Que le meilleur gagne » !

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Commentaires9

  1. Gaël

    …clap clap clap…
    Du très bon, comme d’habitude !
    Je note le rythme effrené de tes publications du mois, c’est chouette, youpi ^_^

    G.

  2. JiCé

    Chantage au sensationnalisme comme toujours…

    Comment se distinguer dans un paysage médiatique aussi touffu aujourd’hui ? On fait du bruit pour attirer du monde (la presse en l’occurrence, les politiques, sûrement, en cette période pré-électorale pour les salariés licenciés, …).
    Tout cela fait monter la sauce pour Avril/Mai.

    Problème : la sauce va vite retomber au prochain "faisage de bruit". Les salariés resteront toujours sur le carreau, dans l’indifférence générale.

    Pour les anti-pub… Méritent-ils vraiment un intérêt ?

  3. Gaël

    @JiCé : Le fait que l’on puisse, en France, inverser les systèmes de valeurs pour faire de délinquants "volontaires" des victimes est absolument… nauséabond… Si leurs (ex)actions méritent un intérêt, c’est bien celui-là : il est révélateur d’une certaine façon de penser par ici.
    D’ailleurs, vous pouvez remarquer que ça se rapproche de la logique UFF décrite ici il y a peu, ce qui est d’autant plus inquétant que ça donne raison à notre hôte ^_^

  4. JiCé

    Sur l’inversion des systèmes de valeurs, le problème est que tout le monde est victime de tout le monde aujourd’hui en France. Nous sommes victimes des impôts, nous sommes victimes des "patrons-voyous", les patrons sont victimes de syndicats et du gouvernement, les syndicats sont victimes du gouvernement et du medef, les publicitaires sont victimes des anti-pub, les anti-pub sont victimes de la pub.

    On pourrait en citer encore beaucoup d’autres allant dans tous les sens et contraires les uns par rapport aux autres [accessoirement, ça me fait penser à la notion, très en vogue, "être pris otage par quelqu’un ou quelque-chose"].

    Qu’est-ce-qui rassure les victimes ? D’être dans son bon droit et de pouvoir trouver un coupable.

    D’où (peut-être ?) l’accumulation excessive de création de lois lors des dernières législatures, pour trouver DES coupables (mais pas forcément LES coupables). Y-a-t-il seulement un coupable ?

  5. Pingouin

    @JiCé:
    absolument ! euh je veux dire, non, je ne sais pas s’il y a un coupable,
    mais s’il eut ete necessaire de demontrer que l’etat oppressif d’abord-puis omnipresent – puis nounou pour terminer engendre des comportements irresponsables a l’echelle d’une culture, on pourrait dire que c’est chose faite en Fraônce. :)

  6. JiCé

    J’ai un peu réfléchi sur le pourquoi de tels comportements et j’en viens à la réflexion suivante.

    Le problème, je crois, est que l’on est en face de personnes en plein désarroi – car ayant perdu leurs emplois et avec le lot de difficultés inhérent à de telles situations – et se sentant singulièrement violentées car obligées de remettre en question des pans entiers de leurs vies. Si le désarroi (aussi grand puisse-t-il être) n’excuse en rien ces menaces (aux dernières nouvelles, ils ne sont pas passés aux actes), il permet de comprendre comment on peut en arriver à de telles extrêmités qui ne sont que le reflet du désespoir, instrumentalisé par les médias et les politiques.

    La question clé, à mon sens, est comment faire pour que la perte d’un emploi ne soit pas vécue (au sens propre comme au figuré) comme une violence inouie, un drame insurmontable mais comme un aléa de la vie, non irrémédiable. Car c’est bien là le problème. Si le chômage a toujours existé, il devient aujourd’hui trop souvent un puits sans fond (dans le temps), alors qu’il était vécu comme une période de transition permettant de retrouver un emploi dans des temps plus cléments.

    A cette question, les libéraux répondent (corrigez-moi si je me trompe ou si je simplifie à outrance) : "Simplifions les règles du travail, laissons librement le choix des règles à appliquer aux différents acteurs du marché (employeurs et employés), il ne s’en trouvera que plus fluidifié."

    A cette même question, les interventionnistes, de gauche comme de droite, aux nuances sémantiques près, répondent flex-sécurité (à la danoise, c’est à la mode et ça a l’air de marcher) : "Fluidifions plus ou moins le marché et en contre-partie, aidons les chômeurs à se ré-orienter, à se former pour qu’ils puissent trouver un emploi plus facilement. En bref, corrigeons les effets brutaux du marché pour adoucir cette période de transition."

    [Je passe volontairement sur les démagogues extrêmes qui veulent soit interdire les licenciements soit instaurer la préférence nationale.]

    Cette question est l’un des principaux enjeux des prochaines élections présidentielle et pose, au final, la question du choix d’une société pour répondre à cette problématique.

  7. Rocou

    Très bon billet mais notons tout de même deux erreurs grossières:
    Les boulangères ne tentent pas le chaland avec leur pain au chocolat mais avec leur miches et secondo ce sont les poissonneries qui agressent le passant avec leur odeur bien que cela soit aussi avec leur raie que les poissonnières appâtent le client potentiel.

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