La Recette

« Imaginons que vous soyez à la tête d’un puissant empire, et que, pour différentes raisons obscures, il vous vienne à l’idée d’en réduire la puissance. Peu importe le pourquoi, le but du présent article est surtout d’introduire le comment.

La question est donc : comment procéder pour affaiblir une nation ? Quels procédés mettre en place pour morceler un empire ?

Je retiendrais quelques idées simples : on peut raisonner par analogie et se rendre compte qu’un grand empire, c’est comme un gros gâteau. Il est plus facilement attaqué par les côtés. De cette observation, on peut en conclure qu’avant de s’occuper de lui-même et de ses affaires internes, le grand empire qui a à cœur d’en devenir un tout petit aura donc comme tâche de s’occuper beaucoup des affaires des autres, notamment autour de lui, et assez peu de siennes.

Et tant qu’à s’occuper des autres, on fera ce qu’il faut pour qu’ils se trouvent en position délicate, ou qu’ils aient à pâtir, autant que faire se peut, d’une moindre liberté, d’agitations populaires ou de révoltes intestines. Une bonne idée consisterait par exemple à y envoyer des troupes, efficaces pour ce genre de besognes. Si, de surcroît, on peut faire en sorte d’enrichir certains des ministres de l’Empire dans les opérations qui seront menées dans ces contrées alentours, c’est un bonus non négligeable.

On n’oubliera pas l’intérieur : on y installera des taxes, nombreuses, difficiles à comprendre et suffisamment arbitraires pour que tout un chacun ait à les payer. On aura soin d’y adjoindre des règles fiscales suffisamment compliquées et changeantes pour qu’il soit virtuellement impossible à quelqu’un d’échapper aux taxes et d’en comprendre les tenants et les aboutissants. Si, en plus, on utilise les fonds en pure perte ou en entreprises ruineuses et stériles, on décrochera la timbale, et ce d’autant plus que ce sera de notoriété publique.

Pour ce qui est du commerce, il sera de bon ton de l’entraver autant que possible, là encore en jouant sur le tableau des taxes et des législations, mais aussi et pourquoi pas, en utilisant des hommes de mains grassement payés par l’impôt pour bouter les honnêtes travailleurs étrangers hors du pays, pour tracasser le citoyen, pour démoraliser l’entrepreneur. Si, dans le cours de leurs actions, ces hommes peuvent se corrompre aussi au contact des trafiquants qu’ils sont sensés combattre, c’est encore mieux.

Avec ces quelques points clés, vous aurez les principes de base pour transformer un grand empire en nation déchirée, dont chaque colonie se fera un plaisir de fomenter contre lui. »

A quelques heures des inévitables commémorations du 11 septembre qui auront lieu pour honorer la mémoire des milliers de morts, les principes de base de cette recette un peu étrange résonnent étrangement alors que sept années se sont écoulées depuis les tragiques événements.

Sept ans, l’âge de raison, dit-on. Cet âge est peut-être l’occasion de dresser un bilan sur ce que ces attentats auront provoqué comme bouleversements, au-delà des ruines et des morts de ce terrible mardi. Et après ces sept années, la recette de Benjamin Franklin – oui, c’est de la sienne dont je me suis librement inspiré – donne une dimension bien étrange aux actions guerrières et aux législations anti-terroristes de l’administration Bush depuis cette date : on croirait que George Walker aura tout fait pour calquer sa politique étrangère sur ces préceptes, mélangeant ainsi l’idée d’un Machiavel, inspiré par le Diviser Pour Mieux Régner, et celles, plus délétères, de Franklin, pointant précisément les erreurs diplomatiques et stratégiques suffisantes à la ruine d’une grande nation.

Depuis sept ans, en effet, on aura assisté à une escalade de conflits : dégommage du gouvernement taliban en Afghanistan suivie d’une occupation coûteuse en vies, guerre ouverte puis larvée en Irak, elle aussi de plus en plus coûteuse en vies, et soutient ambigü (et armé) à la Georgie.

Dans le même temps, la situation intérieure américaine semble se dégrader, tant sur le plan économique, où une lame de fond(s) se profile sur un horizon bien gris, que sur le plan politique où les libertés civiles sont tous les jours un peu plus rognées. Or, tant dans la politique étrangère que dans les tourments intérieurs, on retrouve une même racine : un interventionnisme étatique maladif, compulsif et acharné.


Du recul, que diable, du recul !

En effet, et indépendamment des invraisemblables explications pour l’ensemble des actes terroristes du 11 septembre 2001, on peut constater que l’enchaînement logique des sept années suivantes est implacable : utilisant un prétexte de la lutte contre le terrorisme aussi solide que les tours furent friables, le gouvernement américain aura trouvé dans ces événements, comme jadis à Pearl Harbor, un moyen efficace de galvaniser son peuple : dès lors, payer le prix du sang ne semblait pas trop pour venger les morts, quitte à en faire de nouveaux, par milliers.

A chaque étape, ce gouvernement aura justifié une intervention massive et musclée à l’extérieur de ses frontières en utilisant la peur. Et, à l’intérieur, il n’aura pas hésité à distribuer des postes clés, très rémunérateurs, à ceux-là même à qui la guerre profite. Dans le même temps, il aura entretenu ou favorisé les artefacts financiers douteux en imposant, par des vues étatistes et collectivistes, des contraintes dangereuses aux institutions financières. Et même si ce jeu de court-terme se retournera finalement contre lui, sa duplicité lui permettra de faire passer ses vessies collectivistes pour les lanternes malheureuses d’un méchant ultralibéralisme fantasmé : en clair, si le marché se détraque, c’est « la faute à l’absence de régulations », alors que les cadavres, encore chauds, pointent tous vers ces lois contraignantes qui furent à l’origine du phénomène.

Et alors que la crise se fait mondiale, et que chaque nation devra faire face à de nouveaux défis, les étatistes à leur tête, qu’ils soient corporatistes, colbertistes ou simplement communistes, s’empressent de trouver dans les quelques libertés qui restent des boucs-émissaires expiatoires pour les catastrophes subies et à venir. Il y a fort à parier que, le temps que dureront ces difficultés, les peuples aient à souffrir de plus en plus de la spoliation, des abus de pouvoirs et des restrictions de libertés en tous domaines.

Le chemin de la servitude semble tracé, et ce n’est que par le constant effort et le courage permanent de chaque individu, attaché à ses libertés fondamentales, qu’on pourra éviter le pire. En cela, chaque prise de parole libérale, chaque tentative d’expression hors des canons collectivistes, chaque pamphlet promouvant la liberté devient une arme indispensable dans cette lutte permanente.

En 1773, lorsque Benjamin Franklin écrivit ce texte, il fit preuve d’un courage notable pour s’opposer à la toute puissante Angleterre d’alors. Espérons qu’aujourd’hui, nous ne manquions pas de Benjamins.

Ironie du sort, ce texte parut … un 11 septembre.

J'accepte les Bitcoins !

1Cnob4KsPhPxBFFyq7MmRfXGXSd5mkRAY4

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Commentaires9

  1. Axpoulpe

    Excellent billet, comme d’hab. Ca aurait ete encore mieux si tu precisais en quoi la regulation excessive des marches financiers a provoque leur perte, meme si la simple perspective de sauvetage par l’Etat suffit a faire prendre des risques incroyables a la plus respectable des banques…

  2. Emma

    Pour une fois, cher H16, permettez-moi de vous exprimer mon désaccord avec votre vision des USA. J’en rentre et j’ai vu le site de Ground Zero entre deux planches de palissade ; croyez-moi, c’est impressionnant et je ne trouve pas les "commémorations inévitables" mais nécessaires.
    La politique de G. W. Bush est d’un autre ordre. N’avons-nous pas assez à faire avec nos politiques avant de dénigrer les autres ? La poutre que nous avons dans l’oeil vaut bien la paille dans l’oeil du voisin, non ?
    A bientôt H16 pour un billet mieux inspiré.

  3. Inévitables n’avait pas ici de sens péjoratif.

    Pour ce qui est de la politique de Bush, son principal défaut est d’avoir des répercussions bien plus grandes que les pitreries sarkozyennes. A ce titre, si elles sont délétères à une échelle encore plus grande que celle du gouvernement Sarkozy, elles méritent largement qu’on s’y intéressent de temps en temps.

Laisser une réponse

(obligatoire)
(facultatif)